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Bloguer autrement : je vais lire des audio-books pour les déficients visuels.

22 Déc
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Pin-up Girl de 1954 : Just An Inkling (Rien qu’un soupçon) de l’illustratrice Joyce  Ballantyne.

« La Bouteille à la Mer. Quand on entame l’écriture d’un blog, on entre toujours un peu dans l’inconnu à l’image d’une bouteille à la mer. C’est une entreprise à plusieurs inconnues:, celle du destinataire dans cette mer qu’est le net, et celle du contenu. »

C’était ce que j’écrivais quand j’ai commencé à écrire sur la blogosphère en 2012. L’heure est au bilan après quatre ans d’investissement plus ou moins régulier. Après 78 articles publiés (ce qui n’a rien d’un exploit en quatre ans), en relisant certains d’entre eux, je me rends compte à quel point j’ai pu m’investir personnellement et m’engager dans ce que j’écrivais. Des articles de fond le montrent assez bien comme mon essai sur Jane Eyre mon plaidoyer en faveur d’Amazon (ou plutôt du libre-arbitre !) ou encore mes deux articles sur le mouvement néo-victorien qui me passionne toujours autant. Sur mes 78 articles, je n’en regrette aucun. Ils me racontent tous à leur manière. Quatre ans à décortiquer et à découvrir des genres très variés, à beaucoup fangirler aussi (Matthew MacFadyen, Richard Armitage et j’en oublie) et à fureter des heures sur Tumblr pour trouver le gif parfait, l’illustration qui éblouirait vos mirettes. L’occasion de merveilleux échanges aussi, de copinages entre blogueurs et blogueuses et quelques jolies conversations avec des artistes et des auteur(e)s qui m’ont rendu fière de tenir ce blog.

Aujourd’hui, m’engager est de plus en plus primordial à mes yeux. Voilà pourquoi La Bouteille à la Mer, telle qu’elle a roulé durant quatre ans ne me satisfait plus telle quelle. S’investir est une chose, trouver un but à ce qu’on fait en est une autre.

fossoyeur de films vidéaste

François Theurel alias Le Fossoyeur de Films, vidéaste sur Youtube.

Personnellement, je ne veux plus écrire des articles pour simplement divertir ou inciter tel ou tel à lire, regarder ou écouter de bonnes choses. Certains le font bien mieux que moi, analysent avec beaucoup plus d’originalité. Coté cinéma, je n’ai qu’à regarder Le Fossoyeur de films et ses analyses de films mises en scène et scénarisées pour être bluffée à chaque épisode. Et les vidéastes spécialisés sont légions que cela soit L’homme littéraire coté littérature ou encore Bob Lennon & Fanta 974 ou Le Joueur du Grenier coté jeu vidéos.

logos accessibilité handicap

Logos d’accessibilité pour handicapés de gauche à droite : accessible aux personnes en fauteuil roulant, aux non et aux malvoyants et aux sourds-malentendants.

La curiosité intellectuelle de mes lecteurs ne suffit pas pour lire ou regarder une bonne série ou un bon film. Encore faut-il qu’ils soient accessibles et ce n’est pas le cas pour tout le monde. Je ne parle pas d’accessibilité simplement financière, aujourd’hui, avec les livres gratuits en ligne et le streaming (légal de préférence), l’argent n’est plus une excuse pour se cultiver.

audio-description

Le logo qui informe qu’une audiodescription est disponible pour un film.

Je parle de simple accessibilité culturelle. Tout le monde ne peut pas lire, regarder ou écouter. Encore faut-il être doté de tous ses sens et que les livres, les films et les lieux culturels soient accessibles à tous. Je souhaite m’engager dans cette voie.Né de ma rencontre avec l’homme de ma vie, mon projet est de travailler en faveur des déficients visuels. J’ai créé un site Ecoute & Braille,  un espace dédié à cet engagement pour les déficients visuels et leur accès à la culture Mon but est d’en faire un site accessible pour tous les navigateurs, qu’ils voient ou non. Pour l’instant embryonnaire, une fois équipée correctement, je vais enregistrer et publier des audio-books et informer les intéressés de toutes les audio-descriptions disponibles sur petit et grand écran. Quand il s’agira de films sortis récemment, je recenserai surtout ce que propose les cinémas lyonnais. Arte et l’UGC est un partenaire de choix pour l’audio-description, sans que je sois financée pour le faire. J’espère, par ailleurs, chroniqué certains livres accessibles pour tous les publics. Mes articles seront toujours accompagnés de versions podcastées/

Et qui sait, si j’en trouve encore le temps, j’aimerai prêter ma voix pour rendre accessibles et audio-décrire certains événements culturels lyonnais, notamment des pièces de théâtre. Une association 1901 naîtra surement de ce projet dès que je pourrai le financer comme il se doit.

Merci à toutes et à tous de m’avoir lu et d’avoir partagé mon travail sur les livres, les séries et les films que j’ai aimé durant quatre ans. La Bouteille à la Mer n’est plus, vive La Bouteille à la Mer ! Et bienvenue à Ecoute & Braille !

Entre Amazon et son libraire, le droit de ne pas choisir.

15 Juil
Kindle pour Pc - Amazon

Kindle pour PC – Amazon

 Quand on tient plus ou moins régulièrement un blog littéraire, le rapport qu’on a au livre est forcément privilégié. Les blogueuses et les blogueurs font partie des premiers consommateurs de livres et donc à pâtir de la situation de l’industrie et du marché du livre. Parce que les livres ne tombent pas du ciel, comme tout consommateur, la question du prix des livres n’est pas négligeable et ce n’est pas les masses critiques de Babelio qui offrent des livres contre une critique en partenariat avec les éditeurs ou les  (controversés) services presse qui changent la donne.

Liseuse, pour ou contre ? 

Ah ah, toujours à lire des livres ? / Tu devrais t’acheter un Kindle comme le mien, c’est bien mieux. / S’il vous plait, éteignez tous vos appareils électroniques, l’avion va bientôt décoller.

Je fais partie de ces blogueuses qui n’ont pas de liseuse et à qui ça ne manque pas du tout. Je suis juste un peu frileuse vis-à-vis de ces gadgets de plus en plus nombreux sur le marché et qu’on nous pousse à acheter pour être dans le coup. Je ne suis pourtant pas de celles non plus qui partent en croisade contre cette alternative à la lecture.  J’en vois partout dans les transports au quotidien et, même si je préfère lorgner sur mon voisin avec un livre et me contorsionner pour lire le titre sur la couverture, c’est plutôt une bonne chose de voir les gens lire, quel qu’en soit le support. En tant qu’étudiante et même comme lectrice, les livres numériques gratuitement consultables ou téléchargeables (en pdf pour les libres de droit, sur Google Books ou Amazon) font partie aussi de mes habitudes de lecture et de travail. D’ailleurs,même sans liseuse, j’utilise l’e logiciel gratuit proposé par Amazon Kindle pour PC qui me permet d’avoir à disposition un nombre considérable de livres numérisés, achetés gratuitement pour la plupart. Ça a ses inconvénients mais surtout des avantages.

Livre-objet de Jodi Harvey-Brown

J’aime les beaux livres, les belles couvertures et le plaisir de la lecture sur le papier mais tenir un blog littéraire ne fait pas de moi une fétichiste du livre. Aimer la littérature ne revient pas à vivre sa passion comme au XIXe siècle ou même comme si internet n’avait rien changé à nos habitudes d’achat et de lecture. Un article récent de Frédéric Sautet dans Le Monde souligne que le marché du livre prend facilement pour bouc émissaire internet comme cache misère des difficultés qui dépassent l’essor de la vente de livres sur la toile et je suis bien d’accord avec ce triste constat.

Le temps, c’est de l’argent

Sauf que la lectrice que je suis ne veut ni vivre dans le passé, ni devenir irresponsable et fermer les yeux devant la crise que traverse nos libraires, grands ou petits. Je prends autant de plaisir à recevoir un colis d’Amazon qu’à acheter en librairie. Je parle bien de plaisir. L’achat d’un livre n’est pas pas seulement purement économique (payer le moins cher possible), il est aussi indissociable du rythme de vie des Français et de la place de nos loisirs dans nos vies. Tout va très vite et souvent, on préfère se tourner vers la grande distribution en ligne plutôt que d’aller en librairie et de revenir bredouille faute de ne pas acheter un Marc Lévy ou le nouveau G.R.R Martin que vous trouverez partout parce que ça se vend. Sauf qu’un lecteur ne pense pas en terme de marketing et que l’offre est souvent bien décevante par rapport à la demande.

Gibert Joseph sur le boulevard St-Michel. Comme le Tardis, it’s bigger on the inside.

Tout dépend donc du temps que le client a à sa disposition qui est souvent plus que compté. En tant qu’étudiante, j’ai eu souvent à me procurer des livres pour les cours et  de devoir les lire assez rapidement. Si vous n’avez pas la chance d’habiter ou de faire vos études à Paris et donc de connaitre ce paradis sur terre qui est le Gibert Joseph de Saint-Michel où tout se trouve en neuf et en occasion, alors vous connaissez ce dur dilemme quand votre libraire vous propose d’attendre 10 jours avant de récupérer votre précieux livre imposé. Même quand on habite dans une grande ville comme moi à Lyon, ce genre de situation où vous errez d’une librairie à une autre sans succès est franchement rageante. Qui peut nous blâmer ensuite de rentrer le plus vite chez nous, de se connecter sur Amazon et en quelques clics de finaliser notre précieuse commande ? Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour réussir ses partiels, même vendre son âme à Amazon…

Dis moi où tu habites, je te dirais ce que tu lis… 

C’est peut-être succomber à la facilité mais on oublie souvent derrière nos belles valeurs protectionnistes qu’un client n’est pas seulement un pion, c’est aussi un individu qui a une vie, un quotidien, des habitudes mais qu’il est aussi soumis à des tas de circonstances. Par exemple, l’endroit où l’on habite. L’un des premiers avantages d’Amazon, contrairement aux librairies pas implantées partout, c’est justement de pouvoir atteindre tout le monde, même ceux qui n’ont pas accès à une librairie ou à une bibliothèque près de chez eux. Bien sûr, si Amazon a autant mauvaise presse, d’autres alternatives sont possibles comme préférer les sites marchants des grandes librairies ou The Book Depository mais Amazon a l’avantage de proposer un service irréprochable et il est vrai très compétitif. Autre atout d’Amazon quand on lit beaucoup de livres en langue originale, le site propose un large choix. Les librairies gagneraient à développer leurs rayons étrangers pour mieux satisfaire ces lecteurs de plus en plus nombreux.

En 23 ans, j’ai connu plusieurs villes et donc plusieurs options pour se fournir en livres ( par ordre de préférence) :

Chère Marie-Antoinette de Jean Chalon

  • GIBERTLAND (Versailles-Paris) et les librairies d’occasion : parfait pour se fournir à petits prix de livres quasiment neufs, quatre étages de bonheur pour se perdre et faire chauffer la carte bleue Paris). J’ai acheté mes premières Pléiades à Versailles (en occasion) comme le théâtre de Claudel ou La Critique de la Raison pure de Kant. Si ce n’est pas une bonne raison de choisir Gibert pour bouquiner. Je me souviens aussi d’une merveilleuse librairie d’occasion où j’ai acheté la meilleure biographie de Marie-Antoinette du monde : Chère Marie-Antoinette de Jean Chalon pour quelques euros.

 

  • Lyon, beaucoup de choix pour rien ? Pour ‘instant, je n’ai pas vraiment trouvé mon bonheur à Lyon mais ça ne fait qu’un an que j’y ai emménagé. Cette année a été bien sûr marquée par la fermeture du Chapitre de la place Bellecour qui est forcément regrettable pour les employés licenciés mais franchement, du point de vue du client, ce n’était pas la caverne d’Ali Baba. Il y a bien le Gibert Joseph à deux pas mais on n’y trouve pas tout ce u’on veut. Même celui dee Versailles me parait mieux fourni. Par contre, le Gibert Joseph sur le quais (disquaire et DVD) est franchement chouette. Je n’ai qu’une hâte, y retourner pour un bon vieux craquage. Autre option, la librairie Passages visitée en décembre dernier. Courses de Noël obligent, le lieu était trop bondé pour vraiment profiter du moment. Restent bien sûr les bouquinistes à Perrache sur la place Carnot tous les mercredi, sur les quais de Saône et ailleurs.

Quai de la Pêcherie : marché des bouquinistes (Bibliothèque de Lyon)

 

Enseigne de la Librairie des Signes

  • Misère et splendeur des librairies de province : certain(e)s ne jurent que par les petites librairies de leur ville de province, pas moi. A Compiègne, c’est bien simple, vous avez le choix entre une librairie indépendante La Librairie des signes et un Cultura. Si j’achète régulièrement mes livres à la Librairie des signes, j’ai aussi beaucoup de choses à lui reprocher. Le lieu est franchement agréable (surtout le rayon BD/Enfants, poufs et fontaine d’eau à disposition, si ce n’est pas un arguent pour lire des bd et de la littérature jeunesse), le personnel est compétent mais pas très aimable, voire très arrogant. Je me souviens seulement d’un gentil libraire qui ne doit plus y être depuis, je ne l’y croise plus qui avait de très bons conseils. Mais le pire, c’est surtout l’état des livres, souvent endommagés qui sont pourtant laissés en vente. Bonjour le respect du client et bien sûr, pas question d’un geste commercial ou de proposer des livres d’occasion.

Amazon ou librairie, telle est la question.

Ce genre d’expérience en librairie ne me donne pas envie de me battre pour ce genre de librairies qui ne respectent pas leurs clients. Pas de généralisation, certains libraires sont de vrais professionnels avec toutes les qualités humaines qui vont avec. Je pars du principe que les librairies restent un commerce comme un autre et que le service doit être irréprochable. S’il ne l’est pas, un bon consommateur est libre d’aller ailleurs, même s’il s’agit d’internet et d’Amazon. Jamais je n’ai reçu de livres neufs endommagés. Jamais. J’achète donc mes livres sur Amazon sans complexe et je n’ai pas l’intention de me soigner. Le premier droit d’un client, c’est de choisir mais aussi de ne pas choisir, d’acheter sur Amazon sans lâcher son libraire préféré selon l’occasion. Ce n’est pas une loi anti-Amazon ou les boycotts de certains éditeurs qui changeront la donne. Ça, c’est du marketing mais le lecteur n’est pas un animal économique, c’est un être humain plein de contradictions.

Jane Austen est même dans You’ve Got a Mail

Vous vous souvenez du film Vous avez un message ? Meg Ryan y joue une jeune libraire pour enfants reprenant l’affaire familiale qui peine à concurrencer avec un grand distributeur de livres, Fox Books, tenu par Tom Hanks. Tout y est : concurrence, internet, amour-haine entre les deux. Bien sûr, tout fini bien  la fin mais le plus important, c’est de trouver votre « shop around the corner », le nom de l’enseigne de Meg Ryan. Que vous choisissiez votre librairie de quartier ou, au plus proche, le fournisseur du coin qui vous livre au plus près de chez vous, l’important, c’est de lire. Au lieu d’une loi contre une entreprise privée fiscalement dérangeante, le plus judicieux ne serait pas plutôt d’e mener des réformes pour promouvoir la lecture et l’éducation pour les plus et les moins jeunes ?

C’est surement ça la vraie question.

Matilda, lectrice infatigable, achète sur Amazon. F*ck.

Happy Birthday King Richard Armitage !

22 Août
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Richard Armitage

Petit excursus de pur fangirling aujourd’hui, vous m’excuserez d’être une faible femme, je l’espère. Il faut dire, que le 22 août n’est pas un jour ordinaire et même les doodles de Google s’y mettent en célébrant la naissance en 1862 de Claude Debussy, un compositeur  que j’adore et qui a inspiré le roman Sépulcre de Kate Mosse qui figure tout en haut dans l’ordre de préférence de ma PAL.

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Guy de Gisborne dans Robin Hood

Mais, aujourd’hui pour l’Armitage’s Army, le 22 août, c’est un peu notre fête internationale. Sur Tumblr, sur Youtube, sur les réseaux sociaux et même sur mon blog, personne ne pourra ignorer que c’est l’anniversaire de Richard Armitage qui fête ses 42 ans. Peut-être qu’on aura droit comme très régulièrement, à une lettre pour remercier ses fangirls d’amour des cadeaux awkward qu’il va recevoir (comme des caleçons à l’effigie de ses personnages principaux en plein milieu du paquet ! Ahem.) et peut-être que certaines donneront un petit quelque chose aux associations caritatives qu’il soutient au lieu d’envoyer ce genre de choses comme il le recommande.

Richard imitant son cheval dans The Hobbit

Il fallait bien que je paye ma dette à cet homme merveilleux, qui m’a beaucoup inspiré depuis que j’ai rencontré Guy de Gisborne qui a réveillé des choses inavouées. Et comme il ne se contente pas d’avoir joué un rôle splendide mais des personnages tous plus passionnants, troublants et torturés les uns que les autres (de John Thornton dans North & South à Lucas North dans Spooks en passant par Thorin, notre Roi sous la Montagne à tous !), je ne pouvais pas faire comme si ce jour était comme les autres.

« The leader of our Compagny…. Thorin Oakenshield »

Déjà, pour rendre hommage à la voix grave et profonde de ce cher natif de Leicester, avec ma future coloc lyonnaise, nous allons chanter une cover de The Misty Mountains pour un petit événement, je l’espère  le début d’une charmante expérience musicale de la Venetian Sisterhood.

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King Richard Armitage

Mais pour moi, pour fêter dignement un 22 août je ne peux pas ne pas parler de Richard III. Pour Richard, j’ai relu en guise de préparation la pièce de Shakespeare Richard III, absolument fabuleuse (même si elle amplifie encore plus la propagande anti-Richard III en en faisant un pseudo monstre  sanguinaire) et j’avais oublié à quel point les malédictions étaient délicieuses grâce à la reine Margaret. Bref, comptez-y, je compte bien vous en reparler.

Il faut dire que le lien qui unie Richard de Gloucester et Richard Armitage est étrange. Richard a hérité de son père une fascination pour ce personnage, pour me la transmettre car il faut savoir qu’étant né le même jour que la défaite de Bosworth où est mort Richard III, l’acteur en a hérite le prénom en en voulant pendant un temps à son cher papa de l’avoir appelé d’après un tel monstre ! Mais, tel le monstre du Docteur Frankenstein, Richard III est plus humain qu’il n’y parait.

Reconstitution faciale de Richard III, d'après le crâne et les ossements du roi retrouvés en 2013.

Reconstitution faciale de Richard III, d’après le crâne et les ossements du roi retrouvés en 2013.

Mais, je ne pouvais pas en rester là. Il fallait que je donne un peu plus de moi-même  et donc, il fallait que ça passe par l’écriture. J’ai écrit cette nuit  un poème, terminé à mon réveil pour justement explorer ce lien spirituel, presque anachronique, qui unie un homme mort, célèbre pour sa supposée vilenie, avec un homme de chair et  d’os, bien vivant, et connu pour son humilité et sa générosité mais qui s’est aussi illustré en jouant un nombre considérables d’âmes tourmentées. Vu que sa fascination pour le mal vient de Richard III et de Macbeth, je m’en suis d’autant plus inspirée pour écrire ce poème sans prétention mais qui, je pense, va me tenir à coeur un bon bout de temps en attendant d’écrire, qui sait, quelque chose de plus ambitieux sur Richard III.

richard

Guy de Gisborne in the shadow

 

[RICHARD’S SHADOWS]

Par A.E.B.

 

For Richard Armitage.

 

Pourquoi Richard ? Pourquoi ce nom ? Pourquoi cet homme ?

Moi, l’ombre d’un mort, portée d’amour infinie, 

Je suis le glas banni de félonie, en somme,

Hantant le monde, temps perdu, silence honni.

 

Je cherche un homme, masqué,  en sang, né pour aimer…

Car Vengeance & Expiation, ses indomptées

Maîtresses, me poursuivent, fiévreuses, furieuses de jouir

Et que l’alter ego perpétue l’art de nuire…

 

Je suis le sans-nom, l’anonyme ermitage

Sans attaches, j’erre masqué d’innombrables personnages, 

Suis-je Richard  ? Suis-je son autre ? Suis-je anachronique ? 

Je défie les Ténèbres, l’Histoire ironique !

 

 

Bosworth a décidé Ton sort, qui est le mien ?

 

Le 22 août de l’an 2013., au coeur de la nuit

 

.Et comme l’Armitage Army est une grande et belle famille, j’aimerais finir en mettant à l’honneur l’énorme talent de Michelle qui a partagé le work in progress étapes par étapes de sa peinture de Richard en Richard III et qui est juste la plus belle chose que j’ai vu de la part d’une fangirl. Well done, love !

Richard Armitage as Richard III by Michelle Jimenez

Happy Birthday, sweetheart !

Rendez-vous sur « Gender Studies & Féminisme »

13 Août

Petit excursus pour vous parler de mon coup de tête du moment ! J’ai ouvert un second blog, Gender Studies & Féminisme ! Pas du tout parce que La Bouteille à la Mer ne me plait  plus, car, au contraire, je suis parfaitement comblée. Non, c’est pour trouver a room of one’s own à ma passion pour la philosophie, comme un dernier hommage avant de la quitter en partie pour étudier en Lettres l’an prochain en M1 de Littérature comparée à Lyon II.

Comme son nom l’indique, il va y être question des théories du genre mais surtout de Virginia Woolf car je compte l’étudier l’an prochain le temps d’un mémoire sur son rapport au genre dans ses œuvres de jeunesse (Nuit et Jour et La traversée des apparences) et dans ses essais dits féministes comme Une chambre à soi.

J’espère que mon travail de vulgarisation du genre et du féminisme de Virginia Woolf vous plaira autant que La Bouteille à la Mer

Gender Studies & Féminisme est même sur Facebook !

« The Gipsy Gentleman » (nouvelle néo-victorienne)

5 Juil
london past

London at Night, 1934. @Jim Morrisson & @Harold Burkedin

Ce billet ne sera pas comme les autres. Si je parle de beaucoup d’auteurs que j’aime, ce n’est pas par pur amour de la lecture. Lecture & écriture vont souvent de pair chez les amoureux des mots (surtout les plus jeunes d’entre nous) et je suis définitivement atteinte par ces deux passions.Toutefois, autant la lecture que l’écriture ne sont pas des goûts solitaires (c’est d’ailleurs la raison d’être de La Bouteille à la Mer) et j’ai la chance d’avoir une amie avec qui je peux parler de littérature et d’écriture (même surtout à des heures indues), cela va de soi avec elle. Je vous avais déjà parlé de son premier roman Clothilde & Adhémar et Adeline et moi, nous nous sommes amusées à nous lancer un défi d’écriture  mutuel au lieu de nous faire des commandes comme j’en ai l’habitude par exemple avec « L’hymen maudit », une réécriture du conte de La Belle et la Bête avec en guest-star le cruellement beau Guy de Gisborne

Cette fois-ci, notre défi commun est parti d’une citation publiée par Adeline (of course) sur mon mur Facebook, très approprié pour un ami commun :

« I love you still, that’s the torment of it. Who will take care of me, my love, my dark angel, when you are gone? »

Anne Rice, Interview with the vampire

Inspirant, n’est-ce pas ? Au lieu de choisir qui de nous deux écrirait à ce sujet, on a décidé d’un mutuel accord de prendre pour base cette citation comme un exergue et d’écrire chacune de notre coté un court texte : nouvelle ou poème. Je vous invite de lire la nouvelle d’Adeline, intitulée « Enluminures » et, par la même occasion, de fureter sur son joli blog par exemple en lisant son essai sur Loki ou le 1e épisode de ses pérégrinations universitaires autour du peintre pré-préraphaélite Arthur Hughes.

J’ai opté pour ma part sur une variation de l’une de mes passions, l’ère victorienne, et dans la ligne de romans néo-victoriens comme Les Contes de la Rose pourpre de Michel Faber qui est un peu mon modèle du genre actuellement pour l’extrême réalisme de sa reconstruction historique. C’est ainsi qu’est né la nouvelle « The Gipsy Gentleman », très inspirée du monde des Bohémiens et de la culture gitane. C’est un thème qui m’a toujours passionnée sans qu’il prenne une place dans mes écrits, c’est chose faite. C’est d’autant plus représentatif de l’ère victorienne que la représentation du bohémien a énormément évolué à cette époque. Je n’ai qu’à invoquer la scène dans Jane Eyre où Edward Rochester se joue de ses invités à Thornfield Hall en se déguisant en bohémienne pour percer à jour ces personnes, surtout Blanche Ingram et Jane elle-même. La figure du bohémien, c’est aussi celui du paria, du vagabond et du rejet social devant une culture nomade dans un monde où la propriété privée est le droit le plus sacré.

L’influence d’Adeline se fait aussi sentir dans ce texte, rien que dans le fond sonore qui m’a inspiré pour écrire, chose que je ne fais jamais. Sachez que cette nouvelle sera parcourue de plusieurs titres du groupe de rock garage danois The Raveoenettes qu’elle m’a fait découvrir mais aussi de la voix d’Alex Turner des Artic Monkeys. Je n’ai qu’a souhaiter une bonne fortune au « Gipsy Gentleman » et je n’aurais pas à me faire tirer les cartes pour ça.

THE GIPSY GENTLEMAN

Par Alexandra BOURDIN.

« I love you still, that’s the torment of it. Who will take care of me, 

my love, my dark angel, when you are gone? »

Anne Rice, Interview with the vampire

***

« A man is to me a higher and a completer being

than a gentleman. »

Elizabeth GASKELL, North & South

La sensation des pavés de Londres sous ses pas était déjà une libération en soi. Entendre la cadence pressée de ses bottines sur un sol dur, irrégulier et crevassé après le passage de tant d’hommes et de femmes libres de leurs mouvements, lui donnait l’impression de toucher, enfin, la substance de la réalité et de pouvoir y être engloutie ou transfigurée. Laissez derrière soi, à jamais, les graviers inhospitaliers de la cour de la demeure familiale était un geste étrangement symbolique à cette heure si tardive : elle en avait fini avec sa vie bruyante et mondaine, guérie de justesse de la nausée de la dissimulation suivant le tangage inquiétant d’un navire en complète perdition. Drapée des ombres de la nuit, elle était enfin anonyme parmi les anonymes et n’être personne rendait la vie pleine de possibilités insoupçonnées, comme devenir une autre, à loisir.

Elle lui devait absolument tout, comme savoir charmer les ombres pour qu’une fois apprivoisées, elles serpentent autour d’eux et les dissimulent aux regards importuns. Profiter de la faveur de la nuit n’était pas un crime et encore moins celui de se donner toute entière à la passion, à cet oiseau de passage dévorant et annonciateur d’espoir infini. Mais elle avait cessé d’espérer et de penser, l’introspection était devenue déplacée : agir, seulement agir, vivre enfin et ne jamais revenir…

(c) Dover Collections; Supplied by The Public Catalogue Foundation

William Anderson, London Bridge and St Paul’s by Moonlight (Dover Collections)

Elle ne s’attendait pas à le retrouver si vite par avoir passé le lourd portail et les grilles de sa prison dorée. Il avait été prévu de se rejoindre à l’heure prévue , pas avant, devant St Paul malgré l’incongruité de ce point de rendez-vous compte tenu de leurs projets mais, visiblement ses plans avaient changé. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Elle n’était pas dupe de ses sentiments, elle savait quoi s’attendre avec lui, il ne répondait qu’aux appels du moment, impulsif comme personne. Il déambulait dans le monde, les ailes déployées prêt à s’envoler d’un seul coup, en branle perpétuel comme en équilibre précaire au bord d’un abîme, attiré par la sensation du vide.

Appuyé avec désinvolture contre les grilles du lieu qu’on lui avait appris tel un automate à appeler « son chez-soi », à deux doigts de bafouer les saintes lois de la propriété, il semblait indifférent au monde. Il n’avait pas encore remarqué son arrivée mais les apparences étaient souvent trompeuses avec lui. Il sentait tout, voyait chaque geste à peine esquissé, comprenait chaque regard éloquent. Chaque silence est un puits sans fond de significations pour lui.

L’homme en noir se fondait dans les ténèbres de la nuit, refusant d’être touché, presque souillé, par le faisceau superflu des réverbères. Qui avait besoin de lumière artificielle pour trouver son chemin et déambuler dans les villes ? Pourtant, ne pouvant plus ignorer plus longtemps l’approche de la jeune femme, repérant sa présence presque instinctivement d’un vif mouvement de tête, il s’était trahi : la pâleur de son visage s’était accentué au seul contact de la lumière, comme s’il n’avait pas vu les lueurs du jour depuis des mois. Était-ce son destin, de vivre entre deux mondes, comme un personnage piégé dans un tableau clair-obscur ? Quel modèle sublime cet homme aurait été pour un Caravage ! Son amour à elle du dessin, cet art minimaliste par excellence, s’était accentué depuis leur rencontre et combien de fois n’avait-elle pas esquissé ses traits sur le papier, à son insu non par sentimentalisme comme un trésor secret mais parce qu’il ne supportait pas son reflet, comme cette créature légendaire qui couvrait de lourds draps tous les miroirs de son château pour ne pas voir sa monstruosité !

– Milady…, rompit-il le silence en parfait gentleman, baise-main de rigueur, en allant à la toute dernière minute à sa rencontre.

– Vous êtes incorrigible de m’offrir ce titre que je hais tant !, retirant sa main de porcelaine. Et vous le savez mieux que quiconque… Qu’est-ce qui vous amène d’aller à ma rencontre ? Nous avions prévu…

– J’ai changé d’avis, ce qui m’arrive si peu, n’est-ce pas ?, l’interrompit-il, allant aux devant de son inquiétude manifeste. Les rues sombres  favorisent de mauvaises rencontres, je ne me pardonnerai pas que quiconque vous fasse du mal. Je le traquerai jusqu’au septième cercle de l’Enfer s’il fallait en arriver-là pour vous retrouver.

– Je ne suis plus une enfant ! Je suis femme et je sais parfaitement me défendre, sans l’aide d’aucun homme. Et après tout, nos amis bohémiens m’ont appris l’art et la manière, poignard au poing !

– Regarde plutôt, lui confia t-il en lui prenant tendrement les mains, comme un geste familier. Elles sont si minuscules, pas encore souillées par le sang que l’eau la plus pure ne peut nettoyer. J’aime l’enfant et la femme en toi, c’est ce qui te rend si précieuse à mes yeux…

           Cette fois, serrés étroitement l’un contre l’autre, il l’embrassa doucement, du bout des lèvres, comme la coupe d’un breuvage raffiné. Il la fit rire, d’un rire d’enfant, en murmurant un mot inaudible à l’oreille.

– Excuses acceptées, lui murmura t-elle en réponse à leur intimité retrouvée. Emmène-moi loin d’ici.

– Tu as raison. Là où il est, que direz ton pauvre père s’il te voyait embrasser un sombre inconnu en pleine rue ?, lui lança t-il d’un sourire entendu.

– Il est trop enivré ce soir pour s’en inquiéter. S’il pouvait boire de l’argent liquide comme il trinque avec du champagne aux affaires de la City pour seul prix de vendre sa fille au diable, il le ferait sans la moindre hésitation.

           Elle saisit une lueur étrange dans les yeux de son amant, comme si de vieux démons l’assaillaient par surprise à la seule invocation du diable. Encore un instant et cette lueur l’avait quitté aussi soudainement qu’elle l’avait troublé. Il semblait difficilement revenir à la réalité mais il héla tout de même un fiacre pour les emmener à la destination prévue depuis des semaines, des mois, depuis leur première rencontre sans se l’avouer encore…

*** ***

           Andrea n’avait jamais eu aussi honte de vivre en bohémien parmi les Bohémiens, non par le sang et la tradition mais par choix et par vengeance. Aucun lien sacré, comme celui de la famille, ne l’incitait à vivre cette existence de bohème ; aucun Bohémien ne connaîtrait jamais les affres de la solitude, l’errance solitaire guidé par nul horizon, nulle destination. Depuis la présence continuelle de ses démons intérieurs, polymorphes et invincibles, il n’avait connu que la solitude où bien était-ce la solitude qui avait marqué leur arrivée ? Andrea nageait dans l’incertitude de qui il était et, pourtant, depuis qu’il avait été accueilli par les Bohémiens et qu’il avait enfin dépassé le stade de se méfier d’eux à cause de leur extrême propension à la pitié, il y avait trouvé un semblant non pas de famille (cela lui était comme interdit, la solitude était son épousée) mais d’amitié et de joie. Seul, sa présence était sans cesse remarquée dans les villes de passage qui ne pouvait y voir qu’une apparition étrange à l’approche de ce cavalier vêtu de noir et toujours taciturne. En bohémien, ou plutôt en gentleman-bohémien du sobriquet par lequel les inconnus aimaient l’appeler, il était anonyme parmi les anonymes, un paria et un vagabond mais, à partir de ce jour, plus jamais il n’avait été seul.

           Mais aujourd’hui, il aurait tant voulu arrêter de jouer ce jeu dangereux : le Gipsy gentleman, ici à Londres, dans la bibliothèque de cet homme de la City, aux affaires plus que douteuses. Il devenait une vulgaire attraction parmi les monstres de foire, plus pathétiques les uns que les autres. Sa difformité n’était pas physique, elle devenait morale et c’était ces gentlemen et ces lady, s’abaissant à se divertir de la souffrance par pur sadisme, qui étaient pathétiques et monstrueux. Sa vie de bohème n’était qu’une couverture pour une cause plus grande, une ombre portée destinée à faire diversion comme un prestidigitateur devant l’étonnement idiot d’enfants déjà trop grands pour cela. Il haïssait viscéralement toute forme de dissimulation, ce goût du spectacle qui n’était pas seulement le propre des Bohémiens mais qui touchait par ricochet comme une épidémie chaque cœur avide d’émotions fortes. Quelle absurdité de voir ces Bohémiens, si purs de cœur, être méprisés, rejetés, raillés par leurs propres cousins qui reniaient délibérément leur héritage mais qui, pour des yeux non dupés, se trahissaient à chaque instant.

           La dissimulation lui faisait horreur et pourtant, Andrea réalisait qu’il s’était trahi lui-même à force de jouer ce rôle. Sa confiance, il ne la donnait à personne même pas à ses compagnons de voyage et pourtant il avait été piégé par la seule personne qu’il croyait digne d’être écouté : lui-même. Avait-il perdu l’esprit ? Il se croyait différent, à la sincérité sans égale, jamais dupe des convenances, impulsif même. L’impertinent, l’anticonformiste. N’était-il qu’un leurre pour lui-même et les autres ? Il ne pouvait plus être ce Gypsy gentleman que les Londoniens venait applaudir sur cette scène de fortune. Ce n’était pas les Bohémiens qu’ils venaient voir chanter, danser, se faire tirer les cartes pour favoriser la bonne aventure, c’était lui qu’ils venaient voir, le gentleman déchu. Il se montrait comme nu devant eux, il n’était qu’un homme sans le costume et l’apparat du gentleman. Bas les masques.

           Pourtant, dans cette bibliothèque, si proche de son but premier alors que son ennemi était assis dans l’autre pièce, indifférent au sort qu’il lui réservait, il ne pouvait plus être l’homme qu’il avait été depuis tant d’années, tapi dans la peau d’un autre. Il devait se réinventer, retrouver le coffre scellé où il avait placé sa vraie personnalité, l’ouvrir et, comme Pandore, affronter les conséquences d’un tel acte quitte à détruire le monde qu’il avait construit.

           C’est elle qui avait fracturé le monde en carton patte qu’il avait mis tant de temps à installer, comme un décor qui s’effondrerait sur le comédien qui le rendait vivant. Il avait placé ses pions, protégé ses arrières, soudoyé des hommes de confiance et, désormais, le venin de la vengeance qui coulait dans ses veines avait trouvé son antidote. Elle ne lui avait pas encore parlé, pas même regardé, elle n’avait fait qu’être elle-même, seulement exister et sa seule présence rendait son monde incroyablement plus grand, comme s’il étouffait dans un monde d’illusions et qu’elle avait été la lueur du dehors perçant à travers la seule faille de la caverne. Andrea ne connaissait même pas son prénom, il devait le découvrir avant qu’elle ne reprenne son statut d’hôtesse pour ces bons à rien et qu’elle n’oublie le passage d’une troupe de Bohémiens dans sa maison pour divertir les invités distingués de son père. Avant qu’elle ne l’oublie, lui. Après l’incident dans la grande salle où la petite Carmen avait brisé par accident ce chérubin en verre noir de Murano qu’elle n’avait pu s’empêcher de regarder de plus près, de trop près, cette jeune lady avait osé faire l’irréparable : affronter son père devant ses plus proches collaborateurs et défendre l’enfant, indignée de voir son propre père ne serait-ce que tenter de frapper un être sans défense, même de sang bohémien. Elle avait osé révéler à qui voulait l’entendre sa vraie nature : ce geste n’était pas digne du gentleman qu’il était, qu’il prétendait être. Pour atténuer la portée de son insoumission, elle avait pris l’initiative de réfugier la troupe au complet dans un lieu neutre, loin de l’animation de la soirée. Le spectacle était terminé, la vie normale pouvait commencer.

library

           Après avoir échangé un dernier mot (peu cordial) avec son aimable père, elle ferma la porte et invita chacun d’entre nous à prendre ses aises comme si nous étions vraiment ses invités et non une partie du décor.

– Je tenais à m’excuser personnellement pour la conduite grossière de chaque personne présente ce soir, votre hôte y compris, déclara t-elle naturellement en s’adressant en personne à chacun de nous d’un seul regard.

– Pourquoi s’excuser ?, lui répondit Andrea, peut-être un peu plus sèchement qu’il l’aurait voulu pour un premier contact. Vous êtes la dernière à blâmer, vous n’avez pas à faire semblant de jouer les hôtesses polies et éduquées…

Un ange passa et la gène générale allongeait douloureusement les secondes. Ses yeux gris me jaugeaient, non comme une attraction vu mes habits étudiés pour un vrai bohémien, mais simplement pour me cerner en tant que personne. Visiblement, Il avait aiguisé sa curiosité, cette première impression suffirait-elle ?

– Si je vous ai offensé, ce n’était pas par malice, commença t-elle posément. Je vois que vous êtes un amoureux des mots… Je vous ai fait attendre dans la bibliothèque trop longtemps après que la soirée ait pris une tournure aussi peu honorable. Vous avez eu raison de parcourir les étagères. Quel a été votre choix ?

           Elle était donc observatrice. Son père se serait offusqué de voir une seule de ses possessions entre les mains d’un Bohémien. Tous des voleurs, c’est bien connu. Mais cette lady était différente des autres femmes de sa condition. Elle avait profité de l’intimité implicite que créait la lecture d’un livre entre deux êtres pour rendre cette entrevue moins conventionnelle. Ce n’était pas l’hôtesse qui parlait, c’était la jeune femme qui hantait cette pièce à loisir. En parcourant la pièce des yeux, sa présence était partout : dans les tableaux, dans le drapé des rideaux et, détail non négligeable, dans cette harpe placée astucieusement près de la fenêtre, coté jardins. Cette pièce était toute à elle, c’était elle.

– Étonnant de voir un Bohémien sachant lire, n’est-ce-pas ?, répondit-il sur la défensive, sans pouvoir se maîtriser. Le trouble était trop grand pour pouvoir tenir une conversation normale, elle ne pouvait pas être aussi naturelle sans cacher quelque chose. C’était impossible.

– Vous êtes les premiers Bohémiens que je rencontre, je ne peux juger Monsieur…., dit-elle sans détours, recherchant à mettre un nom à une telle impertinence.

– Andrea, milady, répondit-il, après une seconde d’hésitation.
Et vous, c’est quoi votre prénom ?, demanda de but en blanc, pleine de candeur, la jeune Carmen.

– Rosalie, ma douce. Rosalie Ravenwood, répondit-elle en se mettant à la hauteur de l’enfant, non sans jeter à Andrea un rapide regard au passage, comme pour sonder sa réaction depuis que les civilités d’usage étaient enfin échangées.

           La porte s’ouvrit en trompe, révélant la stature autoritaire du père. Il n’avait pas besoin de dire quoique ce soit, les bruits dans l’autre pièce et dans les escaliers annonçaient le départ des invités officiels, les autres parasites devaient faire de-même.

– La soirée est terminée, visiblement, lança t-elle à la cantonade après s’être brusquement retournée à l’entrée de son père. Je vous accompagne jusqu’à la sortie. Suivez…

– Jane va s’en charger. Vous sortirez par l’entrée des domestiques, dit-il sévèrement, sans s’adresser à quiconque en particulier.

– J’insiste, précisa Rosalie, en prenant déjà la main de Carmen qui semblait déjà l’avoir adoptée. Sa voix ferme était celle de quelqu’un prête à affronter le courroux de son père en privé mais pas d’agir injustement, non conformément à ses propres principes, devant des inconnus.

           Son père sortit, excédé. Andrea allait reposer l’ouvrage sur son rayonnage quand Rosalie remarqua son geste :

– Gardez-le. Vous me le rapporterez quand vous l’aurez lu, voulez-vous ?, me demanda t-elle pour la première fois en me souriant légèrement.

– Je… J’y prendrais soin, dit-il, manifestement troublé.

           Sur le trottoir extérieur en franchissant les grilles, Andrea ne put s’empêcher de regarder la silhouette de Rosalie rentrée chez elle, visiblement déjà en pleine conversation houleuse avec son père. De là, avec ces grilles devant son champ de vision, elle semblait captive. Il affermit la prise de sa main droite sur le livre de Rosalie, à défaut de pouvoir un jour la serrer elle contre son cœur. Serait-elle à lui ? En était-il digne ? Jamais mais elle le sauverait, aussi vrai que la nuit succède au jour, la neige au printemps. Son cœur était noir, ce soir, mais demain… que lui réservait demain ?

THE END

Au programme & Lectures communes

10 Jan
Abbie Cornish - Bright Star
L’autre jour, j’ai voulu faire un rapide récapitulatif de mes challenges en cours dans la nouvelle rubrique « Challenges » en haut de page. Je n’ai pu que remarquer, un peu honteusement, que mon bilan à mi-chemin n’était pas très glorieux. Ce n’est pas non plus un drame puisque je ne vois pas la lecture comme une course. Ces challenges sont avant tout là pour nous motiver un peu, par exemple à lire des genres inhabituels (comme les polars pour moi), ou pour répondre à nos envies de lecture un peu passionnelles comme Virginia Woolf dernièrement.

 

Pas de panique donc ! Ça m’a toutefois donnée envie d’innover dans ma façon de lire et de chroniquer en concoctant un petit programme de lecture pour les mois à venir. Comme tous les plannings, rien n’est vraiment définitif mais ça me permettra d’être plus constante et de mieux savoir où j’en suis et ce que je veux lire à l’occasion des challenges et pour mon propre plaisir.

 

A l’aide de ce « programme », je pense que cela pourra aussi faciliter des moments de partage, pourquoi pas à l’occasion de lectures communes. J’ai délibérément choisi de faire les choses en grand en prévoyant un programme au long terme au moins jusqu’en août afin de pouvoir mieux organiser la chose. Ainsi, avec les titres d’ouvrages qui suivent, n’hésitez pas à faire votre petit marché si la lecture avec moi de l’un ou l’autre vous fait envie ! Si l’idée vous tente, vous pouvez m’en parler rapidement en laissant un commentaire en bas de cet article ou plus longuement par courriel à l’adresse suivante : bottleinasea@gmail.com. Cela peut se faire dès ce mois-ci (même si la mi-janvier arrive vite ou dès le mois prochain !

 

Voilà la bête :

 


Janvier 2013

A Study in Scarlet d’Arthur Conan Doyle
Entre les actes de Virginia Woolf
The Importance of Being Earnest d’Oscar Wilde
Daisy Miller d’Henry James

 

 



Février 2013

Pauvre Miss Finch de Wilkie Collins
Une chambre à soi de Virginia Woolf
Une rose pour Emily et autres nouvelles de William Faulkner
Snobs de Julian Fellowes

 

 


Mars 2013

La Traversée des apparences de Virginia Woolf
Une folie meurtière de P.D James
– Le temps de l’innocence d’Edith Wharthon



 



Avril 2013

The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne
Adieu Gloria de Megan Abbott
Mrs Dalloway de Virginia Woolf (VO)
Agnès Grey d’Anne Brontë

 

 



Mai 2013

– La métamorphose de Franz Kafka
Flush de Virginia Woolf
Colline de Jean Giono
– Villette de Charlotte Brontë

 




Juin 2013


– Ulysse de James Joyce
– Le club des policiers yiddish de Michael Chabon 
– Le chien des Baskerville d’Arthur Conan  Doyle
– Le mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens
Gatsby le magnifique de F. Scott Fitzgerald

 

 

Juillet 2013

– Pierre de Lune de Wilkie Collins
– The Hours de Michael Cunningham
– Sept hivers à Dublin d’Elizabeth Bowen
Vie et destin de Vassili Grossman
Les Forestiers de Thomas Hardy

 




Août 2013


– La compagnie blanche d’Arthur Conan Doyle
– Moby Dick d’Herman Melville
La dame en blanc de Wilkie Collins
– L’adolescent de Fiodor Dostoievski
Le Docteur Faustus de Thomas Mann

 

Lectures communes :

– 15 mars : Cranford d’Elizabeth Gaskell avec George, Lou, Virgule, Valou, Céline, Emma, Solenn, SharonPaulana, Emily & Titine.

Époussetez-moi ces bouteilles, dis donc !

4 Juil



Il faut l’avouer, j’aime bien me la jouer un peu. Mais faute avouée…
La preuve à la droite de votre écran. 

 

Démonstration !


Il y a presque un an déjà, j’avais décidé de faire un peu la maligne, l’originale en donnant des noms un peu atypiques aux rubriques habituellement présentes dans tout blog qui se respecte à l’aide de jeux de mots ou de mots rares en référence à l’univers de l’eau, de la mer et de la bouteille, Mais le temps a fait son oeuvre et, ironie du sort, quand je pense à cette « cave » dédiée à l’archivage des bouteilles déjà postées, je me dis que ma collection est bien mince (une sorte de cave du pauvre avec même pas quelques piquettes) mais, par contre, avec beaucoup de ménage à faire en pensant à toute cette poussière qui s’est déposée en mon absence…


Le problème est là : ça fait presque un an. A peine ai-je attrapée cette bouteille à la mer que je l’ai rejetée aux courants, sans crier gare. C’est pas très sympa…

L’an dernier, en répondant à l’inspiration du moment, j’avais créé ce blog parce que je m »étais dit que j’avais bien mérité après trois années de prépa de souffler un peu, d’écrire vraiment ce que je voulais, sur ce que je voulais sans être frustrée par des exigences académiques.

Etre aussi libre que cette bouteille à la mer.

L’été s’annonçait bien propice à ce genre de choses mais j’ai été rapidement rattrapée par la prépa et par l’administration d’une fac que je ne nommerai pas (son prestige est immense et pourtant, elle ne le mérite pas et donc de ne pas être nommée).

Ce que j’ai vécu, c’est l’échec, ni plus, ni moins.* Vous savez, ce méchant garnement qui vous suit comme votre ombre, en secret, mais qui se montre de temps en temps sous son vrai jour, surgissant de nulle part comme ces vilains diables de leur boite. Je l’avais dit dans ma première bouteille, j’escomptais entrer en Master de philo mais j’ai été rapidement refroidie par un simple mail de la sus-dite université. BAC+3 envolé, bienvenue en BAC+2, bienvenue en Licence 3.

Bon, arrêtons là le mélodrame. A posteriori, je suis bien contente d’avoir été refoulée et d’avoir dû valider ma Licence en philo, moi-même, à force de travail et en un an.

D’abord, parce que cette fois-ci, l’échec est resté dans l’ombre !
Deuxio, parce que j’ai rencontré des gens vraiment sympas.
Tertio : j’ai pu vraiment bien réfléchir à ce que je voulais faire, surtout pour l’année prochaine en me trouvant non seulement un projet de mémoire qui me plait (sur C.S. Lewis) et que j’espère solide mais surtout en réalisant que je n’avais pas ma place à Paris IV (ça y est, je l’ai nommée. Damned !) ou plutôt que Paris IV était incompatible avec mon projet. Trop de chichis, dirons nous. Rien de nouveau sous le Soleil, comme dirait l’autre. Bien sûr, ce n’est pas à généraliser (je pense à certains profs vraiment géniaux), mais si vous cherchez de la bonne vieille poussière et des ronds de cuir bien installés, aller visiter la Sorbonne, vous serez conquis ! 

Avec cette année de Master qui s’annonce (cette fois-ci, je ne parle pas en l’air), j’espère pouvoir continuer ici à faire mon petit bonhomme de chemin et à vous conter mes folles aventures culturelles, voire mes écrits, (comme j’ai pris le temps de m’y remettre) et cela toute l’année.

Si ce n’est pas le cas, on se retrouve l’été prochain. 😉

* Ça m’a fait penser dans l’instant à un discours célèbre (pour les Potterheads) de J.K. Rowling devant des élèves d’Harvard (faut oser !). Je vous mets le lien vers le site de mes amis de la Gazette du Sorcier qui l’ont traduit en français ici. C’est très touchant et ça peut servir en cas où vous aussi vous rencontriez ce vilain garnement. Enjoy !

Source image : @ Colorado Sands (désolée pour cette photo bien crado)

Message in a Bottle

5 Juil

Cher vous,
 

La Bouteille à la Mer. Quand on entame l’écriture d’un blog, on entre toujours un peu dans l’inconnu à l’image d’une bouteille à la mer. C’est une entreprise à plusieures inconnues: celle du destinataire dans cette mer qu’est le net, et celle du contenu.

Alors bien sûr, je sais pourquoi je jette cette bouteille à la mer: partager mes flâneries de lecture et de culture avec tout ce qu’il y a d’insolite et d’incongru dans une flânerie. Toutefois, l’inconnu demeure. Et, malgré l’apparente naïveté derrière cette bouteille à la mer que l’on jette, c’est aussi cet inconnu qui m’intéresse parce qu’il est source de liberté. Je veux écrire ici pour rendre compte de mes lectures et dans le sens le plus large du terme (comme on dit en anglais I read a painting, a symphony) c’est-à-dire ne pas seulement y restreindre la littérature mais aussi tous les arts, tout ce qui se lit, tout ce que j’admire. J’espère que mes bouteilles auront de quoi plaire et que leur lecture pourra vous donner envie de « lire » ce que j’aurais lu.

 

#

 

Avec tout ça, je suis impolie car je vous reste inconnue, sans m’être présentée. Je pourrais choisir un pseudonyme très original, très « poétique »qui sonnerait bien (et je l’ai déjà fait dans d’autres mers) mais ici, je préfère garder mon prénom,. Après tout, Alexandra, ça ne sonne pas si mal. D’ailleurs, ce n’est qu’une bouteille, nul besoin de plus.

 

Pour aimer tant lire, il fallait bien que je fasse des études dans cette voie. A cette heure, j’entre à la rentrée en master de philosophie (voilà, je viens de perdre le peu de lecteurs qui aurait pu me lire) mais j’ai passé les trois dernières années en prépa littéraire à Versailles, trois ans intenses, peu propices à l’écriture assidue dans un blog. Sortie de cette mer-ci, je peux désormais plus me divertir comme en jetant une bouteille à la mer…

 

A la vôtre!

 

# Au fait, « La Bouteille à la Mer », c’est aussi le titre d’un poème d’Alfred de Vigny dans Les Destinées qui est, à bien d’un titre, mon poète préféré. #
 
 
Source de l’image: adurus (deviantart)