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« Néo-victorien », mon cher Watson ! [II/II]

7 Juil
Ripper Street (2012)

Ripper Street (2012)

Pour le rendre plus agréable à lire, cet article sur le néo-victorianisme a été divisé en deux parties. L’aventure néo-victorienne commence ici. Si vous n’êtes pas au fait de la différence entre « steampunk » et « néo-victorianisme » ou si vous pensez que ce mouvement n’est qu’anglo-saxon ou que les romans victoriens devraient avoir la priorité par rapport à ces créations contemporaines, l’article précédent vous sera utile. Sinon, vous pouvez continuer votre chemin sans danger.

Réécrire les vies illustres: biographies et biopics

Au-delà des créations originales qui brodent autour de l’époque victorienne comme cadre de leurs récits, certains auteurs choisissent la voie de la biographie fictive (ou « biofiction ») pour rrendre hommage et réfléchir aux figures tutélaires du XIXe siècle. C’est là que la richesse du néo-victorianisme passant d’un genre ou d’une discipline à une autre pour raconter des vies. La reine Victoria elle-même fait l’objet de ces biographies par exemple dans la série non traduite de Jean Plaidy avec The Captive at Kensington Palace comme premier tome que j’ai découvert après avoir vu The Young Victoria (2009) de Jean-Marc Vallée avec Emily Blunt et Rupert Friend. C’est d’ailleurs une marque révélatrice de l’esprit néo-victorien que de s’intéresser à la jeunesse de la reine au lieu de la représenter comme la veuve et la grand-mère de l’Europe.

Rupert Friend (Albert de Saxe-Cobourg) & la reine Victoria ( Emily Blunt)

Les biographies fictives d’écrivains ont aussi le vent en poupe comme Flush  (1933) de Virginia Woolf sur la vie de la poétesse Elizabeth Barrett Browning (dont j’avais l’an dernier commenté ses Sonnets portugais) du point de vue de son épagneul Flush mais aussi la série de polars de Gyles Brandeth qui mettent en scène Oscar Wilde, les Oscar Wilde Murder Mysteries comme le premier tome Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles que j’ai commencé à lire il y a quelques mois avant d’abandonner, faute de temps mais je compte bien m’y remettre. Depuis un certain temps, me tente aussi la série sur Jane Austen par Stéphanie Barron depuis 1996 avec Jane Austen and the Unpleasantness at Scargrave Mannor (1996) jusqu’à  Jane and the Canterbury Tale sorti en 2011. Si pour moi, Bight Star  (2009) de Jane Campion m ‘a permis de découvrir la poésie de John Keats (et d’acheter ses œuvres complètes dans la foulée), j’ai vu cette année deux biopics : The Raven (2012) de James McTeigue inspiré de la vie d’Edgar Allan Poe et le très kitsch Gothic (1986) de Ken Russell sur Percy, Mary Shelley et Lord Byron, vu un soir d’orage. Parfait, en somme.

John Keats (Ben Whishaw) & Fanny Brawne (Abbie Cornish)

Les biographies et biopics d’artistes fleurissent aussi.  Les peintres sont aussi à l’honneur, non seulement les peintres préraphaélites avec Autumn (1988) de Philippe Delerm ou encore avec humour Freshwater de Virginia Woolf, la seule pièce de théâtre qu’elle ait écrite qui met en scène sa grande-tante photographe Julia Margaret Cameron, Alfred Tennyson, Ellen Terry ou encore G.F.  Watts. Quant au peintres français, qui ne se souient du sublime épisode sur Vincent Van Gogh de Doctor Who en 2010 dans la saison 5, « Vincent and the Doctor ». Quant aux musiciens, le roman Sépulcre (2007) de Kate Mosse qui raconte le destin croisé de trois personnages, deux en 1891 à Carcassonne, l’autre en 2007, biographe de Debussy.

« Vincent and the Doctor » (Saison 5, épisode 10)

… et raconter les vies obscures !

Nights at the circus d’Angela Carter

Mais les vies d’hommes et de femmes célèbres ne sont pas les seuls à intéresser la littérature et la culture néo-victorienne. Il s’agit de rendre justice aux oublié de l’Histoire que les Victoriens auraient délaissés comme les prostituées chez Michel Faber mais aussi les « freaks » comme dans Elephant Man  (1980) de David Lynch ou la série Ripper Street qui met en scène dans sa 2e saison comme personnage récurrent le même John Merrick. Cet univers du monde du spectacle et des « monstres » est très bien représenté dans Nights at the circus (1984) d’Angela Carter qui raconte les vies croisées de plusieurs membres d’un cirque, notamment de la sulfureuse, scandaleuse et vulgaire à l’accent cockney Sophie Fevvers, soit disant Vierge, une femme pourvu de belles ailes de cygne qu’elle teint en rose racontée par Jack Walser, un journaliste américain sceptique qui va finir par devenir un membre à part entière de la troupe.

Flashman : Hussard de sa majesté (1839-1842) de George MacDonald Fraser

A coté des marginaux, le néo-victorianisme s’intéresse aussi aux conséquences de l’impérialisme; D’ailleurs, à l’image de Jean Rhys, la littérature du Commonwealth investit beaucoup ce que le néo-victorianisme peut lui enseigner sur le passé de chaque pays concernés au même titre que le post-colonialisme. Le rôle de l’armée coloniale n’est pas en reste comme en témoigne la série de romans historiques intitulée Les archives Flashman de George MacDonald Fraser que j’ai découvert par hasard sur un stand de livres d’occasion à Gibert l’été dernier en achetant pour trois fois rien le tome 1 Flashman : Hussard de sa majesté dont la couverture m’avait séduite.

Des penny dreadful

Quelle valeur faut-il accorder à ce mouvement littéraire et culturel ? S’agit-il d’œuvres de seconde zone, à l’image des penny dreadful victoriens, ces histoires à canevas, faits pour le pur divertissement et souvent lié à la science-fiction, au réalisme magique et à la fantasy proches de nos vaudevilles ? Cela vaut-il la peine de passer autant de temps en lisant cette littérature contemporaine, en visionnant des « victoriana » alors que les classiques, la *vraie* littérature et le *vrai* cinéma nous tendent grand les bras ? Je ne pense pas que cela soit de la littérature facile ou même plus commerciale qu’une autre. Au contraire, le néo-victorianisme est forte de la culture du XIXe siècle qu’elle réinvestie sous forme de clins d’œil, de références et même de personnages emblématiques de la littérature du XIXe siècle, repris tels quels comme des personnages historiques à part entière ? Au-del des adaptations littéraires des romans de Jane Austen, des sœurs Bronté, de Dickens ou même de Zola dans la merveilleuse  série The Paradise qui s’inspire librement du roman Au Bonheur des Dames, les personnages  fictifs deviennent de part leur popularité partie prenante de la mémoire collective. Le dernier réinvestissement de personnages fictifs dans une seule et même oeuvre reste la série Penny Dreadful, diffusée sur Showtime depuis quelques mois.

Vanessa Ives (Eva Green)

On y croise des personnages comme le Dr Victor Frankenstein, sa créature prénommée Caliban (d’après le personnage de La Tempête de Shakespeare), Dorian Gray, Van Helsing ou encore Mina Murray tous droits sortis de Mary Shelley, Oscar Wilde et Bram Stoker. Mais aussi quelques explorateurs, des vampires, des loups garoux et l’ombre de Jack l’éventreur pas très loin. Comme les penny dreadful d’alors, cette série repose sur beaucoup de ficelles mais rien que le premier épisode ne peut qu’émerveiller pour son ambiance les passionnés du XIXe siècle. Et les personnages sont tellement bien interprétés, au po int que j’arrive comme jamais auparavant d’être troublée par Dorian Gray ou pris de compassion pour le Dr Frankenstein, pourtant véritable tête-à-claque du roman de Mary Shelley.

Ainsi, la culture néo-victorienne semble bien se porter mais elle a aussi encore à évoluer. J’ai délibérément laissé de coté certains grands noms comme Sarah Waters ou A.S. Byatt que j’ai encore à découvrir. Si mon intérêt pour le néo-victorianisme est né de rencontres passées (comme avec Michel Faber, conseillé par un sympathique libraire qui avait voulu me conseiller Jane Austen avant que je lui avoue avoir presque tout lu en bonne Janéite), il est aussi fait de rencontres futures. J’espère vous avoir donné envie de lire et de voir plus de victoriana car elles en valent le coup d’œil.

Les articles néo-victoriens du blog : 

*Adaptations & réécritures*

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None but You de Susan Kaye

– [Lecture/ »Austeneries »] None but You/For you Alone de Susan Kaye (d’après Persuasion de Jane Austen)

– [Séries] North & South (BBC, 2004) d’après le roman d’Elizabeth Gaskell

– [Séries] Jane Eyre (BBC, 2006) d’après le roman de Charlotte Brontë

– [Séries] Persuasion (ITV, 2007), adaptation du roman de Jane Austen

– [Séries] Little Dorrit (BBC, 2008) d’après le roman de Charles Dickens 

 

*Biopics*

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Desperate Romantics

– [Séries] Desperate Romantics (BBC, 2009) sur le cercle des peintres préraphaélites

 

*Reconstitutions historiques*

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Ripper Street

– [Lecture] Contes de la rose pourpre de Michel Faber 

– [Séries] Ripper Street (BBC, 2012-…)

– [Lecture/BD] Fog (t.1, « Le tumulus ») de Roger Seiter et Cyril Bonin

– [Lecture]  « The Gipsy Gentleman » (nouvelle néo-victorienne) d’Alexandra Bourdin

Pour aller plus loin :

– Le site de la revue en ligne pluridisciplinaire Neo-victorian Studies créée en 2008 par Marie-Luise Kohlke (Swansea University, Pays de Galles) met à la disposition des articles librement et gratuitement. Deux universitaires français y contribuent : Georges Letissier (Université de Nantes) et Christian Gutleben (Université de Nice-Sophia Antipolis). J’espère rester fidèle à leurs recherches.

– Sur le steampunk en général : Marie Truchot, « Steampunk : un nouveau genre pour la littérature de l’imaginaire ?« , article du 26 juin 2014 sur le blog collectif

– Pour une introduction plus générale du néo-victorianisme, une bibliograp^hie et une liste d’ouvrages néo-victoriens : Jacqueline Banerjee, « Neovictorianism : an Introduction », article sur le site Victorianweb.org.

 – « Comment écrire du gothique », essai didactique d’Adeline Arénas du 17 novembre 2012.

 

 

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« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning

30 Juin
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Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

 

« Le destin n’a pas épargné l’écrivain que fut Elizabeth Browning. Nul ne la lit, nul n’en parle, nul ne songe à lui rendre justice. »

(Virginia Woolf, article du Common Reader, 1931)

 

Je ne parle pas ici assez de poésie à mon goût, peut-être parce que ce n’est pas un genre actuellement très valorisé et pourtant, j’ai un grand amour pour la poésie. J’ai même publié  « Éclaircie de passage », l’un de mes poèmes sur ce blog l’an dernier, c’est quelque chose que je pratique très régulièrement mais je comprends la réticence de certains pour la poésie même si pour moi, ça a toujours été très naturel de lire et d’écrire des poèmes. 

John Keats (Ben Whishaw) dans Bright Star

Tout naturellement, en tant qu’anglophile, je ne pourrais pas me passer des poètes anglais pour vivre. Shakespeare, John Keats, William Blake, Lord Byron, Wordsworth, Coleridge, les sœurs Brontë ou Oscar Wilde sont d’éternelles sources d’inspirations et de plaisir pour moi. Vous l’aurez peut-être noté, rien que dans ma liste, les poétesses n’ont pas une grande place dans toute anthologie qui se respecte ce qui confirme ce qui disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi sur la difficulté que représente l’accession au statut de poète pour une femme sans un minimum de conditions matérielles favorables.

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Emily Brontë

J’ai une tendresse toute particulière pour Emily Brontë et Emily Dickinson (dire qu’il faille traverser l’Atlantique pour trouver une poétesse digne de ce nom) qui, en plus de leur prénom, partage une même aura mystérieuse autour de leur vie et de leur oeuvre. Si vous l’avez l’occasion de vous procurer La dame blanche de Christian Bobin, vous aurez en main ce qui m’a donné envie de découvrir Emily Dickinson grâce à cette très belle biographie plus ou moins romancée.

 

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Robert Browning (1812-1889)

 

Toutefois, c’est d’une poétesse beaucoup moins connue que j’ai envie de vous présenter, qui a eu une vie (à mon sens) très romanesque et que j’ai découverte grâce à Virginia Woolf : Elizabeth Barrett Browning. Virginia Woolf a le chic de sortir de l’anonymat des auteurs inconnues (la soeur de Shakespeare, Christina Rossetti ou Sara Coleridge pour ne citer qu’elles) et de nous donner envie de les lire sur le champ ! Ça a été mon cas avec Elizabeth Barrett Browning, femme du poète Robert Browning et dont les vers de ses Sonnets portugais ont donné furieusement envie  à Rainer Maria Rilke de les traduire en allemand. Vous avez peut-être entendu parler de Flush de Virginia Woolf (l’une de mes prochaines lectures pour le challenge Virginia Woolf) et c’est par ce biais que j’ai été séduite par Elizabeth Browning sans même lire une seule ligne de cette biographie du point de vue du chien de la poétesse ce qui déjà aiguiserait la curiosité de n’importe quel lecteur.

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Elizabeth Barrett (Norma Shearer) dans The Barretts of Wimpole Street

Passage obligé quand on lit de la poésie anglaise, j’ai découvert les Sonnets portugais dans son édition bilingue de la NRF (la même que j’ai pour les poèmes d’Emily Brontë bien que j’ai fait l’acquisition récemment d’une version audio des poèmes de la famille Brontë, un régal, mes amis !) et, comme d’habitude, la traduction est pourrie (pardon pour la traductrice, Lauraine Jungelson) mais permet de sauver les meubles quand le sens d’une strophe nous échappe vraiment.  Par contre, l’appareil critique est comme toujours très instructif surtout pour une poétesse aussi peu populaire. La préface est remplie d’anecdotes, d’extraits de correspondances (quand on sait qu’Elizabeth et Robert ont échangé 574 lettres, rien que ça !) en retraçant l’histoire du couple et la postérité des Sonnets portugais.

D’ailleurs, qu’est-ce qui est à l’origine des Sonnets portugais ? Il faut avant tout comprendre qui était Elizabeth Barrett avant et après avoir écrit ces sonnets. Avant ça, atteinte d’une étrange maladie incurable ,  mélancolique depuis la mort de son frère préféré, recluse dans la maison familiale à Wimpole Street et destinée apparemment à rester vieille fille toute sa vie sous la pression d’un père autoritaire, elle va tout de même publier un recueil de poèmes qui la rend célèbre en Angleterre et outre-atlantique et ce recueil va arriver dans les mains de Richard Browning. Il va lui écrire ces mots :

« J’aime vos vers de tout mon coeur, chère Miss Barrett […]. Dans cet acte de m’adresser à vous, à vous-même, mon sentiment s’élève pleinement. Oui, c’est un fait que j’aime vos vers de tout mon coeur, et aussi, que je vous aime vous. »

Je n’ose imaginer ça en anglais ! Au début, comme toutes les rock-stars qui reçoivent des lettres d’amour, elle va gentillement le refouler et ne lui offrir que son amitié. Ils vont mettre du temps à se rencontrer en personne (à cause des réticences d’Elizabeth visiblement qu’il soit déçu de cette rencontre à cause de sa maladie). Après une première demande par écrit qu’elle refusera tout en reconnaissant que cet homme l’obsède sans y voir encore de l’amour, après de nouvelles rencontres en l’absence de son père (qui, forcément, ne voit pas l’arrivée Robert d’un bon œil dans la vie monacale de sa fille), accepte finalement sa proposition à la seule condition que sa santé s’améliore, ce qui retarde encore un peu plus leur union. Finalement, le mariage est précipité en septembre 1846 dans le plus grand secret et sans le consentement du père. Comme dans tous les romans qui se respectent après un tel événement, ils décident de s’enfuir en Italie, à Florence.

lettres-portugaisesC’est de cette rencontre décisive, autant amoureuse que humaine qu’Elizabeth Barret va écrire ses Sonnets portugais jusqu’à son mariage, à l’insu de Robert Browning et forcément de sa famille. Ces Sonnets from the Portuguese décrivent l’évolution de ses sentiments, comme un relevé presque journalier ce qui en fait une magnifique étude sur l’amour et la place de plus en plus envahissante de la passion dans la vie d’une femme amoureuse qui, enfin, vit pleinement les choses. Je ne crois pas que le titre de ce recueil soit une référence aux célèbres Lettres portugaises de Guilleragues, présentées faussement comme la traduction de lettres d’une religieuse portugaise à un officier français, longtemps attribuée à une vraie religieuse. La coïncidence est tout de même assez troublante car Elizabeth Barrett, vivant comme une femme recluse, dialogue dans ses Sonnets avec l’être aimé où elle suit le même parcours évolutif de doute, de confiance et d’amour sauf qu’il était rapportée dans les Lettres portugaises à la foi et non à l’amour charnel.

du-bellay-regretsSelon moi, un recueil de poésie se lit différemment par rapport à toute oeuvre littéraire. J’aime délibérément sauter des poèmes, lire certains plusieurs fois quand ils me touchent plus que les autres ce qui représente une lecture presque aléatoire. J’aime bien aussi piocher dans un recueil un poème au hasard, ce qui veut dire que je prends chaque poème pour lui-même et pas forcément dans sa relation avec tout le recueil. Parfois, c’est une lecture qui fonctionne, parfois non mais c’est sûr que ce n’est pas très académique et scolaire. De même, si on voit ces poèmes comme un parcours linéaire vers l’amour, ce n’est peut-être pas la lecture la plus judicieuse mais je n’en ai pas moins aimé les vers d’Elizabeth Browning et la sincérité de ses sentiments sans avoir besoin de retracer un parcours figé. Quand j’ai dû lire Les Regrets de Du Bellay en prépa pour le concours, je n’ai pas pu faire ça par exemple ce qui distingue surement une lecture imposée et une lecture pour le plaisir, pour l’amour de la poésie.

En voici, quelques uns :

 

XLIII – How do I love thee? Let me count the ways.

How do I love thee? Let me count the ways.

I love thee to the depth and breadth and height

My soul can reach, when feeling out of sight

For the ends of being and ideal Grace.

 

I love thee to the level of every day’s

Most quiet need, by sun and candlelight.

I love thee freely, as men strive for Right;

I love thee purely, as they turn from Praise.

 

I love thee with the passion put to use

In my old griefs, and with my childhood’s faith.

I love thee with a love I seemed to lose

 

With my lost saints. I love thee with the breath,

Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,

I shall but love thee better after death.

 

 

VII – The face of all the world is changed, I think,

 

The face of all the world is changed, I think,

Since first I heard the footsteps of thy soul

Move still, oh, still, beside me, as they stole

Betwixt me and the dreadful outer brink

 

Of obvious death, where I, who thought to sink,

Was caught up into love, and taught the whole

Of life in a new rhythm. The cup of dole

God gave for baptism, I am fain to drink,

 

And praise its sweetness, Sweet, with thee anear.

The names of country, heaven, are changed away

For where thou art or shalt be, there or here;

 

And this… this lute and song… loved yesterday,

(The singing angels know) are only dear

Because thy name moves right in what they say.

 

Et, comme les Sonnets portugais sont suivis d’autres poèmes, voici mon préféré dans tout le recueil, intitulé « Inclusions ». Il a quelque chose à voir avec le mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, maintenant populairement appelés « les âmes sœurs ». derrière, cette figure, l’amour est l’inclusion parfaite, l’emboîtement et l’harmonie entre deux personnes qui s’oublient elles-mêmes pour ne faire qu’un.

INCLUSIONS

1

O, WILT thou have my hand, Dear, to lie along in thine?

As a little stone in a running stream, it seems to lie and pine.

Now drop the poor pale hand, Dear,… unfit to plight with thine.

2

O, wilt thou have my cheek, Dear, drawn closer to thine own?

My cheek is white, my cheek is worn, by many a tear run down.

Now leave a little space, Dear,… lest it should wet thine own.

3

O, must thou have my soul, Dear, commingled with thy soul? —

Red grows the cheek, and warm the hand,… the part is in the whole!

Nor hands nor cheeks keep separate, when soul is join’d to soul.

 

Où se procurer les Sonnets portugais ?

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Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Poésie Gallimard – 178 pages

EUR 7, 60

 

 

 

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C’est ma 10e et dernière contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine. Retrouvez mon bilan ci-dessous. 

 

 

Bilan du Mois anglais 2013

10 contributions : 2 romans, 1 essai, 1 pièce de théâtre, 1 recueil de nouvelles, 1 recueil de poésie, 1 billet thématique et 3 séries TV.

La Traversée des apparences de Virginia Woolf

Snobs de Julian Fellowes

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Look Back in Anger de John Osborne (extrait)

Les Intrus de la Maison Haute de Thomas Hardy

Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Home Sweet Home : Quatre maisons d’écrivains anglais

Ripper Street (BBC, 2012)

Little Dorrit (BBC, 2008) d’après Charles Dickens

Any Human Heart (2010) d’après William Boyd

 

Merci aux organisatrices et aux autres participant(e)s qui l’ont rendu aussi vivant et particulièrement en lisant et commentant mes dix billets. J’ai eu autant de plaisir à vous lire et à être tentée par autant d’idées de lecture. Vive l’anglophilie, le mois anglais et à l’an prochain pour son come back !

Virginia Woolf Tea

Comme les autres participant(e)s, j’ai répondu à l’invitation d’un jeu photo en mettant en scène mon coup de coeur du mois anglais (« Une chambre à soi » de Virginia Woolf, forcément) avec une tasse, ici celle à l’effigie de la maison Serpentard !

"Little Dorrit’ (BBC, 2008) d’après le roman de Charles Dickens. Avec Matthew MacFadyen.

21 Juin
 
« You talk easily of hours, sir. How long do you think an hour is to a man who is choking for want of air? »
 

 

Synopsis

« Little Dorrit« , voilà comment on surnomme Amy Dorrit, une jeune femme de 21 ans menue mais grande par son courage qui est née et continue à vivre à la Maréchaussée, la prison pour dettes de Londres, prenant soin de son père captif, connu pour être »le Père de la Maréchaussée » tant sa détention fut longue. Libre de sortir pour subvenir aux besoins de sa famille, Amy est recommandée aux Clennam, une famille de riches négociants où elle est employée pour des travaux de couture par Mrs Clennam, une vieille femme solitaire, acariâtre et paralysée des jambes qui, malgré son tempérament autoritaire, la traite avec tendresse. Son fils Arthur revient au pays après quinze ans d’absence pendant lesquelles il a servi de bras droit à son père dans ses affaires en Chine. Sur son lit de mort, son père lui confie une montre à gousset à remettre à sa mère, visiblement torturé par l’idée de « réparer » quelque chose… Obsédé par les dernières paroles de son père, Arthur devine qu’un lourd secret entoure sa famille et il s’apprête à tout mettre en oeuvre pour le découvrir. Pourquoi n’est-ce pas un hasard si Mrs Clennam emploie Amy, elle si peu habituée aux œuvres de charité ? Amy serait-elle impliquée dans ce lourd secret qui pourrait ruiner à jamais la réputation de la maison Clennam  ?  Arthur se lie rapidement d’amitié avec Amy, devient un bienfaiteur pour son père et pourrait bien être sur le point de changer leur vie à jamais.   

 

Après Les Piliers de la Terre et surtout Ripper Street, je continue ma folle aventure dans la filmographie de Matthew MacFadyen qui est en train de devenir un de mes acteurs fétiches ce qui n’était pas gagné au départ. Je suis tombée sous le charme d’un nouvel period drama Little Dorrit (2008) où il joue l’un des rôles principaux, celui de l’adorable Arthur Clennam, un vrai gentleman. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, cette mini-série n’a pas été distribuée en France ce qui m’a permis de la voir en VO et donc profiter pleinement de la voix profonde et grave de Matthew MacFadyen, parfaite pour la narration et ce n’est pas étonnant s’il a beaucoup lu pour le public comme ce poème de W.B. Yeats que j’écoute avec tant de plaisir, « When you are old » :

 

 

L’héroïne de cette série, Amy, interprétée par Claire Foy (connue pour son rôle de Julia dans Being Human) que je ne connaissais pas, a été pour moi une vraie découverte et son personnage est touchant sans être larmoyant, courageuse sans être héroïque et amoureuse sans être niaise. Grâce à l’interprétation de son actrice qui passe très bien de l’humilité et de la discrétion, de la tristesse à l’indignation, c’est un personnage tout en nuance et profondément unique qui va vous toucher, vous attendrir et même vous faire un peu pleurer. Je me suis beaucoup identifiée à elle et je trouve que dans ce genre de period drama où l’on rencontre beaucoup de personnages pauvres, elle se distingue par sa force de caractère et son stoïcisme qui lui permet d’être heureuse même dans sa condition de fille-infirmière pour son père. Elle ne se plains jamais de son sort et c’est peut-être ce qui fait qu’elle mérite d’autant plus d’être aidée par Arthur.

 

En tant qu’héroïne, elle a bien sûr droit à de très jolies scènes, parfois tendres, parfois poignantes, comme celle où elle jette à l’eau le bouton de manchette d’Arthur qu’elle a conservé, comme une façon de renoncer définitivement à en être aimée puisque sa famille vit à son crochet. Il y a aussi cette scène splendide et très poétique où elle raconte une histoire à son amie Maggy (Eve Myles) qui est une sorte de métaphore de sa relation avec Arthur Clennam, qui est le premier à prendre pitié du sort de sa famille.

 « Once upon a time there was a princess. And she had everything that you could wish for and a great deal more. Now, near the palace was a cottage in which live a poor, little, tiny woman. All alone. Quite a young one. And one day, the princess stopped at the cottage and said to the tiny woman, « Let me see what you keep there. » And the tiny women open her very secret place and showed the princess a shadow. It was the shadow of someone who’d gone by many years ago. « And you keep watch over this every day? » said the princess. « Yes, » said the tiny woman. « Because no one so good or kind had ever passed that way ever since. » She realized that for all of her gold and silver and diamonds and rubies, she had nothing so precious to her as that shadow was to that tiny woman. »

 

L’une des perles de cette mini-série, c’est aussi le thème musical composé par John Lunn qui revient à chaque moment charnier et dramatique, à la fois triste et intense, lent et rapide ce qui symbolise assez bien les hauts et les bas de l’histoire d’Amy Dorrit. C’est une mélodie qui vous restera en tête, preuve que c’est une très bonne mélodie. Elle me rappelle un peu la musique de Downton Abbey, ce qui n’est pas si idiot puisque John Clunn a aussi composé pour cette série

 

Little Dorrit est aussi très beau esthétiquement avec une photographie à la fois très sombre dnas la partie londonienne, et très colorée et lumineuse dans les moments passés en Italie par la famille Dorrit et particulièrement à Venise, un lieu vraiment emblématique pour moi que je retrouve toujours avec tendresse à l’écran. Les scènes à Venise ont toutes un coté très intimistes et poétiques et c’est un moment pour Amy de grand émerveillement qu’on partage avec elle très facilement.

 

 

Le grand intérêt de cette série, c’est bien sûr le mystère qui entoure la famille d’Arthur Clennam et qui implique Amy Dorrit derrière les dernières volontés de son père : « Arthur… Your mother… Put it right… » et derrière l’enigmatqiue inscription cachée dans la montre à gousset de son père « Do not forget ». Réparer quoi ? Ne pas oublier quoi ? Qui les Clennam ont-il lésé ? Pourquoi cela déshonorerait-il autant les Clennam ? Mrs Clennam (Judith Parfitt) et son domestique Mr Flintwinch semblent être mieux renseignés que les autres mais restent plus silencieux qu’une tombe sur le sujet. Mais Blandois, un notoire meurtrier français (Andy Serkis) qui fait plus froid dans le dos que Gollum va rapidement découvrir leur secret et, bien sûr, leur tirer les vers du nez, moyennant sonnantes et trébuchantes pour payer son silence…

 

Comme beaucoup de period drama, Little Dorrit brille par ses personnages secondaires. Tom Courternay, qui joue le père d’Amy, William Dorrit, joue avec beaucoup de justesse ce personnage, à demi-fou, bouffi de fierté mais aussi souffrant de sa captivité qui n’en finit pas.  Je pense à une scène très poignante en particulier à l’épisode 4 qui est peut-être le climax de sa détresse. Vraiment heart-breaking :

« What does it matter whether I eat or starve? What does it matter whether such a blighted life as mine comes to an end, now, next week, or next year? What am I worth to anyone? Oh, Amy ! If you could see me as your dear mother saw me. I was young, I was accomplished, good-looking and people sought me out, and envied me. They envied me! And yet I have some respect, here. I am not quite trodden down. Go out and ask who is the chief person in the place. They’ll tell you « it’s William Dorrit ». Go and ask who is never trifled with, and they’ll tell you « it’s William Dorrit ». Go and ask what funeral here will make more talk, yes and perhaps more grief, than any that has ever gone out at the gate. They’ll tell you « Its William Dorrit. » William Dorrit.!William Dorrit! William Dorrit! »

Il y a aussi John Chivery, le fils du gardien de la Maréchaussée, qui est très touchant en amoureux transi et qui a plusieurs scènes vraiment privilégiées pour un personnage si secondaire. Je ne connaissais pas Russell Tovey, encore un revenant venu de Being Human mais j’ai hâte de le revoir dans d’autres productions. Plus que tout, j’ai été très touchée par le personnage de Maggy, l’amie d’Amy, qui est retardée mentalement n’ayant pas évolué depuis ses dix ans à cause d’une fièvre. Elle est vraiment touchante et très bien jouée par Eve Myles qui a beaucoup de talent et qui joue son rôle avec beaucoup de justesse. Et, on retrouve avec plaisir Arthur Darvill, ce cher Rory dans Doctor Who bien que son personnage ne soit pas des plus réluisants et marquants. Any way, ça fait plaisir de revoir sa frimousse rousse.

 

En bref, autant pour son casting que pour Matthew MacFadyen, pour la BBC ou pour Dickens, ne ratez pas Little Dorrit si vous avez l’occassion de vous le procurer. Vous vous offrirez un moment bien divertissant plein de mystère, de tendresse, d’amitié et un peu d’amour… Little Dorrit est parfait pour l’été qui commence aujourd’hui.

 

Où se procurer Little Dorrit ?

 
Little Dorrit (BBC, 2008), une mini-série produite par Andrew Davies de 14 épisodes de 29 minutes, d’après le roman de Charles Dickens. Avec Claire Foy (Amy Dorrit), Matthew MacFadyen (Arthur Clennam), Tom Courtenay (William Dorrit), Judith Parfitt (Mrs Clennam),  Russell Tovey (John Chivery), Freema Agyeman (Tattycoram), Eve Myles (Maggy), Arthur Darvill (Edward « Tip » Dorrit) et Andy Serkis (Rigaud/Blandois).
 
Disponible pour EUR 26, 49 (VO uniquement)
 
 

 
 
 

Sixième contribution au mois anglais, organisé par Lou et Titine.