« Desperate Romantics » (BBC, 2009)

16 Juil

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John-Everett Millais (Samuel Barnett), Dante-Gabriel Rossetti (Aidan Turner) et William Holman Hunt (Rafe Spall)

 

Desperate Romantics, mini-série BBC de 6 épisodes (60′) produite en 2009 avec Aidan Turner, Samuel Barnett, Rafe Spall, Sam Crane, Tom Hollander, Amy Manson, Zoe Tapper et Jennie Jacques.

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Dante Gabriel Rossetti, La Ghirlandata (1871-1874)

La première fois que j’ai eu en main le travail envoûtant des Préraphaélites, et surtout celui de Dante Gabriel Rossetti, a dû coïncider avec ma lecture des romans de Jane Austen grâce aux couvertures 10/18 de toutes leurs éditions qui correspondent chacune à un tableau de Rossetti, notamment Raison & Sentiments avec La Ghirlandata  

Je n’ai jamais très bien saisi le lien entre Jane Austen et les Préraphaélites (et je crois honnêtement qu’il n’y en a pas) mais l’esthétisme de ces tableaux, entre réalisme et imagination, m’a toujours séduit et c’est donc tout naturellement que j’ai relevé le défi de regarder Desperate Romantics, un biopic sur la Pre-Raphaelite Brotherhood.

Dante Gabriel Rossetti (Aidan Turner)

D’emblée, le personnage de Rossetti, joué par Aidan Turner (un certain Kili dans The Hobbit, vous savez ce film où pour la première fois, les nains sont sexy ?), est au centre de Desperate Romantics surement pour son charisme, sa personnalité haute en couleur et joviale. Mais, même si lhistoire de Gabriel est nettement plus exploitée que celles des autres (peut-être parce qu’on sait plus de choses sur sa vie et qu’elle est beaucoup plus intimement liée à son oeuvre), Desperate Romantics est bien une mini-série sur la confrérie préraphaélite presque au complet, peintres et critiques, artistes, Muses et mécènes : les fondateurs « Johnny » Millais, « Maniac » Hunt et Gabriel Rossetti ; Lizzie Siddal, Annie Miller, Effie Ruskin et Jane Burden les quatre modèles « maîtresses » ou encore le grand John Ruskin qui va rendre célèbres et populaires la Pre-Raphaelite Brotherhood.

Lizzie Siddal (Amy Manson)

Après un très bel et très engageant opening credits avec des touches de peinture plus colorées les unes que les autres, on rencontre rapidement la première Muse des Préraphaélites, Lizzie Siddal (Amy Manson) dans une scène pour le moins envoûtante où elle sort de la boutique de chapeaux où elle travaille et où elle dénoue ses magnifiques cheveux roux.

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John-Everett Millais, Ophelia (1852)

Si Lizzie est la muse presque exclusive de Rossetti, Elizabeth Siddal a surtout donné ses traits au tableau  préraphaélite le mieux connu (je l’espère), Ophelia de John-Everett Millais. Je ne connaissais pas l’histoire de sa production et le danger qu’a couru Lizzie pour poser ce magnifique tableau. Imaginez que ce tableau a été peint en plein hiver, dans l’atelier de Millais et que Lizzie a dû poser de longues heures toute habillée dans une baignoire remplie d’eau, seulement réchauffée par des bougies en dessous du tube. Desperate Romantics a forcément légèrement plus dramatisé cette scène mais absorbé par son travail (et par quelques rêveries mettant en scène la splendide Effie Ruskin dans la série), les bougies n’ont pu que s’éteindre sans qu’il s’en aperçoive et sans que Lizzie, en parfait modèle, ne se plaigne de quoi que ce soit. Dans la série, bien sûr, il a fallu rajouter une noyade avortée dans la baignoire mais Lizzie Siddal a vraiment gagné une bonne pneumonie, écourtant brièvement sa carrière de modèle.

DESPERATE ROMANTICS

Annie Miller (Jennie Jacques)

J’ai toujours été fascinée par les chevelures auburns des modèles préraphaélites et j’ai eu mon compte dans cette série de belles rousses non seulement Lizzie mais aussi Annie Miller (Jennie Jacques), une autre modèle, peut-être moins sympathique que Lizzie, mais dont l’histoire rocambolesque, coquine et artistique avec William Hunt a de quoi pimenter cette série ! Anciennement une simple serveuse dans l’auberge que fréquentent les trois peintres, elle va surtout poser pour Hunt qui va même lui enseigner quelques bonnes manières pour devenir sa femme. Mais, vu la demoiselle et l’impulsivité du peintre, rien ne dit que leur engagement va ou non aboutir…. Ce qui est sûr, c’est qu’Annie a de nombreuses cordes à son arc et qu’elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, au point de gifler Hunt devant toute l’Académie  pour l’avoir vexée.

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William Holman Hunt, The Awakening Conscience (1853)

Le tableau le plus représentatif de la relation entre Annie et Hunt est surement l’un des meilleurs de William Holman Hunt, The Awakening conscience sur le thème de la femme déchue, de la maîtresse (voire de la prostituée) qui aspire à une meilleure vie et cette seule aspiration transfigure le visage du personnage féminin qui, comme l’oiseau qui essaye de s’échapper par la fenêtre, regarde intensément le monde au-dehors à travers cette fenêtre qu’on voit se refléter dans un miroir, le miroir de sa propre conscience. Rien n’est idéalisé, tout est cosy et les moindres détails ramènent à la vie moderne la plus banale entre cette maîtresse et son protecteur qui la tient captive chez lui et dans ses bras.

Mais ce que Desperate Romantics nous aide à nous souvenir, c’est que les Préraphaélites n’ont pas seulement voulu révolutionner l’art conventionnel de leur époque mais aussi, grâce à de talents complets, ils ont marqué leur époque toute entière en poésie comme Gabriel Rossetti mais aussi en faveur des femmes non seulement en s’intéressant dans leur tableaux à la place de la femme mais aussi à leur sort dans la société, particulièrement les prostituées, chose qu’on retrouve dans la série avec le dispensaire créé par Charles Dickens et qu’Hunt participe à faire connaitre, quitte à se prendre quelques gifles de plus !

Mais ce qui m’a vraiment touché, c’est le talent de poète de Rossetti que je ne soupçonnais pas et quel honte qu’il ne soit pas assez connu en France, sans aucune bonne traduction digne de ce nom. Grâce à Virginia Woolf, j’avais déjà entendu parler de l’oeuvre poétique de sa soeur, Christina Rossetti, et j’ai pu d’autant plus savourer quelques pièces parmi l’oeuvre très productive de Gabriel, notamment « Sudden Light » parfaitement mis en scène et déclamé dans la série. Et quand on en lit, on a envie de tous les connaitre !

SUDDEN LIGHT

By D.G. Rossetti

 I HAVE been here before, 
              But when or how I cannot tell: 
          I know the grass beyond the door, 
              The sweet keen smell, 
    The sighing sound, the lights around the shore.

          You have been mine before,— 
              How long ago I may not know: 
          But just when at that swallow’s soar 
              Your neck turned so, 
    Some veil did fall,—I knew it all of yore.

          Has this been thus before? 
              And shall not thus time’s eddying flight 
          Still with our lives our love restore 
              In death’s despite, 
    And day and night yield one delight once more?

Effie Ruskin (Zoe Tapper)

Mais, à part le bonheur de ce bouillon de culture en regardant naïvement une bonne série, Desperate Romantics nous plonge parmi les meilleurs du XIXe siècle : John Ruskin (Tom Hollander, déjà apprécié dans Any Human Heart), l’homme de génie qui fait et défait les artistes à la point de sa plume mais aussi l’homme secret qui ne touchera jamais sa splendide femme, Effie (Zoe Tapper) pendant les cinq années de leur mariage, Charles Dickens, le premier des critiques frondeurs contre les Préraphaélites dont la langue acerbe est aussi bien pendue que sa longue barbe mais encore William Morris et « Ned » Burne-Jones, malheureusement légèrement sous-développés dans la série malgré leurs talents respectifs. Quel dommage d’en faire principalement de fangirls aux trousses de Gabriel.

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Fred Walters (Sam Crane)

Et au milieu de tous ces personnages extraordinaires se cache Fred Walters, un membre de la confrérie préraphaélite qui parait presque totalement fictif mais qui semble être un de leurs nombreux associés, tapis dans l’ombre. (Pour mieux connaitre Fred, suivez cette page). Fred joue les narrateurs mais il représente aussi tous ceux qui aspirent à faire partie de cette confrérie, remplie de gens extraordinaires mais aussi de personnes sans prétention qui sont capables de révolutionner leur époque s’ils suivent les mêmes idéaux pour devenir plus que de simples inconnus. Si vous vous reconnaissez en Fred, c’est que vous aussi vous prétendez à faire partie de la PRB (Pre-Raphaelite Brotherhood) avec deux siècles de retard mais rien ne dit que, quelque part, une nouvelle PRB n’est pas en marche, prête à vous accueillir.

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The PRB

Pour mieux se documenter

Après avoir regardé Desperate Romantics, si vous avez comme moi envie de tout connaitre de ces trois là et de toute la PRB, c’est que vous êtes normalement constitué. Comme je ne connais aucune parfaite bibliographie sur la PRB à vous conseiller, la BBC est toujours là quand on a besoin d’elle grâce à ses documentaires de qualité comme celui qui suit, très, très bien fait :

Où se procurer Desperate Romantics ?

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Le DVD de Desperate Romantics est disponible à l’achat pour EUR 12, 15 (avec sous-titres en anglais uniquement)

 

 

15 Réponses to “« Desperate Romantics » (BBC, 2009)”

  1. Matilda 17 juillet 2013 à 8:44 #

    J’espère que tu es fière de toi, j’avais résisté à l’envie de l’acheter jusque là et voilà que je viens de passer commande…
    Peut-être qu’ils se sont focalisé sur Rossetti parce qu’il a vraiment fondé le mouvement ? J’imagine que ce devait être compliqué si on voulait parler en détails de tous les peintures associés, ou alors créer un « héros » était plus entraînant pour la série.
    Tu as déjà lu Marché gobelin de Christina Rossetti ? C’est superbe, et maintenant je veux les poème de son frère.

    • Alexandra Bourdin 17 juillet 2013 à 10:27 #

      Désolée xD Mais je suis sûre que tu seras conquise ! Je ne sais pas si on peut parler d’un seul fondateur des préraphaélites, Rossetti est plus connu actuellement mais il a eu dû mal à se faire connaitre par rapport à ses deux potes, Millais et Hunt. S’il fallait parler de fondateurs, je crois qu’on ne peut pas choisir entre Rossetti, Millais et Hunt. Par contre, je pense que sa vie a été plus « croustillante » et donc plus abordable dans la série. Mais, si on regarde bien, chaque fondateur a vraiment sa part de l’histoire, même si Rossetti au fil des épisodes devient plus central.

      Je n’ai rien lu de Christina mais j’ai beaucoup entendu parlé du « Marché Gobelin », faut que je me le procure ! Mais je ne sais pas s’il est toujours édité….Les poèmes de son frère sont vraiment à découvrir !

      • Matilda 17 juillet 2013 à 5:36 #

        Marché gobelin avait été réédité il y a deux ou trois ans, j’avais sauté sur l’occasion pour l’acheter🙂

      • Alexandra Bourdin 17 juillet 2013 à 5:41 #

        Bon, je vais le commander donc ! On est quitte.😛

  2. Titine 17 juillet 2013 à 10:02 #

    Je n’avais pas entendu de bonnes critiques sur cette série mais ton billet me fait douter…tu as beaucoup beaucoup aimé ?

    • Alexandra Bourdin 17 juillet 2013 à 10:35 #

      Énormément aimé ! La fin est moins fidèle que le reste (je te laisse découvrir) et forcément, ils ont condensé en quelques mois ce qui prend des années à se mettre en place mais vraiment, c’est la meilleure chose que j’ai vu sur les préraphaélites !

  3. Alacris 18 juillet 2013 à 3:34 #

    *Je passe en vitesse sur les blogs tant que j’ai le wifi dans le café où je me suis installée xD*

    Une série historique sur un courant artistique, ouhhh je sens que ça va me plaire ! Même si je ne suis pas une énorme fan des pré-raphaëlites, à la base. J’aime bien, c’est joli, c’est mystérieux, mais je trouve que c’est loin d’être le courant artistique le plus intéressant à explorer. Certains tableaux se détachent du reste, comme l’Ophélia que tu as mise ici ou La Belle au Bois Dormant de Henry Meynell Rheam =) , dans l’ensemble c’est un peu trop précieux, et esthétique de manière épurée à mon goût – même si j’apprécie la place particulière réservée au féerique dans ce mouvement.

    Tout ce que tu dis donne super envie de découvrir en plus *__* (et s’il y a Kili de Bilbo, alors là… ! et oui je confirme les nains de Bilbo sont sexy xD)

    Bref, encore une fois tu as le don pour me convertir à des séries😀 même s’il faudra attendre des semaines pour que je puisse avoir du wifi et trouver tout ça… d’ailleurs j’ai fini la première saison de Ripper Street il n’y a pas longtemps, j’aime bien ! J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans avec les premiers épisodes mais les trois derniers étaient excellents, ce qui a fini par me conquérir.

    • Alexandra Bourdin 18 juillet 2013 à 5:03 #

      Tu es héroïque d’être assidue même en vacances dans un cyber-café avec une wifi j’imagine bien naze. xD

      Je crois que, même sans être une fan absolue des préraph », cette série est parfaite pour les redécouvrir sous un nouvel angle, voir quels principes ils suivent, quels liens hyper forts les lient. J’ai été conquise mais il est vrai que j’avais déjà de la sympathie pour ce courant. On a beaucoup tendance à reléguer les préraph dans de la peinture très portée sur l’imagination et l’adaptation d’oeuvres de Shakespeare, Keats, Tennyson mais j’ai été frappé par le réalisme de beaucoup de leurs tableaux.

      Je ne connaissais pas ce tableau sur Sleeping Beauty, comme quoi ! Merci de la découverte.
      Aidan Turner est un super acteur (en plus d’être super sexy dans The Hobbit. Ahem.) et là, je crois que tu ne pourras pas voir de meilleur Rossetti que sous ses traits et son jeu.

      C’est vrai qu’il faut s’adapter au début à Ripper Street mais je pense que la saison 2 sera géniale, maintenant qu’on est habitué au style et aux personnages de la série.Contente d’avoir rempli de nouveau mon office de tentatrice en chef es séries TV. xD

      • Alacris 5 août 2013 à 12:00 #

        Je pense aussi que la saison 2 de RP devrait vraiment être bien, maintenant que l’ambiance s’est installée comme il faut et qu’ils ont trouvé leur rythme ^_^
        Retour au wifi pour moi, je vais donc bientôt pouvoir regarder cette série ! :p

  4. valmleslivres 19 juillet 2013 à 5:19 #

    Je ne connaissais pas cette série mais come je suis fan des pré-Raphaelites et que je souhaite les faire découvrir à mes élèves, je note. Mon préféré est Ophelia.

    • Alexandra Bourdin 24 juillet 2013 à 11:52 #

      Si tu adores les préraph’, DR devrait te plaire ! Dans l’ensemble, elle est assez fidèle (même si elle concentre l’action en quelques mois alors que leur histoire a duré des années) malgré une fin un peu bâclée mais moi, j’ai pris beaucoup de plaisir.🙂

  5. Alison Mossharty 14 août 2013 à 3:02 #

    Je note alors ! Merci pour la découverte je ne connaissais pas du tout, mais c’est sur que je vais adoré, c’est le style de série que j’adore !

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