"De profundis" d’Oscar Wilde

17 Mar

Jude Law & Stephen Fry (Alfred Douglas & Oscar Wilde dans Oscar Wilde)

Jude Law & Stephen Fry (Alfred Douglas &
Oscar Wilde dans Oscar Wilde)

 

 

« I am one of those who are made for exceptions, not for laws. » (Oscar Wilde, De profundis)

 

 

 

 

 

Joyeuse SaintPatrick !

 

Pour l’occasion, « Un mois, un extrait » prend ce mois-ci les couleurs de l’Irlande en mettant à l’honneur Oscar Wilde, l’un de mes auteurs fétiches qui fait partie avec James Joyce des plus célèbres auteurs irlandais.

Petite piqûre de rappel sur ce rendez-vous mensuel sur mon blog:

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

7da08-la_bouteille_la_mer_keep_calm_un_mois_un_extrait
C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».

 

Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !

 

« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :

 

#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 
#6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST 
#7: De profundis d’Oscar Wilde
 
Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page.

 


L’extrait qui va suivre est tiré de la lettre écrite par Oscar Wilde à son amant Alfred Douglas, mieux connue sous le titre De profundis, écrite dans sa geôle dans la prison de Reading. C’est plus ou moins à l’identique le texte que j’ai dû traduire et commenter il y a deux ans à l’épreuve d’anglais de l’ENS de la rue d’Ulm. Une fois n’est pas coutume, je l’ai laissé tel quel en anglais ce qui restitue mieux l’expressivité de cette lettre.

Ces quelques lignes traduisent ce qui se joue dans l’expérience de la prison et de ses effets une fois sa libération acquise. L’imminence de la liberté telle qu’Oscar Wilde l’entrevoit, loin d’être idéalisée, est regardée en face non seulement pour la masse des inconnus incarcérés mais surtout pour celui qui, après avoir été réduit à n’être qu’un homme comme les autres parmi les gens du commun, ne pourra pas passer inaperçu une fois dehors. La satire sociale dénonce dans quel état d’abandon la société laisse les anciens détenus, sans égard au mal infligé.

Mais, Wilde fait forcément exception. Face à la destruction, la bêtise et la méchanceté du dehors, c’est par la création et l’art qu’il pourra atteindre sa véritable libération. Se reconstruire passe par là où l’artiste et l’homme qui a souffert, la perfection et l’imperfection ne feront qu’un.

Étrangement, ce témoignage sur l’expérience carcérale entre en résonance avec une programmation sur la prison toute une journée sur France Culture qui avait pour thème « 24h en prison: Surveiller, punir… et après ? » et qui m’avait beaucoup touché. Si vous l’avez raté, et que le sujet vous intéresse, vous pouvez toujours podcaster les émissions de cette journée sur le site de France Culture, notamment un entretien avec Gabriel Mouesca, un militant indépendantiste basque qui a passé 17 ans en prison pour ses idées.

Oscar WILDE – De Profundis 

Oscar Wilde

« Many men on their release carry their prison about with them into the air, and hide it as a secret disgrace in their hearts, and at length, like poor poisoned things, creep into some hole and die. It is wretched that they should have to do so, and it is wrong, terribly wrong, of society that it should force them to do so. Society takes upon itself the right to inflict appalling punishment on the individual, but it also as the supreme vice of shallowness, and fails to realise what it has done. When the man’s punishment is over, it leaves him to himself; that is to say, it abandons him at the very moment when its highest duty towards him begins. It is really ashamed of its own actions, and shuns those whom it has punished, as people shun a creditor whose debt they cannot pay, or one on whom they have inflicted an irreparable, an irremediable wrong. I can claim on my side that if I realise what I have suffered, society should realise what it has inflicted on me; and that there should be no bitterness or hate on either side.

 

Alfred Douglas

Of course I know that from one point of view things will be made different for me than for others; must indeed, by the very nature of the case, be made so. The poor thieves and outcasts who are imprisoned here with me are in many respects more fortunate than I am. The little way in grey city or green field that saw their sin is small; to find those who know nothing of what they have done they need go no further than a bird might fly between the twilight and the dawn; but for me the world is shrivelled to a handsbreadth, and everywhere I turn my name is written on the rocks in lead. For I have come, not from obscurity into the momentary notoriety of crime, but from a sort of eternity of fame to a sort of eternity of infamy, and sometimes seem to myself to have shown, if indeed it required showing, that between the famous and the infamous there is but one step, if as much as one.

 

Still, in the very fact that people will recognise me wherever I go, and know all about my life, as far as its follies go, I can discern something good for me. It will force on me the necessity of again asserting myself as an artist, and as soon as I possibly can. If I can produce only one beautiful work of art I shall be able to rob malice of its venom, and cowardice of its sneer, and to pluck out the tongue of scorn by the roots.

 

 

And if life be, as it surely is, a problem to me, I am no less a problem to life. People must adopt some attitude towards me, and so pass judgment, both on themselves and me. I need not say I am not talking of particular individuals. The only people I would care to be with now are artists and people who have suffered: those who know what beauty is, and those who know what sorrow is: nobody else interests me. Nor am I making any demands on life. In all that I have said I am simply concerned with my own mental attitude towards life as a whole; and I feel that not to be ashamed of having been punished is one of the first points I must attain to, for the sake of my own perfection, and because I am so imperfect. »

 

Où se procurer De profundis

 

Vous pouvez lire cette lettre dans son intégralité en français dans son édition GF pour EUR 6, 65 et en langue originale pour EUR 3, 76.
 

9 Réponses to “"De profundis" d’Oscar Wilde”

  1. La Lyre 18 mars 2013 à 8:17 #

    J'ai lu ce texte il y a à peu près deux millions d'années (au moins), mais c'est un ouvrage fabuleux. Merci de le faire sortir des tréfonds de ma mémoire!

  2. Alexandra Bourdin 18 mars 2013 à 7:49 #

    Ça doit en faire des livres lus en deux millions d'années, ma foi ! Ça fait toujours plaisir de faire découvrir de textes, encore plus de les faire redécouvrir et surtout du Oscar Wilde. J'en suis ravie. Merci d'être passée.🙂

  3. Eimelle 24 mai 2013 à 10:50 #

    et il fait partie pour moi de ceux que je veux lire depuis longtemps, mais , le temps passe et je ne me suis pas encore penchée!

  4. Alexandra Bourdin 24 mai 2013 à 2:40 #

    "De profundis" n'est peut-être pas le plus abordable pour découvrir Oscar Wilde. Mais c'est un très beau texte. Son théâtre par contre, c'est génial ! J'aime beaucoup par exemple "l'importance d'être constant" qui est jouée en ce moment au théâtre Montparnasse si je ne me trompe pas. L'adaptation avec Colin Firth et Rupert Everett est très bien aussi!🙂 Il y a aussi bien sûr "Le portrait de Dorian Gray" si tu t'intéresses un peu au dandysme et à la peinture.

  5. Alacris 13 juin 2013 à 2:13 #

    "It is really ashamed of its own actions, and shuns those whom it has punished, as people shun a creditor whose debt they cannot pay, or one on whom they have inflicted an irreparable, an irremediable wrong"Un de mes passages préférés de De Profundis, qui est vraiment un très, très beau texte. C'est amusant que tu parles de ladite épreuve d'anglais, j'en avais justement lu le rapport du jury (ah, ce moment avant les écrits où on s'enfile des dizaines de rapports des années précédentes…), jury qui se plaignait que tout le monde eût choisi comme axe principal le style épistolaire.Superbe article en tout cas, je ne peux que m'incliner ! (Comme tu le sais, je l'ai lu plusieurs fois, sans m'en lasser, et une fois de plus aujourd'hui).Le film Oscar Wilde avec Stephen Fry dans le rôle titre est vraiment très bien aussi… un des meilleurs films sur la vie d'un auteur, avec Total Eclipse bien sûr (certains le détestent, d'autres l'adorent, je fais partie de la seconde catégorie).

    • Alexandra Bourdin 27 juin 2013 à 8:06 #

      Ah, ces fameux rapports de jury, que de « bons » souvenirs, un passage obligé et l’ennui à l’état pur. xD J’avais eu une assez bonne note donc j’ai dû surement ne pas trop me focaliser sur l’aspect épistolaire. C’est toujours délicat de trop s’attarder sur des questions de genre littéraire et sur ses spécificités, on peut tomber facilement dans le genre de platitude qui se résumerait à « voilà, c’est une lettre » (What else ?). Je grossie le trait mais l’idée est là. ^^ Comparer ce passage avec ses célèbres aphorismes, par exemple (il y en a quelques uns du type dans ce passage, je crois) aurait surement été plus intéressant si on veut se lancer sur des petites questions de style et de genre littéraire. Forcément, Wilde écrit beaucoup plus qu’une lettre et comment ! C’est presque une lettre philosophique sur la liberté et l’expérience de la prison, comparable à ce qu’a pu en écrire Thoreau dans « Civil Disobedience », avec ce que Wilde apporte en plus sur le sujet avec sa personnalité si haute en couleur.

      J’ai beaucoup aimé le biopic avec Stephen Fry et Jude Law, ça lui rend très bien hommage. Il faut dire que Stephen Fry est si génial ! J’avoue que je n’ai pas encore vu « Total Eclipse » mais j’en ai entendu parlé. Je vais essayer de le voir, peut-être que j’en parlerai ici.🙂

Trackbacks/Pingbacks

  1. "Look Back In Anger" (1956) de John Osborne | La Bouteille à la Mer - 25 juin 2013

    […] in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE  #6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST  #7: De profundis d’Oscar Wilde   Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits […]

  2. Poésie de Charlotte, Emily, Anne & Branwell Brontë | La Bouteille à la Mer - 29 septembre 2013

    […] Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE  #6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST  #7: De profundis d’Oscar Wilde #8: Look Back in Anger de John Osborne    Vous pouvez retrouver […]

  3. "Les Braises" de Sándor Márai | La Bouteille à la Mer - 20 juillet 2014

    […] Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE  #6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST  #7: De profundis d’Oscar Wilde #8: Look Back in Anger de John Osborne  #9: Poésie d’Anne, […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :