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« Suis-je snob ? » de Virginia Woolf (2012, Payot-Rivages)

23 Fév
Virginia Woolf (1923, Photographie de Lady Ottoline Morrell)

Virginia Woolf (1923, Photographiée par Lady Ottoline Morrell)

« C’était d’Orlando, je crois. Il [Arnold Bennet, chroniqueur au London Evening Standard] l’attaquait violemment. Il disait que ce livre ne servait à rien.  et qu’il lui avait ôté tous les espoirs qu’il avait pu placer en moi en tant qu’écrivain.  Il consacrait toute sa colonne à me détruire. Eh bien, même si j’ai beaucoup d’orgueil (…), ma vanité en tant qu’écrivain est entièrement snob. Une vaste surface de ma peau est exposée aux attaques d’un critique, mais celui-ci ne peut presque pas toucher la chair et le sang. »

(Virginia WOOLF, Suis-je  snob ? et autres textes baths,, p. 47)

Cet article a été initialement publié sur mon blog Virginia Stephen Woolf le 23 février 2015.

Virginia Woolf & Clive Bell

Virginia Woolf & Clive Bell

Depuis ma lecture d’Une chambre à soi, les essais de Virginia Woolf ont pour moi un intérêt tout nouveau, quoi qu’influencé par mon projet de mémoire. Déjà, son oeuvre critique est assez considérable quand on y regarde bien alors pourquoi s’en priver, surtout quand la qualité est au rendez-vous ? Ensuite, c’est très agréable de se sentir au plus près d’une auteur qu’on apprécie à la lecture de textes plus directs et où sa personnalité vive, drôle et acerbe est la plus nette. On a souvent tendance à se faire une fausse image de Virginia Woolf, du moins partielle, en la réduisant à une frêle chose, déprimée, éteinte et morbide tout juste capable au mieux d’être lue par des personnes tout aussi dépressives, au pire de plomber le moral de son lectorat, même parmi les plus gais lurons. Ce cercle vicieux a pourtant une faille : on rit beaucoup en lisant Virginia Woolf, que ça soit pour son ironie, son autodérision, ses parodies ou tout simplement pour ses jeux d’esprit. Tous ceux qui ont « peur » de lire du Virginia Woolf devrait se souvenir de ça. Toute cette question de l’humour chez Virginia Woolf est quelque chose qui me passionne mais je n’en dirai pas plus, ça fera l’objet d’un billet spécial  très vite. (Suspense, suspense….)

Beau Brummell (1924)

Beau Brummell (1924) avec John Barrymore & Mary Astor

Suis-je snob ? et autres textes baths ne fait pas exception. Ce petit recueil, gracieusement prêté par Adeline, réunie sept textes (chiffre parfait s’il en est). Certains sont purement critiques (« Suis-je snob ? », « La valeur du rire » ou « La nièce d’un comte »), d’autres de purs récits (hommage au premier dandy « Brummell le Beau » ou « La robe neuve », un chapitre supprimé de Mrs Dalloway) et d’autres encore des textes hybrides (forcément mes préférés), des sortes de méditations sur la nature, l’animalité et la mort (« Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile » et « La mort du papillon »). Selon moi, le choix de textes est surtout motivé par leur caractère inédit  et malgré leur diversité, on y voit tout de même une certaine cohérence. A titre personnel, j’ai surtout toujours beaucoup de plaisir à lire des livres édités par Payot-Rivages (découverte en lisant du Giorgio Agamben il y a deux ans) : ce sont de petits formats qui se prennent bien en main, les couvertures sont souvent très jolies,  le texte est aéré et souvent très bien introduits comme ici par Maxime Rovere qui a traduit deux autres textes de Virginia Woolf dernièrement.

NPG 6718; The Memoir Club by Vanessa Bell (nÈe Stephen)

Vanessa BELL, The Memoir Club (c. 1943), © Estate of Vanessa Bell courtesy oF Henrietta Garnett. Membres présents : Duncan Grant, Leonard Woolf, Vanessa Bell, Clive Bell, David Garnett, Maynard et Lydia Keynes, Desmond et Molly MacCarthy, Quentin Bell et E.M. Forster. Les trois portraits sur le mur représentent les membres décédés : Virginia Woolf (1941), Lytton Strachey (1932) peints par Duncan Grant et Roger Fry par Vanessa Bell (c.1933).

Le premier essai, « Suis-je snob ? », est déjà une merveilleuse immersion dans le monde du Bloomsbury Group (auquel Virginia Woolf participait dès la formation plus ou moins informelle de cette communauté d’amis artistes et d’intellectuels) ou du moins ce qu’il en reste après les bouleversements de la Première guerre mondiale. Au lieu de se perdre de vue, les membres presque au complet, sous l’initiative du couple McCarthy (Molly et Desmond de leur petit nom), remplacent les rendez-vous hebdomadaires du Jeudi par des rencontres plus irrégulières autour d’un même thème : la mémoire. Derrière le Memoir Club qui se réunie dès mars 1920, il y a l’idée de se raconter, d’écrire leurs mémoires et, très vite, le sujet majeur va être de réfléchir sur Bloomsbury lui-même en tant que groupe. Ce travail peut paraître un peu artificiel et égocentrique pour des personnes encore jeunes ou dans la fleur de l’âge et n’ayant pas forcément participé à l’effort de guerre en tant que pacifistes (donc pas forcément dans le souci de devoir de mémoire collective). D’ailleurs, en tant que papier lu devant une assemblée, le texte de Virginia Woolf est très incisif et ironique justement parce qu’il insiste sur ce paradoxe. Pourquoi se raconter quand on a rien à dire ? Quand on n’a pas vécu ? N’est-ce pas un peu snob, déjà ? Comme toujours, c’est donc par un biais qu’il est question de parler de soi sans trop se prendre au sérieux. Mais, dès la première page, on sent que c’est surtout l’amitié qui unie le Memoir Club, plus que leur snobisme. C’est par leur prénom que les membres présents sont cités et le lecteur est tout de suite mis dans la connivence (sans forcément connaitre tous ces noms) : Mary « Molly » et Desmond McCarthy, J. Maynard Keynes, Clive Bell ou Leonard Woolf. On les voit très bien réunis ensemble, fumant, bavardant, chuchotant pendant que l’un d’eux parle comme n’importe quel groupe d’amis.

Confrontée au Memoir Club, Virginia Woolf se met en scène devant des amis aussi devant des concurrents pas forcément au nom d’une quelconque ambition littéraire mais plutôt au nom de l’inégalité inhérente dans l’écriture entre les femmes et les hommes qu’elle soulignera dans A Room of One’s Own autour de figures attestées mais surtout d’une expérience de pensée, Judith, la soeur de Shakespeare dont les talents littéraires n’auraient pu être révélés compte tenu des imitations dues au genre. Si on s’attend dans un texte qui annonce un développement sur le snobisme, l’essayiste se vêt bien au contraire des atours de l’humilité (quelque soit feinte ou non, c’est une autre question) en avouant n’avoir pas assez vécu par rapport aux membres masculins du groupe pour venir y raconter son existence. Il faut dire que Virginia Woolf a une sainte horreur du narcissisme et de l’égotisme ce qui peut surprendre quand on pense que l’intime est pourtant au coeur de son écriture. Ainsi, le propos woolfien reste biaisé puisqu’elle cherche à échapper aux écueils de l’autosatisfaction en se racontant sans parler de sa vie ou à de rares occasions de sa vie d’écrivain. Le snobisme semble être un masque que Virginia Woolf applique sur sa personnalité pour mieux cacher son être profond. Elle détourne le sens communément admis du snob, souvent indissociable d’une attitude vantarde et égocentrique qui consiste à se sentir supérieur aux autres en tous points, pour s’interroger sur la forme particulière de snobisme dont elle se dit atteinte.

Maggie Smith dans Downton Abbey

Son snobisme, elle l’emprunte à l’aristocratie pour laquelle elle avoue une grande fascination justement parce que sa famille n’a rien d’aristocrate. La feintise de la snob qu’elle se dit être est donc une façon de se rêver aristocrate ou plutôt de rêver l’aristocratie telle qu’elle n’est pas. Vous vous croyez indemne de ce genre de snobisme ? Si l’aristocratie semble être un vieux rêve d’Ancien Régime, même de nos jours nous raffolons des histoires princières et de la haute aristocratie. Songe rien qu’au succès de Downton Abbey (que même la duchesse de Cambridge adore !) ou encore de biopics encore récents comme The Young Victoria ou le Discours d’un Roi. Sous prétexte donc de se singer elle-même sous couvert de snobisme, c’est toute une société qu’elle esquisse, la sienne et un peu la nôtre. Ce monde où un titre de noblesse ou tout simplement la façon de se vêtir, le statut ou l’origine sociales suffit pour en imposer étant donné que « l’essence du snobisme est de chercher à faire une forte impression sur les autres ».

Pourtant, Virginia Woolf se moque d’elle-même preuve que son snobisme est réfléchi, assumé mais pas complètement subi. Cette valeur du rire (rire de soi et des autres) fait l’objet d’un essai à elle toute seule, intitulé en toute simplicité « La valeur du rire ». C’est un essai marquant étant donné, mais je me répète, que l’écriture de Virginia Woolf est considérée à l’heure actuelle comme à des années lumières du registre comique. Bien sûr, cela vient d’une réinterprétation posthume qui ne tient principalement (à mon sens) qu’à un détail biographique : son suicide par noyade en 1941 Alors forcément, on étudie à bon droit mais avec beaucoup trop de conventionnalisme Mrs Dalloway où, comme par un heureux hasard, la figure du suicidé apparaît en la personne de Septimus qui se défenestre. De là vient ce que j’appelle la critique psychologisante post-prophétique. Des perroquets de malheur qui interprètent les signes comme des schizophrènes où chaque apparition de l’eau, du noyé ou de la mort est l’occasion de spéculer dans le vide. Pourtant, on occulte avec ce genre d’œillères une grande partie de l’oeuvre de Virginia Woolf, bien moins abordée en classe, allant d’Orlando, cette longue lettre d’amour adressée à Vita Sackville-West, son amante qui prend la forme d’une biographie fictive pleine d’ironie en passant par Flush, la biographie de la poète Elizabeth Barrett-Browning du point de vue de son épagneul Flush jusqu’à Freshwater , l’unique pièce de théâtre qu’elle ait écrite initialement prévue pour un amusement privé entre membres du Bloomsbury Group sur les Préraphaélites et en particulier sa grand-tante,  la photographe Julia Margaret Cameron. C’est un court texte hilarant, très divertissant (et pour cause, il a été représenté deux fois en famille) et qui montre à quel point Virginia Woolf accorde au rire une valeur hautement littéraire. Le rire parce qu’il est méprisé par la tradition littéraire, devient une arme pour le développement de la littérature féminine et féministe étant donné que c’est dans les genres mineurs que les femmes se trouvent en même temps reléguées et où elle excellent. De ce fait, l’ironie devient l’une des voix possibles que l’écriture féminine peut prendre dans la mesure où elle brouille les voix et les genres. Ainsi, Virginia Woolf réhabilite non seulement le rire mais elle invite ses lecteurs et les écrivaines qui la lisent d’assumer le potentiel créateur du rire.

Roger Fru, The Black Sea Coast (1911)

Roger Fry, The Black Sea Coast (1911)

Ce que j’aime dans la pratique anglo-saxonne et woolfienne de l’essai, c’est la place assumée de la iction qui en fait un objet esthétique hybride. C’est surement pour cela que j’ai beaucoup d’admiration pour « Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile » et « La mort du papillon » parce qu’ils sont très peu théoriques et beaucoup plus contemplatifs. Alors certes, la valeur du rire ne s’applique pas notamment pour le dernier essai mais à la lecture, j’ai été touchée par le goût minimaliste pour ce papillon dont la courte vie fait l’objet d’un essai-nouvelle. Il faut dire que le bestiaire woolfien m’intéresse tout particulièrement puisque Flush fait partie du corpus de mon mémoire ce qui a pu influencé ma lecture. Pourtant, ce papillon, pour son caractère éphémère, a quelque chose d’esthétiquement hybride puisqu’il porte en lui de façon contractée la vie et la mort comme tout un chacun :

« It was as if someone had taken a tiny bead of pure life and decking it as lightly as possible with down and feathers, had set it dancing and zig-zagging to show us the true nature of life. »

Quant à « Un soir dans le Sussex », je dois dire que j’ai toujours aimé les couchers de soleil alors qu’ils fassent l’objet d’un essai de Virginia Woolf a forcément de quoi me plaire. Là aussi, il s’agit de saisir un phénomène éphémère, le passage du jour à la nuit, qui, bien entendu, rappelle celui entre la vie et la mort. on est loin du registre comique. Pourtant, ce sujet métaphysique passe par la contemplation de la vie dans son aspect passager et mouvant étant donné que ses réflexions accompagnent un traet en voiture dans la campagne où les paysages sont mouvants. Si l’extériorité est plurielle, l’intériorité l’est d’autant plus sous l’effet d’une espèce de parallélisme proche de ce que John Ruskin appelle une « pathetic fallacy » dans Modern painters, c’est-à-dire l’attribution commune de sentiments humains aux paysages contemplés et au spectateur. Dès lors, si le paysage a une identité mouvante, l’identité personnelle de celle qui l’observe l’est d’autant plus :

« The sun was now low beneath the horizon. Darkness spread rapidly. None of my selves could see anything beyond the tapering light of our headlamps on the hedge. I summoned them together. “Now,” I said, “comes the season of making up our accounts. Now we have got to collect ourselves; we have got to be one self. (…) What we have made then today,” I said, “is this: that beauty; death of the individual; and the future. Look, I will make a little figure for your satisfaction; here he comes. Does this little figure advancing through beauty, through death, to the economical, powerful and efficient future when houses will be cleansed by a puff of hot wind satisfy you? Look at him; there on my knee. »

J’espère vous avoir donné envie d’explorer ces textes variés dans ce recueil compilé par Maxime Rovere chez Payot-Rivages.

Où se procurer Suis-je snob ?

Payot Rivages

Payot Rivages

Suis-je snob ? et autres textes baths de Virginia Woolf

Titre original : Am I A Snob ? 

Edition Payot-Rivages (176 p.)

Traduction : Maxime Rovere

7€60

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« Visages noyés » (1961) de Janet Frame

20 Août

Janet Frame (Kerry Fox) dans Un ange à ma table de Jane Campion

 

« « Quand vous nous quitterez, il faudra oublier absolument tout ce que vous avez vu, l’effacer de votre esprit aussi complètement que si ça n’avait pas existé. Il faudra vivre comme tout le monde et ne plus penser à l’hôpital. » Vous qui lisez le témoignage que je viens d’écrire, vous devez vous rendre compte, n’est-ce pas, que je lui ai obéi… »

Résumé 

Comme un double de Janet Frame, Istina Mavet témoigne de ses dix années d’internement dans deux hôpitaux psychiatriques interrompues par de brefs séjours à l’extérieur avant de finir par en sortir définitivement. Sans que jamais la nature de sa maladie soit vraiment nommée ni tomber dans le voyeurisme ni le scabreux, on y découvre le quotidien et les traitements des patientes mais aussi leurs peurs, surtout la menace des séances d’électrochoc et des lobotomies. Sous les yeux d’Istina, chacune retrouve un visage humain en racontant des bribes de leur vie, de leurs rêves et de leurs lubies loin de l’anonymat de l’internement. 

Visages noyés (Faces in the water en anglais) est mon premier roman néo-zélandais et, j’imagine, j’aurais pu choisir plus joyeux. Pourtant, c’est un vrai coup de coeur et, si certains passages étaient parfois plus difficiles que d’autres, je l’ai lu presque d’une traite. Je l’avais commencé l’an dernier pour la 1e session de mon challenge du Commonwealth, j’avais dû l’abandonner faute de temps mais vraiment à regret. Même si le thème est très sérieux, j’ai pris étrangement beaucoup de plaisir peut-être parce que ce témoignage est très réaliste sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le scabreux. On apprend beaucoup du monde psychiatrique mais surtout, c’est la poésie de ce témoignage qui m’a touché.

Scène en hôpital psychiatrique dans Un ange à ma table de Jane Campion

C’est difficile d’écrire la folie sans être caricatural et c’est par des images souvent très belles que la vie intérieure troublée de l’héroïne est décrite. Visages noyés est avant tout une critique du système psychiatrique et des vieilles méthodes qui cherchent à soigner les patientes par des moyens violents et radicaux comme les électrochocs et les lobotomies. Peut-être contre le langage médical trop objectif et froid pour saisir vraiment l’expérience des malades, Janet Frame a recours à beaucoup d’allégories comme le « Dieu Sécurité », le « Dieu Croix-Rouge », la « Saison du Danger » ou encore le « Dieu Irréalité » pour nommer les peurs d’Istina par rapport au monde extérieur et à ses dangers. Elle passe aussi par des métaphores plus ou moins réalistes pour exprimer la distance qui sépare les patientes du monde extérieur comme la banquise, qui rappelle le thème de l’eau dans le titre :

« On m’avait mise à l’hôpital parce qu’une grande brèche s’était ouverte dans la banquise et m’avait séparer des autres. De loin, je les voyais dériver avec leur monde à eux (…). J’aurais pu, sans doute, plonger dans la mer violette et nager pour rattraper les habitants du monde qui drivait là-bas. Mais je pensais : « Sécurité d’abord ! »

C’est donc par la parole et le témoignage avec ses propres mots même maladroits que l’héroïne finit par la guérir. En dix ans d’internement, les méthodes de traitement changent pour laisser plus de place à la cure analytique et à des méthodes plus douces comme lui montrer des images (peut-être le test de Rorschach), s’occuper de la bibliothèque de l’hôpital ou servir les repas des médecins sous l’initiative d’un nouveau médecin alors même qu’un autre la menaçait de lui faire une lobotomie.

Janet Frame

Janet Frame

Au-delà de la critique des méthodes psychiatriques, Janet Frame propose aussi une palette de personnages qui côtoient Istina des patientes aux infirmières en passant par sa famille. Seule sa tante Rose vient régulièrement la voir ce qui réduit considérablement ses contacts avec le monde extérieur. Plus que les médecins, ce sont les infirmières qui ont le mauvais rôle jusqu’à provoquer parfois les patientes pour qu’elles se battent pour des bonbons…

Parmi les nombreuses patientes que l’héroïne croise à chaque fois qu’elle est affectée dans un autre pavillon de l’hôpital, j’ai été touchée par le personnage de Brenda Barnes. Elle fait partie des malades qui ont subi une lobotomie et son comportement désordonné montre bien les conséquences désastreuses d’un tel traitement. Pourtant, elle garde de sa vie passée ses talents de pianiste. Elle joue même du piano aux malades comme un intermède de normalité avant de s’arrêter de jouer brusquement et de retomber dans une crise. Je la trouve assez touchante surtout quand elle se croit suivie par son frère et qu’elle répète « Fichez le camp, Mr Frederick Barnes ».

Les patientes reconstruisent dans l’enceinte de l’hôpital une apparente « vie normale » dans leur quotidien où chacune a un peu d’argent pour aller acheter des bricoles et des friandises dans une supérette à l’intérieur de l’hôpital. Cela va même jusqu’à entretenir une forme de vie sentimentale avec les malades du quartier des hommes. L’une d’elles qui a un soupirant va même jusqu’à s’acheter une bague qu’elle montre à qui veut comme une bague de fiançailles. Le personnel soignant organise même des bals et des fêtes sportives qui égayent un peu le quotidien des patientes qui sont plus habituées aux tâches ménagères et aux traitements qu’à des amusements.

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Janet Frame (Kerry Fox) filmée par Jane Campion

Ma lecture de Visages noyés m’a vraiment donné envie de regarder Un ange à ma table de Jane Campion pour mieux connaitre la vie de Janet Frame et voir ce que ce roman a d’autobiographique. Si Janet Frame a été faussement diagnostiquée schizophrène après dix ans perdus en hôpital psychiatrique et près de 300 électrochocs, Istina Mavet n’est pas Janet Frame qui garde tout de même une certaine distance avec son personnage. Je pense le voir et le chroniquer assez vite pour avoir ce roman encore en tête. J’ai aussi hâte de lire un autre roman de Janet Frame peut-être plus nettement autobiographique. Le style de l’auteur m’a vraiment enchanté malgré l’horreur de ce qu’elle raconte.

« Je me demandais parfois si je n’étais pas moi-même l’invitée de mon imagination, cette imagination qui m’entourait comme un château hanté, et si la présence de mes propres fantômes ne se faisait pas de plus en plus oppressante. »

Un témoignage sur la reconquête d’une humanité perdue à lire et à méditer.

Où trouver Visages noyés

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Faces in the water / Visages noyés de Janet Frame

Visages noyés de Janet Frame

Titre original : Faces in the water 

Edition : Rivages poche (309 p.)

Traduit par Solange Lecomte

 

 

 

 

Lu avec Novelenn. Merci à elle de m’avoir suivi dans cette LC 😉 

 

Dans le cadre des challenges :

Challenge du Commonwealth

1e participation au Challenge du Commonwealth

logo autour du monde

2e lecture pour le challenge « Autour du monde » chez Matilda

Challenge du Commonwealth de retour en 2014-2015 !

12 Juil
Challenge du Commonwealth

Challenge du Commonwealth

En juillet 2013, j’avais lancé un challenge sur la Littérature du Commonwealth pour découvrir de nouveaux auteurs et de nouvelles cultures grâce à ces lectures. C’était l’occasion de découvrir des littératures post-coloniales mais aussi de varier mes lectures anglo-saxonnes. Les participations ont été vraiment nombreuses et j’en remercie tou(te)s celles et ceux qui y ont pris plaisir en voyageant en Australie (13 lectures), en Inde (8 lectures), en Afrique du Sud (7 lectures), au Québec/Canada (6 lectures), en Nouvelle-Zélande (5 lectures), en Irlande (3 lectures), en Jamaïque  (2 lectures), au Nigeria (2 lectures) ou encore au Pakistan (1 lecture) ! Avec 12 lectures à elle seule, et pour avoir joué le jeu jusqu’au bout avec des lectures très variées, Une Lyre à la main est la meilleure challengeuse de 2014-2015 ! Pour la féliciter, je pense lui envoyer une petite surprise par la poste ! Merci de m’envoyer ton adresse postale par MP sur la page Fb du blog ou par mail à bottleinasea@gmail.com 😀

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Faces in the Water de Janet Frame

Malheureusement, je suis passée un peu à coté de ce challenge faute de temps consacré à mon blog cette année avec cette année de M1 et la préparation de mon mémoire. Ce n’est pas faute d’avoir eu un véritable coup de coeur pour Visages Noyés de Janet Frame. Je n’en ai lu que les 150 premières pages mais j’ai vraiment été touchée par ce roman autobiographique sur l’enfermement d’une jeune femme dans un hôpital psychiatrique. Le style est vraiment très beau, très poétique et j’ai hâte de le continuer cet été.

Avec mon bilan personnel peu glorieux, j’ai d’autant plus envie de continuer ce challenge jusqu’en juillet 2015 ! N’hésitez pas à vous réinscrire ou vous inscrire pour une nouvelle aventure ! J’ai mis à votre disposition en fin de billet le récapitulatif des lectures passées pour vous donner des idées; Si vous voulez plus de détails sur le Commonwealth (et les pays les susceptibles de nourrir vos lectures), je vous invite à aller lire mon billet de présentation de l’an dernier.

Les règles :

Le challenge durera du 12 juillet 2014 au 12 juillet 2015. Pour ce challenge du Commonwealth, vous pouvez autant chroniquer des livres que des films, des séries ou de la musique du Commonwealth. Des articles sur l’Histoire ou la culture de ces pays sont aussi les bienvenus !

NB1: Contrairement à l’an dernier, les lectures anglaises ou de pays non membres du Commonwealth devront obligatoirement avoir un lien avec le Commonwealth dans l’intrigue ou le thème du livre. Histoire de pimenter les choses !

NB2: Pour me faciliter la tâche, je vous demande de poster vos liens uniquement sur la page du récapitulatif. Cet article est seulement dédié aux inscriptions.

Les catégories :

Catégorie « Gandhi » : 1-4 lectures/films/séries/culture/chronique culture 
Catégorie « Caribou » : 4-6 lectures/films/séries/culture/chronique culture

darcy-pull-tete-cerf

Mark Darcy sponsorise ce challenge !

Catégorie « Nelson Mandela » : 6-8 lectures/films/séries/chroniques culture
Catégorie « Diable de Tasmanie » : 8-10 lectures/films/séries/chroniques culture

taz

Gare à Taz !

Catégorie « Gollum » : 10-12 (et +) lectures/films/séries/chroniques culture

gollum

Gollum aime ce précieux challenge !

Vous pouvez vous inscrire dans les commentaires de cet article et suivre plus facilement le challenge sur le groupe FB  du challenge ! Si vous voulez organiser des Lectures Communes, ça se passe sur ce groupe aussi. Moi, je propose une LC pour Visages noyés de Janet Frame pour début août. Qui me suit ? 🙂

Les logos : 

Logo

1e Logo – Challenge du Commonwealth

 

 

 

 

 

 

 

 

Challenge du Commonwealth

2e Logo – Challenge du Commonwealth

 

 

 

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3e Logo Challenge du Commonwealth

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les participant(e)s :

– Mimipinson – Billet de présentation

Noveleen – Catégorie Caribou

Iroise (Catégorie Caribou) – Billet de présentation 

– Claire (Chat de bibliothèques) (Catégorie Caribou) – Billet de présentation 

Alexandra – Catégorie Gollum              

                                       

Des idées de lectures à piocher dans le récapitulatif du challenge 2013-2014 :

[AUSTRALIE] 

1) [A Girl from EarthThe Slap de Christos Tsiolkas

2) [A Girl from EarthUn employé modèle de Paul Cleave

3) [ClaireLa Scène des souvenirs de Kate Morton

 4) [Lilly] Lettre à mon ravisseur de Lucy Christopher

5) [MimipinsonLa Scène des souvenirs de Kate Morton

6) [MimipinsonL’écharde de Paul Wenz

7) [MimipinsonLes affligés de Chris Womersley

8) [MimipinsonSous la terre de Courtney Collins

9) [MimipinsonA la grâce des hommes d’Hannah Kent

10) [Mimipinson La mauvaise pente de Chris Womersley

11) [ValérieExposition Ron Mueck à la fondation Cartier

12) [Valérie] Les affligés de Chris Womersley

13) [ValérieTout ce que je suis d’Anna Funder

 

[INDE]

1) [La LyreThe God of small things d’Arundhati Roy

2) [La LyreUntouchable de Mulk Raj Anand 

3) [La LyreFire on the Mountain d’Anita Desai

4) [La LyreCry the Peacock d’Anita Desai 

5) [Purple VelvetDanse indienne au Festival d’Avignon

6) [ValérieUne simple affaire de famille de Rohinton Mistry

7) [Valérie] Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal

8) [ValérieLe palais des miroirs d’Amitav Ghosh

 

[AFRIQUE DU SUD] 

1) [La LyreFoe de J.M Coetzee 

2) [LillyDisgrâce de J.M Coetzee

3) [MimipinsonL’Afrique du Sud, une histoire séparée

4) [MimipinsonMandela, le dernier héros du XXe siècle

5) [MimipinsonL’Apartheid

6) [MimipinsonUn été noir et blanc de Frédéric Couderc

7) [MimipinsonLe piège de Vernon de Roger Smith

 

[NOUVELLE-ZÉLANDE]

1) [ClaireUn employé modèle de Paul Cleave

2) [La LyreTowards Another Summer de Janet Frame

3) [La LyreDreambot Dad d’Alan Duff

4) [La LyreAn Angel at my Table de Janet Frame

5) [La LyreFaces in the water de Janet Frame

6) [NoveleenThe Whale Rider de Witi Ihimaera

[QUEBEC]

1) [A Girl from Earth] L’ostie chat (BD, 3 tomes)

2) [ValentyneLa petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaetan Soucy

3) [ValentyneBonbons assortis de Michel Tremblay

4) [ValentyneVolkswagen Blues de Jacques Poulin

 

[IRLANDE] 

1) [DenisL’archiviste de Dublin de Flann O’Brien

2) [Purple VelvetSalomé d’Oscar Wilde

3) [LillyFragiles serments de  Molly Keane

[CANADA]

1) [LillyLe chemin des âmes de Joseph Boyden

2) [ShelbyleeMeurtre en la majeur de Morley L. Torgov

 

[NIGERIA] 

1) [La LyreThings fall apart de Chinua Achebe

2) [LillyL’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie

[JAMAÏQUE]

1) [La LyreThe White Witch of Rosehall de Herbert G. de Lisser

2) [La LyreSmile Please de Jean Rhys

 

[PAKISTAN]

11) [La LyreBroken Verses de Kamila Shamsie 

 

[AUTRES PAYS: UK, FRANCE…]

1) [Elodie L’héritage Boleyn de Philippa Gregory

2) [Elodie Meurtre au champagne d’Agatha Christie 

3) [LillyDix petits nègres d’Agatha Christie

4) [Lilly] La Plume empoissonnée d’Agatha Christie

5) [LillyCe qu’il advint du sauvage blanc de François Garde

6) [LillyFemmes et filles d’Elizabeth Gaskell 

7) [SyannellePourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeannette Winterson

8) [Purple VelvetBilbo le Hobbit de J.R.R Tolkien

9) [Purple VelvetJules César / Antoine et Cléopatre de William Shakespeare

10) [Purple VelvetLe Disque Monde : Pyramides (t. 7) de Terry Pratchett

11) [Purple VelvetLe Vampire de John Polidori 

12) [Purple VelvetL’hérétique et son commis de E. Peters 

13) [Purple VelvetLa mort n’est pas une fin d’A. Christie

14) [Purple VelvetLe Faucheur de Terry Pratchett 

15) [Purple Velvet] Titus d’Enfer de Mervyn Peake 

16) [ValérieL’expo Titanic (bonus)

17) [ValentyneWilt 1 de Tom Sharpe

 

 

« Adieu Gloria » (2007) de Megan Abbott

11 Juil

Adieu Gloria de Megan Abbott

« Alors, eh bien, oui, je lui servis mon plus beau déhanché, à la fois grande classe et poule à vendre. Quand on arrive à mêler intimement les deux, les gars ne comprennent pas ce qui leur tombe dessus. Ils n’arrivent pas à vous cataloguer. ça les rend dingues, du moins les plus futés. Ils vont tout faire pour vous mettre le grappin dessus. Vous êtes à la fois leur petite amoureuse de l’école maternelle et leur première pute, le tout dans un seul et même emballage torride. »

L’intrigue 

A 22 ans, elle a les dents longues mais rien ne la prédestine à devenir quelqu’un en étant la fille de personne. Rien, avant de croiser le regard de Gloria Denton, la Reine de la mafia locale qui travaille pour le compte de parrains pour truquer les paris, les courses hippiques et les casinos. La narratrice va devenir sa « pouliche », sa fille de substitution, apprenant grâce à elle toutes les ficelles du métier, persuadée que la relève sera assurée. Sauf que tout est une question de bonnes ou de mauvaises rencontres. Tellement avide de liberté, les erreurs s’enchaînent. Un raté, habitué des casinos et de la banqueroute, va lui mettre le grappin dessus mais on ne dit pas adieu comme ça à Gloria quand elle vous tient…

Vivian Rutledge (Lauren Baccall) dans The Big Sleep (1946)

L’été est définitivement un bon moment pour lire des polars. Après Une folie meurtrière de P.D James l’été dernier, un polar anglais dans un hôpital psychiatrique  privé, je suis revenue à mes vieux amours, le roman noir américain plein de belles plantes, de voyous et de policiers corrompus. Sauf qu’Adieu Gloria n’a de commun que l’ambiance avec Le Grand sommeil de Raymond Chandler, le premier classique noir que j’ai lu. Avec Megan Abbott, les valeurs du roman noir classique sont comme renversées et, ce qui n’est pas pour déplaire, les femmes y ont plus de place. Si l’inspecteur Marlowe charme tout ce qui bouge, il joue toujours plus finement que les personnages féminins qu’il croise.

Tante Polly (Helen McCrory) – Peaky Blinders

Or, contre une tradition des romans et des films sur la mafia, les parrains, « les grands patrons » comme la narratrice les appelle, font complètement figuration. On ne les voit pas, on ne les verra jamais et, d’ailleurs, ça n’a pas d’importance puisque la roue tourne à la fin pour de meilleurs gros poissons. Seule Gloria leur sert d’intermédiaire pour devenir une « marraine » de substitution. Femme de tête, son personnage m’a fait pensé de très loin à la matriarche Tante Polly (Helen McCrory) dans la série Peaky Blinders (2013) dont la famille truque les paris notamment des jeux de course. L’époque n’est pas la même mais, visiblement, récemment, derrière tout mafieux se cache une femme, une vraie.

Megan Abbott

Rien que la couverture donne le ton, après tout mais surtout les premières lignes : « Je veux ces jambes ». La sensualité des années 50, tout y est dans cet incipit. Si les jambes des femmes sont toujours un motif récurrent dans les polars (je crois me souvenir que Marlowe fantasme sur celles de Vivian Sternwood, la belle héritière), ce n’est pas le désir purement sensuel qui en explique la présence, c’est l’envie. Il ne faut pas croire que l’affaire amoureuse entre la narratrice et son bon à rien de Vic Riordan qui va déclencher le début de la fin en fait le cœur de l’histoire. Même faible, elle reste maîtresse du jeu malgré ses erreurs de débutantes. Et, surtout, la relation primordiale est bien celle qui lie Gloria et la jeune femme.

Lily Dillon (Anjelica Huston) dans The Grifters de Stephen Frears qui ressemble beaucoup à Gloria Denton

Maître et élève ? Très tôt, Gloria la prend sous son aile pour en faire sa créature. Elle ne fait pas seulement son éducation, elle la façonne à son image telle une Pygmalion du crime. Pourtant, ses intentions restent  presque jusqu’à la fin plus qu’ambiguës. Pourquoi l’avoir choisi, elle ? Jusqu’où la soutiendra t-elle, une fois les ennuis commencés ?  Entre main de fer et gant de velours.  Gloria porte d’ailleurs constamment des gants pour leur élégance mais surtout pour mieux cacher ses faiblesses. Ce que j’ ai aimé dans ce rapport de maître et d’élève, c’est la vulnérabilité de Gloria qui pointe dont la situation reste plus pathétique qu’autre chose. Aussi manipulatrice soit elle, Gloria materne plus la jeune femme qui en retour la respecte mais pas sans préférer sa liberté.

Mère et fille ? Gloria est définitivement un modèle féminin pour la narratrice, orpheline de mère et sans grande admiration pour son père, petit employé de casino dévot et sans le sous. Gloria a donc tout d’une marraine pour la jeune femme en lui offrant un avenir même si ça parait une perspective bien cynique pour une carrière de mafieuse. C’est l’intimité entre les deux femmes qui m’a captivé, au point de se détruire mutuellement. Tant de confiance et pourtant tant de suspicion mutuelle, de non-dits. Si la narratrice, la « mauvaise fille » qui déçoit sa patronne, est presque agaçante de naïveté, Gloria est un personnage plus opaque, plus complexe qui mériterait plus qu’un roman pour connaitre son histoire; Et pourtant, c’est sa réputation de femme passionnée derrière sa maîtrise qui ne pardonne jamais et se venge toujours (sauvagement si possible) qui en fait un personnage énigmatique. On ne sait pas ce qui est vrai, ce qui est légende chez elle ce qui permet de tout imaginer.

Certains autres personnages semblent plus stéréotypés, comme le beau parleur qui sert d’amant à la « pouliche » de Gloria. Avec ce roman noir très féminin, forcément, le seul personnage masculin un minimum développé parait légèrement moins intéressant. Contrairement à Vic (un prénom bien ironique pour celui qui ne fait que perdre), le personnage d’Amos Mackey, le nouveau caïd en veine, l’avenir personnifié de la mafia, est peut-être celui qui a le plus d’allure alors qu’on le voit à peine.

« Et Il savait quelque chose sur moi, il savait. »

Je voulais lire ce polar depuis un bout de temps et je n’ai pas été déçue. Je n’ai qu’une hâte, lire un nouveau Megan Abbott. Quel dommage qu’il n’existe pour l’instant aucune adaptation. Mais Gloria m’a tellement touchée que je crois que je serai forcément déçue. Dire adieu à Gloria, peut-être, mais pas à l’image que je m’en fais.

Comment lire Adieu Gloria ?

Adieu Gloria de Megan Abbott

J’ai lu Adieu Gloria dans l’édition Le Livre de Poche  pour EUR 6,10

Traduit de l’anglais par Nicolas Richard.

Disponible aussi aux éditions du Masque.

Lu pour le challenge « Thrillers & Polars » chez Liliba.

Poésie de Charlotte, Emily, Anne & Branwell Brontë

29 Sep
Emily Bronte (Isabelle Adjani), Charlotte Bronte (Marie-France Pisier) & Anne Bronte (Isabelle Huppert)

Emily  (Isabelle Adjani), Charlotte (Marie-France Pisier) et Anne Brontë (Isabelle Huppert) dans Les Sœurs Brontë

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

 

 

 

 

 

 

 

 

« Sweet Love of youth, forgive if I forget thee,

While the world’s tide is bearing me along:

Sterner desires and other hopes beset me,

Hopes which obscure, but cannot do thee wrong! »

 Emily Bronte, « Remembrance »

Charlotte Brontë

Charlotte Brontë

Pour cette nouvelle édition 2013-2014 de mon rendez-vous mensue« Un mois, un extrait » créé il y un an, j’ai eu envie de mettre en avant les premiers amours de ce blog, qui fête déjà sa première année d’activité régulière, tout ça à bon port et avec un équipage et des passagers tous plus fidèles les uns que les autres ! Et comme j’ai déjà beaucoup parlé  des talents narratifs de la famille Brontë, principalement grâce à Charlotte avec Jane Eyre & Le Professeur, j’ai eu envie de vous faire découvrir leurs œuvres plus méconnues, à savoir la poésie de la famille Brontë qui se sont tous les quatre essayés à cet art exigeant et sensible.

Mais avant toute chose…

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !
« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :
#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 
#6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST 
#7: De profundis d’Oscar Wilde
#8: Look Back in Anger de John Osborne 
 
Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page.
Si vous voulez participer avec moi à ce rendez-vous de partage ou si  vous avez un conseil de lecture particulier, contactez-moi à l’adresse bottleinasea[at]gmail.com ou à l’aide des commentaires ci-dessous.
Emily Brontë

Emily Brontë

Ma première approche de la poésie des Brontë a été celle d’Emily grâce au petit recueil bilingue Poèmes de la Nrf. Généralement considérée comme la meilleure poétesse de la famille pour sa sensibilité et la maturité de ses thèmes de prédilection. Si j’ai commencé ce billet justement par des vers de son poème « Remembrance » (découvert grâce à la vidéo ci-dessous) c’est que je partage cet avis et l’univers d’Emily très longtemps depuis ma lecture de Wuthering Heights, peut-être le roman qui résume le mieux les aspirations de l’adolescence pour la passion avant de s’assagir un peu ! (ou pas)

Mais si on se souvient plus facilement de la fraîcheur, du poids du désir et de la fascination des landes chez Emily, le poème qui suit montre une facette plus grave, à la recherche d’un repos apaisé pour faire taire sa conscience et ses interrogations. Qu’est-ce qu’une journée bien remplie peut nous apprendre, propice a priori au repos bien mérité ? Et pourtant, qui sème le vent récolte la tempête ! La conscience, la culpabilité ont beaucoup à dire et mentent tout autant ! Seule la mort peut pleinement nous apaiser ou, ici-bas, la tranquillité qu’offre l’heure de minuit suffit-elle tout simplement ?

SELF-INTERROGATION

Emily Brontë

“The evening passes fast away.
’Tis almost time to rest;
What thoughts has left the vanished day,
What feelings in thy breast?

“The vanished day? It leaves a sense
Of labour hardly done;
Of little gained with vast expense—
A sense of grief alone?

“Time stands before the door of Death,
Upbraiding bitterly
And Conscience, with exhaustless breath,
Pours black reproach on me:

“And though I’ve said that Conscience lies
And Time should Fate condemn;
Still, sad Repentance clouds my eyes,
And makes me yield to them!

“Then art thou glad to seek repose?
Art glad to leave the sea,
And anchor all thy weary woes
In calm Eternity?

“Nothing regrets to see thee go—
Not one voice sobs’ farewell;’
And where thy heart has suffered so,
Canst thou desire to dwell?”

“Alas! the countless links are strong
That bind us to our clay;
The loving spirit lingers long,
And would not pass away!

“And rest is sweet, when laurelled fame
Will crown the soldier’s crest;
But a brave heart, with a tarnished name,
Would rather fight than rest.

“Well, thou hast fought for many a year,
Hast fought thy whole life through,
Hast humbled Falsehood, trampled Fear;
What is there left to do?

“’Tis true, this arm has hotly striven,
Has dared what few would dare;
Much have I done, and freely given,
But little learnt to bear!

“Look on the grave where thou must sleep
Thy last, and strongest foe;
It is endurance not to weep,
If that repose seem woe.

“The long war closing in defeat—
Defeat serenely borne,—
Thy midnight rest may still be sweet,
And break in glorious morn!”

Charlotte Brontë

J’ai toujours pensé que Charlotte était la plus stoïcienne de la famille Brontë, à l’image de Jane Eyre, souffrant  parfois mais, avec son bon sens habituel, se ressaisissant toujours avec courage (« bear{ing] a cheerful spirit still ») après être passée par une phase nécessaire de passion intense ou de découragement. J’ai toujours apprécié  ça dans son écriture et chez ses personnages : le retour au bon sens sans forcément dénié que nous sommes des êtres qui souffrent, aiment et ressentent profondément l’absence de l’être aimé sans forcément, tel un Heathcliff péter une durite, exhumer le cadavre de Cathy, hanté par son absence-présence. Malgré un sujet assez sérieux et grave, Charlotte réussie à produire un poème extrêmement lumineux, plein d’espoir. Mes vers préférés restant :

« When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are.

(…)

We can meet again, in thought. »

Et croyez-moi, écouter ce poème sur son mp3 (et particulièrement ces vers), en traversant un pont tout en observant les reflets du Rhône,  ça n’a pas de prix.

« PARTING »

Charlotte Brontë

THERE’S no use in weeping, 
Though we are condemned to part: 
There’s such a thing as keeping 
A remembrance in one’s heart: 

There’s such a thing as dwelling 
On the thought ourselves have nurs’d, 
And with scorn and courage telling 
The world to do its worst. 

We’ll not let its follies grieve us, 
We’ll just take them as they come; 
And then every day will leave us 
A merry laugh for home. 

When we’ve left each friend and brother, 
When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are. 

Every glorious sight above us, 
Every pleasant sight beneath, 
We’ll connect with those that love us, 
Whom we truly love till death ! 

In the evening, when we’re sitting 
By the fire perchance alone, 
Then shall heart with warm heart meeting, 
Give responsive tone for tone. 

We can burst the bonds which chain us, 
Which cold human hands have wrought, 
And where none shall dare restrain us 
We can meet again, in thought. 

So there’s no use in weeping, 
Bear a cheerful spirit still; 
Never doubt that Fate is keeping 
Future good for present ill ! 

Anne Brontë

Anne Brontë

Anne est clairement la soeur Brontë que je connais le moins, n’ayant pour l’instant lu aucun de ses romans et ce n’est pas faute d’avoir Agnès Grey et The Tenant of Wildfell Hall dans ma PAL. J’espère profiter de 2013-2014 et du Challenge « Les Soeurs Brontë » chez Missycornish pour remédier à cette lacune. Pour compenser, en achetant le volume 1 du CD The Brontes : The Poems en juin dernier, j’ai pu écouter un certain nombre des poèmes d’Anne, au même titre que ceux des trois autres Brontë. Dans mon imaginaire, Anne est pour moi la plus « sage » de ses soeurs, peut-être aussi la plus pieuse, persuadée qu’un roman doit être avant-tout le medium d’une leçon morale. Très terre-à-terre et réaliste, Anne est la gouvernante par excellence, celle qui enseigne sans pouvoir se laisser porter par ses rêves. Et pourtant, l’espace du poème, du moins celui que j’ai choisi, semble plus aérien : on est emporté par la fraîcheur des souvenirs, l’enfance, la pureté et pourtant, ce n’est qu’un état de grâce puisque la souffrance (« grief (although, perchance, their stay be brief) ») perturbe ce moment parfait ce qui n’est pas étonnant puisque les sœurs Brontë ont connu très jeune le deuil, autant de leur mère que de leurs sœurs aînées emportées par la tuberculose. Toutefois, tout comme Charlotte, ces souvenirs heureux et lumineux permettent tout de même d’être rappelés à la vie pour mieux avancer au jour le jour en cas de détresse présente…

MEMORY

Anne Brontë

BRIGHTLY the sun of summer shone
Green fields and waving woods upon,

And soft winds wandered by;
Above, a sky of purest blue,
Around, bright flowers of loveliest hue,
Allured the gazer’s eye.

But what were all these charms to me,
When one sweet breath of memory
Came gently wafting by?
I closed my eyes against the day,
And called my willing soul away,
From earth, and air, and sky;

That I might simply fancy there
One little flower–a primrose fair,
Just opening into sight;
As in the days of infancy,
An opening primrose seemed to me
A source of strange delight.

Sweet Memory! ever smile on me;
Nature’s chief beauties spring from thee;
Oh, still thy tribute bring
Still make the golden crocus shine
Among the flowers the most divine,
The glory of the spring.

Still in the wallflower’s fragrance dwell;
And hover round the slight bluebell,
My childhood’s darling flower.
Smile on the little daisy still,
The buttercup’s bright goblet fill
With all thy former power.

For ever hang thy dreamy spell
Round mountain star and heather bell,
And do not pass away
From sparkling frost, or wreathed snow,
And whisper when the wild winds blow,
Or rippling waters play.

Is childhood, then, so all divine?
Or Memory, is the glory thine,
That haloes thus the past?
Not ALL divine; its pangs of grief
(Although, perchance, their stay be brief)
Are bitter while they last.

Nor is the glory all thine own,
For on our earliest joys alone
That holy light is cast.
With such a ray, no spell of thine
Can make our later pleasures shine,
Though long ago they passed.

branwell (1)

Patrick Branwell Brontë

Quand on aime les écrits des soeurs Brontë, Branwell est presque une légende. Cet Heathcliff, ce Rochester des mauvais jours est aussi un homme à part entière, assez méconnu et pourtant génial : écrivain né depuis le monde imaginaire de Glass Town et d’Angria créé par les enfants Brontë, portraitiste et précepteur. On a tout(e)s en tête le portrait des sœurs Brontë peint par Branwell où il s’est délibérément effacé pour ne pas surchargé le tableau. Cette disparition de la figure du frère est presque symbolique, tellement  il est à la fois toujours dans l’ombre de ses sœurs et omniprésent dans leur oeuvre.  Il faut dire qu’on connait surtout Branwell par le romanesque et la vie mouvementée et brisée qu’il a connu : alcoolique, dépendant au laudanum, atteint de delirium tremens et finalement tuberculeux, Branwell est surtout  un vrai  personnage byronien, amoureux éconduit qui  va se détruire faute de pouvoir avoir pour lui seul celle qu’il aime. (Heathcliff, sors de ce corps.) Qui était-elle ? Mrs Lydia Robinson, née Gisborne, la maîtresse de maison chez qui il a été précepteur. Tout porte à croire que Lydia serait devenue sa maîtresse, et que oh ! surprise, son mari l’aurait découvert, le chassant de céans, non sans une compensation financière donnée en secret par Mrs Robinson avec l’aide d’un domestique.  Branwell aurait espéré qu’une fois l’époux passé de vie à trépas, Lydia aurait pu devenir sa femme légitime mais, pas bête le bougre, Mr Robinson aurait stipulé dans son testament que sa femme n’hériterait de rien si elle n’osait ne serait-ce que penser à finir ses vieux jours au  coté de Patrick Branwell Brontë, son amant. Mort des amants. THE END.

De cette liaison est née le poème qui suit, avec un titre évocateur puisqu’il reprend le nom de jeune fille de Lydia (très évocateur pour les spectatrices de Robin Hood) comme une façon de rendre cette femme toujours libre alors même qu’il la présente presque captive dans sa propre maison et dans son mariage. Il faut savoir qu’elle était littéralement « libre » puisqu’elle aurait eu plusieurs amants (Branwell n’étant ni son premier, ni son dernier). Lydia Robinson est visiblement une figure assez ambiguë mais Branwell en garde forcément un souvenir idéalisé, cristallisé alors qu’elle ne va pas hésiter après  la mort de son mari à se remarier très avantageusement avec un certain Lord Scott (pas lui,  un autre), tout juste veuf de deux mois pour devenir une parfaite mondaine londonienne…. Toutefois, Branwell n’est pas non plus dupe et une certaine amertume traverse la fin du poème, où ses espoirs sont noyés dans la rivière Ouse comme un siècle plus tard ceux de Virginia Woolf…

LYDIA GISBORNE

Patrick Branwell Brontë

On Ouse’s grassy banks – last Whitsuntide,
I sat, with fears and pleasures, in my soul
Commingled, as ‘it roamed without control,’
O’er present hours and through a future wide
Where love, me thought, should keep, my heart beside
Her, whose own prison home I looked upon:
But, as I looked, descended summer’s sun,
And did not its descent my hopes deride?
The sky though blue was soon to change to grey –
I, on that day, next year must own no smile –
And as those waves, to Humber far away,
Were gliding – so, though that hour might beguile
My Hopes, they too, to woe’s far deeper sea,
Rolled past the shores of Joy’s now dim and distant isle. 

J’espère que ce nouveau rendez-vous d’« Un mois, un extrait » après quelques temps d’absence et un peu plus fourni que d’habitude vous aura plu et que ça vous incitera à lire ou écouter la poésie et les romans les moins connus de la famille Brontë.  N’hésitez pas à me suggérer des extraits pour les prochains numéros!

Où écouter les poèmes de la famille Brontë ? 

A part le dernier poème de Branwell, ceux cités (et bien d’autres !) sont facilement écoutables dans le volume 1 et le volume 2 d’un livre-audio regroupant les poèmes des Brontë.

Brontës – The Poems (vol. 1 & 2). Lus par Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf & Jo Wyatt. EUR 7, 99 chacun, téléchargeables en mp3 sur Amazon.

Mais si vous aimez lire surtout de la poésie en recueil (quoi que les deux sont tout-à-fait compatibles !), vous pouvez découvrir les Brontë en piochant dans :

Cahiers de poèmes – Emily Brontë

– Cahiers de poèmes d’Emily Brontë (Points) – EUR 6, 84 (qui vient de rejoindre gentillement mon panier Amazon)

– Le monde du dessous : Poèmes et proses de Gondal et d’Angria de Charlotte Brontë, Anne Brontë, Emily Brontë et Branwell Patrick Brontë (J’ai lu) – EUR 7, 41 (Idem)

Poems of Currer, Ellis & Acton Bell – (Format Kindle, gratuit)

 

 

 

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Troisième participation au Challenge ‘Les Soeurs Brontë » chez Missycornish

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Première participation au Challenge XIXe siècle chez Netherfield Park

« Une folie meurtrière » de P.D James

20 Juil

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« C’était un de ces moments inexplicables où l’on se retrouve soudain complètement seul au milieu d’une foule, où le bruit est comme assourdi, où les corps trop serrés semblent s’écarter, devenir lointains et mystérieux, comme des acteurs sur une scène éloignée. »

P.D James, Une folie meurtrière (A Mind to Murder), 1963.

 

 

L’intrigue

La clinique londonienne Steen de psychothérapie trie ses patients sur le volet, n’y entre pas le premier fou venu ! Pourtant, c’est cet établissement chic qui va défrayer la chronique après le meurtre de sa secrétaire administrative, Enid Bolam, détestée de tous, patients et collègues inclus, mais qui aurait-pu passer à l’acte, un vendredi soir dans la salle des archives au sous-sol ? Pour quel mobile ? Qu »est-ce que Mrs Bolam aurait-elle découvert qui pourrait ébranler toute la clinique au point de lui imposer un silence éternel, une paire de ciseaux dans le coeur et un fétiche sculpté serré comme un nourrisson ? C’est le charismatique et taciturne commissaire Adam Dalgliesh qui va devoir résoudre cette enquête où tous semblent innocents ou tous coupables…

Voilà une lecture que j’ai commencé à la fin du mois anglais et que j’ai laissé traîné, pas parce que ce roman est mauvais, mais plutôt à cause du contraire. J’ai d’emblée été marqué par l’habilité de P.D James à mettre en place son intrigue, à brouiller les pistes, avec très peu d’éléments. Confrontée à autant de facilités, j’ai voulu surement prolongé le plaisir pour retarder le dénouement final.

P.D James

P.D James

Je n’ai découvert P.D James que très récemment, il y a un an, grâce à son roman dérivé de Pride and Prejudice, Meurtre à Pemberley qui attend d’être lu, sagement dans ma PAL. Toutefois, j’ai préféré découvrir cet auteur par un polar original, ancré dans son propre univers et non dérivé de l’univers d’une autre auteur, aussi géniale soit elle. J’ai encore beaucoup à apprendre de ce genre, mais Une folie meurtrière est l’un des meilleurs polars que j’ai lu, bien qu’il ne dépassera jamais dans mon coeur Le grand sommeil de Raymond Chandler.

Adam Dalgliesh (Martin Shaw)

Adam Dalgliesh (Martin Shaw)

J’ai découvert en préparant ce billet qu’Une folie meurtrière était la deuxième enquête du commissaire Dalgliesh, un personnage très récurrent dans une série de polars de P.D James et c’est une très bonne nouvelle, m’étant très attachée au caractère taciturne et à la perspicacité de cet inspecteur de Scotland Yard à l’âme plutôt torturé. Contrairement à Philip Marlowe, plus « vulgaire », Adam Dalgliesh fait partie de ces gentlemen detective par sa conduite presque décalée par rapport à l’époque (les années 60) mais aussi par sa personnalité et ses occupations. Le deuxième chapitre d’Une folie meurtrière nous plonge après la découverte du cadavre dans une sauterie organisée par la maison d’édition de Dalgliesh pour le deuxième tirage de son recueil de poésie. La fête et le rencard de Dalgliesh vont être rapidement avortés, appelé par le devoir de se rendre sur les lieux…

Si Une folie meurtrière est imprégnée des traditions policières, à l’époque où se situe l’intrigue, les méthodes policières et les idées toutes faites sur les enquêtes policières propagées par la culture, le genre est mis en abyme plusieurs fois pour décrire par exemple le comportement convenu des personnel présent sur le lieu du crime :

« Ils ont lu tous les meilleurs romans policiers. Personne n’a touché le corps, ils ne laissent entrer ni sortir personne et ils se sont tous réunis dans une seule pièce pour pouvoir se surveiller mutuellement. Vous feriez bien de vous dépêcher  Adam, ou ils résoudront le crime avant votre arrivée. »

Très vite, on assiste à un huit-clos la nuit du crime une fois les entrées et les sorties interdites, où chaque membre du personnel devient suspect, chacun s’épie, essaie sa petite théorie et cache des secrets qui pourraient ou pas avoir un lien avec l’enquête. Le long passage de l’interrogatoire est très crucial forcément, et fait lui-même partie du rituel attendu dans une enquête policière. Personnellement, ça a été le moment où j’ai le plus possible remuer mes méninges pour relever quelques indices, quels mensonges, quelques alibis ou mobiles mais c’est aussi à ce moment-là qu’on découvre en surface les principaux personnages ou plutôt les suspects.

La scène de l’interrogatoire dans Basic Instincts

Les premières pages du roman donnent tout de suite une mse en situation et se focalise sur un personnage en particulier, le Docteur Steiner qui somnole pendant la séance d’analyse d’un de ses patients. D’emblée, on sent beaucoup de tensions dans cette clinique de psychothérapie, particulièrement entre Steiner et la victime Mrs Bolam, pas forcément contenue ce qui dirige subrepticement le mobile du coté de rivalités ou de contentieux personnels, voire passionnels. Pourtant, très vite, la vie privée de Mrs Bolam apparaît plus plate que jamais : une simple dévote, célibataire, maniaque du rangement au vu de son appartement digne des maisons-témoins avec pour seule occupation un poste de cheftaine chez les scouts.

afrique-congo-brazza-bembe-fetiche-bois-afcongob154- 23Mais, Mrs Bolam, par dessus tout, est une femme riche et la place de l »argent va être au centre de l’enquête. Là encore, rien de très révolutionnaire dans ce polar, et pourtant, c’est la grande simplicité de l’intrigue qui est l’une des grandes qualités d’un roman comme Une folie meurtrière. Tous les lecteurs de polars ont une imagination débordante, tous les scénarios semblent possibles alors quand on est confronté à trop de simplicités, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer des difficultés supplémentaires inutiles pour pimenter l’enquête. L’une des armes du crime est particulièrement porteuse : quel rôle a joué le fétiche de bois sculpté par un schizophrène, retrouvé niché dans les bras de la victime ? Quand on découvre que son propriétaire a un alibi, l’imagination ne peut que fuser. Vraie piste ou fausse piste, à vous de le découvrir !

Pourtant, derrière les histoires d’héritage, de liaisons entre médecins ou même du vol d’une modeste donation une semaine avant les faits, tant que le commissaire et le lecteur est dans le noir complet, autant de simplicité ne saute pas aux yeux directement ce qui renforce le suspens. Une fois sorti du schéma en huit-clos, on retrouve chaque protagoniste chez lui, dans l’intimité, sans qu’aucun suspect ne se trahisse. Si les ficelles simples de l’intrigue ne gène pas le plaisir de la lecture pendant une bonne partie du roman, le dénouement et la transition vers la chute finale nous les révèlent en pleine figure. Même Dalgliesh s’en rend compte une fois le crime résolu : tout était trop facile et aurait pu être réglé bien plus tôt en suivant quelques instincts. Si aux yeux de tous, l’enquête est un succès, pour lui, en expert, elle a un arrière-goût d’échec. Et le lecteur et Dalgliesh ne peuvent être que d’accord : même si Une folie meurtrière demeure une bonne lecture, parfaite pour se détendre avant ou après s’attaquer à de la littérature beaucoup plus indigeste, la chute tombe un peu à plat . Au lieu de jouer les lecteurs attentifs et les inspecteurs en herbe, on est rapidement relégué à la passivité, recevant les informations, les faits et le mobile sans réel entrain.

A force de compter sur la simplicité, le lecteur finit par s’ennuyer un peu. J’aurais aimé qu’un mystère plane, que quelque chose échappe à l’enquête au lieu de sceller le dossier comme des pros, sans quelque bavure. Même pour l’assassin, même en anticipant ses intentions au moment où on le suit dans son intimité, rien ne sort de son profil, de ses motivations que de vulgaires intérêts. Si ce meurtre est si bien pensé, calculé à l’image du geste presque chirurgical qui a tué Mrs Bolam, une paire de ciseaux en plein coeur,aucune place n’est laissée à la presque dissection de son cerveau de meurtrier. En situant un meurtre dans une clinique psycho thérapeutique, on s’attendrait à plus de psychologie, même à un travail de profileur. Et si le cerveau de l’affaire est vraiment tordu, on ne laisse pas vraiment au lecteur le temps de le découvrir.

« – A quel génie pardonnerait-on un crime comme celui de *** ? Michel-Ange ? Velázquez ? Rembrandt ? 

– Bah, fit son chef avec aisance, si nous devions nous poser cette question, nous ne serions pas policiers. »

Mais peut-être que ce n’est pas le propre des polars de discuter du cerveau ou de la psychologie des meurtriers. peut-êtr que c’est au lecteur de jouer les enquêteurs et les analystes.

Comment se procurer Une folie meurtrière ?

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Une folie meurtrière de P.D James

Le livre de poche – 315p.

EUR 5, 80

 

(VO : A Mind to Murder)

 

 

 

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1e contribution au challenge « Thrillers & Polars » organisé par Liliba.

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2e contribution au challenge British Mysteries chez Lou et Hilde

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Mes Lectures Communes

13 Juil

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Depuis le début du mois, je me suis un peu lâchée avec les challenges. Il faut dire que la tentation était trop grande et j’ai même organisée mon propre challenge sur la Littérature et la culture du Commonweath. Vous êtes d’ailleurs vivement encouragé(e)s d’y participer si vous voulez découvrir la littérature anglophone différemment grâce à un petit Tour du monde. Vous pouvez même nous rejoindre dans le groupe FB du challenge « Littérature du Commonwealth ».

Mais après avoir cédé à autant de challenges, il me fallait bien affronter les conséquences. Voilà pourquoi je me suis engagée dans beaucoup de LC pour me motiver, particulièrement en octobre pour le mois américain chez Noctembule. Voilà pourquoi j’ai eu envie d’organiser d’autres LC, et si mes prochaines lectures programmées coïncident avec vos envies ou votre PAL, n’hésitez pas à me rejoindre ! J’aime beaucoup ces moments de partages et ce genre de lectures communes est toujours l’occasion parfaite.

Le Pavé de l’été

Chez Brize

[Lire minimum un pavé d’au moins 600 pages]

 

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Villette de Charlotte Brontë

– Sépulcre de Kate Mosse

– Le Clan des Otori, Le Fil du Destin de Lian Hearn

– Le temps où nous chantions de Richard Powers

– Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski

 

Challenge « Littérature du Commonweath »

Chez La Bouteille à la Mer

[12 pays du Commonwealth retenus, 12 LC chaque mois mettant à l’honneur un pays]

Juillet (Nouvelle-Zélande)

– The Whale Rider de Witi Ihimaera avec Laura

– Visages noyés de Janet Frame avec Alexandra

Les âmes brisées d’Alan Duff avec Alexandra

Août (Australie)

– Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough (Australie) avec Alexandra

– Les affligés de Christ Womersley avec Valérie, Alexandra et Laura

Septembre (Québec)

– Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel (Québec) avec Laura, Cryssilda, Yueyin et  Alexandra

Octobre (Irlande)

– Dubliners de James Joyce (Irlande) avec Laura, Valérie et Alexandra

Novembre (Inde)

– A Passage to India d’E.M Forster avec Laura

Décembre (Afrique du Sud)

– Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela avec Laura

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Janvier (Chypre) 

– Citrons acides de Laurence Durrell avec Laura

Février (Canada)

– Captive de Margaret Atwood avec Laura


Mars (UK et Pays extérieurs au Commonwealth)

–  Kim de Rudyard Kipling avec Laura et Alexandra

– Le pays oublié du temps de Xavier-Marie Bonnot avec Valérie

Avril (Rwanda)

– Un livre sur le génocide rwandais (Rwanda)

– Une saison de machettes de Jean Hatzfeld avec Valérie, Laura et Alexandra

Mai (Malte)

– Malta Haninai de Daniel Rondeau avec Laura

Juin (Papouasie)

– The Crocodile de Vincent Eri avec Laura

 

Le mois québécois (Septembre)

Chez Karine & Yueyin

[Lire tout le mois de septembre autant d’auteurs québécois que possible]

Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel avec Cryssilda, Yueyin et Alexandra

 

Le mois américain (Octobre)

Chez Noctembule

[Lire tout le mois d’octobre autant d’auteurs américains que possible]

– Un livre d’Edgar Allan Poe pour le 2 octobre : Noctenbule et Alexandra

– Un livre de Edith Wharton pour le 16 octobre: avec George et Alexandra

– Un livre de William Faulkner pour le 22 octobre avec Alexandra

– Un livre d’Ernest Hemingway pour le 26 octobre avec Noctenbule et Alexandra

– Un livre de Charles Bukowski pour le 28 octobre  avec Noctenbulelacritiquante et moi

– Adieu Gloria de Megan Abbott  avec Alexandra

– Fragments du Paradis de F.S Fitzgerald avec Alexandra

– Un bon jour pour mourir  de Jim Harrison pour le 21 octobre avec Alexandra

– Trois fermiers s’en vont au bal de Richard Powers avec Alexandra

– L’épée de Vérité – Tome 2 de Terry Goodkind avec Alexandra

 

Challenge « Les Sœurs Brontë »

Chez MissyCornish

Villette de Charlotte Brontë (Août)

La recluse de Wildfell Hall d’Anne Brontë (Septembre)

– The Bronte Family; Read By Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf (Livre-audio)

 

Challenge « Thrillers & Polars »

Chez Liliba

[Catégorie « Touriste Planqué » : 8 lectures au choix]

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam en Livre-audio pour moi (Août)

A Study in Scarlet d’Arthur Conan Doyle (Septembre)

– Adieu Gloria de Megan Abbott (Octobre)

Le club des policiers yiddish de Michael Chabon (Octobre)

– R&B : Le gros coup de Ken Bruen (Novembre)

– L’âme du mal de Maxime Chattam (Décembre)

 

Challenge « Littérature du Commonwealth »

2 Juil
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Challenge « Littérature du Commonwealth » et « Culture du Commonwealth »

Je vous le disais il y a une semaine, l’été est vraiment la saison des challenges ! Après Le Pavé de l’été, j’ai succombé aux tentations post-mois anglais pour m’inscrire au mois québécois (en septembre) chez Karine et Yueyin et au mois américain (en octobre) chez Noctembule !

Sauf que cette fois, j’ai fait fort. Très fort. Je lance mon propre challenge ! Le challenge « Littérature du Commonwealth » et vous êtes tou(te)s invité(e)s à y participer chacun(e) à votre manière ! C’est quelque chose qui me tient à coeur ; j’ai beaucoup appris sur le Commonwealth (surtout l’Austalie, l’Afrique du Sud ou l’Inde) pendant mes années de lycée et de prépa grâce à des profs formidables. Depuis, j’ai un peu perdue de vue cette littérature (ces littératures, devrais-je dire, car, à part leur passé colonial, aucune ne se ressemble) au profit d’une littérature anglo-saxonne plus simple à aborder mais tout aussi passionnante. Depuis que j’ai créé ce blog, je n’ai pas vu beaucoup de lecteurs des Littératures du Commonwealth avant de farfouiller chez Une Lyre à la Main qui est justement doctorante en anglais dans cette spécialité. J’ai repéré de beaux titres dans ses catégories de littérature néo-zélandaise ou sur le Post-Colonialisme alors il ne me manquait plus que la motivation que j’espère trouver avec ce challenge et en compagne de participants que j’espère nombreux. N’hésitez pas à partager ce challenge autour de vous !

Les inscriptions se font dans les commentaires, prenez-votre temps pour vous décider mais pas trop non plus ! Et si l’aventure vous plait ou que vous êtes particulièrement calés en la matière, n’hésitez pas à vous proposer pour m’aider à organiser ! Plus on est de fous (du Commonwealth), plus on rit !

Je compte créer très vite une page (en haut de votre écran) spécialement dédiée au Challenge « Littérature du Commonwealth » pour le récapitulatif des participations que j’actualiserai chaque mois. Je vous invite à déposer tous vos billets (décorés des logos faits maison) uniquement sur cette page, les bonus inclus en précisant que s’en est un.

Mais avant tout, let me present you…

les Membres du Commonwealth

Liste des membres actuels du Commonwealth (cf Wikipédia)

Les plus susceptibles d’être lu :

Afrique du Sud ; Canada (+ Québec) ; Inde ; Royaume-Uni ; Australie ; Nouvelle-Zélande ;  Irlande (Eire) (jusqu’en 1949) ; Rwanda ; Chypre ; Malte ; Papouasie-Nouvelle Guinée…

Le hasard faisant bien les choses, cette liste non exhaustive compte 12 pays ce qui me donne envie de consacrer chaque mois de ce challenge à un pays du Commonwealth comme une escale dans ce Tour du Monde post-colonial. Ce système de mois thématique par pays n’a rien d’obligatoire, je vois ça plutôt comme une libre invitation à essayer le plus possible de parler de tous ces pays et de la richesse de leur littérature au moins une fois.

NB : Vous pouvez lire tout ce qui rapproche de près ou de loin au Commonwealth, dont les romans français, britanniques, etc sur un des pays du Commonwealth par exemple. 

Forcément, ces mois thématiques donnent envie d’organiser des LC ! Voici une ébauche de programme, susceptible de modifications :

Propositions de Lectures Communes :

(Les titres et les mois proposés peuvent être échangeables avec d’autres idées de votre choix; Bien sûr, si vous avez une idée lecture d’un pays non cité, partagez-là !)

LC – Dates à programmer

– Once Were Warriors d’Alan Duff (NZ) avec Alexandra

– Cette fleur de Katherine Mansfield (NZ) avec Alexandra

– Les âmes brisées d’Alan Duff (NZ) avec Alexandra

 – The Whale Rider de Witi Ihimaera (NZ) avec Laura et Alexandra

– Le lieutenant de Kate Grenville avec A Girl from Earth

– L’équilibre du monde de Rohinton Mistry (Inde) avec A Girl from Earth

Juillet (Nouvelle-Zélande)

– Visages noyés de Janet Frame avec Alexandra

Août (Australie)

Le 25 août : Les affligés de Christ Womersley avec Valérie, Alexandra et Laura

– Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough (Australie) avec Alexandra

– La gifle de Christos Tsiolkas avec A Girl from Earth + adaptation en sept. sur Arte

Septembre (Québec)

– Le 16 septembre : Bonbons assortis de Michel Tremblay avec Alexandra

– Le 22 septembre : Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel (Québec) avec Laura, Cryssilda, Yueyin et  Alexandra

–  L’ostie de chat – 3 tomes (BD) de Zviane et Iris (Québec) avec A Girl from Earth et Alexandra

Octobre (Irlande)

– Dubliners de James Joyce (Irlande) avec Laura, Valérie et Alexandra

Novembre (Inde)

– A Passage to India d’E.M Forster avec Laura, Rosemonde et Alexandra

– La vallée des masques de Tarun Tejpal (Inde) avec A Girl from Earth

Décembre (Afrique du Sud)

– Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela avec Laura, Rosemonde et Alexandra

Janvier (Chypre) 

– Citrons acides de Laurence Durrell avec Laura, Alexandra

– 20 Janvier : Un employé modèle de Paul Cleave avec A Girl from Earth et Alexandra (Nouvelle-Zélande) 

Février (Canada)

– Captive de Margaret Atwood avec Laura,  Rosemonde et Alexandra


Mars (UK et Pays hors Commonwealth)

–  Kim de Rudyard Kipling avec Laura et Alexandra

– Le pays oublié du temps de Xavier-Marie Bonnot avec Valérie

Avril (Rwanda)

– Un livre sur le génocide rwandais (Rwanda)

– Une saison de machettes de Jean Hatzfeld avec Valérie, Laura et Alexandra

Mai (Malte)

– Malta Haninai de Daniel Rondeau avec Laura

Juin (Papouasie)

– The Crocodile de Vincent Eri avec Laura

Le challenge Littérature du Commonwealth durera du 2 juillet 2012 au 2 juillet 2014

Et que serait nos challenges préférés sans ses célèbres catégories ? Faites votre choix !

Catégories

  1. Catégorie « Gandhi » : 1-4 lectures ( + Bonus : dominante indienne)
  2. Catégorie « Caribou » : 4-6 lectures (+ Bonus : dominante canadienne/québécoise)

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    Officiellement, c’est une tête de cerf mais, caribou, cerf, même combat non ?

  3. Catégorie « Nelson Mandela » : 6-8 lectures (+ Bonus : dominante sud-africaine)taz
  4. Catégorie « Diable de Tasmanie » : 8-10 lectures (+ Bonus : dominante australienne)
  5. Catégorie « Gollum » : 10-12 lectures (+ Bonus : dominante néo-zélandaise)

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Vous allez me dire, c’est quoi ce système de bonus ? Il va en avoir deux sortes :

  1. Comme le thème du challenge est assez large et pour vous donner envie comme à moi de relever le défi malgré l’apparente difficulté, ce système de bonus m’a paru un bon moyen de pimenter ce challenge. Aussi, pour découvrir la culture des pays du Commonwealth, si proche et si éloignée de la culture anglo-saxonne, je ne veux pas me restreindre à la seule littérature et j’espère que c’est pareil pour vous. Découvrir ou redécouvrir le cinéma néo-zélandais, indien ou les musiques traditionnelles (ou pas !) ; voyager grâce aux documentaires, aux photos, aux expos, etc.  Même si c’est un challenge avant tout littéraire, les bonus vont nous servir à chroniquer sur ce genre d’envies.
  2. Quant aux bonus par catégorie, c’est pour vous aider à les choisir. Chaque dominante orientera votre challenge. Par exemple, si vous choisissez la catégorie « Gollum » comme moi, vous pouvez par exemple échanger une lecture « imposée » comme un film/une série/un expo/un concert sur le pays dominant de votre catégorie, ici la Nouvelle-Zélande. Ou, soyons fous, les chroniquer pour le plaisir et lire autant de lectures demandées.
  3. Pour ceux qui multiplieraient les bonus, il est possible qu’ils remportent un petit jackpot pour les récompenser de leurs efforts ! Je ne pourrais décider ça que dans le feu d’action, après au moins un voire deux mois de participation mais j’ai dans l’idée de faire rapporter aux meilleurs « bonusers » un petit cadeau sous forme de concours, par exemple ou de tirage au sort. Donc, attendez-vous à la rentrée à mon bilan des bonus et donc, multipliez vos chances de remporter le titre de « Grand Bonuser » du challenge !

Suivez plus facilement le challenge sur Facebook sur la page du bloget sur le groupe du challenge !

Ce qui va suivre est pour vous donner à tous des idées de lecture. J’ai un peu mâché le travail de recherches mais si vous avez des envies de lecture qui ne sont pas mentionnés ci-dessous, forcément, faites-en part ! Je suis autant néophyte que la plupart et je serais curieuse d’en apprendre plus sur ces pays parfois exotiques, parfois venus du Grand Nord ! J’espère que ça ne sera pas trop indigeste, cliquez sur les liens à loisirs, ils sont faits pour ça.

Nouvelle-Zélande

Littérature néo-zélandaise  :

Katherine Mansfield ; Frank Sargeson  ; Janet Frame (The Lagoon chroniqué par La Lyre) ; Alan Duff (Once Were Warriors chroniqué par La Lyre) (Maori) ; Elizabeth Knox (The Vintner’s Luck) ; Witi Ihimaera (Maori) (The Whale Rider chroniqué par La Lyre) ; Keri Hulme (Maori) : (The Bone People chroniqué par La Lyre)

– Edmund Hillary High Adventures (chroniqué  par La Lyre)

– Littérature néo-zélandaise (sur Babelio)

Liste non exhaustive (Source) : 

  • Pierre Furlan, Une ancre dans le Pacifique
  • Lydia Wevers, Les belles îles de Nouvelle-Zélande
  • Gregory O’Brien, Remarques sur l’absence, les cygnes et l’inventivité
  • Mark Williams, De l’ange gay au missionnaire déchu
  • Alice Te Punga Somerville & Selina Tusitala Marsh, « Le Gauguin ne va pas te distraire, j’espère »
  • Gregory O’Brien, Des pianos dans la brousse
  • Katherine Mansfield, Cette fleur
  • Janet Frame, Une volonté de garçon
  • Patricia Grace, Entre ciel et terre
  • Vincent O’Sullivan, Professionnelle
  • Fiona Kidman, Friandises
  • Owen Marshall, Mumsie et Zip
  • Elizabeth Knox, Le premier miracle de la bienheureuse Martine Raimondi
  • William Brandt, Les chaussures de son père
  • James George, Zeta Orionis
  • Tracey Slaughter, Blé
  • Jo Randerson, J’espère que ma mère va vite arriver
  • Shona Jones, Les fleurs de Gauguin
  • Poésie : Allen Curnow, Hone Tuwhare, James K. Baxter, Vincent O’Sullivan, Michael Harlow, Albert Wendt, Bill Manhire, Ian Wedde, Cilla McQueen, Jenny Bornholdt, Gregory O’Brien, Andrew Johnston, Tusiata Avia

– La trop brève histoire de Marion Dufresne et des Maori de Delphine Morel : Fictions de France Culture en 5 épisodes, disponibles gratuitement sur Itunes

– J’ai découvert grâce à Vendredi Lecture la semaine dernière ce récit de voyage à paraître Je ne suis jamais descendu de cette montagne de Thierry Guenez qui a l’air passionnant et je l’ai déjà commandé ; coupon de commande (avant le 20 juillet) pour un prix préférenciel)

Hone Tuwhare (poésie) ; Austin Mitchell (2 « Pavlova Paradise » sur la N-Z ; Barry Crump ; Sam Hunt (poésie) ; Gary McCormick (poésie) ; James K Baxter ; Maurice Gee  ; David Low (cartoon) ; Gordon Minhinnick and Les Gibbar ; Murray Ball  Footrot Flats ; Patricia GraceAlbert WendtMaurice Gee ; Margaret Mahy ; Robin Hyde, ; Dan Davin  ; Erewhon, de  Samuel Butler

Cinéma néo-zélandais : 

-Peter Jackson

– Jane Campion

– Roger Hall ,  Jacob Rajan

Once Were WarriorsThe Piano and Heavenly Creatures  Lord of the Rings trilogy

(acteur) Billy T. James.

Music of New Zealand

Whale Rider de Nikki Caro.

Australie

Littérature australienne (sur Babelio)

Patrick White (prix Nobel de littérature en 1973), Thomas Keneally (La Liste de Schindler), Colleen McCullough (Les oiseaux se cachent pour mourir), Shirley HazzardNevil Shute,Morris WestBryce CourtenayDBC PierrePeter Carey et Jill Ker Conway

Les Bush poets Henry Lawson etBanjo Patterson : The Man From Snowy River

The Literature of Australia (anthologie)

Dorothea Mackellar : « My Country »

Leslie MurrayJudith Wright.

Cinéma : Baz Lurhmann ; Cinéma australien 

Canada/Québec

-Littérature canadienne (sur Babelio) 

– Sylvain Trudel, Du mercure sous la langue (Québec)

Le mois québécois 2012

Littérature québécoise (sur Babelio)

Séries TV : Bomb Girls

Afrique du Sud

Littérature sud-africaine (sur Babelio)

Cinéma : Invictus de Clint Eastwood

Représentation dans les arts et les lettres de l’Apartheid (Wikipédia)

Inde

Salman Rusdie (Les versets sataniques ; L’Enchanteresse de Florence ; Les enfants de minuit ; Le dernier soupir du Maure); Rudyard Kipling (Kim ; La Marque de la bête et autres nouvelles); E.M Forster (A Passage to India) 

Littérature indienne (sur Babelio)

Cinéma : tous les Bollywood possibles ; Cinéma indien (Wikipédia) ; Bollywood 

Irlande (jusqu’en 1949)

Oscar Wilde ; James Joyce (Dubliners, UlysseFinnegans Wake); Elizabeth Bowen (Sept hivers à Dublin) ; G.B Shaw ; Bram Stoker ; W.B Yeats

Littérature irlandaise (sur Babelio) [Faites attention à la date de publication de votre choix : uniquement jusqu’en 1949]

Littérature irlandaise

Cinéma : les films de Ken Loach ; Cinéma irlandais 

Rwanda 

– Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais 

Rwanda (sur Babelio)

Chypre

Laurence Durrell (Citrons acides) ; Sadie Jones (Les petites guerres) ; Léon Uris (Exodus)

Malte

Daniel Rondeau (Malta Hanina)

Papouasie

The Crocodile de Vincent Eri (Papouasie) 

Alors, qui voyage avec moi ?

Participant(e)s (23) :

– Shelbylee (Catégorie « Gollum »)

– Purple Velvet (Catégorie « Caribou ») – Billet de présentation

– Yueyin 

– Valérie

– The Mad Stich/Lili

– Miss Léo (Catégorie « Gandhi »)

– Denis (Catégorie « Gandhi ») – Billet de présentation

– Figaromiaou

– Cryssilda (Catégorie « Gandhi »)

– Valou (Catégorie « Gandhi »)

– Valentyne (Catégorie « Gandhi ») – Billet de présentation

– Syannelle

– Laura 

– Lou

– Lilly (Catégorie « Caribou »)

– La Lyre (Catégorie « Gollum ») – Billet de présentation

– Claire (Catégorie « Diable de Tasmanie ») – Billet de présentation 

– Mimipinson – Billet de présentation

Rosemonde 

– A Girl from Earth (Catégorie « Diable de Tasmanie ») – Billet de présentation 

Novelenn (Catégorie « Caribou ») Billet de présentation

Elodie (Catégorie « Gandhi »)

– Alexandra (Catégorie « Gollum »)

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« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning

30 Juin
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Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

 

« Le destin n’a pas épargné l’écrivain que fut Elizabeth Browning. Nul ne la lit, nul n’en parle, nul ne songe à lui rendre justice. »

(Virginia Woolf, article du Common Reader, 1931)

 

Je ne parle pas ici assez de poésie à mon goût, peut-être parce que ce n’est pas un genre actuellement très valorisé et pourtant, j’ai un grand amour pour la poésie. J’ai même publié  « Éclaircie de passage », l’un de mes poèmes sur ce blog l’an dernier, c’est quelque chose que je pratique très régulièrement mais je comprends la réticence de certains pour la poésie même si pour moi, ça a toujours été très naturel de lire et d’écrire des poèmes. 

John Keats (Ben Whishaw) dans Bright Star

Tout naturellement, en tant qu’anglophile, je ne pourrais pas me passer des poètes anglais pour vivre. Shakespeare, John Keats, William Blake, Lord Byron, Wordsworth, Coleridge, les sœurs Brontë ou Oscar Wilde sont d’éternelles sources d’inspirations et de plaisir pour moi. Vous l’aurez peut-être noté, rien que dans ma liste, les poétesses n’ont pas une grande place dans toute anthologie qui se respecte ce qui confirme ce qui disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi sur la difficulté que représente l’accession au statut de poète pour une femme sans un minimum de conditions matérielles favorables.

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Emily Brontë

J’ai une tendresse toute particulière pour Emily Brontë et Emily Dickinson (dire qu’il faille traverser l’Atlantique pour trouver une poétesse digne de ce nom) qui, en plus de leur prénom, partage une même aura mystérieuse autour de leur vie et de leur oeuvre. Si vous l’avez l’occasion de vous procurer La dame blanche de Christian Bobin, vous aurez en main ce qui m’a donné envie de découvrir Emily Dickinson grâce à cette très belle biographie plus ou moins romancée.

 

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Robert Browning (1812-1889)

 

Toutefois, c’est d’une poétesse beaucoup moins connue que j’ai envie de vous présenter, qui a eu une vie (à mon sens) très romanesque et que j’ai découverte grâce à Virginia Woolf : Elizabeth Barrett Browning. Virginia Woolf a le chic de sortir de l’anonymat des auteurs inconnues (la soeur de Shakespeare, Christina Rossetti ou Sara Coleridge pour ne citer qu’elles) et de nous donner envie de les lire sur le champ ! Ça a été mon cas avec Elizabeth Barrett Browning, femme du poète Robert Browning et dont les vers de ses Sonnets portugais ont donné furieusement envie  à Rainer Maria Rilke de les traduire en allemand. Vous avez peut-être entendu parler de Flush de Virginia Woolf (l’une de mes prochaines lectures pour le challenge Virginia Woolf) et c’est par ce biais que j’ai été séduite par Elizabeth Browning sans même lire une seule ligne de cette biographie du point de vue du chien de la poétesse ce qui déjà aiguiserait la curiosité de n’importe quel lecteur.

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Elizabeth Barrett (Norma Shearer) dans The Barretts of Wimpole Street

Passage obligé quand on lit de la poésie anglaise, j’ai découvert les Sonnets portugais dans son édition bilingue de la NRF (la même que j’ai pour les poèmes d’Emily Brontë bien que j’ai fait l’acquisition récemment d’une version audio des poèmes de la famille Brontë, un régal, mes amis !) et, comme d’habitude, la traduction est pourrie (pardon pour la traductrice, Lauraine Jungelson) mais permet de sauver les meubles quand le sens d’une strophe nous échappe vraiment.  Par contre, l’appareil critique est comme toujours très instructif surtout pour une poétesse aussi peu populaire. La préface est remplie d’anecdotes, d’extraits de correspondances (quand on sait qu’Elizabeth et Robert ont échangé 574 lettres, rien que ça !) en retraçant l’histoire du couple et la postérité des Sonnets portugais.

D’ailleurs, qu’est-ce qui est à l’origine des Sonnets portugais ? Il faut avant tout comprendre qui était Elizabeth Barrett avant et après avoir écrit ces sonnets. Avant ça, atteinte d’une étrange maladie incurable ,  mélancolique depuis la mort de son frère préféré, recluse dans la maison familiale à Wimpole Street et destinée apparemment à rester vieille fille toute sa vie sous la pression d’un père autoritaire, elle va tout de même publier un recueil de poèmes qui la rend célèbre en Angleterre et outre-atlantique et ce recueil va arriver dans les mains de Richard Browning. Il va lui écrire ces mots :

« J’aime vos vers de tout mon coeur, chère Miss Barrett […]. Dans cet acte de m’adresser à vous, à vous-même, mon sentiment s’élève pleinement. Oui, c’est un fait que j’aime vos vers de tout mon coeur, et aussi, que je vous aime vous. »

Je n’ose imaginer ça en anglais ! Au début, comme toutes les rock-stars qui reçoivent des lettres d’amour, elle va gentillement le refouler et ne lui offrir que son amitié. Ils vont mettre du temps à se rencontrer en personne (à cause des réticences d’Elizabeth visiblement qu’il soit déçu de cette rencontre à cause de sa maladie). Après une première demande par écrit qu’elle refusera tout en reconnaissant que cet homme l’obsède sans y voir encore de l’amour, après de nouvelles rencontres en l’absence de son père (qui, forcément, ne voit pas l’arrivée Robert d’un bon œil dans la vie monacale de sa fille), accepte finalement sa proposition à la seule condition que sa santé s’améliore, ce qui retarde encore un peu plus leur union. Finalement, le mariage est précipité en septembre 1846 dans le plus grand secret et sans le consentement du père. Comme dans tous les romans qui se respectent après un tel événement, ils décident de s’enfuir en Italie, à Florence.

lettres-portugaisesC’est de cette rencontre décisive, autant amoureuse que humaine qu’Elizabeth Barret va écrire ses Sonnets portugais jusqu’à son mariage, à l’insu de Robert Browning et forcément de sa famille. Ces Sonnets from the Portuguese décrivent l’évolution de ses sentiments, comme un relevé presque journalier ce qui en fait une magnifique étude sur l’amour et la place de plus en plus envahissante de la passion dans la vie d’une femme amoureuse qui, enfin, vit pleinement les choses. Je ne crois pas que le titre de ce recueil soit une référence aux célèbres Lettres portugaises de Guilleragues, présentées faussement comme la traduction de lettres d’une religieuse portugaise à un officier français, longtemps attribuée à une vraie religieuse. La coïncidence est tout de même assez troublante car Elizabeth Barrett, vivant comme une femme recluse, dialogue dans ses Sonnets avec l’être aimé où elle suit le même parcours évolutif de doute, de confiance et d’amour sauf qu’il était rapportée dans les Lettres portugaises à la foi et non à l’amour charnel.

du-bellay-regretsSelon moi, un recueil de poésie se lit différemment par rapport à toute oeuvre littéraire. J’aime délibérément sauter des poèmes, lire certains plusieurs fois quand ils me touchent plus que les autres ce qui représente une lecture presque aléatoire. J’aime bien aussi piocher dans un recueil un poème au hasard, ce qui veut dire que je prends chaque poème pour lui-même et pas forcément dans sa relation avec tout le recueil. Parfois, c’est une lecture qui fonctionne, parfois non mais c’est sûr que ce n’est pas très académique et scolaire. De même, si on voit ces poèmes comme un parcours linéaire vers l’amour, ce n’est peut-être pas la lecture la plus judicieuse mais je n’en ai pas moins aimé les vers d’Elizabeth Browning et la sincérité de ses sentiments sans avoir besoin de retracer un parcours figé. Quand j’ai dû lire Les Regrets de Du Bellay en prépa pour le concours, je n’ai pas pu faire ça par exemple ce qui distingue surement une lecture imposée et une lecture pour le plaisir, pour l’amour de la poésie.

En voici, quelques uns :

 

XLIII – How do I love thee? Let me count the ways.

How do I love thee? Let me count the ways.

I love thee to the depth and breadth and height

My soul can reach, when feeling out of sight

For the ends of being and ideal Grace.

 

I love thee to the level of every day’s

Most quiet need, by sun and candlelight.

I love thee freely, as men strive for Right;

I love thee purely, as they turn from Praise.

 

I love thee with the passion put to use

In my old griefs, and with my childhood’s faith.

I love thee with a love I seemed to lose

 

With my lost saints. I love thee with the breath,

Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,

I shall but love thee better after death.

 

 

VII – The face of all the world is changed, I think,

 

The face of all the world is changed, I think,

Since first I heard the footsteps of thy soul

Move still, oh, still, beside me, as they stole

Betwixt me and the dreadful outer brink

 

Of obvious death, where I, who thought to sink,

Was caught up into love, and taught the whole

Of life in a new rhythm. The cup of dole

God gave for baptism, I am fain to drink,

 

And praise its sweetness, Sweet, with thee anear.

The names of country, heaven, are changed away

For where thou art or shalt be, there or here;

 

And this… this lute and song… loved yesterday,

(The singing angels know) are only dear

Because thy name moves right in what they say.

 

Et, comme les Sonnets portugais sont suivis d’autres poèmes, voici mon préféré dans tout le recueil, intitulé « Inclusions ». Il a quelque chose à voir avec le mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, maintenant populairement appelés « les âmes sœurs ». derrière, cette figure, l’amour est l’inclusion parfaite, l’emboîtement et l’harmonie entre deux personnes qui s’oublient elles-mêmes pour ne faire qu’un.

INCLUSIONS

1

O, WILT thou have my hand, Dear, to lie along in thine?

As a little stone in a running stream, it seems to lie and pine.

Now drop the poor pale hand, Dear,… unfit to plight with thine.

2

O, wilt thou have my cheek, Dear, drawn closer to thine own?

My cheek is white, my cheek is worn, by many a tear run down.

Now leave a little space, Dear,… lest it should wet thine own.

3

O, must thou have my soul, Dear, commingled with thy soul? —

Red grows the cheek, and warm the hand,… the part is in the whole!

Nor hands nor cheeks keep separate, when soul is join’d to soul.

 

Où se procurer les Sonnets portugais ?

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Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Poésie Gallimard – 178 pages

EUR 7, 60

 

 

 

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C’est ma 10e et dernière contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine. Retrouvez mon bilan ci-dessous. 

 

 

Bilan du Mois anglais 2013

10 contributions : 2 romans, 1 essai, 1 pièce de théâtre, 1 recueil de nouvelles, 1 recueil de poésie, 1 billet thématique et 3 séries TV.

La Traversée des apparences de Virginia Woolf

Snobs de Julian Fellowes

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Look Back in Anger de John Osborne (extrait)

Les Intrus de la Maison Haute de Thomas Hardy

Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Home Sweet Home : Quatre maisons d’écrivains anglais

Ripper Street (BBC, 2012)

Little Dorrit (BBC, 2008) d’après Charles Dickens

Any Human Heart (2010) d’après William Boyd

 

Merci aux organisatrices et aux autres participant(e)s qui l’ont rendu aussi vivant et particulièrement en lisant et commentant mes dix billets. J’ai eu autant de plaisir à vous lire et à être tentée par autant d’idées de lecture. Vive l’anglophilie, le mois anglais et à l’an prochain pour son come back !

Virginia Woolf Tea

Comme les autres participant(e)s, j’ai répondu à l’invitation d’un jeu photo en mettant en scène mon coup de coeur du mois anglais (« Une chambre à soi » de Virginia Woolf, forcément) avec une tasse, ici celle à l’effigie de la maison Serpentard !

« Any Human Heart » (2010) d’après William Boyd

29 Juin

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« Every human being is a collection of selves. We change all the time. We never stay one person as we go on our journey to the grave. »

« We keep a journal to entrap the collection of selves that forms us, the individual human being. »

Any Human Heart (2010), une série de Michael Samuels d’après le roman éponyme et le scénario de William Boyd.

Avec Jim Broadbent, Matthew MacFadyen, Sam Caflin, Hayley Atwell, Ed Stoppard, Kim Cattrall et Julian Ovenden.

 

 

Synopsis

« Never say you know the last word about any human heart ». Ce sont les mots d’Henry James, mais qu’en est-il du coeur de Logan Mountstuart à trois tournants de sa vie, motivé par sa vocation d’écrivain, sa recherche du bonheur et sa quête de lui-même ? La vie n’est-elle qu’une question de chance – bonne chance, mauvaise chance – comme son père ne cessait de lui rappeler ou réserve t-elle quelque chose de plus ? On le connait au travers de ses rencontres, heureuses ou malheureuses, dans les années 20, entre Oxford et Paris en compagnie d’un certain Ernest Hemingway qui retrouvera comme journaliste pendant la guerre civile espagnole ; pendant la guerre aux Bahamas comme espion en enquêtant sur le duc et la duchesse de Windsor ; dans les années 50, comme directeur d’une galerie d’art à New York et enfin, dans les années 80, fuyant la crise et l’ère Thatcher pour se ressourcer dans le sud de la France, confronté à la mémoire des maquis et de la Résistance. Logan ne cesse de tenir un journal, reliant et préservant artificiellement les multiples facettes de son identité plurielle et les images de ceux et celles qui ont fait ce qu’il est. 

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Conor Nealon (Logan enfant)

Dans l’idée de retracer le voyage de Logan Mountstuart dans la vie, la première image d’Any Human Heart est entre le rêve et la réalité, comme une vision obsédante, saturée de lumière, à la limite de l’onirisme, accompagnée de la voix d’un narrateur âgé, celle de Logan (Jim Broadbent) qui essaye d’en déchiffrer le sens. La scène montre un petit garçon dans une barque en Uruguay (Logan est d’origine uruguayen par sa mère, sa « best half » selon lui) et observe et est observé par trois personnages sur la berge. On comprendra qu’il s’agit des trois avatars de Logan aux tournants de sa vie : le jeune homme, l’adulte et le vieil homme. Je trouve ce début et ce qui s’ensuit vraiment prometteur : par son étrangeté et son originalité, ça attire forcément notre attention. Ce n’est pas tout-à-fait un souvenir de Logan mais plutôt une représentation mentale de sa propre vie et de son identité. Qui est-il ? Les trois personnages à la fois, ensemble ou chaque Logan a t-il son identité propre, distincte des autres ? Restons-nous les mêmes en vieillissant ?

any-human-heart-memoriesDans cette perspective, cela va de soi que le narrateur (très discret de la série sans l’envahir outre mesure) soit le Logan vieillissant et en vérité, c’est à partir de ce point de vue que toute l’histoire de Logan est retracée en suivant les souvenirs du vieil homme qui fait du tri dans ses papiers, dans ses photos et qui relit ses carnets. D’ailleurs, pour continuer dans la veine énigmatique du début d’Any Human Heart, lui et le spectateur est littéralement assailli par ses souvenirs, comme des flashs, des phrases qui l’ont marqué sans que l’on comprenne exactement leur signification et qui ces personnes représentent dans la vie de Logan. C’est assez astucieux comme manière de faire et ce n’est que rétrospectivement au long des quatre épisodes qu’on n’en comprend le sens et le moment.

Sam Claflin (Logan jeune)

Sam Claflin (Logan jeune)

Après cette entrée en matière énigmatique, la vie de jeune-homme de Logan ne pouvait pas être plus concrète. Au Jesus College d’Oxford, lors de sa dernière année, une seule question l’obsède : la perte de sa virginité. Avec deux amis (que l’on va retrouver tout au long de la série), il fait le pari de qui la pedrera en premier, récompense sonnante et trébuchante à la clé et c’est par cette compétition que va commencer la vie mouvementée de Logan.

C’est avec la très belle et sensuelle Tess (Holliday Grainger) que les ennuis commencent. Je ne vous en dis pas plus mais la perte de la virginité de Logan va avoir quelques conséquences, comme le début de son goût pour le mensonge. Petit clin d’œil, Holliday Grainger est apparue dans la saison 3 de Robin Hood (« A Dangerous Deal ») aux cotés de Richard Armitage en jouant le personnage de Meg dont la romance a marqué plus d’un esprit, mais pas le mien malheureusement. Toutefois, c’est une bonne actrice et elle est semble t-il plus remarquée depuis son rôle de Lucrèce Borgia dans la série The Borgias que j’ai encore à voir, ce qui est une bonne chose.

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Land (Charity Wakefield) & Logan (Sam Claflin)

On le comprend assez vite, la vie sentimentale et sexuelle de Logan va être centrale dans ce parcours qui retrace sa vie et elle est à la fois une source d’inspiration et un obstacle pour sa vocation littéraire. Sa rencontre avec Land Fothergill (Charity Wakefield) est déterminante par qu’elle le pousse à se dépasser, à avoir confiance en lui et à être anti-conventionnel. Intelligente, provocante et engagée, elle lui conseille d’écrire un livre non pas banalement pour se faire connaitre mais un livre qui fait réfléchir et qui change le monde à l’image de ceux de Virginia Woolf qu’elle qualifie de « genious » (on est bien d’accord). J’ai adoré ce personnage même si elle est peut-être trop exigeante avec Logan et, même si on ne l’a voit que dans le 1e épisode, la figure de Land va suivre le héros toute sa vie, comme s’il avait à lui prouver qu’il était capable de faire cette oeuvre révolutionnaire.

Encore une chose passionnante sur le jeune Logan, il sait se trouver des amis en la personne d’Ernest Hemingway (Julian Ovenden, bientôt dans la saison 4 de Downton Abbey) qu’il rencontre à Paris pour la première fois en 1926, date de la publication The Sun Also Rises. Il y a une scène fantastique dans un café parisien (on se croirait dans Midnight in Paris) où Logan lui confie ses ambitions, son envie d’écrire autre chose qu’une simple biographie de Shelley et où Hemingway déclame un poème :

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Logan (Matthew MacFadyen)

Passons au Logan devenu adulte, père de famille et ennuyé à mourir de sa nouvelle vie tranquille et rangée, à des années lumières de ses aspirations profondes de grand écrivain depuis le succès de son 1e roman The Girl Factory (sur une prostituée). Ce Logan est joué par le talentueux Matthew MacFadyen qui m’a fait oublié à jamais depuis Ripper Street et Little Dorrit son rôle de Darcy et que j’admire particulièrement en ce moment. Coté écriture, Logan va être bridé n’écrivant plus une seul ligne après son deuxième roman, The Cosmopolitans (sur les poètes d’avant-garde français rencontrés à Paris), très mal reçu par la critique.

Pour se ressaisir et trouver une source d’inspiration pour son prochain roman, Logan trouve grâce à son agent littéraire une mission en Espagne en tant que journaliste là où il va rencontrer au Consulat, après s’être fait voler son passeport dans une église (comme quoi…), Freya, une journaliste de la BBC. Vous vous imaginez bien que leur relation ne va pas être platonique ce qui n’est pas étonnant avec un personnage joué par Hayley Atwell qui est peut-être l’une des plus belles actrices que je connaisse. Petite coïncidence, Any Human Heart fourmille d’acteurs vu la même année dans Les Piliers de la Terre que je vous conseille vivement : Matthew MacFadyen (Philip), Hayley Atwell (Aliena), Sam Caflin (Richard) et Skye Bennett (Martha).

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Le personnage de Freya est l’un de mes préférés dans cette série et Hayley Atwell a un beau rôle non seulement grâce à son jeu mais aussi grâce à sa place dans l’intrigue et dans la vie de Logan. Je ne peux rester que très vague pour préserver le suspens mais clairement, ce n’est pas qu’une simple aventure et elle va rendre d’autant plus plus crédible aux yeux de Logan la maxime de son père selon laquelle la vie n’est qu’une question de chance : bonne chance, mauvaise chance, rien de plus.

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Logan (Matthew MacFadyen) en espion de la Naval Intelligence

Si je devais donner ma préférence parmi les quatre épisodes d’Any Human Heart, je dirais que les deux premiers sont largement les meilleurs (Oxford, Hemingway, la Seconde Guerre mondiale, Mathew MacFadyen en espion pour la Naval Intelligence de la Royal Navy recruté par un certain Ian Fleming).

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Le duc et a duchesse de Windsor (Tom Hollander & Gillian Anderson)

Sans oublier qu’il y rencontre le duc et la duchesse de Windsor, Edward VIII (celui qui abdique dans The King’s Speech) et Wallis Simpson, qui ne sont pas vraiment à leur avantage das cette série malgré la très bonne interprétation de Tom Hollander et Gillian Anderson dans les rôles respectifs.

 

 

 

 

 

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Logan (Jim Broadbent & Matthew MacFadyen)

Le troisième épisode est toujours centrée sur Logan mais dix ans après la Seconde guerre mondiale à New York comme directeur d’une galerie d’art mais il est légèrement moins passionnant que les deux autres. Il faut dire qu’il est précédé d’un épisode hautement dramatique ce qui est toujours difficile pour une série ou un film de repartir ensuite. Logan (toujours sous les traits de MacFadyen) commence à prendre de l’âge et il est clairement malheureux et traumatisé par la guerre (vous découvrirez vous-même pourquoi) ce qui l’incite à faire une psychothérapie avec un psy très difficile à cerner et qui gribouille des dessins dans son dossier au lieu de l’analyser.

Le 3e épisode est aussi un tournant car on rencontre un nouveau Logan qui n’est autre que le narrateur du 1e épisode (Jim Broadbent, le père de Bridget Jones et Slughorn dans Harry Potter) ce qui permet de boucler la boucle et de comprendre pourquoi Logan trie ses papiers et ses journaux intimes au début de la série. Le 4e épisode voit les dernières années de Logan et c’est un moment assez triste par son extrême solitude quand il revient à Londres et finalement s’installe dans le sud de la France, fuyant la crise économique, les grèves, la montée de l’anarchisme juste avant l’élection de Margaret Thatcher.

En définitive, Any Human Heart est parmi ce que j’ai vu de meilleur avec une très bel esthétique, une musique discrète mais un thème récurrent assez intéressant, un casting impeccable (Matthew MacFadyen à la fin du 2e épisode est juste incroyablement bluffant) et je pense que c’est une série qui fait beaucoup réfléchir.

Je l’ai brièvement mentionné mais Any Human Heart est l’adaptation du roman éponyme de William Boyd (A Livre Ouvert dans sa version française) et ce dernier offre le scénario de cette série, ce qui explique surement sa qualité. Ça m’a donné envie de lire cet auteur : je compte feuilleté Any Human Heart et surtout lire La vie aux aguets que j’ai reçu aujourd’hui même.

 

Où se procurer Any Human Heart (2010) ?

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Any Human Heart

(A Livre Ouvert)

DVD – EUR 12, 40

(VO sous-titrée en anglais uniquement)

 

 

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Any Human H

eart de William Boyd

Penguin – 512 pages

EUR 9, 56

 

 

william-boyd-a-livre-ouvertA livre ouvert de William Boyd

Points – 608 pages

EUR 8, 27

 

 

 

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9e contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine