Variations sur Schubert

4 Juil
« La musique aurait dû s’arrêter ». Ce sont les mots de George Steiner, un penseur contemporain qui me fascine beaucoup*, à propos de la Shoah et surtout d’une image qui le hante : celle d’un concert de musique classique et de son public à Vienne qui continuent à suivre leur cours, à vivre normalement sans gène aucune, indifférents aux wagons qui passent non loin vers les camps… Quelque part, Steiner suppose que la musique classique, la plus réglée, la plus orchestrée et finalement la plus humaine des œuvres humaines, aurait dû répondre à l’impératif catégorique (tonton Kant n’est pas loin) de s’indigner en faisant cessation devant l’injustice et devant la barbarie. Or, elle ne s’est pas arrêtée, et si on suit à la lettre l’argument du Pianiste de Polanski ou même de cette scène fantastique dans La Vie est belle où Guido (Benigni) fait retentir de la musique dans un microphone pour sa « Principessa » à l’intérieur même d’un camp, elle ne le doit pas au nom même de cette humanité à la dérive.

 

Ainsi, vous aurez beau appuyer tyranniquement sur les boutons « on/off » de vos MP3, la musique restera là, « dans la tête » ce qui nous arrive bien trop souvent à notre goût et pas pour les morceaux les plus « sortables », dirons nous. D’ailleurs aujourd’hui même, c’est dans un magasin que ça m’est arrivé (ou plutôt après) à cause de l’éternel ‘ »Aimer » de la comédie musicale Roméo & Juliette. La « tehon », comme dirait l’autre.

 

Pour remonter mon estime personnelle, parler de Schubert devrait faire l’affaire (c’est un peu le thème de cette « bouteille » après tout).Signe que la musique demeure, même quand on ne s’y attend pas, j’aimerai partir d’une expérience d’il y a un an qui était à l’origine de l’ébauche d’un article, demeuré à l’état de brouillon jusqu’à aujourd’hui. Cette après-midi là, tout en marchant jusqu’au centre ville de Compiègne (là où j’habite), j’avais décidé de le faire avec la radio plutôt qu’avec ma play-list habituelle, histoire de faire varier les plaisirs. Je suis tombée sur Radio Classique. La « te-hon », encore ? Pas vraiment. Ce qui me le laisse penser, c’est que je crois n’être pas la seule parmi la « jeune génération » à aimer la musique classique. Peut-être là encore la preuve que la musique ne s’arrête jamais, qu’on a beau vouloir placer les gens dans des cases bien délimitées (« tu écouteras du rap, mon fils ! »), les gens aiment bien papillonner de-ci, de-là, d’un genre de musique à un autre.

 

@Klaus195 (Youtube)

Bref. Je suis tombée sur un morceau dont je n’avais entendu ni le compositeur, ni le titre. Intuitivement, tout du long, j’ai pensé à Schubert et bingo ! C’était lui. Pour être exact, c’était une de ses Polonaises, la D824, n.3, B-Flat Major, opus 61 (cf la vidéo au dessus). Il n’y a pas à dire, le numérique, c’est fantastique :  que ferait-on sans les possibilités qu’offrent le podcast et la fonctionnalité qui permet de retrouver un titre exact, presque à l’heure exacte où on l’a écoutée à la radio ? Sans ça, je doute que j’aurais été capable de vous citer ce charabia précédemment en « opus 61 » et « si bémol majeur ». En tout cas, pas sans une bonne connexion internet et Google. 

 

Sur le coup, ça m’a étonnée de pouvoir reconnaître aussi facilement du Schubert sans même être connaisseuse en musique, ni même avoir déjà entendu une telle Polonaise. Je n’ai jamais fait de solfège et la seule expérience musicale que j’ai pu avoir, c’était au collège avec un certain M. Rémi (il avait bien choisi son métier) en cours de musique avec l’indétrônable flûte à bec ! Autant dire, pas grand chose (mais assez pour en garder de bons souvenirs). Cela doit avoir quelque chose avec le fait que la musique ne s’arrête jamais (au risque de me répéter) et qu’elle est toujours là, prête à se faire connaitre, même intuitivement.

 

Cependant, cette expérience n’a rien à voir en comparaison avec mon morceau préféré de Schubert et je dois cette expérience à un film : The Young Victoria. Il s’agit d’un lied, c’est-à-dire (j’en ai appris l’existence à la sortie du film) d’un poème chanté, intitulé « Ständchen », « Le Chant du Cygne » et qui permet, grosso modo, au Prince Albert (Rupert Friend) de déclarer sa flamme à Victoria ( Emily Blunt). Passage exquis :

 

« Swan Song », extrait du film « Victoria, les jeunes années d’une reine » @ Eriks0Angel (Youtube)

Sans mentir, je dois beaucoup à ce film, et je le dis sans honte. Tous les chemins mènent à la musique, à la plus haute comme à la plus médiocre et je crois qu’un bon film est justement celui qui demande à son spectateur d’aller au-delà de l’image immédiatement donnée pour aller fouiller quelle musique nous parle plus qu’une autre, quelle référence culturelle, quel acteur, quel sujet. Comment demander à la musique de s’arrêter quand nous-même nous sommes si volages ?**

 

* Si vous voulez le découvrir, et surtout sa voix qui a un coté « vieux-sage- anglo-saxon » très captivante, je vous invite à regarder l’une de ses conférences disponibles en ligne, gratuitement, comme par exemple celles sur le site de l’ENS ici ou . Ça vaut le détour.

 

** D’ailleurs, la curiosité m’a menée vers une autre version de Ständchen », plus « récente » du groupe des Sixties « The Platters ». On les connait mieux sous leur titre le plus célèbre « Only Youuuuuuuuu ».

 

The Platters, « My Serenade » @joeveesantos (Youtube)

 

Source image « For Schubert », @kulpsuzfincan (Deviantart)

 

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