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« L’affaire Jane Eyre » (2001) de Jasper Fforde

16 Fév
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L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

« – Je suis censé la croiser par hasard; elle ne va pas tarder à arriver à travers champs dans cette direction. Comment suis-je ?

Il redressai sa cravate et hochai la tête en signe de satisfaction.

– Vous me trouvez beau, Miss Next ? s’enquit-il tout à trac.

– Non, répondit-je sincèrement.

– Bah s’écria Rochester. Coquines, toutes les deux ! »

 

 

Résumé

L’Affaire Jane Eyre est le premier tome de la série Thursday Next, l’héroïne éponyme. Le monde de 1985 dans lequel vit Thursday Next est uchronique, à la fois familier et décalé par rapport à l’Histoire telle que le lecteur la connait. Vétéran de la Guerre de Crimée qui oppose l’Angleterre et la Russie depuis plus d’un siècle, elle n’a jamais entendu parler de la Révolution russe (puisque la Russie est encore tsariste), du nazisme ou encore de la Guerre Froide. C’est qu’il n’y a plus non plus de Royaume-Uni puisque le Pays de Galles est enfin devenu indépendant (ce qui aurait ravi Perceval dans Kaamelott).

Shakesparleur (illustration de Maggy Roberts)

Ce monde nouveau est eugéniste : les expérimentations génétiques sont légions ce qui a permis de régénérer des espèces disparues comme les mammouths, les Neandertal, ce prolétariat par excellence considéré comme des sous-hommes ou encore les dodos clonés et transformés en animaux de compagnie à l’image de Pickwick, le dodo de Thursday qu’elle a cloné elle-même grâce à un kit de clonage. Si la science est omniprésente, la littérature l’est d’autant plus au point de voir un peu partout des Shakesparleurs, des automates qui, contre un peu de monnaie, déclament des monologues de Shakespeare ! (Si toi aussi tu veux un Shakesparleur dans le centre commercial le plus proche, tape 1)

Chose plus marquante, la police anglaise est divisée en plusieurs services d’opérations spécialisées, les Opspecs, allant d’OS-1 (« la police des polices » chargée des affaires internes des Opsecs) à OS-32 (Commission horticole) en passant par OS-27, la Brigade Littéraire où officie l’héroïne dans la cellule de Londres, sachant que la plupart des Opspecs sont top-secrets d’OS-1 jusqu’à OS-20. Si Thursday a grand hâte de monter les échelons et quitter OS-27, c’est pourtant en tant qu’agent de la Brigade Littéraire qu’elle va gagner ses lettres de noblesse, échappant enfin à la routine des contraventions contre les faussaires ou de l’éternelle querelle sur la paternité des œuvres de Shakespeare, La frontière entre réalité et fiction n’a jamais été aussi ténue quand un malfrat aux pouvoirs illimités, Achéron Hadès, décide non seulement de voler le manuscrit original de Jane Eyre mais de kidnapper l’héroïne du roman menaçant de l’éliminer grâce à une machine « La Porte de la Prose » qui permet de s’introduire dans n’importe quel roman. La mission de Thursday Next est la suivante : sauver son roman préféré et, accessoirement, s’acquitter d’une dette de longue date envers un certain Edward Fairfax Rochester…

Je sais, ça fait beaucoup trop longtemps que je n’ai pas posté sur La Bouteille. C’est mal. Très mal. Mais après tout, qu’importe la fréquence, n’est-ce-pas ? J’ai beaucoup d’admiration pour celles sur la blogosphère qui publient hebdomadairement (voire tous les jours, les petites fofolles !) mais je ne fais pas partie de ce club très fermé. Il faut se rendre à l’évidence, les vacances sont le meilleur moment pour bloguer pour moi. Ce n’est pas faute d’avoir lu depuis le mois d’août, date de mon dernier article sur le poignant Visages noyés de Janet Frame, mais avec un déménagement, mon année de M2 et la préparation du CAPES (cachez vos enfants l’an prochain,  inch’allah !), tenir ce blog n’a pas été ma priorité. Shame on me.

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Le temps où nous chantions (2003) de Richard Powers

Si je devais retenir un livre que j’aurais aimé prendre le temps de vous conseiller ici et de chroniquer, c’est bien Le temps où nous chantions de Richard Powers, un auteur américain contemporain que j’avais découvert il y a deux ans grâce à Adeline à l’occasion des Assises Internationales du Roman à Lyon. Le Temps où nous chantions a quelque chose de l’utopie moderne tellement l’Histoire américaine et surtout l’héritage de la ségrégation raciale est questionnée en confrontant une famille métissée passionnée de musique, persuadée que « la beauté sauvera le monde » comme l’écrit Dostoïevski dans L’Idiot et qu’il est possible d’élever leurs enfants « différents » abstraction faite des différences de races au nom de valeurs plus universelles comme la musique. Une famille en avance sur son temps. Avec ce roman, vous aurez 795 pages de lecture jubilatoire ponctuée de références musicales et d’une réflexion scientifique et métaphysique très poussée sur le temps et sur la possibilité de revivre le passé et de défier la mort. La portée de ces petits traités sur le temps occasionnels peuvent paraître déroutants en apparence et pourtant, c’est un roman qui pense bien le passé et qui aide à penser le présent. En un mot : foncez !

Si Le Temps où nous chantions a été mon coup de coeur de l’automne dernier, L’Affaire Jane Eyre est celui de ce début d’année. Si c’est déjà un classique du genre à peine une dizaine années depuis sa publication, j’ai un peu eu l’impression de combler une lacune tellement j’ai entendu du bien de ce roman autour de moi avant de le lire et depuis que j’en parle avec des proches maintenant que je l’ai lu. Autre chose positive, ça faisait une éternité que je n’avais pas lu de science-fiction juste pour le plaisir alors que je suis totalement passée à coté du Meilleur des mondes d’Huxley que j’ai étudié l’an dernier pour la fac. Ça fait du bien de revenir aux sources puisque c’est un peu grâce à la fantasy et à la science-fiction que l’ado que j’étais a appris à aimer lire.

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier

En vérité, c’est un autre roman de science-fiction, cette fois de littérature jeunesse, qui m’a donné envie de lire enfin L’affaire Jane Eyre qui était dans ma liste à lire depuis bien sept ans : Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier conseillé par un ami. Le lien entre les deux, c’est la possibilité d’expérimenter une lecture améliorée, complètement virtuelle et à la fois très réaliste assez proche de celle du spectateur et pourtant plus active, où il serait possible non seulement de s’introduire dans l’univers du livre mais d’y vivre et donc de potentiellement en modifier le cours de l’action. Badass, n’est-ce-pas ? Sauf qu’autant L’affaire Jane Eyre que Virus L.I.V 3 en explorent à la fois l’énorme potentiel et le danger de concevoir la lecture comme une expérience totale puisque si le lecteur a tous les droits, pouvant non seulement s’approprier l’univers d’un autre mais aussi quelque part être un acteur à part entière de la fiction, la fiction en sort forcément altérée et lui aussi. Disons pourtant que L’affaire Jane Eyre est quelque part moins moralisateur avec un style beaucoup plus sarcastique et parodique par rapport à Virus L.I.V 3 qui explore la rivalité entre la lecture et la culture visuelle, virtuelle et numérique dans un futur proche où il y aurait l’accomplissement d’une République des Lettres où les lettrés et les érudits seraient au pouvoir (l’Académie française à  l’Assemblée en quelque sorte, sexy, n’est-ce-pas ?) alors que les adeptes des nouvelles technologies et les hackers (dans les banlieues, forcément…) seraient des marginaux qui auraient décider de détruire les livres grâce à un virus qui changerait la façon de lire et d’écrire de la fiction et par la même occasion rendrait les pages complètement blanches, effaçant totalement l’écrit de notre quotidien. Forcément, ça rentre en résonance avec l’actualité et ce que l’on vit quotidiennement, à la fois constamment connectés et pour certains, gardant un lien toujours fragile avec l’écrit et les livres.

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« Ils étaient des milliers à encercler le poste derrière des barrières de sécurité, une bougie dans une main et un exemplaire du roman dans l’autre – un roman sérieusement écorné vu que le récit s’arrêtait abruptement au milieu de la page cent sept, après l’intrusion d’un mystérieux « agent en noir » dans la chambre de Rochester. (…) 
– Il n’y a pas grand chose à lire, rétorqua Victor. Jane Eyre a été écrit à la première personne, avec la disparition de la narratrice, Dieu seul sait ce qui va arriver ensuite. Moi je pense que Rochester va sombrer dans la mélancolie, expédier Adèle dans un pensionnat et fermer la maison. »

Mais l’intérêt véritable de L’affaire Jane Eyre, c’est quand même l’univers revisité de Charlotte Brontë. Depuis les tous débuts de ce blog, je n’ai pas caché mon amour inconditionnel pour Jane Eyre, pour son adaptation de 2006 et pour la famille Brontë. Lire ce premier roman de Jasper Fforde a donc forcément un plaisir pour la « brontéienne » que je suis qui rend merveilleusement hommage au roman de Charlotte Brontë. Avec ça, rien de plus simple que de s’identifier avec Thursday Next qui aime ce roman depuis son plus jeune âge et qui a une tendresse particulière (comme nous toutes) pour Edward Rochester. Pourtant, le roman qu’elle connait est différent à quelques détails près de la version que vous avez lu. A l’origine, la rencontre entre Jane et Rochester (mythique s’il en est) est des plus banale et surtout, la fin a quelque chose de cauchemardesque puisque Jane aurait fini par accompagner son (idiot) de cousin Saint-John Rivers en Inde (sans l’épouser, Dieu merci), laissant ainsi ce pauvre Edward à son triste sort avec sa cruelle femme séquestrée dans le grenier. Une fin bien p(our)ritaine, donc. C’est d’ailleurs comme ça que le kidnappeur de Jane Eyre, Achéron Hadès, l’appelle :

« Ce que vous pouvez être assommante, Jane, avec votre côté puritain. Vous auriez dû profiter de l’occasion pour partir avec Rochester au lieu de gâcher votre vie avec cette lavette de Saint-John Rivers. »
Edward Rochester (Toby Stephens) & Jane Eyre (Ruth Wilson) dans l'adaptation de 2006, réalisée par Susanna White.

Edward Rochester (Toby Stephens) & Jane Eyre (Ruth Wilson) dans l’adaptation de 2006, réalisée par Susanna White.

Si dans le monde de Thursday Next, c’est le puritanisme de Charlotte Brontë qui est retenu, personnellement moi, je n’y crois pas une seconde. Charlotte Brontë est autant sensible dans son écriture à la passion que sa soeur Emily qu’on oppose souvent beaucoup trop facilement. Ainsi, quelque part, l’intervention d’Achéron Hadès est presque une bénédiction puisqu’il donne la possibilité d’une nouvelle chance pour Jane et Rochester. Parlons-en de ce salaud. Il m’a beaucoup fait penser à un Moriarty, professeur et malfrat sans scrupules comme lui d’autant plus que les clins d’œil au monde de Sherlock Holmes sont nombreux par exemple avec le prénom de l’oncle de Thursday, Mycroft, l’inventeur du « Portail de la Prose » que convoite Achéron Hadès. Ce n’est pas spécialement un personnage qui m’a touché même si ses apparitions et sa verve étaient toujours agréables à lire mais je comprends qu’il ait pu marqué un bon nombre de lecteurs et qu’il doit être bien classé parmi les meilleurs vilains.

Pickwick, le dodo de Thursday Next.

Pickwick, le dodo de Thursday Next.

Personnellement, c’est Thursday qui m’a le plus touchée parce qu’il s’agit d’un personnage féminin fort qui a un talent exceptionnel pour se sortir de situations impossibles et pour ne pas obéir aux ordres. Un esprit libre, en somme. Bien sûr, sa situation amoureuse est au point mort malgré un ex-fiancé l’écrivain Landen Parke-Laine avec qui elle s’est brouillée dix ans avant l’action puisqu’il est à l’origine de la disgrâce de son frère Anton, mort en Crimée et tenu responsable d’une opération militaire qui aurait mal tournée. La famille de Thursday est d’ailleurs assez cool quand on y pense, mon préféré étant son frère « le très irrévérent » Joffy Next, prêtre à l’ESU (le culte de l’Etre Suprême Universel), avec qui Thursday se chamaille tout le temps. Elle a aussi un père très spécial, ancien colonel à la ChronoGarde (OS-12) et fugitif dans l’espace-temps qui fige le temps de temps en temps pour rendre un petite visite à sa fille et lui poser quelques questions sur l’Histoire telle qu’elle la connait. Une sorte de Doctor Who humain, en somme. Forcément, il a tout pour me plaire ! Mais ce que j’envie plus que la famille de Thursday Next, c’est son tout mignon petit dodo, Pickwick !

Le roman de Jasper Fforde n’est pas seulement un hommage à Jane Eyre mais à toute la littérature britannique et américaine allant de William Wordsworth, Edgar Allan Poe où deux personnages se trouvent coincée dans l’un de leurs poèmes respectifs en passant par Charles Dickens, Milton, Keats jusqu’à Shakespeare bien sûr qui est un peu le saint patron du monde de Jasper Fforde. Il y a bien sûr ces inventions géniales que sont les Shakesparleurs mais rien qu’une représentation de Richard III reste une expérience unique puisque les comédiens sont choisis parmi le public une heure avant la représentation et que le public est plus que jamais réactif, déclamant les répliques en même temps que les comédiens plus ou moins amateurs. A quand des pièces participatives et communautaires comme ça en France, les enfants ? Clairement, à la lecture de Jasper Fforde, on a l’impression que les fantasmes des amoureux de la lecture se trouvent réalisés et qu’il s’est beaucoup amusé rien que dans le choix des noms de ses personnages qui sont souvent emprunts de clins d’œil littéraires comme par exemple Spike Stoker, un agent d’OS-17 (Elimination de Vampires et de Loup-Garous : Suceurs et Mordeurs) avec qui Thursday se lie d’amitié.

C’est cet aspect parodique et l’humour de ce roman qui m’a le plus plu. Il y a quelque chose de délectable de se retrouver dans un monde aussi familier surtout quand on est amateur de littérature. L’organisation du roman est aussi très appréciable où chaque chapitre est précédée d’une fausse citation en exergue tirées par exemple de la biographie de Thursday Next par un certain Millon de Floss qui permettent parfois une mise en contexte  mais le plus souvent d’augmenter la part humoristique de l’ensemble.

Après avoir lu L’affaire Jane Eyre, j’ai enchainé avec le deuxième tome de la série, Délivrez-moi et je compte bien continuer dans ma lancée avec les cinq suivants. J’en suis à la moitié et je dois avouer que le coup de foudre n’a pas été aussi immédiat qu’avec L’affaire Jane Eyre mais c’était difficile de rivaliser. Toutefois, depuis quelques chapitres, je recommence à rire aux éclats donc je ne pense pas me délivrer de sitôt de Jasper Fforde !

Où trouver L’affaire Jane Eyre

Edition 10/18

Edition 10/18

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Titre original : The Eyre Affair

Edition : 10/18 (410 p.)

Traduit par Roxane Azimi

9,60€

 

 

Où trouver les autres ? 

Edition 10/18

Edition 10/18

Le Temps où nous chantions de Richard Powers

Titre original : The Time of Our Singing

Edition : 10/18 (795 p.)

Traduit par Nicolas Richard

11,10 €

 

 

Livre de Poche Jeunesse

Livre de Poche Jeunesse

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres de Christian Grenier 

Edition : Livre de Poche Jeunesse (190 p.)

4,95 €

 

 

 

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Poésie de Charlotte, Emily, Anne & Branwell Brontë

29 Sep
Emily Bronte (Isabelle Adjani), Charlotte Bronte (Marie-France Pisier) & Anne Bronte (Isabelle Huppert)

Emily  (Isabelle Adjani), Charlotte (Marie-France Pisier) et Anne Brontë (Isabelle Huppert) dans Les Sœurs Brontë

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

 

 

 

 

 

 

 

 

« Sweet Love of youth, forgive if I forget thee,

While the world’s tide is bearing me along:

Sterner desires and other hopes beset me,

Hopes which obscure, but cannot do thee wrong! »

 Emily Bronte, « Remembrance »

Charlotte Brontë

Charlotte Brontë

Pour cette nouvelle édition 2013-2014 de mon rendez-vous mensue« Un mois, un extrait » créé il y un an, j’ai eu envie de mettre en avant les premiers amours de ce blog, qui fête déjà sa première année d’activité régulière, tout ça à bon port et avec un équipage et des passagers tous plus fidèles les uns que les autres ! Et comme j’ai déjà beaucoup parlé  des talents narratifs de la famille Brontë, principalement grâce à Charlotte avec Jane Eyre & Le Professeur, j’ai eu envie de vous faire découvrir leurs œuvres plus méconnues, à savoir la poésie de la famille Brontë qui se sont tous les quatre essayés à cet art exigeant et sensible.

Mais avant toute chose…

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !
« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :
#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 
#6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST 
#7: De profundis d’Oscar Wilde
#8: Look Back in Anger de John Osborne 
 
Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page.
Si vous voulez participer avec moi à ce rendez-vous de partage ou si  vous avez un conseil de lecture particulier, contactez-moi à l’adresse bottleinasea[at]gmail.com ou à l’aide des commentaires ci-dessous.
Emily Brontë

Emily Brontë

Ma première approche de la poésie des Brontë a été celle d’Emily grâce au petit recueil bilingue Poèmes de la Nrf. Généralement considérée comme la meilleure poétesse de la famille pour sa sensibilité et la maturité de ses thèmes de prédilection. Si j’ai commencé ce billet justement par des vers de son poème « Remembrance » (découvert grâce à la vidéo ci-dessous) c’est que je partage cet avis et l’univers d’Emily très longtemps depuis ma lecture de Wuthering Heights, peut-être le roman qui résume le mieux les aspirations de l’adolescence pour la passion avant de s’assagir un peu ! (ou pas)

Mais si on se souvient plus facilement de la fraîcheur, du poids du désir et de la fascination des landes chez Emily, le poème qui suit montre une facette plus grave, à la recherche d’un repos apaisé pour faire taire sa conscience et ses interrogations. Qu’est-ce qu’une journée bien remplie peut nous apprendre, propice a priori au repos bien mérité ? Et pourtant, qui sème le vent récolte la tempête ! La conscience, la culpabilité ont beaucoup à dire et mentent tout autant ! Seule la mort peut pleinement nous apaiser ou, ici-bas, la tranquillité qu’offre l’heure de minuit suffit-elle tout simplement ?

SELF-INTERROGATION

Emily Brontë

“The evening passes fast away.
’Tis almost time to rest;
What thoughts has left the vanished day,
What feelings in thy breast?

“The vanished day? It leaves a sense
Of labour hardly done;
Of little gained with vast expense—
A sense of grief alone?

“Time stands before the door of Death,
Upbraiding bitterly
And Conscience, with exhaustless breath,
Pours black reproach on me:

“And though I’ve said that Conscience lies
And Time should Fate condemn;
Still, sad Repentance clouds my eyes,
And makes me yield to them!

“Then art thou glad to seek repose?
Art glad to leave the sea,
And anchor all thy weary woes
In calm Eternity?

“Nothing regrets to see thee go—
Not one voice sobs’ farewell;’
And where thy heart has suffered so,
Canst thou desire to dwell?”

“Alas! the countless links are strong
That bind us to our clay;
The loving spirit lingers long,
And would not pass away!

“And rest is sweet, when laurelled fame
Will crown the soldier’s crest;
But a brave heart, with a tarnished name,
Would rather fight than rest.

“Well, thou hast fought for many a year,
Hast fought thy whole life through,
Hast humbled Falsehood, trampled Fear;
What is there left to do?

“’Tis true, this arm has hotly striven,
Has dared what few would dare;
Much have I done, and freely given,
But little learnt to bear!

“Look on the grave where thou must sleep
Thy last, and strongest foe;
It is endurance not to weep,
If that repose seem woe.

“The long war closing in defeat—
Defeat serenely borne,—
Thy midnight rest may still be sweet,
And break in glorious morn!”

Charlotte Brontë

J’ai toujours pensé que Charlotte était la plus stoïcienne de la famille Brontë, à l’image de Jane Eyre, souffrant  parfois mais, avec son bon sens habituel, se ressaisissant toujours avec courage (« bear{ing] a cheerful spirit still ») après être passée par une phase nécessaire de passion intense ou de découragement. J’ai toujours apprécié  ça dans son écriture et chez ses personnages : le retour au bon sens sans forcément dénié que nous sommes des êtres qui souffrent, aiment et ressentent profondément l’absence de l’être aimé sans forcément, tel un Heathcliff péter une durite, exhumer le cadavre de Cathy, hanté par son absence-présence. Malgré un sujet assez sérieux et grave, Charlotte réussie à produire un poème extrêmement lumineux, plein d’espoir. Mes vers préférés restant :

« When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are.

(…)

We can meet again, in thought. »

Et croyez-moi, écouter ce poème sur son mp3 (et particulièrement ces vers), en traversant un pont tout en observant les reflets du Rhône,  ça n’a pas de prix.

« PARTING »

Charlotte Brontë

THERE’S no use in weeping, 
Though we are condemned to part: 
There’s such a thing as keeping 
A remembrance in one’s heart: 

There’s such a thing as dwelling 
On the thought ourselves have nurs’d, 
And with scorn and courage telling 
The world to do its worst. 

We’ll not let its follies grieve us, 
We’ll just take them as they come; 
And then every day will leave us 
A merry laugh for home. 

When we’ve left each friend and brother, 
When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are. 

Every glorious sight above us, 
Every pleasant sight beneath, 
We’ll connect with those that love us, 
Whom we truly love till death ! 

In the evening, when we’re sitting 
By the fire perchance alone, 
Then shall heart with warm heart meeting, 
Give responsive tone for tone. 

We can burst the bonds which chain us, 
Which cold human hands have wrought, 
And where none shall dare restrain us 
We can meet again, in thought. 

So there’s no use in weeping, 
Bear a cheerful spirit still; 
Never doubt that Fate is keeping 
Future good for present ill ! 

Anne Brontë

Anne Brontë

Anne est clairement la soeur Brontë que je connais le moins, n’ayant pour l’instant lu aucun de ses romans et ce n’est pas faute d’avoir Agnès Grey et The Tenant of Wildfell Hall dans ma PAL. J’espère profiter de 2013-2014 et du Challenge « Les Soeurs Brontë » chez Missycornish pour remédier à cette lacune. Pour compenser, en achetant le volume 1 du CD The Brontes : The Poems en juin dernier, j’ai pu écouter un certain nombre des poèmes d’Anne, au même titre que ceux des trois autres Brontë. Dans mon imaginaire, Anne est pour moi la plus « sage » de ses soeurs, peut-être aussi la plus pieuse, persuadée qu’un roman doit être avant-tout le medium d’une leçon morale. Très terre-à-terre et réaliste, Anne est la gouvernante par excellence, celle qui enseigne sans pouvoir se laisser porter par ses rêves. Et pourtant, l’espace du poème, du moins celui que j’ai choisi, semble plus aérien : on est emporté par la fraîcheur des souvenirs, l’enfance, la pureté et pourtant, ce n’est qu’un état de grâce puisque la souffrance (« grief (although, perchance, their stay be brief) ») perturbe ce moment parfait ce qui n’est pas étonnant puisque les sœurs Brontë ont connu très jeune le deuil, autant de leur mère que de leurs sœurs aînées emportées par la tuberculose. Toutefois, tout comme Charlotte, ces souvenirs heureux et lumineux permettent tout de même d’être rappelés à la vie pour mieux avancer au jour le jour en cas de détresse présente…

MEMORY

Anne Brontë

BRIGHTLY the sun of summer shone
Green fields and waving woods upon,

And soft winds wandered by;
Above, a sky of purest blue,
Around, bright flowers of loveliest hue,
Allured the gazer’s eye.

But what were all these charms to me,
When one sweet breath of memory
Came gently wafting by?
I closed my eyes against the day,
And called my willing soul away,
From earth, and air, and sky;

That I might simply fancy there
One little flower–a primrose fair,
Just opening into sight;
As in the days of infancy,
An opening primrose seemed to me
A source of strange delight.

Sweet Memory! ever smile on me;
Nature’s chief beauties spring from thee;
Oh, still thy tribute bring
Still make the golden crocus shine
Among the flowers the most divine,
The glory of the spring.

Still in the wallflower’s fragrance dwell;
And hover round the slight bluebell,
My childhood’s darling flower.
Smile on the little daisy still,
The buttercup’s bright goblet fill
With all thy former power.

For ever hang thy dreamy spell
Round mountain star and heather bell,
And do not pass away
From sparkling frost, or wreathed snow,
And whisper when the wild winds blow,
Or rippling waters play.

Is childhood, then, so all divine?
Or Memory, is the glory thine,
That haloes thus the past?
Not ALL divine; its pangs of grief
(Although, perchance, their stay be brief)
Are bitter while they last.

Nor is the glory all thine own,
For on our earliest joys alone
That holy light is cast.
With such a ray, no spell of thine
Can make our later pleasures shine,
Though long ago they passed.

branwell (1)

Patrick Branwell Brontë

Quand on aime les écrits des soeurs Brontë, Branwell est presque une légende. Cet Heathcliff, ce Rochester des mauvais jours est aussi un homme à part entière, assez méconnu et pourtant génial : écrivain né depuis le monde imaginaire de Glass Town et d’Angria créé par les enfants Brontë, portraitiste et précepteur. On a tout(e)s en tête le portrait des sœurs Brontë peint par Branwell où il s’est délibérément effacé pour ne pas surchargé le tableau. Cette disparition de la figure du frère est presque symbolique, tellement  il est à la fois toujours dans l’ombre de ses sœurs et omniprésent dans leur oeuvre.  Il faut dire qu’on connait surtout Branwell par le romanesque et la vie mouvementée et brisée qu’il a connu : alcoolique, dépendant au laudanum, atteint de delirium tremens et finalement tuberculeux, Branwell est surtout  un vrai  personnage byronien, amoureux éconduit qui  va se détruire faute de pouvoir avoir pour lui seul celle qu’il aime. (Heathcliff, sors de ce corps.) Qui était-elle ? Mrs Lydia Robinson, née Gisborne, la maîtresse de maison chez qui il a été précepteur. Tout porte à croire que Lydia serait devenue sa maîtresse, et que oh ! surprise, son mari l’aurait découvert, le chassant de céans, non sans une compensation financière donnée en secret par Mrs Robinson avec l’aide d’un domestique.  Branwell aurait espéré qu’une fois l’époux passé de vie à trépas, Lydia aurait pu devenir sa femme légitime mais, pas bête le bougre, Mr Robinson aurait stipulé dans son testament que sa femme n’hériterait de rien si elle n’osait ne serait-ce que penser à finir ses vieux jours au  coté de Patrick Branwell Brontë, son amant. Mort des amants. THE END.

De cette liaison est née le poème qui suit, avec un titre évocateur puisqu’il reprend le nom de jeune fille de Lydia (très évocateur pour les spectatrices de Robin Hood) comme une façon de rendre cette femme toujours libre alors même qu’il la présente presque captive dans sa propre maison et dans son mariage. Il faut savoir qu’elle était littéralement « libre » puisqu’elle aurait eu plusieurs amants (Branwell n’étant ni son premier, ni son dernier). Lydia Robinson est visiblement une figure assez ambiguë mais Branwell en garde forcément un souvenir idéalisé, cristallisé alors qu’elle ne va pas hésiter après  la mort de son mari à se remarier très avantageusement avec un certain Lord Scott (pas lui,  un autre), tout juste veuf de deux mois pour devenir une parfaite mondaine londonienne…. Toutefois, Branwell n’est pas non plus dupe et une certaine amertume traverse la fin du poème, où ses espoirs sont noyés dans la rivière Ouse comme un siècle plus tard ceux de Virginia Woolf…

LYDIA GISBORNE

Patrick Branwell Brontë

On Ouse’s grassy banks – last Whitsuntide,
I sat, with fears and pleasures, in my soul
Commingled, as ‘it roamed without control,’
O’er present hours and through a future wide
Where love, me thought, should keep, my heart beside
Her, whose own prison home I looked upon:
But, as I looked, descended summer’s sun,
And did not its descent my hopes deride?
The sky though blue was soon to change to grey –
I, on that day, next year must own no smile –
And as those waves, to Humber far away,
Were gliding – so, though that hour might beguile
My Hopes, they too, to woe’s far deeper sea,
Rolled past the shores of Joy’s now dim and distant isle. 

J’espère que ce nouveau rendez-vous d’« Un mois, un extrait » après quelques temps d’absence et un peu plus fourni que d’habitude vous aura plu et que ça vous incitera à lire ou écouter la poésie et les romans les moins connus de la famille Brontë.  N’hésitez pas à me suggérer des extraits pour les prochains numéros!

Où écouter les poèmes de la famille Brontë ? 

A part le dernier poème de Branwell, ceux cités (et bien d’autres !) sont facilement écoutables dans le volume 1 et le volume 2 d’un livre-audio regroupant les poèmes des Brontë.

Brontës – The Poems (vol. 1 & 2). Lus par Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf & Jo Wyatt. EUR 7, 99 chacun, téléchargeables en mp3 sur Amazon.

Mais si vous aimez lire surtout de la poésie en recueil (quoi que les deux sont tout-à-fait compatibles !), vous pouvez découvrir les Brontë en piochant dans :

Cahiers de poèmes – Emily Brontë

– Cahiers de poèmes d’Emily Brontë (Points) – EUR 6, 84 (qui vient de rejoindre gentillement mon panier Amazon)

– Le monde du dessous : Poèmes et proses de Gondal et d’Angria de Charlotte Brontë, Anne Brontë, Emily Brontë et Branwell Patrick Brontë (J’ai lu) – EUR 7, 41 (Idem)

Poems of Currer, Ellis & Acton Bell – (Format Kindle, gratuit)

 

 

 

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Troisième participation au Challenge ‘Les Soeurs Brontë » chez Missycornish

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Première participation au Challenge XIXe siècle chez Netherfield Park

Mes Lectures Communes

13 Juil

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Depuis le début du mois, je me suis un peu lâchée avec les challenges. Il faut dire que la tentation était trop grande et j’ai même organisée mon propre challenge sur la Littérature et la culture du Commonweath. Vous êtes d’ailleurs vivement encouragé(e)s d’y participer si vous voulez découvrir la littérature anglophone différemment grâce à un petit Tour du monde. Vous pouvez même nous rejoindre dans le groupe FB du challenge « Littérature du Commonwealth ».

Mais après avoir cédé à autant de challenges, il me fallait bien affronter les conséquences. Voilà pourquoi je me suis engagée dans beaucoup de LC pour me motiver, particulièrement en octobre pour le mois américain chez Noctembule. Voilà pourquoi j’ai eu envie d’organiser d’autres LC, et si mes prochaines lectures programmées coïncident avec vos envies ou votre PAL, n’hésitez pas à me rejoindre ! J’aime beaucoup ces moments de partages et ce genre de lectures communes est toujours l’occasion parfaite.

Le Pavé de l’été

Chez Brize

[Lire minimum un pavé d’au moins 600 pages]

 

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Villette de Charlotte Brontë

– Sépulcre de Kate Mosse

– Le Clan des Otori, Le Fil du Destin de Lian Hearn

– Le temps où nous chantions de Richard Powers

– Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski

 

Challenge « Littérature du Commonweath »

Chez La Bouteille à la Mer

[12 pays du Commonwealth retenus, 12 LC chaque mois mettant à l’honneur un pays]

Juillet (Nouvelle-Zélande)

– The Whale Rider de Witi Ihimaera avec Laura

– Visages noyés de Janet Frame avec Alexandra

Les âmes brisées d’Alan Duff avec Alexandra

Août (Australie)

– Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough (Australie) avec Alexandra

– Les affligés de Christ Womersley avec Valérie, Alexandra et Laura

Septembre (Québec)

– Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel (Québec) avec Laura, Cryssilda, Yueyin et  Alexandra

Octobre (Irlande)

– Dubliners de James Joyce (Irlande) avec Laura, Valérie et Alexandra

Novembre (Inde)

– A Passage to India d’E.M Forster avec Laura

Décembre (Afrique du Sud)

– Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela avec Laura

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Janvier (Chypre) 

– Citrons acides de Laurence Durrell avec Laura

Février (Canada)

– Captive de Margaret Atwood avec Laura


Mars (UK et Pays extérieurs au Commonwealth)

–  Kim de Rudyard Kipling avec Laura et Alexandra

– Le pays oublié du temps de Xavier-Marie Bonnot avec Valérie

Avril (Rwanda)

– Un livre sur le génocide rwandais (Rwanda)

– Une saison de machettes de Jean Hatzfeld avec Valérie, Laura et Alexandra

Mai (Malte)

– Malta Haninai de Daniel Rondeau avec Laura

Juin (Papouasie)

– The Crocodile de Vincent Eri avec Laura

 

Le mois québécois (Septembre)

Chez Karine & Yueyin

[Lire tout le mois de septembre autant d’auteurs québécois que possible]

Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel avec Cryssilda, Yueyin et Alexandra

 

Le mois américain (Octobre)

Chez Noctembule

[Lire tout le mois d’octobre autant d’auteurs américains que possible]

– Un livre d’Edgar Allan Poe pour le 2 octobre : Noctenbule et Alexandra

– Un livre de Edith Wharton pour le 16 octobre: avec George et Alexandra

– Un livre de William Faulkner pour le 22 octobre avec Alexandra

– Un livre d’Ernest Hemingway pour le 26 octobre avec Noctenbule et Alexandra

– Un livre de Charles Bukowski pour le 28 octobre  avec Noctenbulelacritiquante et moi

– Adieu Gloria de Megan Abbott  avec Alexandra

– Fragments du Paradis de F.S Fitzgerald avec Alexandra

– Un bon jour pour mourir  de Jim Harrison pour le 21 octobre avec Alexandra

– Trois fermiers s’en vont au bal de Richard Powers avec Alexandra

– L’épée de Vérité – Tome 2 de Terry Goodkind avec Alexandra

 

Challenge « Les Sœurs Brontë »

Chez MissyCornish

Villette de Charlotte Brontë (Août)

La recluse de Wildfell Hall d’Anne Brontë (Septembre)

– The Bronte Family; Read By Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf (Livre-audio)

 

Challenge « Thrillers & Polars »

Chez Liliba

[Catégorie « Touriste Planqué » : 8 lectures au choix]

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam en Livre-audio pour moi (Août)

A Study in Scarlet d’Arthur Conan Doyle (Septembre)

– Adieu Gloria de Megan Abbott (Octobre)

Le club des policiers yiddish de Michael Chabon (Octobre)

– R&B : Le gros coup de Ken Bruen (Novembre)

– L’âme du mal de Maxime Chattam (Décembre)

 

Challenge « Pavé de l’été »

28 Juin

Avec l’été qui est là (façon de parler vu la météo), c’est aussi la saison des challenges qui arrive pour mettre au régime nos PAL respectives qui ne demandent que ça. Après le challenge Polars & thrillers de Liliba (qui finit le 7 juillet mais que je continuerai pour le plaisir) et le challenge Virginia Woolf chez Lou, voici un challenge estival « Le Pavé de l’été » chez Brize qui, comme son nom l’indique, invite à profiter des grandes vacances pour lire de beaux pavés, ceux qu’on a envie de lire toute l’année mais qu’on n’a pas le temps de dévorer.

 

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Voici les règles de ce challenge :

– lire minimum un pavé d’au moins 600 pages (c’est déjà du bon pavé !) : roman, séries e romans ou recueil de nouvelles (de style « Omnibus ») ou une biographie par exemple.

– nos billets sont à publier avant le 15 octobre 2013, date de clôture du challenge (l’été est prolongé, qui dit mieux ?) et leurs liens devront être postés dans les commentaires du billet récapitulatif du challenge chez Brize.

– les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 août ce qui vous donne le temps de vous décider !

 

Comme tout challenge qui se respecte, voici mon programme ! Rassurez-vous, je ne compte pas tous les lire mais je compte bien piocher dans cette liste de mes pavés à lire en priorité. Comme toujours, si une lecture commune vous fait envie, n’hésitez pas à me le dire, le livre en question pourrait devenir plus qu’une simple priorité !

 

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– Docteur Faustus de Thomas Mann (667 pages)

– Sépulcre de Kate Mosse (819 pages)

– Le Clan des Otori, Le Fil du Destin de Lian Hearn (683 pages)

 

 

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– Villette de Charlotte Brontë (711 pages)

– Labyrinthe de Kate Mosse (821 pages)

– Le Clan des Otori IV, Le Vol du Héron de Lian Hearn (739 pages)

 

 


– Vie et destin de Vassili Grossman (1173 pages)

– Histoire de Tom Jones d’Henry Fielding (1071 pages)

– Le temps où nous chantions de Richard Powers (1046 pages)

– Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski (989 pages)

 

Et vous, quel pavé comptez-vous lire cet été, sans forcément participer à ce challenge ? 

"Une chambre à soi" de Virginia Woolf

15 Juin
« Il est néfaste pour celui qui veut écrire de penser à son sexe. »

L’argument


Pourquoi les pièces de Shakespeare n’ont pas été écrites par une femme ? Quelles sont les conditions autant matérielles que morales pour écrire une oeuvre de fiction ? Quand les femmes ont-elles arrêté d’écrire pour se plaindre pour enfin faire oeuvre d’art ? Dans cette conférence de 1929 sur les femmes et le roman, Virginia Woolf nous entraîne dans une promenade à travers les siècles, de l’époque élisabéthaine au monde contemporain depuis le droit de vote accordé aux femmes, pour entreprendre une véritable généalogie des conditions favorables et défavorables de l’écriture féminine pour enfin s’interroger sur la différence des sexes et pour conseiller les futures femmes de lettres sur ce qui doit les guider dans l’écriture.

Même dans ses essais, on retrouve l’amour de Virginia Woolf pour la fiction que cela soit, avec sérieux pour son propos en discutant de la relation entre les femmes et la fiction ou dans sa propre écriture où chaque chapitre (comptez-en six) prend les airs d’une mise en scène littéraire qui nous fait suivre une narratrice, Mary, dans son voyage à travers les époques sur les traces des femmes écrivains. 

 

Le premier chapitre nous emmène à Oxbridge, une université fictive entre Oxford et Cambridge, où les femmes ne sont pas autorisées à marcher sur le gazon ou à entrer dans une bibliothèque sans lettre de recommandation. Au second chapitre, on la retrouve dans la maison de sa tante pendant et après un repas où la digestion est propice à la réflexion sur les femmes mais aussi au coeur de ses recherches dans les rayonnages du British Museum où elle se met en colère contre l’affirmation selon laquelle « les femmes [seraient] intellectuellement, moralement et physiquement inférieurs aux hommes ». Le troisième chapitre se situe au coeur du XVIe siècle où face au génie de Shakespeare, sans égal, la narratrice retrace le destin de la soeur du dramaturge, Judith, vouée à l’oubli malgré les mêmes talents que son frère sans être permise à cause des circonstances d’écrire une seule ligne pour, tragiquement, se donner la mort se découvrant enceinte.. 

 

Le quatrième temps de son voyage est celui des pionnières sorties de l’anonymat avec Jane Austen et Charlotte Brontë, deux modèles opposés qui abordent l’écriture avec deux esprits différents, l’un avec confiance, l’autre avec rancune contre ces hommes qui lui ont empêché de visiter le vaste monde. C’est à ce moment-là que les femmes de lettres entrent vraiment dans l’Histoire et, c’est au chapitre 5 et 6, que Virginia Woolf s’attaque au lourd débat sur la différence des sexes où, à la suite de Coleridge, elle adhère à l’idée que les grands écrivains sont ni des hommes, ni des femmes mais délibérément androgynes. Ce profil de l’écrivain androgyne, qui garde l’équilibre entre son coté masculin et son coté féminin , est proprement l’aspect le plus fictionnel dans Une chambre à soi et fait écho par exemple à la figure d’Orlando, ce génie androgyne et immortel.
Aphra Behn
Christina Rossetti
Ce que j’ai trouvé passionnant dans cet essai, c’est l’hommage que Virginia Woolf rend à toutes ces femmes de lettres oubliées et qui, pourtant, sont des pionnières qu’il s’agit de faire revivre. J’ai aimé rencontrer certaines figures comme Christina Rossetti, la soeur du peintre préraphaélite Dante Gabriel Rossetti, ou Aphra Behn, cette dramaturge de la Restauration, ou encore la figure fictive de la soeur de Shakespeare qui est une invention prodigieusement géniale et très inspirante. D’ailleurs, la soeur de Shakespeare est en quelque sorte l’âme de toute écrivain féminine en puissance, comme un modèle à suivre et à faire survivre ce qui me touche d’autant plus, moi qui aime tant écrire :

 

« Je vous ai dit au cours de cette conférence que Shakespeare avait une sœur ; mais n’allez pas à sa recherche dans la vie du poète écrite par sir Sidney Lee. Cette sœur de Shakespeare mourut jeune… hélas, elle n’écrivit jamais le moindre mot. Elle est enterrée là où les omnibus s’arrêtent aujourd’hui, en face de l’Elephant and Castle. Or, j’ai la conviction que cette poétesse, qui n’a jamais écrit un mot et qui fut enterrée à ce carrefour, vit encore. Elle vit en vous et en moi, et en nombre d’autres femmes qui ne sont pas présentes ici ce soir, car elles sont en train de laver la vaisselle et de coucher leurs enfants. »

 

J’ai aimé aussi retrouvé la figure de Jane Austen qui est un tel pivot dans cette histoire de la condition des femmes de lettres. Elle n’écrit pas comme les autres, elle qui fait partie de ces femmes qui font « se mettre à faire usage de l’écriture comme d’un art et non plus comme d’un moyen pour s’exprimer elles-mêmes. » Même en n’ayant pas eu une chambre à elle, on la voit écrire dans cette pièce commune, ce petit théâtre d’observation des mœurs d’alors, interrompue de ci delà par telle ou telle tâche domestique et surtout cachant ses romans sous une feuille de buvard dès qu’un étranger entre dans la pièce. Comme cette jeune femme a réussi à égaler Shakespeare dans cette pièce commune, ça reste un mystère…

 

Une chambre à soi est bien sûr traversé par le féminisme tout particulier de son auteur mais pourtant, il échappe aux travers de l’exaltation de la femme et de ses qualités ou du mépris de la gente masculine pour aborder le sujet de la condition matérielle nécessaire à l’écriture d’un roman par une femme d’un point de vue presque neutre, suivant un esprit critique des plus honnêtes. Virginia Woolf rejette dos à dos d’un coté la supériorité masculine sur les femmes mais tout simplement la différence entre les sexes en dénonçant ce système comme enfantin comme s’il y avait deux camps adverses dans une cour de récréation. 

« Toute cette opposition de sexe à sexe, de qualité à qualité, toute cette revendication de supériorité et cette imputation d’infériorité, appartiennent à la phase des écoles primaires de l’existence humaine, phase où il y a des « camps », et où il est nécessaire pour un camp de battre l’autre et de la plus haute importance de monter sur l’estrade et de recevoir des mains du directeur lui-même une coupe hautement artistique. A mesure que les gens avancent vers la maturité, ils cessent de croire aux camps et aux directeurs d’école ou aux coupes hautement artistiques. De toute manière, quand il s’agit de livres il est notoirement difficile d’étiqueter de façon durable leurs mérites. » 

C’est cette exigence de ne pas vouloir choisir entre l’homme te la femme qui l’amène à défendre la cause de l’androgyne qui est une sorte de variante littéraire du genre qui met en relation l’homme et la femme non pas à des fins sociales mais bien d’écriture littéraire. Virginia Woolf cite de nombreux auteurs androgynes : Shakespeare étant le premier, Keats, Coleridge et Proust qui, quant à lui, chose rare chez un homme favorise son coté féminin. Cette posture de l’androgyne l’amène non seulement à citer les conditions matérielles qui favorisent l’écriture, c’est-à-dire l’indépendance financière et un espace consacré à la seule écriture :

« Il est nécessaire d’avoir cinq cents livres de rente et une chambre dont la porte est pourvue d’une serrure, si l’on veut écrire un oeuvre de fiction ou une oeuvre poétique. »

Mais, cette posture androgyne doit aborder l’écriture dans un certain esprit : on n’écrit pas en cherchant la gloire, ni en se projetant dans l’avenir pour savoir quelle postérité aura nos œuvres mais bien avec « la liberté de penser les choses en elles-mêmes » conçue comme une vraie délivrance. L’écriture ne sert pas à convaincre, à persuader ou à faire effet sur qui que ce soit mais elle vaut en elle-même sa propre valeur. L’écriture, c’est tout simplement se faire plaisir et faire de ce plaisir sa philosophie de vie et ne jamais se laisser décourager dans sa tâche :


« Ecrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours. Mais sacrifier un cheveu de la tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maître d’école tenant une coupe d’argent à la main ou envers quelque professeur armé d’un mètre, c’est commettre la plus abjecte des trahisons. » 

« « Ne songez pas à influencer les autres « , voilà ce que j’aimerais vous dire si je savais comment donner à ces mots une sonorité exaltante. Pensez aux choses en elles-mêmes. »

Après avoir lu Une chambre à soi, on a envie de relever le défi que Virginia Woolf nous lance et de commencer tout de suite à écrire, ou de continuer, pour ne jamais, jamais s’arrêter dans notre chambre à soi fermée à double tours.

Où se procurer Une chambre à soi



Une chambre à soi de Virginia Woolf
10/18 – 171p.
EUR 5, 80

Disponible sous le titre Une pièce bien à soi
Rivages – EUR 6, 70

Une chambre à soi de Virginia Woolf est ma troisième contribution au Challenge Virginia Woolf chez Lou et ma cinquième contribution au mois anglais chez Lou et Titine.

Lecture Commune avec Claudia Lucia.

Amis anglophiles, le mois anglais is coming !

28 Mai

“And let them pass, as they will too soon,

With the bean-flowers’ boon,

And the blackbird’s tune,

And May, and June! »

Robert Browning  


Vous vous en souvenez peut-être, l’an dernier en juin était célébré le jubilé de diamant de la reine Elizabeth II et cette année, hasard du calendrier, le mois de juin sera  le mois anglais, organisé par Lou et Titine ! Le principe est simple : faire de juin un mois so british en privilégiant des lectures d’auteurs anglais ou dont l’intrigue se déroule en Angleterre. En tant qu’anglophile, je ne pouvais pas rater ça !

 

Mais comme l’Angleterre regorge de talents en dehors de ses écrivains, le mois de juin ne serait pas anglais sans regarder de bons films et de bonnes séries britanniques (pourquoi pas revoir pour la dixième fois l’adaptation de North & South ou de Jane Eyre ?), flâner dans de beaux jardins à l’anglaise ou dans une expo, tester des recettes typiques (car les Anglais savent cuisiner, non mais !) ou préparer un vrai tea time ! Et si vous avez la chance de prendre le ferry ou l’Eurostar en juin, n’hésitez pas à raconter votre voyage et surtout de montrer vos plus belles photos ! Et bien sûr, ça n’inclue pas les nombreuses belles surprises que le mois anglais nous réservera !

 

 

Je ne suis pas très douée en planification comme mon dernier programme de lecture peut le rappeler, mais je vous présente tout de même mon programme de choc pour ce mois anglais, volontairement très large. Je suis bien sûr ouverte à toute lecture commune si un de mes choix vous fait envie vu que le mois anglais est fait pour être un moment de partage !

 

Coté Lecture :

 

– Les Forestiers de Thomas Hardy
– Labyrinthe de Kate Mosse
– Une chambre à soi de Virginia Woolf
– Poèmes portugais de Elizabeth Browning 
– Pierre de Lune de Wilkie Collins
– Les Confessions de Mr Harrison d’Elizabeth Gaskell

 

 



– Sépulcre de Kate Mosse
– The Importance of Being Earnest d’Oscar Wilde (Théâtre)
– Une folie meurtrière de P.D James
– Agnès Grey d’Anne Brontë
L’homme invisible de H.G Wells
– Le mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens

 

 

 

– Villette de Charlotte Brontë
– A Study in Scarlet d’Arthur Conan Doyle
Heart of Darkness de Joseph Conrad
Dommage qu’elle soit une putain (Théâtre) de John Ford

 

 

 

 

Il y a déjà des lectures communes prévues comme :

– Le 5 juin : Les Forestiers de Thomas Hardy pour Cléanthe et Lou. Je vais essayé de participer à celle-ci, peut-être avec un autre livre plus court de Hardy comme Les contes du Wessex. 
– Le 8 juin : Dark island de Vita Sackville-West pour ElizaShelbylee et Titine
– L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale pour Lou, Miss LéoLisou, Val et Titine.
– Une autre histoire de Londres de Boris Johnson pour Maggie et Titine
– Un livre au choix de Barbara Pym pour Lou et Titine
– Un livre au choix d’Agatha Christie pour Enna, Karine:)Lydia et plein d’autres !

 

Coté films et séries :

– Hamlet de Kenneth Branagh
Le crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock

– Sueurs froides d’Alfred Hitchcock 
– Snatch de Guy Ritchie
– The Ghost Writer de Roman Polanski
– De grandes espérances de Mike Newell (2012)
– A Room with a view de James Ivory

– Maurice de James Ivory
– Tamara Drewe de Stephen Frears

– Les adaptations de Jane Austen que je n’ai pas encore vu : au choix Northanger Abbey, Mansfield Park (1999, 2007), Emma (1995, 2009), Sense & Sensibility (2008) et Persuasion (2007)
Upstairs, Downstairs (2010)
– Brideshead Revisited  (2008)
– Little Miss Dorrit 
– Cranford
– Ripper Street
– The Hour (2011)

Coté cuisine :

Chez Méloë, il y a une super page spécialement conçue pour les anglophiles avec entre autres plusieurs recettes de cuisine anglaises (principalement des douceurs sucrées) que je compte bien essayet en juin ! Ce qui est génial, c’est qu’elle raconte toujours un peu des anecdotes historiques sur ces recettes.La dernière en date, c’est l’Eton Mess à base de fraises, de meringue et de crème chantilly maison. Ça a l’air d’être un régal et très facile à réaliser !

Coté expos :

Pour l’instant, je n’ai qu’en vue L’ange du bizarre au musée d’Orsay mais, en cherchant plus, il doit y avoir des tas de choses à voir qui touchent de près ou de loin nos amis anglais ! Si vous avez des suggestions, je suis preneuse !

Alors, tenté(e)s ? 🙂

By the way, n’oubliez pas que vous pourrez voir Parade’s End les 7 et 14 juin sur Arte à 20h50 à l’occasion du mois anglais !

 

Top Ten Tuesday #2

11 Sep

Livre-objet sur l’univers de Cendrillon – Su Blackwell

 

C’est reparti pour mon deuxième Top Ten Tuesday ! Vous vous souvenez ? C’est un rendez-vous hebdomadaire pour bon nombre de blogueurs et blogueuses organisé par Iani mais dont l’idée originale vient de The Broke and the Bookish.

 

         Je suis désolée, je n’ai pas actualisée mon blog depuis une semaine, pour cause de période d’écriture intense et de paperasses administratives pour la fac. En tout cas, je peux vous dire que je serais à Paris 1 l’an prochain pour faire un mémoire sur C.S Lewis sur la question de l’origine du mal (ou « the problem of pain », ce sont ses mots) et si l’existence du mal est compatible avec l’existence de Dieu ou de la Providence. Autat dire que vous aurez surement dans les mois à venir un aperçu de mes recherches avec des billets sur ses oeuvres, soit théoriques, soit de fictions mais surtout les deux !

 

Je vous prépare aussi un billet sur le premier polar que j’ai lu : Le grand Sommeil de Raymond Chandler, une vraie merveille ! Je l’ai lu pour le Challenge Thrillers & Polars organisé par Liliba;

 

En attendant, je vous propose un autre Top 10. Après Ma PAL de cet Automne, voici :

 

Les 10 livres qui vous ont fait réfléchir, à propos du monde, des gens, de la société, de la vie, etc…

 

1. Harry Potter de J.K Rowling

Je pense que ça a un lien avec mon inscription il y a cinq ans sur le forum de la Gazette du Sorcier. C’est une oeuvre qui m’a marqué à vie, comme beaucoup. sans Harry Potter, on serait peut-être tous différents et je n’aurais pas rencontrer des gens merveilleux..Plus qu’une réflexion sur la vie, c’est ma vie qu’Harry Potter a changé.

J.K Rowling, Harry Potter & the Deathly Hallows

2. Jane Eyre de Charlotte Brontë

Je pense que mon article précédent sur ce roman l’a bien montré, Jane Eyre, c’est une source de réflexion infinie pour moi. Je n’en ai pas parlé (le billet était déjà très long !) mais Jane Eyre m’avait marquée pour ses positions très révolutionnaires sur l’éducation et le traitement des enfants. C’est aussi une grande satire sociale mais sans stéréotypes. Une merveille.

Jane Eyre, la BD.

 

3. Le problème de la souffrance de C.S Lewis

Ce livre est le début de mon histoire avec C.S Lewis en philo des religions et m’a beaucoup aidé pour ma propre spiritualité. Je l’ai trouvé percutant, avec des arguments simples et pourtant bien trouver sur le mal et la question de la souffrance dans le monde ce qui est peut-être une version moins abstraite, plus moderne, de l’existence du mal. Je compte vous le présenter sous peur. Et l’écriture de Lewis est très abordable. c’est une pensée très claire et un style limpide. Avec beaucoup d’humour anglais. 😉

C.S. Lewis, Le problème de la souffrance
(avec une couverture française magnifique !)

 

4. Le Seigneur des Anneaux de J.R.R Tolkien

Il aurait dû apparaître après ou avant Harry Potter vu son importance pour moi mais bon, je fais ça comme ça vient ! Le Sda a aussi été une révolution pour moi, peut-être plus forte qu’HP. Mais, ça m’a surtout appris à quel point l’imagination humaine peut être prolifique et à quel point c’est une bonne chose ! Cela a aussi inspiré d’autres imaginaires comme celui d’Alan Lee & John Howe.

J.R.R Tolkien, Le Seigneur des anneaux

 

5. La rose pourpre et le lys de Michel Faber

En tant qu’oeuvre néo-victorienne, je dois dire que ce roman en trois tomes et une oeuvre dérivée Les contes de la rose pourpre m’a beaucoup fasciné. Déjà, cela m’a fait beaucoup réfléchir sur la prostitution à l’ère victorienne et de nos jours. Et je dois dire que les quelques scènes de sexe rendent un peu perplexe. XD

Michel Faber, La rose pourpre et le lys

 

6. Les Vagues de Virginia Woolf

Voilà une des oeuvres les plus splendide de Virginia, peut-être ma préférée avec La Chambre de Jacob. Six voix s’y confondent, trois hommes et trois femmes, de leur enfance à leur vieillesse dans un style chaotique, allusif mais très naturel d’où transparaît leur for intérieur.Tout est suggéré et on apprend beaucoup de chose sur l’âme humaine, sur notre rapport au temps, aux autres et à soi-même. Comme je l’ai fait sur ma page FB un jour avant la publication de mon billet sur Nuit et Jour, je vous conseille d’écouter une version adaptée sur France Culture. On sent d’autant plus la profondeur de ce qui est écrit.

Virginia WOOLF, Les Vagues

 

7. Le Traité théologico-politique de Spinoza

Qui dit réflexion sur le monde dit philo ! Spinoza est une sorte de maître à penser pour moi et pourtant, ça n’a pas toujours été rose entre nous ! Ce n’est qu’il y a deux ans, en étudiant l’Ethique, que j’ai compris enfin le génie de son système et le crédit de sa pensée. Je pense particulièrement à ce traité-ci car il est fondateur à propos des liens entre religion et politique et surtout sur la nature du fait religieux. Ce que j’ai retenu, ce sont ses developpements sur la superstition, sur le pouvoir de l’imagination et en quelque sorte de l’esthétisme dans la religion mais surtout dans la foi qui peuvent produire du bon et du mauvais. Et, de plus, ce traité est très abordable ! Beaucoup plus que l’Ethique… XD

Baruch SPINOZA

 

8. Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau

Ce livre est une merveille, même pour les détracteurs de l’infâme Rousseau ! (N’est-ce pas Athalie ? XD) Si vous voulez apprendre ce que c’est que la sensibilité et un homme qui vous parle avec son coeur, c’est Jean-Jacques. Mais, j’aime tout ce qu’il a écrit alors je ne suis pas très objective ! ❤

Jean-Jacques Rousseau

 

9. Persuasion de Jane Austen

C’est mon préféré de Jane Austen et pas pour rien. Il raconte l’histoire d’uen femme douce mais qui se laisse trop intimider par l’opinion d’autrui ce qui l’empêche de saisir le bonheur quand il vient. Je crois que c’est l’un des défauts que nous partageons tous. La faiblesse de son personnage principale, Fanny Price, m’a touchée car nous sommes tous faibles et pourtant capables d’être sauvés, de nous sauver.

Jane Austen, Persuasion

 

10. La Bible.

Je pense que la raison va de soi.

 

 
La prochaine fois, nous parlerons polar ! Bonne semaine à vous et bon courage si pour vous aussi, la rentrée approche !

"Le Professeur" de Charlotte Brontë

22 Août


“No man likes to acknowledge that he has made a mistake in the choice of his profession, and every man, worthy of the name, will row long against wind and tide before he allows himself to cry out, ‘I am baffled!’ and submits to be floated passively back to land.” Charlotte BRONTË, The Professor [1]

 

     L’essentiel de l’intrigue du Professeur se déroule à BruxellesWilliam Crimsworth, le personnage principal et narrateur à la première personne du récit, devient, après une première expérience dans un pensionnat de garçons, instituteur dans le pensionnat voisin pour jeunes filles dirigé par Miss Zoraïde Reuter. Orphelin de père et de mère, il a quitté son Angleterre natale pour trouver sa voie mais surtout pour être enfin indépendant après avoir fait une brève carrière en tant que clerc dans l’usine de son antipathique frère, Edward. Il doit sa place en Belgique aux recommandations d’un personnage étrange mais haut-en-couleur, M. Hunsden, un collaborateur de son frère qui la prit en affection. A Bruxelles, tout en prenant ses marques, il devra trouver en lui assez de pédagogie et d’autorité pour déjouer les manigances des plus chipies de ses élèves et aider les plus prometteuses à se dépasser. Mais, lui qui se laisse porter trop souvent par ses sentiments, saura t-il déjouer les projets des plus intrigant(e)s pour discerner l’honnêteté de l’hypocrisie, l’amour véritable de l’amour-propre ?

 

       C’est drôle comme les œuvres d’une même auteur se répondent et comment on garde en mémoire chacune d’elles à la lecture d’une seule, si tant est qu’on en ait lu plusieurs. C’est souvent le cas pour les œuvres de jeunesse comme s’il fallait se raccrocher à du déjà-lu histoire de ne pas se perdre avec cette œuvre prétendument « mineure ». Après tout, une œuvre ne peut-elle se suffire à elle-même ? Au contraire, on devrait faire abstraction de tout le reste pour l’apprécier à sa juste valeur en tant que témoignage unique des premiers pas de l’auteur en question dans l’acquisition de son style propre.

 

          Pour l’instant, afin de lui donner sa chance et de le prendre au sérieux, j’ai envie de rendre hommage au Professeur de Charlotte Brontë sans me risquer à tomber dans des banalités sur sa place dans l’œuvre complète de son auteur. Certes, Jane Eyre est peut-être son œuvre la plus aboutie et à bien des égards, ce roman a un statut à part pour moi comme je l’ai déjà développé dans un précédent billet. Mais, à vrai dire, ce genre de remarque qui laisse entendre qu’il y aurait comme une hiérarchie dans l’œuvre de Charlotte à tel point que Jane Eyre metterait toutes les autres en respect ne me plaît pas beaucoup et ne nous fait pas vraiment avancer, à mon sens.

 

       Déjà, mais ma propre édition du roman chez « L’Imaginaire » n’en a même pas fait mention, Le Professeur n’est pas à proprement parlé une œuvre de jeunesse : certes, il a été écrit avant que Jane Eyre, Villette ou Shirley ne soient publiés mais il a été nourri par une expérience déjà acquise dans le travail de son style et de l’art de composer comme le souligne un texte de sa propre main qui a servi de préface à sa publication à titre posthume.

 

        En arrière-plan, on sent beaucoup une part personnelle, voire autobiographique, de cette œuvre pour Charlotte et il est certain que son voyage à Bruxelles avec sa sœur Emily pour étudier le français dans le pensionnat de Monsieur Héger, qui, d’après la légende, ne l’aurait pas laissée insensible, a nourri les passages les plus nostalgiques et les plus sensibles comme par exemple celui qui ouvre le chapitre VII, c’est-à-dire l’arrivée de William en Belgique :

“Belgium! name unromantic and unpoetic, yet name that whenever uttered has in my ear a sound, in my heart an echo, such as no other assemblage of syllables, however sweet or classic, can produce. Belgium! I repeat the word, now as I sit alone near midnight. It stirs my world of the past like a summons to resurrection; the graves unclose, the dead are raised; thoughts, feelings, memories that slept, are seen by me ascending from the clods–haloed most of them–but while I gaze on their vapoury forms, and strive to ascertain definitely their outline, the sound which wakened them dies, and they sink, each and all, like a light wreath of mist, absorbed in the mould, recalled to urns, resealed in monuments.” [2]

         Pourtant, ce qui m’a le plus marqué à ma lecture, c’est le souci de réalisme, de clarté et de simplicité qui lui ont permis de rendre le cheminement de ce personnage dans la vie active et dans le monde, ses sentiments et ses remarques beaucoup plus crédibles. Cette vraisemblance, peut-être acquise d’après l’observation de son propre maître, Mr Heger comme un modèle, nous permet de davantage nous identifier au personnage principal d’autant plus qu’il raconte son expérience et ses souvenirs à la première personne. Pour quelqu’un comme moi, qui me destine à prendre la même voie, celle du professorat, j’ai beaucoup apprécié les leçons qu’elle faisait tirer à son personnage de son expérience de la classe et de son acquisition de « trucs » de professeurs pour être ni trop autoritaire, ni trop sujet à la sensiblerie envers les élèves. Charlotte a fait de William Crimsworth un personnage intègre, avec beaucoup d’honnêteté et de sens des réalités ce qui peut parfois le faire paraître dur ou même cruel mais quelque part, sans adhérer à tout, j’ai aimé ce style direct et le rejet de toute idéalisation du métier et des élèves.

 

         Plus que le style, c’est le point de vue choisi qui m’a plu et auquel j’aimerai rendre hommage. Comme je l’ai dit, la focalisation se fait à la première personne et c’est William, un homme donc, qui parle. J’ai aimé cette audace de la part de la jeune fille qu’était Charlotte et l’exercice de style m’a plutôt convaincu. Certes, parfois, l’illusion ne trompe pas surtout quand Monsieur décrie avec minutie ce que porte ses élèves ainsi que l’élégance ou le port de ces demoiselles ! Bien sûr, en tant qu’homme, William ne peut pas être insensible à la présence d’autant de jeunes filles alors qu’il n’a jusque là que côtoyer des hommes dans sa propre scolarité à Eton mais avoir un tel sens du détail pour ces choses-là met tout de même la puce à l’oreille. Tout du moins, ce soupçon ne gâche pas la lecture ce qui aurait rendu bien peu crédible ce bon roman d’apprentissage.

 

        D’ailleurs, qu’ai-je pensé de William ? J’ai remarqué, comme dans ce billet-ci (en anglais), qu’il avait paru particulièrement antipathique à certain(e)s par sa prétention, son tempérament assez hautain d’extérieur ou son manque de gratitude et de tendresse envers certains personnages comme Mr Hunsden, ce qui est vrai, alors que ce dernier est son bienfaiteur. Cependant, j’ai interprété cette façon de faire comme un jeu entendu entre les deux personnages (ui se chamaillent toujours gentillement) comme si William ne voulait pas lui donner une trop grande satisfaction de lui-même alors qu’Hunsden a ce petit défaut bien prononcé ! C’est qu’Hunsden est drôlement content de lui et de ses positions et pourtant, c’est un personnage que j’ai beaucoup apprécié car il donne de la fraîcheur et de l’humour à cette histoire qui pourrait facilement tomber dans le mélodrame surtout au moment où il apparaît dans l’histoire.

 

         Quant à William, je n’ai pas autant été choquée par son tempérament même si, il est vrai, je l’ai trouvé par moment un peu trop froid avec ses congénères mais c’est aussi ce qui fait son charme d’autant plus que, roman d’apprentissage oblige, il évolue beaucoup. Au contraire, ce qui caractérise William pour moi, c’est son penchant au sentiments forts et à l’emphase ce qu’il modère par ce masque de froideur surtout pour ne pas qu’on trouve son point faible afin qu’on ne l’utilise pas contre lui. Ce qui le caractérise à mon sens, c’est son esprit d’indépendance, de maîtrise (il ne devient pas « maître », professeur pour rien) et pourtant, c’est avec beaucoup de maladresse qu’il arrive à ce résultat ce qui le pousse parfois à être piégé par plus malin(e)s que lui…

 

         Pour ne pas trop dévoiler l’intrigue, je reste muette sur un personnage en particulier qui est de loin mon préféré à bien des égards et auquel je me suis beaucoup identifiée. Au plaisir d’en discuter avec qui voudra en privé si quelqu’un l’a déjà lu ou une fois qu’il ou elle l’aura lu. N’hésitez pas à me faire signe en laissant un commentaire ici ou sur la page Facebook de mon blog.

 

       En définitive, c’est une belle découverte qui a ses qualités mais aussi ses quelques défauts, comme un sens plus prononcé pour le sentimentalisme et les situations romanesques avec un peu moins de distance que d’habitude. Mais restons-en là de peur d’en dire trop ! Du moins, j’ai retrouvé la patte de Charlotte Brontê notamment l’expressivité de ses phrases et son talent pour dépeindre les sentiments et les caractères.

 

        Je vous laisse avec un extrait pour vous en convaincre, extrait d’une lettre :

« D’un autre coté, je fais tout aussi bien de vous écrire que de chercher à vous voir ; ma lettre enveloppera les vingt francs que je vous dois (…) ; et, si elle ne vous exprime pas tous les remerciement que j’y ajoute , si elle ne vous dit pas adieu comme j’aurais voulu le faire, si elle ne vous dit pas combien je suis triste en pensant qu’il est probable que je ne vous reverrai plus, mes paroles auraient été encore plus impuissantes à s’acquitter de cette tâche ; en face de vous, j’aurais balbutié quelques phrase inintelligible, qui, au lieu de rendre ce que j’éprouve, n’aurait pu que dénaturer mes sentiments. Il vaut donc mieux qu’on m’ait refusé de vous voir. » [3]

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[1] « On n’aime pas, en général, à reconnaître qu’on s’est mépris en choisissant telle ou telle profession ; et tout individu qui mérite le nom d’homme, rame longtemps contre vents et marée avant d’avouer qu’il s’est trompé de chemin et de s’abandonner au courant qui le ramène au point de départ. » (Chap. IV)
[2] « Belgique ! nom peu romanesque, peu poétique, et pourtant celui qui réveille en mon cœur l’écho le plus doux et le plus profond; celui que je répète à minuit, quand seul je rêve au coin du feu; celui dont la puissance évoque le passé, brise la pierre du sépulcre et fait surgir les morts ; je le redis tout bas, et les souvenirs, les émotions depuis longtemps endormis, s’élèvent entourés d’une auréole; mais tandis que, l’œil fixé sur leurs formes vaporeuses, j’essaye de les reconnaître, elles s’affaissent comme le brouillard absorbé par la terre, et s’éteignent avec le son qui les a suscitées. » (Chap. VII)
[3] « In one sense a note will do as well–it will wrap up the 20 francs, the price of the lessons I have received from you; and if it will not fully express the thanks I owe you in addition–if it will not bid you good-bye as I could wish to have done–if it will not tell you, as I long to do, how sorry I am that I shall probably never see you more–why, spoken words would hardly be more adequate to the task. Had I seen you, I should probably have stammered out something feeble and unsatisfactory–something belying my feelings rather than explaining them; so it is perhaps as well that I was denied admission to your presence. » (Chap. XIX)

 

challenge-brontëBillet rétroactif pour le Challenge Les sœurs Brontë de Missycornish

"Jane Eyre" ou l’anti-roman à l’eau de rose

17 Août

Rochester, « We are not the platonic sort, Jane. »

Le cinéma n’aime pas les histoires d’amour qui finissent mal. Pourquoi ? Commerce oblige, l’offre n’est que le reflet de la demande et vous et moi prennent souvent l’écran géant pour le miroir de la Reine dans Blanche-Neige comme pour lui demander « Miroir, mon beau miroir, dis-moi : quelle est l’histoire d’amour la plus belle de toute ? » et ainsi nous vendre des rêves faits de guimauve…

En témoigne la dernière adaptation cinématographique de Jane Eyre sortie le mois dernier et réalisée par Cary Fukunaga. Certes, la qualité du jeu de Mia Wasikowska (Jane Eyre) est indéniable, même impressionnant dans les moments les plus dramatiques, mais on voit tout de suite vu le physique de Michael Fassbender, qui ressemble plus à un Mr Darcy qu’ à un Edward Rochester. que le drame passe bien après le romantisme ! C’est un beau film, bien propret et tout public mais qui manque trop d’audace et d’originalité pour saisir l’esprit de l’œuvre. Fassbender est bien sûr beaucoup trop beau pour interpréter Rochester ! J’ai toujours pensé que Rochester faisait presque peur, c’est-à-dire qu’il imposait le respect. Fassbender lui fait office de mignon sans jamais vraiment que transparaissent les ténèbres de son personnage. Il manque cruellement de virilité, Rochester n’a rien d’un prince charmant. C’est du moins ce que j’interprète des pensées de Jane lors de leur première rencontre :  

 

 

Il faut dire qu’en apparence, l’intrigue du roman de Charlotte Brontë a tout du roman à l’eau de rose que le cinéma raffole : comment une préceptrice, « poor, plain and little », aime et est aimée en retour d’un riche aristocrate qui lui promet le mariage. Or, il ne faut pas l’oublier, ce beau scénario est inspiré d’un fait divers, nécessairement glauque, et qui laisse déjà entendre qu’il y a plus qu’une simple histoire rose bonbon derrière Jane Eyre. Bien sûr, qui ne préfère pas les moments passés par l’héroïne à Thornfield Hall plus que tout autre ? Mais, loin de donner à lire une histoire stéréotypée sur l’amour, l’intrigue de Jane Eyre mais surtout la peinture des caractères qui y est faite témoignent de la nature de l’amour ou du désir qui nous pousse à aimer selon Charlotte Brontë.

Toby Stephens (Edward Fairfax Rochester)

Cette réflexion m’est venue en relisant cette œuvre cet été juste après avoir vu une autre adaptation de Jane Eyre produite par la BBC en 2006 avec Ruth Wilson et Toby Stephens dans les rôles de Jane et de Rochester. Je dois cette découverte aux conseils d’une bonne amie – qui se reconnaîtra – et, connaissant le talent des Britanniques (et de la BBC) pour faire des merveilles, j’ai été enchantée par cette version qui a su avec justesse saisir l’esprit de l’oeuvre et de ses personnages. Le jeu des acteurs est vraiment puissant, particulièrement celui de Toby Stephens à coté duquel Michael Fassbender fait pâle figure, le pauvre ! On sent beaucoup d’intelligence chez cet acteur, beaucoup de sensibilité aussi qui lui ont permis de saisir le caractère d’Edward Rochester, du moins tel que moi-même je crois comprendre ce personnage.

Pourtant, quand on s’y essaye, Charlotte Brontë ne nous rend pas la tache facile, preuve de son génie. Je ne crois pas beaucoup à ceux qui font des personnages de fiction de simples êtres de papier, comme si on ne pouvait pas saisir quelque chose de vrai et de vivant dans la littérature. Je préfère l’image que nous donnait l’un de mes professeurs d’anglais en khâgne en disant que certains auteurs étaient si habiles soit dans leur façon de narrer, soit dans la représentation de leurs personnages que tout paraissait « seamless », sans coutures, capables ainsi de faire oublier l’art. L’image est peut-être un peu forte mais Charlotte a réussi avec Rochester là où le professeur Frankenstein de Mary Shelley a échoué avec sa créature dont les coutures sur son corps sont assez apparentes pour qu’on sente l’artifice. Aussi complet et complexe, plus qu’un personnage, elle en a fait une personnalité sans demi-mesure, un être de désir allant d’un extrême à l’autre aussi légèrement que possible. Parfois bourru, Rochester n’en reste pas moins plus souvent charmeur et charmant (les nombreux sourires de Toby Stephens et sa merveilleuse façon de fumer le cigare ont hérité de ça) comme s’il était constamment en duel. Il tient à la fois de la force brute et de l’homme du monde, non pas superficiel, comme gagné par les faux semblants, mais répondant à la définition même de ce que c’est que d’être « a good compagny ». « He si very changeable », ce sont les mots de Jane dans cette adaptation ce qui correspond parfaitement dans le texte au physique même de Rochester qui donne l’impression de changer au gré de son humeur :

 

 


C’est pour cela aussi, parce que Rochester n’a rien d’un personnage figé, qu’il est impossible de le juger bon ou mauvais, malgré les faits contre lui, son passé et sa dissimulation envers Jane, justement parce qu’il est constamment en évolution, ou dans un jargon philosophique perfectible. Il est tellement anti-conventionnel, à tel point qu’il juge comme nul et non avenu son premier mariage, pourtant le rite sacré par excellence à l’époque, que la moralité ou l’immoralité ne semblent pas l’atteindre ou du moins je préfère rester dans l’indécision à ce sujet.

 

Même l’auteur, qui pourtant lui fait subir les pires mutilations à la fin de l’histoire comme autant de punitions, n’arrive pas à le condamner complètement et à le juger sans appel puisqu’elle lui accorde la seule chose qu’il désire : le bonheur.

En vérité, je crois que c’est une morale toute personnelle et intime que Charlotte Brontê défend contre une morale officielle et bien pensante : une morale faite de sentiments et non de commandements comme le sens de la fidélité à soi-même et à ses propres principes, celui de la culpabilité ou du désir de changer qui est celui de Rochester à la fin de l’oeuvre et qui est le signe de son évolution. Bien sûr, la morale chrétienne (du moins protestante ou anglicane) n’est pas loin mais je crois que ça serait faux de faire uniquement de Charlotte Brontë et de ses œuvres des figures austères alors qu’on sent qu’il y a beaucoup de passion, d’humour et d’exaltation des sentiments, quand ils sont modérés par le bon sens, qui permettent de faire de la morale présente dans son oeuvre un modèle qui s’applique dans les choix de la sphère privée et qui ne demande pas d’être approuvés ou non si ce n’est dans la relation toute intime à une Personne, jugée digne de l’être. Une telle valorisation de l’intimité et de la sphère privée de ces questions me laissent vraiment penser que Jane Eyre n’est en rien datée, ou qu’elle puisse être jugée comme une œuvre austère alors qu’elle est au contraire très moderne.

 

L’autre preuve de modernité porte justement sur la nature de l’amour tel qu’il est dépeint dans la relation entre Jane et Edward et qui me laisse penser que Jane Eyre est l’anti-roman à l’eau de rose, ou toute œuvre atemporelle et déconnectée de la réalité dans le même genre. Mon argument est qu’il ne s’agit ni d’un amour purement platonique, ou dirons chaste, ni purement physique mais plutôt loin d’opposer les deux, il s’agit de trouver un équilibre ou une union entre les désirs du corps et ceux de l’esprit.

 

Comme je l’ai dit, ça m’a été inspirée par cette adaptation de la BBC surtout à cause d’un choix interprétatif de l’œuvre fait par la réalisatrice, Susanna White. Je le comprends : ce qui compte au cinéma, c’est la dramatisation qui rend plus intense certains aspects d’une intrigue pour pouvoir faire effet et émouvoir le spectateur, le mettre en haleine de telle sorte qu »il ne décroche pas en route vu le peu de temps imparti. Un roman a plus de temps pour se dérouler, pour fidéliser le lecteur. Le cinéaste, lui, court un contre la montre !

L’audace de la réalisatrice a été de vouloir moderniser leur relation, la rendre plus sensuelle et cette idée n’est pas sortie de nulle part bien sûr ! C’est juste rendu plus manifeste et moins sous-entendu à l’écran. Avec des analyses vraiment intelligentes, Toby Stephens dans une interview le dit mieux que moi en se félicitant de ce choix de faire de ces personnages « two sexual people » :

 

 Il faut dire, autre preuve que Charlotte Brontë n’a rien d’une simple petite dévote, que rien que la scène de l’incendie où Jane vient secourir Edward dans sa chambre m’a toujours parue un coup de force pour l’époque tout en étant l’une des scènes les plus emblématiques et les plus fantastiques du roman. Cependant, tout cet arrière-plan là n’est que suggéré là où l’adaptation de la BBC en a fait l’un de ses choix dramatiques.

 

C’est manifeste par exemple dans la scène de l’adieu profondément érotique à l’écran. Je dois avouer que la première fois, j’ai été un peu surprise par ce choix qui m’avait vraiment paru une erreur d’interprétation surtout lorsqu’on se rappelle dans le roman que certes, Rochester agit de tous ses charmes pour la persuader de ne pas le quitter en essayant de l’embrasser mais Jane refuse systématiquement ce genre de contact physique alors que la Jane interprétée par Ruth Wilson l’embrasse à pleine bouche ! (et on la comprend un peu…) Désormais, je saisis mieux ce choix qui permet de souligner de manière frontale le combat intérieur, le dilemme et la « tentation » que peut être la sienne de répondre à l’appel du bonheur en acceptant la vie qu’il lui propose, quoique contraire à ses principes, elle qui est sans famille et sans que rien ni personne ne puisse y faire obstacle publiquement.

 

Je pense tout du moins que le roman défend une conception de l’amour qui va au-delà de cet aspect purement physique, bien que cette adaptation ne se résume pas qu’à ce seul aspect et qu’elle développe leur relation dans toute sa complexité mais en insistant plus volontiers sur cette dimension physique parce qu’il faut dire ce qui est, c’est très beau à l’écran ! En vérité, cette dimension n’est en rien exclue mais englobée dans une perspective plus large qui pense non pas la séparation entre ce que le corps et l’esprit veulent mais plutôt l’équilibre, l’union des deux. Ainsi, sans le savoir (ou consciemment), Charlotte Brontë semble s’opposer à ce qu’on appelle en philosophie le dualisme entre le corps et l’esprit pour penser plus volontiers l’union entre l’ordre de la sensibilité et celui de la raison. L’importance de la conversation et des jeux d’esprit entre les deux personnages et même de leur capacité à comprendre leurs pensées sans même les exprimer à l’oral (ou même ce moment romanesque où Jane entend la voix de Rochester et qui l’incite à revenir à Thornfield,. Aussi « too much » que cela soit, c’est quand même très puissant comme passage !) laisse entendre l’importance de la synergie qu’il y a entre eux, « leur parité d’esprit » ce qui construit peu à peu leur désir de s’aimer.

 

C’est aussi en ce sens que ce roman n’a rien d’un roman à l’eau de rose puisqu’il ne pose pas la sensibilité, ou plutôt les bons sentiments comme rois ou encore l’imagination la plus débridée. Au contraire, c’est le bon sens qui caractérise le plus Jane et je crois qu’en cela elle est une sorte de porte-parole de son auteur. Il y a quelque chose de ce bon sens dans la première rencontre entre Jane et Rochester qui est très romanesque. Tout y est : la brume, le mystérieux cavalier, un chien inquiétant et pourtant, son bon sens tempère très vite son imagination.

 

 

A chaque fois que le romanesque et que les bons sentiments semblent prendre le dessus, le lecteur et Jane sont rapidement ramener dans le sens des réalités avant même d’être pris au piège. Et parfois avec beaucoup de dureté :

 

Bien que Jane Eyre soit souvent considérée comme un roman gothique, je pense qu’il y a trop de valorisation du bon sens pour que ce roman soit un gothic novel à l’image par exemple de l’œuvre de sa sœur Emily, Wuthering Heights. Je crois plutôt que l’imagination est reine dans ce genre autant pour les personnages, pour l’écrivain que pour ses lecteurs qui s’y laissent prendre. Cependant, c’est peut-être une meilleure comparaison que celle des romans sentimentaux puisque la force de l’imagination ne crée pas des sentiments faux, seulement plus exaltés, plus vivants et plus spontanés que la moyenne. Et, il n’est pas si mauvais parfois de s’y laisser aller…

 

Une énigme pour moi demeure à propos de Charlotte Brontë. Pourquoi avoir écrit alors ? Pourquoi s’être laissée aller à l’imagination et n’avoir pas écouté son bon sens en restant une simple institutrice et non en devenant Charlotte Brontë, une auteur à succès ?
 
That is the question. 

 

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