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« Being Human » (BBC, 2008) (Saison 1)

13 Oct
George, Mitchell & Annie (Being Human - ©SHParsons

George, Mitchell & Annie (Being Human – ©SHParsons)

Being Human (BBC Three, 2008-2013), créé par Toby Whithouse au format de 6-8 épisodes de 58′ par saison. Avec Aidan Turner (John Mitchell), Russell Tovey (George Sands), Lenora Crichlow (Annie Sawyer), Sinead Keenan (Nina Pickering), Annabel Scholey (Lauren) & Alex Price (Gilbert). 

Trois colocataires partagent une maison à Bristol. Deux jeunes hommes et une jeune femme comme les autres… paranormaux en vérité, car Mitchell est un vampire, George un loup-garou et Annie une revenante en quête d’une vie pseudo-normale. Comment rester humain malgré sa différence ?

Quand on partage une coloc d’écrivains avec une autre blogueuse, Adeline, qui s’y connait en entretiens avec un vampire, on ne peut qu’en venir à regarder et aimer Being Human. Et pourtant, ce n’était pas forcément gagné : que Dracula me pardonne, je ne suis pas une fan de vampires. L’effusion d’hémoglobine n’éveille rien en moi, ni même le fantasme d’immortalité ou la métaphore pseudo-érotique de la morsure dans le cou pour aspirer le fluide vital de son/sa partenaire comme ultime jouissance.

Mitchell (Aidan Turner)

Mais ça, c’était avant que les vampires rient comme Aidan Turner et qu’ils portent si bien sur leur figure « je suis un ONS d’enfer » en enlevant désobligeamment une paire de lunettes de soleil ou en arborant  une mou du style « Je tue mais je me soigne ». La fraîcheur et l’air enjoué, blagueur du personnage de Mitchell, malgré ses démons intérieurs, m’ont rappelé très souvent Desperate Romantics et son rôle de Dante Gabriel Rossetti ce qui rend d’emblée ce vampire dans la catégorie des marginaux. En effet, au début de la série, Mitchell décide de se « sevrer » : ne plus tuer (et particulièrement ses petites amies), devenir plus humain que monstre et vivre une vie (presque) normale pour mieux s’intégrer parmi les humains. Vous vous imaginez bien que ça ne va pas être de tout repos, surtout quand on est  un être de désir qui répond au désir par le désir…

La maison d’Annie

D’ailleurs, c’est l’idée de vivre normalement parmi les humains qui a poussé Mitchell et George de co-louer cette maison à Bristol avant de se rendre compte que cette maison en guimauve était hantée par le fantôme de l’ancienne propriétaire, Annie qui, depuis sa mort (un an plus tôt), a plus ou moins fait fuir les anciens locataires. En tant qu’êtres  un peu spéciaux, ils sont les premiers à la voir et à lui  parler.

Annie (Lenora Crichlow)

Annie, c’est  un peu la boute-en-train du trio, et là encore, la série déplace le codes habituels sur les revenants pour en aire quelqu’un de certes parfois un peu émotive, se déplaçant d’une pièce à une autre, cassant ou bougeant deux-trois objets sur son passage sous le coup de l’émotion mais ça n’en fait pas une Mimi Geignarde pour autant ! Elle a plus l’étoffe d’une ange gardien qu’autre chose et je dois avouer que sa frimousse, ses mimiques et sa personnalité m’ont plu dès les premières minutes de visionnage. Ça faisait longtemps qu’ un personnage féminin ne m’avait pas fait glousser !

George (Russell Tovey)

Mais surtout, il y a George. Comment vous parlez sérieusement et calmement de George ? Il est tellement anglais ! (compliment ultime) Je connaissais déjà Russell Tovey depuis Little Dorrit où il avait déjà  un bon potentiel comique  mais là, comme le dirait Adeline, « c’est le meilleur coloc du monde ».

Bernie (Ep. 4 « Another Fine Mess »

Il a  une sacrée propension incroyable à atteindre les aigus quand il crie comme une fillette ce que j’avais déjà remarqué dans Little Dorrit, by the way. (On ne change pas une équipe qui  gagne…) Bref, George n’a aps l’aisance de Mitchell niveau confiance en soi mais i l remuera votre petit coeur. Surtout quand il parle de sa lycanthropie et de la souffrance de ses transformations. Le deuxième épisode, Tully, est clairement l’un des plus durs émotionnellement avec la fin de l’épisode 3 (« Ghost Town ») mais ça, c’est parce que j’ai pleuré comme une madeleine et j’ai mes raisons !

La vie en colocation

Vous l’aurez compris, Being Human n’a rien d’une série fantastique comme les autres  malgré  un certain « bestiaire » en commun, des éléments paranormaux, une vie souterraine et surtout  une bande de méchants pas beaux légèrement psychopathes et sadiques sur les bords. C’est surtout  une série dans la tradition des séries comiques de flatmates (Friends, bien sûr mais aussi plus récemment Threesome avec deux acteurs-chouchous : Emun Elliott & Stephen Wight repérés dans The Paradise) avec une veine fantastique mais comme une majeur partie de l’action se passe dans la maison d’Annie (considérée comme une sorte de planque ou d’havre de paix), on est pleinement immergé dans la vie de ces trois colocataires avec les rigolades et les prises de bec habituels.

Aidan Turner (Mitchell) & Lenora Crichlow (Annie)

Russell Tovey (George)

Mitchell (Aidan Turner)

Ce qui rend Being Human très attractif pour quelqu’un qui n’est pas fan de vampires et de tueries sanglantes, c’est la force dramatique et les conflits intérieurs qui perturbent ces trois êtres hybrides qui n’arrivent pas à trouver une place dans ce monde qui les exclue ou qu’ils choisissent de renier. Autant Mitchell que George sont tiraillés par leurs penchants plus ou moins bestiaux ou sauvages : si c’est la culpabilité qui hante  l’un, c’est le déni de sa nature profonde et de sa double  personnalité qui bloque l’autre. L’un a trop assumé a bête en lui, l’autre cherche par tous les moyens à la nier.On s’étonne après qu’ils soient si complémentaires !

« They were just two souls united by fear and solitude. Lost in the dark. Fate pushed them together and now they were going to find out why. » (ANNIE – Ep. 6 « Bad Moon Rise »)

Nina (Sinead Keenan) & George (Russell Tovey)

Ce n’est d’ailleurs pas seulement  une question d’identité et de quête de soi ; Being Human exploite à merveille ce que ça représente d’être différent et en quoi l’attrait de la normalité (concept bien artificiel) peut être fort dans nos choix de vie. Il ne s’agit pas d’être humain (de correspondre à une espèce, une nature, une essence), il s’agit d’en être digne, de suivre et de choisir une éthique particulière et des valeurs universelles qui unissent tout un chacun, quelque soit son identité. L’amitié, l’amour, le sens du sacrifice, ça peut paraître des valeurs un peu niaises pour finir cette saison et, pourtant, au bout de six épisodes de Being Human, il n’y a pas eu de plus belle définition de l’humanité. Choisir l’humanité, la générosité et le bonheur, est-ce être lâche ? faible ? Autant Nina (Sinéad Keenan) dans la vie de George, que Bernie ou Josie dans celle de Mitchell ou encore Gilbert (Alex Price) dans celle d’Annie ancre le trio dans le sentiment humain le plus pur qui soit, l’amour. Ca fait peut être cucu la praline e dire les choses ainsi mais jouer constamment les blasés, les cyniques et les durs à cuire n’est pas forcément une preuve d’intelligence supérieure. Malgré  un tel « message », Being Human évite un certain manichéisme attendu en brouillant les « camps » de chacun et insistant sur le choix de devenir humain ou inhumain là où la raison de la transformation des trois personnages a été subie.

Avant de conclure, j’ai eu envie de rendre hommage au beau travail  de caractérisation des personnages dans cette  série. Comme souvent à la BBC, le casting est toujours impeccable. Tous les personnages ont de l’ampleur, même les plus secondaires, ceux qu’on ne croisent qu’un seul épisode comme celui de Tully (le loup-garou qui a transformé George) ou encore Gilbert qui est un peu mon chouchou dans cette saison alors qu’on ne le voit que dans un seul épisode. Et pourtant, il est parfait. Gilbert est un fantôme qui va énormément aider Annie à encaisser les raisons de sa mort Disparu dans les années 80, on le rencontre dans un night club et on comprend de suite que c’est un féru de musique. Cet épisode, est d’ailleurs juste sublime rien que dans sa bande son mais, de manière générale, tous les épisodes sont très soignés en la matière sans que la musique paraisse trop envahissante. Bref, Gilbert est typiquement anglais, Gilbert danse comme un dieu, Gilbert lit Nietzsche en fumant et Gilbert est à la fois cynique et touchant. Bref, je l’aime d’amour.

Gilbert 

(Alex Price)

est

merveilleux !

Fan (ou pas) de vampires, de loups-garoux, de fantômes, ne ratez pas le coche, regardez Being Human. J’ai commencé hier la saison 2 et, croyez moi, le meilleur est à venir !

Où se procurer Being Human (Saison 1) ?

Being Human – DVD (import anglais, sans sous-titrage français)

EUR 7, 99

(Vu qu’elle a bien été diffusée en France, une version française est forcément disponible quelque part mais pas sur Amazon d’après mes recherches. Mais ça va de soi de les séries de la BBC ont un charme unique en VO. A bon entendeur !)

Challenge Halloween chez Lou et Hilde – Première participation

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« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning

30 Juin
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Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

 

« Le destin n’a pas épargné l’écrivain que fut Elizabeth Browning. Nul ne la lit, nul n’en parle, nul ne songe à lui rendre justice. »

(Virginia Woolf, article du Common Reader, 1931)

 

Je ne parle pas ici assez de poésie à mon goût, peut-être parce que ce n’est pas un genre actuellement très valorisé et pourtant, j’ai un grand amour pour la poésie. J’ai même publié  « Éclaircie de passage », l’un de mes poèmes sur ce blog l’an dernier, c’est quelque chose que je pratique très régulièrement mais je comprends la réticence de certains pour la poésie même si pour moi, ça a toujours été très naturel de lire et d’écrire des poèmes. 

John Keats (Ben Whishaw) dans Bright Star

Tout naturellement, en tant qu’anglophile, je ne pourrais pas me passer des poètes anglais pour vivre. Shakespeare, John Keats, William Blake, Lord Byron, Wordsworth, Coleridge, les sœurs Brontë ou Oscar Wilde sont d’éternelles sources d’inspirations et de plaisir pour moi. Vous l’aurez peut-être noté, rien que dans ma liste, les poétesses n’ont pas une grande place dans toute anthologie qui se respecte ce qui confirme ce qui disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi sur la difficulté que représente l’accession au statut de poète pour une femme sans un minimum de conditions matérielles favorables.

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Emily Brontë

J’ai une tendresse toute particulière pour Emily Brontë et Emily Dickinson (dire qu’il faille traverser l’Atlantique pour trouver une poétesse digne de ce nom) qui, en plus de leur prénom, partage une même aura mystérieuse autour de leur vie et de leur oeuvre. Si vous l’avez l’occasion de vous procurer La dame blanche de Christian Bobin, vous aurez en main ce qui m’a donné envie de découvrir Emily Dickinson grâce à cette très belle biographie plus ou moins romancée.

 

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Robert Browning (1812-1889)

 

Toutefois, c’est d’une poétesse beaucoup moins connue que j’ai envie de vous présenter, qui a eu une vie (à mon sens) très romanesque et que j’ai découverte grâce à Virginia Woolf : Elizabeth Barrett Browning. Virginia Woolf a le chic de sortir de l’anonymat des auteurs inconnues (la soeur de Shakespeare, Christina Rossetti ou Sara Coleridge pour ne citer qu’elles) et de nous donner envie de les lire sur le champ ! Ça a été mon cas avec Elizabeth Barrett Browning, femme du poète Robert Browning et dont les vers de ses Sonnets portugais ont donné furieusement envie  à Rainer Maria Rilke de les traduire en allemand. Vous avez peut-être entendu parler de Flush de Virginia Woolf (l’une de mes prochaines lectures pour le challenge Virginia Woolf) et c’est par ce biais que j’ai été séduite par Elizabeth Browning sans même lire une seule ligne de cette biographie du point de vue du chien de la poétesse ce qui déjà aiguiserait la curiosité de n’importe quel lecteur.

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Elizabeth Barrett (Norma Shearer) dans The Barretts of Wimpole Street

Passage obligé quand on lit de la poésie anglaise, j’ai découvert les Sonnets portugais dans son édition bilingue de la NRF (la même que j’ai pour les poèmes d’Emily Brontë bien que j’ai fait l’acquisition récemment d’une version audio des poèmes de la famille Brontë, un régal, mes amis !) et, comme d’habitude, la traduction est pourrie (pardon pour la traductrice, Lauraine Jungelson) mais permet de sauver les meubles quand le sens d’une strophe nous échappe vraiment.  Par contre, l’appareil critique est comme toujours très instructif surtout pour une poétesse aussi peu populaire. La préface est remplie d’anecdotes, d’extraits de correspondances (quand on sait qu’Elizabeth et Robert ont échangé 574 lettres, rien que ça !) en retraçant l’histoire du couple et la postérité des Sonnets portugais.

D’ailleurs, qu’est-ce qui est à l’origine des Sonnets portugais ? Il faut avant tout comprendre qui était Elizabeth Barrett avant et après avoir écrit ces sonnets. Avant ça, atteinte d’une étrange maladie incurable ,  mélancolique depuis la mort de son frère préféré, recluse dans la maison familiale à Wimpole Street et destinée apparemment à rester vieille fille toute sa vie sous la pression d’un père autoritaire, elle va tout de même publier un recueil de poèmes qui la rend célèbre en Angleterre et outre-atlantique et ce recueil va arriver dans les mains de Richard Browning. Il va lui écrire ces mots :

« J’aime vos vers de tout mon coeur, chère Miss Barrett […]. Dans cet acte de m’adresser à vous, à vous-même, mon sentiment s’élève pleinement. Oui, c’est un fait que j’aime vos vers de tout mon coeur, et aussi, que je vous aime vous. »

Je n’ose imaginer ça en anglais ! Au début, comme toutes les rock-stars qui reçoivent des lettres d’amour, elle va gentillement le refouler et ne lui offrir que son amitié. Ils vont mettre du temps à se rencontrer en personne (à cause des réticences d’Elizabeth visiblement qu’il soit déçu de cette rencontre à cause de sa maladie). Après une première demande par écrit qu’elle refusera tout en reconnaissant que cet homme l’obsède sans y voir encore de l’amour, après de nouvelles rencontres en l’absence de son père (qui, forcément, ne voit pas l’arrivée Robert d’un bon œil dans la vie monacale de sa fille), accepte finalement sa proposition à la seule condition que sa santé s’améliore, ce qui retarde encore un peu plus leur union. Finalement, le mariage est précipité en septembre 1846 dans le plus grand secret et sans le consentement du père. Comme dans tous les romans qui se respectent après un tel événement, ils décident de s’enfuir en Italie, à Florence.

lettres-portugaisesC’est de cette rencontre décisive, autant amoureuse que humaine qu’Elizabeth Barret va écrire ses Sonnets portugais jusqu’à son mariage, à l’insu de Robert Browning et forcément de sa famille. Ces Sonnets from the Portuguese décrivent l’évolution de ses sentiments, comme un relevé presque journalier ce qui en fait une magnifique étude sur l’amour et la place de plus en plus envahissante de la passion dans la vie d’une femme amoureuse qui, enfin, vit pleinement les choses. Je ne crois pas que le titre de ce recueil soit une référence aux célèbres Lettres portugaises de Guilleragues, présentées faussement comme la traduction de lettres d’une religieuse portugaise à un officier français, longtemps attribuée à une vraie religieuse. La coïncidence est tout de même assez troublante car Elizabeth Barrett, vivant comme une femme recluse, dialogue dans ses Sonnets avec l’être aimé où elle suit le même parcours évolutif de doute, de confiance et d’amour sauf qu’il était rapportée dans les Lettres portugaises à la foi et non à l’amour charnel.

du-bellay-regretsSelon moi, un recueil de poésie se lit différemment par rapport à toute oeuvre littéraire. J’aime délibérément sauter des poèmes, lire certains plusieurs fois quand ils me touchent plus que les autres ce qui représente une lecture presque aléatoire. J’aime bien aussi piocher dans un recueil un poème au hasard, ce qui veut dire que je prends chaque poème pour lui-même et pas forcément dans sa relation avec tout le recueil. Parfois, c’est une lecture qui fonctionne, parfois non mais c’est sûr que ce n’est pas très académique et scolaire. De même, si on voit ces poèmes comme un parcours linéaire vers l’amour, ce n’est peut-être pas la lecture la plus judicieuse mais je n’en ai pas moins aimé les vers d’Elizabeth Browning et la sincérité de ses sentiments sans avoir besoin de retracer un parcours figé. Quand j’ai dû lire Les Regrets de Du Bellay en prépa pour le concours, je n’ai pas pu faire ça par exemple ce qui distingue surement une lecture imposée et une lecture pour le plaisir, pour l’amour de la poésie.

En voici, quelques uns :

 

XLIII – How do I love thee? Let me count the ways.

How do I love thee? Let me count the ways.

I love thee to the depth and breadth and height

My soul can reach, when feeling out of sight

For the ends of being and ideal Grace.

 

I love thee to the level of every day’s

Most quiet need, by sun and candlelight.

I love thee freely, as men strive for Right;

I love thee purely, as they turn from Praise.

 

I love thee with the passion put to use

In my old griefs, and with my childhood’s faith.

I love thee with a love I seemed to lose

 

With my lost saints. I love thee with the breath,

Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,

I shall but love thee better after death.

 

 

VII – The face of all the world is changed, I think,

 

The face of all the world is changed, I think,

Since first I heard the footsteps of thy soul

Move still, oh, still, beside me, as they stole

Betwixt me and the dreadful outer brink

 

Of obvious death, where I, who thought to sink,

Was caught up into love, and taught the whole

Of life in a new rhythm. The cup of dole

God gave for baptism, I am fain to drink,

 

And praise its sweetness, Sweet, with thee anear.

The names of country, heaven, are changed away

For where thou art or shalt be, there or here;

 

And this… this lute and song… loved yesterday,

(The singing angels know) are only dear

Because thy name moves right in what they say.

 

Et, comme les Sonnets portugais sont suivis d’autres poèmes, voici mon préféré dans tout le recueil, intitulé « Inclusions ». Il a quelque chose à voir avec le mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, maintenant populairement appelés « les âmes sœurs ». derrière, cette figure, l’amour est l’inclusion parfaite, l’emboîtement et l’harmonie entre deux personnes qui s’oublient elles-mêmes pour ne faire qu’un.

INCLUSIONS

1

O, WILT thou have my hand, Dear, to lie along in thine?

As a little stone in a running stream, it seems to lie and pine.

Now drop the poor pale hand, Dear,… unfit to plight with thine.

2

O, wilt thou have my cheek, Dear, drawn closer to thine own?

My cheek is white, my cheek is worn, by many a tear run down.

Now leave a little space, Dear,… lest it should wet thine own.

3

O, must thou have my soul, Dear, commingled with thy soul? —

Red grows the cheek, and warm the hand,… the part is in the whole!

Nor hands nor cheeks keep separate, when soul is join’d to soul.

 

Où se procurer les Sonnets portugais ?

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Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Poésie Gallimard – 178 pages

EUR 7, 60

 

 

 

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C’est ma 10e et dernière contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine. Retrouvez mon bilan ci-dessous. 

 

 

Bilan du Mois anglais 2013

10 contributions : 2 romans, 1 essai, 1 pièce de théâtre, 1 recueil de nouvelles, 1 recueil de poésie, 1 billet thématique et 3 séries TV.

La Traversée des apparences de Virginia Woolf

Snobs de Julian Fellowes

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Look Back in Anger de John Osborne (extrait)

Les Intrus de la Maison Haute de Thomas Hardy

Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Home Sweet Home : Quatre maisons d’écrivains anglais

Ripper Street (BBC, 2012)

Little Dorrit (BBC, 2008) d’après Charles Dickens

Any Human Heart (2010) d’après William Boyd

 

Merci aux organisatrices et aux autres participant(e)s qui l’ont rendu aussi vivant et particulièrement en lisant et commentant mes dix billets. J’ai eu autant de plaisir à vous lire et à être tentée par autant d’idées de lecture. Vive l’anglophilie, le mois anglais et à l’an prochain pour son come back !

Virginia Woolf Tea

Comme les autres participant(e)s, j’ai répondu à l’invitation d’un jeu photo en mettant en scène mon coup de coeur du mois anglais (« Une chambre à soi » de Virginia Woolf, forcément) avec une tasse, ici celle à l’effigie de la maison Serpentard !

"Little Dorrit’ (BBC, 2008) d’après le roman de Charles Dickens. Avec Matthew MacFadyen.

21 Juin
 
« You talk easily of hours, sir. How long do you think an hour is to a man who is choking for want of air? »
 

 

Synopsis

« Little Dorrit« , voilà comment on surnomme Amy Dorrit, une jeune femme de 21 ans menue mais grande par son courage qui est née et continue à vivre à la Maréchaussée, la prison pour dettes de Londres, prenant soin de son père captif, connu pour être »le Père de la Maréchaussée » tant sa détention fut longue. Libre de sortir pour subvenir aux besoins de sa famille, Amy est recommandée aux Clennam, une famille de riches négociants où elle est employée pour des travaux de couture par Mrs Clennam, une vieille femme solitaire, acariâtre et paralysée des jambes qui, malgré son tempérament autoritaire, la traite avec tendresse. Son fils Arthur revient au pays après quinze ans d’absence pendant lesquelles il a servi de bras droit à son père dans ses affaires en Chine. Sur son lit de mort, son père lui confie une montre à gousset à remettre à sa mère, visiblement torturé par l’idée de « réparer » quelque chose… Obsédé par les dernières paroles de son père, Arthur devine qu’un lourd secret entoure sa famille et il s’apprête à tout mettre en oeuvre pour le découvrir. Pourquoi n’est-ce pas un hasard si Mrs Clennam emploie Amy, elle si peu habituée aux œuvres de charité ? Amy serait-elle impliquée dans ce lourd secret qui pourrait ruiner à jamais la réputation de la maison Clennam  ?  Arthur se lie rapidement d’amitié avec Amy, devient un bienfaiteur pour son père et pourrait bien être sur le point de changer leur vie à jamais.   

 

Après Les Piliers de la Terre et surtout Ripper Street, je continue ma folle aventure dans la filmographie de Matthew MacFadyen qui est en train de devenir un de mes acteurs fétiches ce qui n’était pas gagné au départ. Je suis tombée sous le charme d’un nouvel period drama Little Dorrit (2008) où il joue l’un des rôles principaux, celui de l’adorable Arthur Clennam, un vrai gentleman. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, cette mini-série n’a pas été distribuée en France ce qui m’a permis de la voir en VO et donc profiter pleinement de la voix profonde et grave de Matthew MacFadyen, parfaite pour la narration et ce n’est pas étonnant s’il a beaucoup lu pour le public comme ce poème de W.B. Yeats que j’écoute avec tant de plaisir, « When you are old » :

 

 

L’héroïne de cette série, Amy, interprétée par Claire Foy (connue pour son rôle de Julia dans Being Human) que je ne connaissais pas, a été pour moi une vraie découverte et son personnage est touchant sans être larmoyant, courageuse sans être héroïque et amoureuse sans être niaise. Grâce à l’interprétation de son actrice qui passe très bien de l’humilité et de la discrétion, de la tristesse à l’indignation, c’est un personnage tout en nuance et profondément unique qui va vous toucher, vous attendrir et même vous faire un peu pleurer. Je me suis beaucoup identifiée à elle et je trouve que dans ce genre de period drama où l’on rencontre beaucoup de personnages pauvres, elle se distingue par sa force de caractère et son stoïcisme qui lui permet d’être heureuse même dans sa condition de fille-infirmière pour son père. Elle ne se plains jamais de son sort et c’est peut-être ce qui fait qu’elle mérite d’autant plus d’être aidée par Arthur.

 

En tant qu’héroïne, elle a bien sûr droit à de très jolies scènes, parfois tendres, parfois poignantes, comme celle où elle jette à l’eau le bouton de manchette d’Arthur qu’elle a conservé, comme une façon de renoncer définitivement à en être aimée puisque sa famille vit à son crochet. Il y a aussi cette scène splendide et très poétique où elle raconte une histoire à son amie Maggy (Eve Myles) qui est une sorte de métaphore de sa relation avec Arthur Clennam, qui est le premier à prendre pitié du sort de sa famille.

 « Once upon a time there was a princess. And she had everything that you could wish for and a great deal more. Now, near the palace was a cottage in which live a poor, little, tiny woman. All alone. Quite a young one. And one day, the princess stopped at the cottage and said to the tiny woman, « Let me see what you keep there. » And the tiny women open her very secret place and showed the princess a shadow. It was the shadow of someone who’d gone by many years ago. « And you keep watch over this every day? » said the princess. « Yes, » said the tiny woman. « Because no one so good or kind had ever passed that way ever since. » She realized that for all of her gold and silver and diamonds and rubies, she had nothing so precious to her as that shadow was to that tiny woman. »

 

L’une des perles de cette mini-série, c’est aussi le thème musical composé par John Lunn qui revient à chaque moment charnier et dramatique, à la fois triste et intense, lent et rapide ce qui symbolise assez bien les hauts et les bas de l’histoire d’Amy Dorrit. C’est une mélodie qui vous restera en tête, preuve que c’est une très bonne mélodie. Elle me rappelle un peu la musique de Downton Abbey, ce qui n’est pas si idiot puisque John Clunn a aussi composé pour cette série

 

Little Dorrit est aussi très beau esthétiquement avec une photographie à la fois très sombre dnas la partie londonienne, et très colorée et lumineuse dans les moments passés en Italie par la famille Dorrit et particulièrement à Venise, un lieu vraiment emblématique pour moi que je retrouve toujours avec tendresse à l’écran. Les scènes à Venise ont toutes un coté très intimistes et poétiques et c’est un moment pour Amy de grand émerveillement qu’on partage avec elle très facilement.

 

 

Le grand intérêt de cette série, c’est bien sûr le mystère qui entoure la famille d’Arthur Clennam et qui implique Amy Dorrit derrière les dernières volontés de son père : « Arthur… Your mother… Put it right… » et derrière l’enigmatqiue inscription cachée dans la montre à gousset de son père « Do not forget ». Réparer quoi ? Ne pas oublier quoi ? Qui les Clennam ont-il lésé ? Pourquoi cela déshonorerait-il autant les Clennam ? Mrs Clennam (Judith Parfitt) et son domestique Mr Flintwinch semblent être mieux renseignés que les autres mais restent plus silencieux qu’une tombe sur le sujet. Mais Blandois, un notoire meurtrier français (Andy Serkis) qui fait plus froid dans le dos que Gollum va rapidement découvrir leur secret et, bien sûr, leur tirer les vers du nez, moyennant sonnantes et trébuchantes pour payer son silence…

 

Comme beaucoup de period drama, Little Dorrit brille par ses personnages secondaires. Tom Courternay, qui joue le père d’Amy, William Dorrit, joue avec beaucoup de justesse ce personnage, à demi-fou, bouffi de fierté mais aussi souffrant de sa captivité qui n’en finit pas.  Je pense à une scène très poignante en particulier à l’épisode 4 qui est peut-être le climax de sa détresse. Vraiment heart-breaking :

« What does it matter whether I eat or starve? What does it matter whether such a blighted life as mine comes to an end, now, next week, or next year? What am I worth to anyone? Oh, Amy ! If you could see me as your dear mother saw me. I was young, I was accomplished, good-looking and people sought me out, and envied me. They envied me! And yet I have some respect, here. I am not quite trodden down. Go out and ask who is the chief person in the place. They’ll tell you « it’s William Dorrit ». Go and ask who is never trifled with, and they’ll tell you « it’s William Dorrit ». Go and ask what funeral here will make more talk, yes and perhaps more grief, than any that has ever gone out at the gate. They’ll tell you « Its William Dorrit. » William Dorrit.!William Dorrit! William Dorrit! »

Il y a aussi John Chivery, le fils du gardien de la Maréchaussée, qui est très touchant en amoureux transi et qui a plusieurs scènes vraiment privilégiées pour un personnage si secondaire. Je ne connaissais pas Russell Tovey, encore un revenant venu de Being Human mais j’ai hâte de le revoir dans d’autres productions. Plus que tout, j’ai été très touchée par le personnage de Maggy, l’amie d’Amy, qui est retardée mentalement n’ayant pas évolué depuis ses dix ans à cause d’une fièvre. Elle est vraiment touchante et très bien jouée par Eve Myles qui a beaucoup de talent et qui joue son rôle avec beaucoup de justesse. Et, on retrouve avec plaisir Arthur Darvill, ce cher Rory dans Doctor Who bien que son personnage ne soit pas des plus réluisants et marquants. Any way, ça fait plaisir de revoir sa frimousse rousse.

 

En bref, autant pour son casting que pour Matthew MacFadyen, pour la BBC ou pour Dickens, ne ratez pas Little Dorrit si vous avez l’occassion de vous le procurer. Vous vous offrirez un moment bien divertissant plein de mystère, de tendresse, d’amitié et un peu d’amour… Little Dorrit est parfait pour l’été qui commence aujourd’hui.

 

Où se procurer Little Dorrit ?

 
Little Dorrit (BBC, 2008), une mini-série produite par Andrew Davies de 14 épisodes de 29 minutes, d’après le roman de Charles Dickens. Avec Claire Foy (Amy Dorrit), Matthew MacFadyen (Arthur Clennam), Tom Courtenay (William Dorrit), Judith Parfitt (Mrs Clennam),  Russell Tovey (John Chivery), Freema Agyeman (Tattycoram), Eve Myles (Maggy), Arthur Darvill (Edward « Tip » Dorrit) et Andy Serkis (Rigaud/Blandois).
 
Disponible pour EUR 26, 49 (VO uniquement)
 
 

 
 
 

Sixième contribution au mois anglais, organisé par Lou et Titine.