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« L’affaire Jane Eyre » (2001) de Jasper Fforde

16 Fév
jane eyre affair

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

« – Je suis censé la croiser par hasard; elle ne va pas tarder à arriver à travers champs dans cette direction. Comment suis-je ?

Il redressai sa cravate et hochai la tête en signe de satisfaction.

– Vous me trouvez beau, Miss Next ? s’enquit-il tout à trac.

– Non, répondit-je sincèrement.

– Bah s’écria Rochester. Coquines, toutes les deux ! »

 

 

Résumé

L’Affaire Jane Eyre est le premier tome de la série Thursday Next, l’héroïne éponyme. Le monde de 1985 dans lequel vit Thursday Next est uchronique, à la fois familier et décalé par rapport à l’Histoire telle que le lecteur la connait. Vétéran de la Guerre de Crimée qui oppose l’Angleterre et la Russie depuis plus d’un siècle, elle n’a jamais entendu parler de la Révolution russe (puisque la Russie est encore tsariste), du nazisme ou encore de la Guerre Froide. C’est qu’il n’y a plus non plus de Royaume-Uni puisque le Pays de Galles est enfin devenu indépendant (ce qui aurait ravi Perceval dans Kaamelott).

Shakesparleur (illustration de Maggy Roberts)

Ce monde nouveau est eugéniste : les expérimentations génétiques sont légions ce qui a permis de régénérer des espèces disparues comme les mammouths, les Neandertal, ce prolétariat par excellence considéré comme des sous-hommes ou encore les dodos clonés et transformés en animaux de compagnie à l’image de Pickwick, le dodo de Thursday qu’elle a cloné elle-même grâce à un kit de clonage. Si la science est omniprésente, la littérature l’est d’autant plus au point de voir un peu partout des Shakesparleurs, des automates qui, contre un peu de monnaie, déclament des monologues de Shakespeare ! (Si toi aussi tu veux un Shakesparleur dans le centre commercial le plus proche, tape 1)

Chose plus marquante, la police anglaise est divisée en plusieurs services d’opérations spécialisées, les Opspecs, allant d’OS-1 (« la police des polices » chargée des affaires internes des Opsecs) à OS-32 (Commission horticole) en passant par OS-27, la Brigade Littéraire où officie l’héroïne dans la cellule de Londres, sachant que la plupart des Opspecs sont top-secrets d’OS-1 jusqu’à OS-20. Si Thursday a grand hâte de monter les échelons et quitter OS-27, c’est pourtant en tant qu’agent de la Brigade Littéraire qu’elle va gagner ses lettres de noblesse, échappant enfin à la routine des contraventions contre les faussaires ou de l’éternelle querelle sur la paternité des œuvres de Shakespeare, La frontière entre réalité et fiction n’a jamais été aussi ténue quand un malfrat aux pouvoirs illimités, Achéron Hadès, décide non seulement de voler le manuscrit original de Jane Eyre mais de kidnapper l’héroïne du roman menaçant de l’éliminer grâce à une machine « La Porte de la Prose » qui permet de s’introduire dans n’importe quel roman. La mission de Thursday Next est la suivante : sauver son roman préféré et, accessoirement, s’acquitter d’une dette de longue date envers un certain Edward Fairfax Rochester…

Je sais, ça fait beaucoup trop longtemps que je n’ai pas posté sur La Bouteille. C’est mal. Très mal. Mais après tout, qu’importe la fréquence, n’est-ce-pas ? J’ai beaucoup d’admiration pour celles sur la blogosphère qui publient hebdomadairement (voire tous les jours, les petites fofolles !) mais je ne fais pas partie de ce club très fermé. Il faut se rendre à l’évidence, les vacances sont le meilleur moment pour bloguer pour moi. Ce n’est pas faute d’avoir lu depuis le mois d’août, date de mon dernier article sur le poignant Visages noyés de Janet Frame, mais avec un déménagement, mon année de M2 et la préparation du CAPES (cachez vos enfants l’an prochain,  inch’allah !), tenir ce blog n’a pas été ma priorité. Shame on me.

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Le temps où nous chantions (2003) de Richard Powers

Si je devais retenir un livre que j’aurais aimé prendre le temps de vous conseiller ici et de chroniquer, c’est bien Le temps où nous chantions de Richard Powers, un auteur américain contemporain que j’avais découvert il y a deux ans grâce à Adeline à l’occasion des Assises Internationales du Roman à Lyon. Le Temps où nous chantions a quelque chose de l’utopie moderne tellement l’Histoire américaine et surtout l’héritage de la ségrégation raciale est questionnée en confrontant une famille métissée passionnée de musique, persuadée que « la beauté sauvera le monde » comme l’écrit Dostoïevski dans L’Idiot et qu’il est possible d’élever leurs enfants « différents » abstraction faite des différences de races au nom de valeurs plus universelles comme la musique. Une famille en avance sur son temps. Avec ce roman, vous aurez 795 pages de lecture jubilatoire ponctuée de références musicales et d’une réflexion scientifique et métaphysique très poussée sur le temps et sur la possibilité de revivre le passé et de défier la mort. La portée de ces petits traités sur le temps occasionnels peuvent paraître déroutants en apparence et pourtant, c’est un roman qui pense bien le passé et qui aide à penser le présent. En un mot : foncez !

Si Le Temps où nous chantions a été mon coup de coeur de l’automne dernier, L’Affaire Jane Eyre est celui de ce début d’année. Si c’est déjà un classique du genre à peine une dizaine années depuis sa publication, j’ai un peu eu l’impression de combler une lacune tellement j’ai entendu du bien de ce roman autour de moi avant de le lire et depuis que j’en parle avec des proches maintenant que je l’ai lu. Autre chose positive, ça faisait une éternité que je n’avais pas lu de science-fiction juste pour le plaisir alors que je suis totalement passée à coté du Meilleur des mondes d’Huxley que j’ai étudié l’an dernier pour la fac. Ça fait du bien de revenir aux sources puisque c’est un peu grâce à la fantasy et à la science-fiction que l’ado que j’étais a appris à aimer lire.

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier

En vérité, c’est un autre roman de science-fiction, cette fois de littérature jeunesse, qui m’a donné envie de lire enfin L’affaire Jane Eyre qui était dans ma liste à lire depuis bien sept ans : Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier conseillé par un ami. Le lien entre les deux, c’est la possibilité d’expérimenter une lecture améliorée, complètement virtuelle et à la fois très réaliste assez proche de celle du spectateur et pourtant plus active, où il serait possible non seulement de s’introduire dans l’univers du livre mais d’y vivre et donc de potentiellement en modifier le cours de l’action. Badass, n’est-ce-pas ? Sauf qu’autant L’affaire Jane Eyre que Virus L.I.V 3 en explorent à la fois l’énorme potentiel et le danger de concevoir la lecture comme une expérience totale puisque si le lecteur a tous les droits, pouvant non seulement s’approprier l’univers d’un autre mais aussi quelque part être un acteur à part entière de la fiction, la fiction en sort forcément altérée et lui aussi. Disons pourtant que L’affaire Jane Eyre est quelque part moins moralisateur avec un style beaucoup plus sarcastique et parodique par rapport à Virus L.I.V 3 qui explore la rivalité entre la lecture et la culture visuelle, virtuelle et numérique dans un futur proche où il y aurait l’accomplissement d’une République des Lettres où les lettrés et les érudits seraient au pouvoir (l’Académie française à  l’Assemblée en quelque sorte, sexy, n’est-ce-pas ?) alors que les adeptes des nouvelles technologies et les hackers (dans les banlieues, forcément…) seraient des marginaux qui auraient décider de détruire les livres grâce à un virus qui changerait la façon de lire et d’écrire de la fiction et par la même occasion rendrait les pages complètement blanches, effaçant totalement l’écrit de notre quotidien. Forcément, ça rentre en résonance avec l’actualité et ce que l’on vit quotidiennement, à la fois constamment connectés et pour certains, gardant un lien toujours fragile avec l’écrit et les livres.

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« Ils étaient des milliers à encercler le poste derrière des barrières de sécurité, une bougie dans une main et un exemplaire du roman dans l’autre – un roman sérieusement écorné vu que le récit s’arrêtait abruptement au milieu de la page cent sept, après l’intrusion d’un mystérieux « agent en noir » dans la chambre de Rochester. (…) 
– Il n’y a pas grand chose à lire, rétorqua Victor. Jane Eyre a été écrit à la première personne, avec la disparition de la narratrice, Dieu seul sait ce qui va arriver ensuite. Moi je pense que Rochester va sombrer dans la mélancolie, expédier Adèle dans un pensionnat et fermer la maison. »

Mais l’intérêt véritable de L’affaire Jane Eyre, c’est quand même l’univers revisité de Charlotte Brontë. Depuis les tous débuts de ce blog, je n’ai pas caché mon amour inconditionnel pour Jane Eyre, pour son adaptation de 2006 et pour la famille Brontë. Lire ce premier roman de Jasper Fforde a donc forcément un plaisir pour la « brontéienne » que je suis qui rend merveilleusement hommage au roman de Charlotte Brontë. Avec ça, rien de plus simple que de s’identifier avec Thursday Next qui aime ce roman depuis son plus jeune âge et qui a une tendresse particulière (comme nous toutes) pour Edward Rochester. Pourtant, le roman qu’elle connait est différent à quelques détails près de la version que vous avez lu. A l’origine, la rencontre entre Jane et Rochester (mythique s’il en est) est des plus banale et surtout, la fin a quelque chose de cauchemardesque puisque Jane aurait fini par accompagner son (idiot) de cousin Saint-John Rivers en Inde (sans l’épouser, Dieu merci), laissant ainsi ce pauvre Edward à son triste sort avec sa cruelle femme séquestrée dans le grenier. Une fin bien p(our)ritaine, donc. C’est d’ailleurs comme ça que le kidnappeur de Jane Eyre, Achéron Hadès, l’appelle :

« Ce que vous pouvez être assommante, Jane, avec votre côté puritain. Vous auriez dû profiter de l’occasion pour partir avec Rochester au lieu de gâcher votre vie avec cette lavette de Saint-John Rivers. »
Edward Rochester (Toby Stephens) & Jane Eyre (Ruth Wilson) dans l'adaptation de 2006, réalisée par Susanna White.

Edward Rochester (Toby Stephens) & Jane Eyre (Ruth Wilson) dans l’adaptation de 2006, réalisée par Susanna White.

Si dans le monde de Thursday Next, c’est le puritanisme de Charlotte Brontë qui est retenu, personnellement moi, je n’y crois pas une seconde. Charlotte Brontë est autant sensible dans son écriture à la passion que sa soeur Emily qu’on oppose souvent beaucoup trop facilement. Ainsi, quelque part, l’intervention d’Achéron Hadès est presque une bénédiction puisqu’il donne la possibilité d’une nouvelle chance pour Jane et Rochester. Parlons-en de ce salaud. Il m’a beaucoup fait penser à un Moriarty, professeur et malfrat sans scrupules comme lui d’autant plus que les clins d’œil au monde de Sherlock Holmes sont nombreux par exemple avec le prénom de l’oncle de Thursday, Mycroft, l’inventeur du « Portail de la Prose » que convoite Achéron Hadès. Ce n’est pas spécialement un personnage qui m’a touché même si ses apparitions et sa verve étaient toujours agréables à lire mais je comprends qu’il ait pu marqué un bon nombre de lecteurs et qu’il doit être bien classé parmi les meilleurs vilains.

Pickwick, le dodo de Thursday Next.

Pickwick, le dodo de Thursday Next.

Personnellement, c’est Thursday qui m’a le plus touchée parce qu’il s’agit d’un personnage féminin fort qui a un talent exceptionnel pour se sortir de situations impossibles et pour ne pas obéir aux ordres. Un esprit libre, en somme. Bien sûr, sa situation amoureuse est au point mort malgré un ex-fiancé l’écrivain Landen Parke-Laine avec qui elle s’est brouillée dix ans avant l’action puisqu’il est à l’origine de la disgrâce de son frère Anton, mort en Crimée et tenu responsable d’une opération militaire qui aurait mal tournée. La famille de Thursday est d’ailleurs assez cool quand on y pense, mon préféré étant son frère « le très irrévérent » Joffy Next, prêtre à l’ESU (le culte de l’Etre Suprême Universel), avec qui Thursday se chamaille tout le temps. Elle a aussi un père très spécial, ancien colonel à la ChronoGarde (OS-12) et fugitif dans l’espace-temps qui fige le temps de temps en temps pour rendre un petite visite à sa fille et lui poser quelques questions sur l’Histoire telle qu’elle la connait. Une sorte de Doctor Who humain, en somme. Forcément, il a tout pour me plaire ! Mais ce que j’envie plus que la famille de Thursday Next, c’est son tout mignon petit dodo, Pickwick !

Le roman de Jasper Fforde n’est pas seulement un hommage à Jane Eyre mais à toute la littérature britannique et américaine allant de William Wordsworth, Edgar Allan Poe où deux personnages se trouvent coincée dans l’un de leurs poèmes respectifs en passant par Charles Dickens, Milton, Keats jusqu’à Shakespeare bien sûr qui est un peu le saint patron du monde de Jasper Fforde. Il y a bien sûr ces inventions géniales que sont les Shakesparleurs mais rien qu’une représentation de Richard III reste une expérience unique puisque les comédiens sont choisis parmi le public une heure avant la représentation et que le public est plus que jamais réactif, déclamant les répliques en même temps que les comédiens plus ou moins amateurs. A quand des pièces participatives et communautaires comme ça en France, les enfants ? Clairement, à la lecture de Jasper Fforde, on a l’impression que les fantasmes des amoureux de la lecture se trouvent réalisés et qu’il s’est beaucoup amusé rien que dans le choix des noms de ses personnages qui sont souvent emprunts de clins d’œil littéraires comme par exemple Spike Stoker, un agent d’OS-17 (Elimination de Vampires et de Loup-Garous : Suceurs et Mordeurs) avec qui Thursday se lie d’amitié.

C’est cet aspect parodique et l’humour de ce roman qui m’a le plus plu. Il y a quelque chose de délectable de se retrouver dans un monde aussi familier surtout quand on est amateur de littérature. L’organisation du roman est aussi très appréciable où chaque chapitre est précédée d’une fausse citation en exergue tirées par exemple de la biographie de Thursday Next par un certain Millon de Floss qui permettent parfois une mise en contexte  mais le plus souvent d’augmenter la part humoristique de l’ensemble.

Après avoir lu L’affaire Jane Eyre, j’ai enchainé avec le deuxième tome de la série, Délivrez-moi et je compte bien continuer dans ma lancée avec les cinq suivants. J’en suis à la moitié et je dois avouer que le coup de foudre n’a pas été aussi immédiat qu’avec L’affaire Jane Eyre mais c’était difficile de rivaliser. Toutefois, depuis quelques chapitres, je recommence à rire aux éclats donc je ne pense pas me délivrer de sitôt de Jasper Fforde !

Où trouver L’affaire Jane Eyre

Edition 10/18

Edition 10/18

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Titre original : The Eyre Affair

Edition : 10/18 (410 p.)

Traduit par Roxane Azimi

9,60€

 

 

Où trouver les autres ? 

Edition 10/18

Edition 10/18

Le Temps où nous chantions de Richard Powers

Titre original : The Time of Our Singing

Edition : 10/18 (795 p.)

Traduit par Nicolas Richard

11,10 €

 

 

Livre de Poche Jeunesse

Livre de Poche Jeunesse

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres de Christian Grenier 

Edition : Livre de Poche Jeunesse (190 p.)

4,95 €

 

 

 

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« Du Domaine des Murmures » (Festival de Caves – Lyon)

1 Mai
9e édition du Festival de Caves  (26 avril-27 juin 2014) à Besançon et ses alentours, Lyon, Grenoble et dans une soixantaine d'autres villes.

9e édition du Festival de Caves (26 avril-27 juin 2014) à Besançon et ses alentours, Lyon, Grenoble et dans une soixantaine d’autres villes.

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Affiche du Festival de Caves

Du Domaine des Murmures est une adaptation mise en scène par José Pliya d’après le roman de Carole Martinez (Prix Goncourt des Lycéens 2011).

Portée par la comédienne, chanteuse et musicienne Léopoldine Hummel.

Dans le cadre de la 9e édition du Festival de Caves  (26 avril-27 juin 2014), créé et dirigé par Guillaume Dujardin  (Compagnie Mala Noche – Besançon).

 

On s’amuse bien à Lyon !

Il n’y a pas à dire, la nuit presque tombée (ce qui est tout relatif, vu la saison), Lyon regorge d’occasions de profiter de créations artistiques qui sortent de l’ordinaire.

Jacco Gardner @Marché Gare (Lyon) - 28 janvier 2014

Jacco Gardner @Marché Gare (Lyon) – 28 janvier 2014

Si ces derniers mois, j’ai principalement multiplié les concerts à Lyon des plus intimistes (ambiance cosy avec Jacco Gardner, la fraîcheur de sa musique soul de la sublime Lauren Housley ou le bluesman Paulo Furtado alias The Legendary Tigerman lors d’un concert surprise chaud bouillant mais intime dans la cave d’un pub sur les pentes de la Croix-Rousse) aux plus énormes (le rock’n’roll tant attendu du Black Rebel Motorcycle Club, l’un des meilleurs concerts de ma courte vie avec bis repetita Paul Furtado au Marché Gare quelques jours avant le concert surprise ou encore Kitty, Daisy & Lewis pour la Foire de Lyon), les sorties théâtrales se sont faites malheureusement plus rares.

Peter Hayes - BRMC @Le Radiant (Lyon) - 10 février 2014

Peter Hayes – BRMC @Le Radiant (Lyon) – 10 février 2014. Parce qu’un concert de rock peut aussi avoir des moments intimistes acoustiques en rappel.

Huit mois à Lyon et seulement (mais pas des moindres) Cendrillon au TNP, un petit bijou mis en scène par Joël Pommerat et une adaptation jouée en anglais et surtitrée en français du Julius Caesar de Shakespeare par une troupe étudiante de l’ENS, mis en scène par Simmi Singh avec une très jolie scénographie. Voilà, c’est un peu pauvre comparée à l’orgie musicale juste au-dessus.

Qu’à cela ne tienne, j’ai profité hier soir de l’escale lyonnaise du Festival de Caves depuis le week-end dernier pour rattraper mon retard en la matière et fêter la fin des exams mais surtout la fin momentanée de ma vie sociale pour cause de rédaction de mémoire de Master. Quoi de mieux que d’aller entendre l’histoire d’une recluse quand, un mois durant, on va soi-même se couper un peu du monde. En mai, fais ce qu’il te plait ? C’est cela oui.

Le Festival de Caves

J’ai entendu parlé du Festival de Caves plus ou moins l’été dernier grâce à un ami qui m’avait partagée son expérience, participant pour la 8e édition depuis la régie à la création et aux représentations à Besançon de Mlle Else d’après Arthur Schintzler, mise en scène par Charly Marty et avec Anais Mazan qui en a adapté le texte. De ce qu’il m’en avait parlé et vu ce qu’on voit et ce qu’en dit la comédienne dans la vidéo ci-dessus, je pense que ça m’aurait plu !

Guillaume Dujardin

Guillaume Dujardin

J’avais été vraiment enthousiasmée par ce projet génial de jouer dans des lieux souterrains devant un petit public pour l’ambiance bien sûr mais aussi pour ce que ça a d’insolite, de nouveau et de risqué scéniquement. Après tout, c’est un pari de choisir une unité de lieu aussi peu commune. Un peu comme les églises, la pierre et les caves voûtées ont une telle résonance que ces lieux hors-normes ont l’air fait pour le théâtre. Et pourtant, il fallait en avoir l’idée, « l’intuition », ce qui a été le cas de Guillaume Dujardin et de sa compagnie Mala Noche en 2005.

Depuis neuf ans, le festival est depuis longtemps sorti de l’ombre et du succès local autour de Besançon pour gagner un plus large public de Strasbourg à Montpellier en passant par Lyon/Villeurbanne, Grenoble, Toulouse, Bordeaux, Lille et même Paris ! Ce projet ambitieux n’en est pas moins humain : toucher à petite échelle un public certes élargi par la tournée française et européenne (le festival passant par Genève) mais restreint par la capacité des caves à pas plus de vingt personnes. Sans trahir, je l’espère, l’esprit du festival, je le vois à la fois comme un projet démocratique et privilégié en offrant dans les grandes villes une autre forme de théâtre et en rendant accessible tout bêtement le théâtre dans les petites villes et les villages là où il n’y en a pas forcément.

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Ce qui me touche donc, c’est l’approche différente au spectateur et la proximité créée entre les comédien(ne)s et nous. Pas de vilain « quatrième mur » ce qui est d’autant plus intéressant entre quatre murs dans un lieu aussi clos qu’une cave. Il s’agit presque de s’immerger, d’oublier qui joue et qui regarde pour mieux profiter pendant plus ou moins une heure de la beauté de la langue, d’une ou plusieurs voix et des histoires secrètes, des tabous qui sont contés.

Du Domaine des Murmures

« Ce château n’est pas de paroles déclamées sur le théâtre par un artiste qui userait de sa belle voix posée et de son corps entier comme d’un instrument d’ivoire. Non, ce lieu est tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu’il faut tendre l’oreille pour les percevoir. Des mots jamais inscrits, mais noués les uns aux autres et qui s’étirent en un chuintement doux. »

Léopoldine Hummel

Léopoldine Hummel

C’est presque par ces mots que la prestation de Léopoldine Hummel s’est achevée après un monologue intense (et je crois, éprouvant pour elle). Parmi le public et munie du micro à pied qui l’avait accompagné dans le minuscule angle de la cave pendant une heure devant nous, la comédienne raconte comme une narratrice d’une voix presque impersonnelle l’histoire résumée d’Esclamonde qu’elle a incarné si passionnément. Toutes les clés sont ainsi données, heureusement à la fin, pour mieux reconstruire ce que le monologue a dit sans dire. Plus que tout, on comprend mieux à quel point l’histoire d’Esclamonde, qui peut paraître bien éloignée de notre vécu, de notre monde et de notre façon de parler, résonne en nous de façon presque universelle. Esclamonde est réduite à une voix mais aussi à « une borne entre les mondes » et les âges :

« Écoute !
Je suis l’ombre qui cause.
Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister.
Je suis la vierge des Murmures. A qui toi peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l’espoir des emmurées. »

John-Everrett Millais, St agnes Eve (c. 1850) - Tate Gallery

John-Everrett Millais, St Agnes Eve (c. 1850) – Tate Gallery

Une jeune fille qui dit « non » devant l’autel, se tranche l’oreille pour montrer à quel point elle est déterminée à refuser un mariage forcé voulu par son père et qui, paradoxalement, gagne sa liberté par la réclusion en se donnant à Dieu. Vierge et pourtant « miraculeusement » mère… Coupée du monde et pourtant ne pouvant s’en défaire, tant, depuis la fénestrelle de son réclusoire, elle doit supporter les suppliques des pèlerins.

« Très vite, j’ai remarqué qu’on parlait surtout à mon oreille mutilée, qu’on se penchait ostensiblement vers elle pour y lâcher ses phrases. Mon oreille absente avait la profondeur d’un puits, on y jetait pêle-mêle tout ce que Dieu devait savoir. »

J’ai eu l’impression d’assister à un fait-divers médiéval ou à une version de Peau d’Âne qui aurait mal tourné. Ainsi placés devant Léopoldine Hummel, on était presque mis malgré soi en position de pèlerin : un de plus ou plutôt un de trop où, prise de faiblesse, Esclamonde se serait mise à déballer son histoire, à parler à son père, à son fils, à Dieu comme si elle nous prenait pour eux. C’est la parole qui devient libératrice, même si c’est par flot parfois chaotique, qui place Esclamonde entre la raison et la folie.

J’ai vraiment été touchée par le jeu tout en finesse de Léopoldine Hummel qui, toute menue, a su transmettre la force et la voix intérieures de son personnage. Après la lecture du résumé avant d’y assister, j’avais peur du traitement du thème religieux pas pour lui-même mais pour son décalage et son sérieux et, pourtant, j’ai trouvé que la comédienne rendait très humaine et actuelle cette histoire de vierge-mère. Comme l’écrit le metteur en scène José Pliya, « ce qui me séduit dans Du domaine… c’est l’idée d’explorer la relation des filles aux pères, des mères aux fils »  En ce sens, le thème religieux devient presque une métaphore, un langage particulier pour parler d’une relation complexe et pleine de non-dits et de tabous.

Léopoldine Hummel (Esclamonde)

Il y avait aussi un jeu assez astucieux sur les voix notamment grâce au micro dont la présence au début m’a pourtant rendu un peu perplexe. Après tout la voix douce de la comédienne a su aussi devenir plus forte voire violente quand il le fallait. Pourquoi un micro ? Visiblement, il s’agit de jouer sur la polyphonie du titre « du domaine des murmures » comme une double adresse : celle du lieu de réclusion et de la voix de la récluse qui murmure ses choix et ses dilemmes. En transformant la voix de la comédienne, le micro a permis de traduire la voix intérieure sous toutes ses formes du personnage.

La scénographie épurée et la musique médiévale présente à la fois pour introduire et conclure le monologue avant la prise de parole de la « narratrice » parmi le public m’a semblé intéressante même si la voix de Léopoldine Hummel seule aurait presque suffi. Par contre, j’ai été plutôt conquise par le jeu avec les pierres et les cailloux qui jonchaient la cellule imaginaire d’Esclamonde surtout quand elle les égraine ce qui donne bien l’impression de façon concrète et simple que le temps passe.

Contraintes du lieu oblige, j’avoue avoir été un peu déçue par la cave en elle-même : j’aurais adoré voir cette performance dans une vraie cave voûtée et peut-être plus coupée des bruits de la rue même si se retrouver dans la cave du café « Le Moulin joli » (place des Terreaux) a visiblement enchanté d’autres spectatrices vu ce que j’ai pu entendre en descendant les escaliers.

Je regrette aussi le peu de réactivité du public. C’est un point de vue tout relatif de quelqu’un qui est généralement comme on dit « bon public ». J’ai vraiment senti des pointes d’humour, d’ironie et de cynisme qui égaillaient le sérieux du propos et donnaient aussi à penser. Par exemple, la sérénade du fiancé éconduit chanté par la comédienne, l’évocation des ébats des amants Bérengère et Martin qui lui offrent de la délivrer ou encore l’histoire de la fraise des bois qui lui rappelle sa mère (« Une fraise des bois ! L’infini à portée de bouche ! ») m’ont fait rire et sourire, ce qui visiblement n’était pas le cas de tout le monde…

« Mais de mon désir, nul ne se souciait. Qui se serait égaré à questionner une jeune femme sur son vouloir? Paroles de femme n’étaient alors que babillages. Désirs de femme dangereux caprices à balayer d’un mot, d’un coup de verge. »

Forcément, ce fait-divers médiéval a beaucoup de résonances féministes mais j’ai été agréablement surprise par la variété du public choisi : sur une quinzaine de personnes, il y avait autant de jeunes femmes que des hommes d’âges mûrs et aussi des adolescentes preuve que le Festival de Caves sait rassembler les générations.

Affiche 2012 du Festivak de Caves

Affiche 2012 du Festival de Caves

Du Domaines des Murmures est encore à Lyon jusqu’à aujourd’hui et en tournée dans toute la France : Grenoble (2, 3 & 4 mai), Bordeaux (14 mai), Toulouse (15 mai) ou à Besançon (19 & 20 mai). Réservations : 03.81. 61.79.53

Programmation complète sur le site du Festival de Caves.

Merci à Thomas, le jeune homme de l’ombre derrière la régie, qui m’a conseillé d’aller voir Du Domaine des murmures. 😉

"Clothilde & Adhémar" d’Adeline Arénas (2010)

11 Jan

Arthur Rackham, Maid Maleen (détail)

« De quoi aurais-je peur ? Ce ne sont pas les ténèbres qui nous entourent ici. La véritable obscurité est celle de la mort et c’est elle que je crains. Vous est-il déjà arrivé, Adhémar, de vous redresser au milieu de la nuit, haletant et terrorisé, parce que vous aviez entrevu la possibilité du néant ? (…) C’est la Beauté du monde qui m’aide à conserver ma foi. Contempler la nuit m’ôte pour l’instant tous mes tourments. »

L’intrigue

Clothilde & Adhémar nous plonge d’emblée au cœur du Moyen-Age mais plus qu’un tableau d’époque, il raconte l’histoire d’une rencontre imprévue dans un monde fait de conventions et de barrières qui va révéler les désirs de liberté de certains personnages et leur faire expérimenter tous les moyens de les assouvir. Lorsqu’Adhémar arrive plus mort que vif au château de Crussol, tout un mystère l’entoure : personne ne sait qui il est, d’où il vient et ce qui l’a mis dan cet état misérable. Personnage au passé trouble et de nature taciturne, il ne va pas moins se lier d’amitié avec le fidèle chevalier Enguerrand mais surtout avec la dame de céans, Clothilde, déjà très vite intriguée par le jeune homme. Ces deux relations autant humaines qu’étranges, amoureuses que passionnelles, va les amener jusqu’à l’exploration de leurs limites les plus intimes…

 

 Une fois n’est pas coutume, j’ai la chance de vous parler d’un roman contemporain écrit par un auteur non pas déjà mort et enterré mais par une jeune femme, Adeline Arénas, qui en plus d’avoir mon âge est aussi une de mes plus proches amies. Elle a signé avec Clothilde et Adhémar son premier roman, publié en 2010 et depuis, elle est l’auteur d’un roman-feuilleton gothique, Le Manoir d’Erèbe, publié cet été dans Le Dauphine Libéré. A 22 ans, c’est ce qui s’appelle un début de carrière bien mené. Jeune femme de lettres, Adeline suit aussi actuellement des études en Lettres Modernes en Master 1 à Lyon.

 

 Passionnée par le XIXe siècle, le dandysme et le rock garage, elle a depuis que je la connais un maître à penser, à écrire qui n’est autre qu’Oscar Wilde à qui elle rend hommage dans son premier roman (c’était une promesse faite à elle-même) avec une citation de La Ballade de la Geôle de Reading en exergue 
 

 

 

« Pourtant chaque homme tue l’être qu’il aime.
– Que tous entendent ces paroles ! 
Certains le font avec un regard dur,
D’autres avec un mot flatteur ; 
Le lâche, lui, tue avec un baiser, 
Et le brave avec une épée. »

 

A. Hughes, Le Coeur en Peine
De Wilde mais surtout d’elle-même, je dirais qu’elle hérite d’un goût pour le dépassement des interdits et de la simple dichotomie entre le bien et le mal qui laisse ouvert une large galerie de possibles pour expliquer les actions et les réactions de ses personnages comme Clothilde, Enguerrand et Adhémar. Tout cela donne une grande originalité à ce qu’elle écrit, beaucoup de maturité aussi ce qui estompe l’idée qu’on peut avoir d’un roman de jeunesse. Clothilde & Adhémar est d’ailleurs aussi une sorte de roman d’apprentissage où certains personnages comme Clothilde deviennent véritablement adultes en étant confrontés au désir, à l’ambiguïté des sentiments et au dépassement d’eux-mêmes. Même la scène de la première rencontre entre Clothilde et Adhémar, qui pourtant fait penser au célèbre « leurs yeux se rencontrèrent » de La Princesse de Clèves (et je sais combien Adeline déteste ce roman!), est moins classique qu’il n’y paraît. Il y a comme un magnétisme qui les lient l’un à l’autre comme si la vue d’Adhémar était ensorcelante ce qui, de ce fait, donne une autre dimension à leur relation.

 

Eros & thanathos, le désir et la mort, sont deux aspects qui lient les personnages entre eux ce qui fait de Clothilde & Adhémar un véritable roman gothique où la pâleur des personnages, comme Adhémar, leur donne l’aspect de fantômes qui hantent le monde dans l’attente d’être libérés de leurs tourments terrestres. Cette présence omniprésente de la mort et du poids du passé pour ces personnages n’a rien d’anecdotique étant donné qu’Adeline m’a confié que son roman a été écrit dans une période difficile, sombre et étrange suite à plusieurs deuils.
F. Cadogan Cowper, Rapunzel
Cet aspect presque autobiographique n’est pourtant pas la seule inspiration de ce roman. Il ne s’agit pas seulement d’extérioriser des expériences personnelles même si du vécu se retrouve dans l’histoire comme la scène où Clothilde chante dans la nuit pour appeler celui qui ne vient pas. Son roman est né aussi de sa volonté de se laisser porter par le bon moment, la bonne atmosphère et la bonne musique qui donne envie d’écrire. Cette importance de la musique pour l’écriture d’Adeline explique peut-être un certain lyrisme, dans son style surtout dans les premières pages et dans les descriptions de la nature qui rappelle les romans romantiques.

 

Cette influence du gothique et du romantisme se retrouve dans la personnalité tourmentée et désenchantée d’Adhémar qui a comme un « démon » en lui, sans aucune connotation satanique là-dedans mais seulement sous l’effet du passé qui a altéré son âme. Son personnage m’a beaucoup fait pensé au personnage de Maldoror dans Les Chants de Maldoror de Lautréamont, comparaison approuvée par Adeline bien qu’elle n’y ait pas pensé elle-même. Ils ont la même fascination pour la mutilation et la même beauté étrange quoiqu’Adhémar ne soit pas une figure à proprement parlée maléfique comme Maldoror. C’est peut-être le personnage le plus intéressant du roman bien que j’ai une affection particulière pour Enguerrand qui selon Adeline est « le seul type normal qui se déplace autour des fous ». Ce que je trouve admirable, c’est que ce roman s’éloigne des codes du roman habituel et notamment du modèle du triangle amoureux dans la mesure où les amours tendancieux qui se lient ne produisent pas même un soupçon de jalousie de la part du mari de Clothilde, Raymond d’Ulmée. Il faut dire qu’ils ont pour eux le voile du secret, de mystère comme si tout se passait en coulisses, à l’abri des regards et des conventions.
Dante-Gabriel-Rossetti,  How Sir Galahad, Sir Bors and Sir Percival were-fed with the Sanc Grael
Cette originalité naît aussi d’un traitement tout particulier de l’univers médiéval qui n’est pas à proprement parlé réaliste mais en quelque sorte plus raffiné et plus stylisé.. Quand je lui ai posé la question de son rapport précis avec le Moyen-Age, Adeline m’a étrangement révélée qu’elle détestait particulièrement cette époque. Il faut dire qu’ils sont « tellement sales » au Moyen-Age ! Pourquoi le Moyen-age alors ? Les préraphaélites et Gaspard de la nuit l’ont beaucoup inspiré comme des représentations plus adéquates, plus « propres » mais aussi plus romantiques, pour donner corps à ses personnages. Pour empêcher tout anachronisme, cet ancrage médiéval a nécessité quelques contraintes comme le fait de ne pas pouvoir parler de velours mais plutôt de « vert chatoyant » mais l’effet demeure le même !
Ruines du château de Crussol
Ainsi, le cadre temporel est à relativiser autant que le cadre spatial : la même histoire aurait pu se passer à notre époque ou au XIXe sans que l’intrigue ou les personnages en soient modifiés. C’est en cela que Clothilde & Adhémar qui a pourtant comme sous-titre « une légende de Crussol », en référence aux ruines du château de Crussol en Ardèche dont la vue répétée a inspiré le roman, n’en fait surtout pas un roman régionaliste, seulement destiné aux amoureux de l’Ardèche profonde. Publier quelque chose de local était un simple pré-requis pour être publiée par sa maison d’édition, « La Bouquinerie » sans que cela influence véritablement la qualité du roman. Ce qui compte, c’est bien Clothilde, Adhémar et toute la psychologie des personnages qui est développée pour mieux saisir comment se nouent et se dénouent les relations humaines entre jeunes gens portés à chaque instant par leurs désirs, sans égard aux conséquences.
Dante Gabriel Rossetti, Salutation of Beatrice
Trois ans après sa publication, j’ai voulu savoir quelle relation Adeline avait encore avec son premier roman, si elle en était fière et si ses personnages étaient définitivement abandonnés pour laisser la place à d’autres. Elle m’a avoué ne pas l’avoir encore relu dans son format papier un peu comme ces acteurs qui ne revoient pas les films où ils ont tournés. Bien qu’elle soit très fière d’Adhémar, elle pense avoir tout dit à leurs propos ce qui annonce pour ses prochains romans d’autres rencontres dont j’ai personnellement une petite idée en suivant ses écrits non encore publiés de très près, les lisant avec plaisir dans l’attente de vous les présenter ici.

 

Comme je sais qu’elle nous prépare un autre roman pour bientôt, je ne peux que lui souhaiter d’en faire un encore meilleur que Clothilde é Adhémar, ce qu’elle arrivera à faire sans difficulté vu son talent.

 

Où retrouver Adeline Arénas ?

Adeline tient un joli blog avec une déco qui lui ressemble (sombre, londonienne et gothique) et un contenu très varié où sont conviés par exemple  Sherlock Holmes, Jack White, Dante Gabriel Rossetti et Edward Rochester en coulisses… Des nouvelles, des essais (dont un sur le roman gothique) : autant de façons de suivre son actualité littéraire !

 

 

Où se procurer Clothilde et Adhémar ?

Deux possibilités : à la Fnac pour EUR 12, 35.

Comme un billet sur un roman d’Adeline ne peut pas se faire sans un peu de musique, je vous laisse en compagnie de cette playlist qui regroupe quelques titres qui l’ont inspiré dans l »écriture de son roman ou qui me l’ont rappelé comme la chanson de Donovan. A noter que « Truth begins » de Dirty Pretty Things l’a aidé à amener son roman chez son éditeur. Bonne écoute !

 

"Un plaisant" de Charles Baudelaire ("Le Spleen de Paris" ou "Petits poèmes en prose")

5 Jan

Feux d’artifices à Paris – Source : The Scented Salamander

 

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».

 

Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !

 

« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :

 

#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE

 

Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page
 
Ce mois-ci, j’ai été inspirée par les traditionnels vœux de bonne année. C’est le passage obligé après les fêtes et pendant un mois, ce moment est toujours assez délicat. On peut pécher parfois par manque d’originalité ou de créativité. En un mot, les vœux de bonne année n’auraient rien d’un exercice littéraire !

 

Ce n’est pas le cas chez Baudelaire dans son poème en prose « Un plaisant » dans Le Spleen de Paris. Baudelaire y narre une anecdote déplaisante le soir de la Saint-Sylvestre au coeur de Paris avec l’ironie et le mordant qui le caractérise. Si la tradition est banalement respectée avec des vœux apparemment anodins (« Je vous la souhaite bonne et heureuse ! »), elle est d’autant mieux détournée pour le bien de la critique. Quel en est l’objet ? Ou plutôt qui ?

 

C’est « l’esprit de la France » incarné par les personnages de l’anecdote. Baudelaire, qui se pose en observateur critique, y voit l’œuvre de la bêtise, de la « complaisance » chez ceux qui suivent une tradition à la lettre au point de souhaiter la bonne année à n’importe qui, même à un âne…

 

Charles BAUDELAIRE
Le Spleen de Paris ou Petits poèmes en prose
 

IV – UN PLAISANT

C’était l’explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d’une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort.
Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d’un fouet.
Comme l’âne allait tourner l’angle d’un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s’inclina cérémonieusement devant l’humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d’ajouter leur approbation à son contentement.
L’âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l’appelait son devoir.
Pour moi, je fus pris subitement d’une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l’esprit de la France.

 

 Où se le procurer ?

Les Petits poèmes en prose (ou Le Spleen de Paris) est disponible en Pocket pour EUR 3, 04.

"Éclaircie en hiver" de Francis Ponge in "Pièces"

1 Déc

Claude MONET, La pie (1868-1869), Musée d’Orsay, Paris.
On ne peut pas dire que j’ai été extrêmement présente ici le mois dernier et, pourtant ce n’est pas faute de lire et de penser à « La Bouteille à la Mer » et à vous. A défaut d’avoir le temps pour l’instant d’en faire des billets digne de ce nom, voilà ce que je lis, essaye de lire ou n’arrive pas à lire. Beaucoup de lectures en suspens, en somme à cause des examens et du rendu des mini-mémoires qui approchent…

 

Si vous suivez ma page Facebook, vous savez déjà que j’ai commencé à lire Le Trône de Feraprès avoir découverte la super série Game of Thronesadaptée des romans. J’en suis au second tome Le Donjon rouge et même si je connais déjà l’intrigue et son issue (mwhahahaha !), c’est toujours très agréable à lire.

 

En même temps, j’ai entamé et rapidement abandonné (ce qui ne m’arrive pas souvent!) Sir Nigeld’Arthur Conan Doyle à la base pour mon challenge Cold Winter mais surtout pour lire autre chose que les enquêtes de Sherlock Holmes sous sa plume. J’en ai lu une centaine de pages et je dois dire que je suis très déçue et que je me suis passablement ennuyée. C’est une sorte de roman historique médiéval « à la Walter Scott » sauf qu’on ne rentre pas dedans. Je m’attendais à plus d’humour, plus d’aventures un peu dans le même esprit qu’une série que j’ai adoré cet été Robin des Bois. Je ne désespère pas de continuer et d’avoir une bonne surprise mais ça ne sera pas pour maintenant…

Guy de Gisborne (Richard Armitage) dans Robin des Bois (BBC) juste pour le plaisir.
Sinon, je lis L’abîme une court roman à quatre mains de Dickens et Wilkie Collins que j’ai commencé tout de suite après ma déconvenue avec Conan Doyle et je dois dire qu’on respire ! J’en suis au tout début alors je ne peux pas encore juger de la qualité de l’intrigue mais le style est bon et on entre facilement dans l’histoire d’un ancien orphelin de l’ère victorienne devenu riche et respecté…. du moins pour l’instant !

 

Après ce bilan pas très productif, j’en reviens à l’actualité de mon blog et à son rendez-vous mensuel, « Un mois, un extrait ». Rendez-vous en fin de billet pour en savoir plus sur son but et la marche à suivre pour y participer. 

 

Ce mois-ci, j’aimerais mettre à l’honneur de la poésie et celle de l’un des rares poètes contemporains que j’apprécie : Francis Ponge. Suite à une discussion avec une amie la semaine dernière, j’ai remarqué qu’il ne faisait pas l’unanimité alors c’est d’autant plus une bonne raison d’en parler !

 

Mon choix a été assez facile puisque ce poème est à la fois de circonstance et mon préféré. J’en aime les images et leurs associations mais aussi la trivialité qui se dégage de certaines comme autant de césures, de contrastes à l’instar de son titre « Éclaircie d’hiver ». Ça n’a rien à voir avec ses autres poèmes, surtout ceux du Parti pris des choses, où n’importe quel objet (même une crevette, autant dire du grand n’importe quoi !) peut devenir arbitrairement le sujet de son poème en prose. On sent plus d’unité dans celui-ci, quelque chose de plus fondamental sans pourtant qu’on perde de vue la sphère du quotidien, de l’immédiat, de la spontanéité qui est parfois laissée de coté par la poésie.

 

Je vous laisse apprécier ! (ou pas)

 

Francis PONGE, « Éclaircie en hiver » in Pièces

 

Le bleu renaît du gris, comme la pulpe éjectée d’un raisin noir.

Toute l’atmosphère est comme un œil trop humide, où raisons et envie de pleuvoir ont momentanément disparu. 

Mais l’averse a laissé partout des souvenirs qui servent au beau temps de miroirs.

Il y a quelque chose d’attendrissant dans cette liaison entre deux états d’humeur différente. Quelque chose de désarmant dans cet épanchement terminé.

Chaque flaque est alors comme une aile de papillon placée sous vitre. Mais il suffira d’une roue de passage pour en faire jaillir la boue.

 

            Il faudra EUR 7, 60 pour vous procurer le recueil de Francis Ponge, Pièces pour vous laisser étonner ou tout simplement vous laisser faire.

Rappel : Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

Lire chaque mois un ou plusieurs extraits d’une oeuvre choisie par moi ou par vous ! Car, la subtilité, c’est que pouvez aussi en être les acteurs en m’envoyant tous les mois (et avant le premier du mois) un extrait de votre choix. Vous serez invitée à écrire votre propre article sur mon blog et ainsi de partager votre histoire et vos ressentis avec moi et toute la blogosphère ! 🙂

La démarche est a suivante : vous pouvez soit me faire parvenir vos idées par courriel (l’adresse est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit me laisser un commentaire en bas de ce billet pour ensuite poursuivre la discussion dans autres eaux, soit le faire publiquement ou par Message Privé sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».

Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soit vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion ! 

 

« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :

#1 : L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI  C’est mon roman de Dostoïevski préféré et ce passage est vraiment central pour comprendre la relation difficile qui unie les deux personnages principaux : le prince Mychkine et Rogojine. 

 

#2 : Le Problème de la souffrance de Clive Staples Lewis. (exceptionnellement, sur ma page FB). On associe souvent C.S Lewis avec Narnia sans connaitre forcément ce qu’il a écrit à coté. Avec ce passage, c’est l’occasion de découvrir son style magnifique, légèrement lyrique parfois, mais accordé au thème qu’il aborde qui n’est ici pas la souffrance mais plutôt la « joie ».

 

#3 : La triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton; La période d’Halloween et la Toussaint m’avait inspirée dans mon choix en vous présentant ce recueil de poèmes où l’enfance est désarmée par l’humour noir et la cruauté sans pour autant perdre toute pointe de sensibilité…