« Néo-victorien », mon cher Watson ! [I/II]

7 Juil
Mina Murray & Dorian Gray dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (2003)

Mina Murray & Dorian Gray dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (2003)

Je profite de la pause estivale pour inaugurer sur ce blog une forme inédite d’articles qui m’a été inspirée par mes travaux de recherche cette année à Lyon. Je n’ai jamais vraiment pris la peine d’écrire des essais ici mais faute d’avoir beaucoup lu pour le plaisir cette année (ce qui s’est ressentie dans le ralentissement de l’actualité du blog), je m’offre ce petit excursus très subjectif sur un sujet qui me tient à cœur, la littérature et la culture néo-victoriennes. D’autres essais suivront peut-être régulièrement.

Ce n’est plus à prouver, j’aime le XIXe siècle et ça se voit sur ce blog. Mais aimer à distance une époque et en faire la matière d’une création qui se veuille à la fois fidèle et critique sans jamais tomber dans la nostalgie, c’en est une autre. Qu’il vous serve à vous familiariser avec ce mouvement plus ou moins méconnu ou à vous donner quelques idées de lecture et de visionnage, cet essai n’a en tout cas pas vocation à être objectif ou à donner une vision exhaustive de la culture néo-victorienne. Prenez-le comme il vient.

flush frontispice

Frontispice de Flush, représentant Pinka, l’épagneul des Woolf dans un décor victorien

Pourquoi cet essai ? Tout est né d’un débat que j’ai eu durant ma soutenance. Il faut dire que les deux biographies que j’avais choisi de comparer – Flush de Virginia Woolf et Rimbaud le fils de Pierre Michon – ont pour cadre le XIXe siècle, vu d’après les yeux de contemporains avec des préoccupations toutes contemporaines. Soit la « définition » de la démarche néo-victorienne. Si les critiques sur l’emploi que j’en ai fait dans mon mémoire étaient fondées, j’ai été piquée à vif par le manque d’intérêt – ou même de curiosité intellectuelle – sur le sujet comme si ce n’était pas digne de valeur.

Steampunk ou néo-victorien, that is the question…

G.D Falksen, un auteur de science-fiction steampunk Source photo : Lex Machina

Je crois que ça vient d’un amalgame entre ce qu’on appelle le steampunk et le néo-victorianisme ce qui, forcément, donne une image assez artificielle de ce mouvement en l’assimilant à une mode, une lubie ou une marque d’excentricité comme ceux qu’on croisent dans le métro « déguisés » en gothiques ou tout droit sortis de la Japan Expo. Sauf que j’ai beaucoup d’admiration pour ces gens-là et la culture geek en général mais, soyons honnêtes, aux yeux d’universitaires, ça a tout l’air d’un Nouveau-Monde sauvage tout ça. Je pense laisser de coté le steampunk, autant vestimentaire que littéraire (et pourtant, parler chiffons et science-fiction n’est pas pour me déplaire) mais je vous conseille si le sujet vous intéresse d’aller lire ce que Saint Epondyle sur Cosmos [†] Orbus dit de la culture geek dans une série d’articles qui ont pour titre Sociologeek. Quant au steampunk en particulier, l’article très récent et abordable de Marie Truchot sur le blog collectif Le Monde du livre vous apprendra plein de choses.

Un phénomène seulement anglo-saxon ? 

Affiche de l’exposition « Napoléon III et Victoria » au Palais Impérial de Compiègne (2008)

Comme son nom l’indique, ce phénomène culturel et littéraire contemporain réinvestit l’époque victorienne (1837-1901). Cela pose une question de limites géographiques et temporelles : faut-il se cantonner à ses dates ? La figure de Victoria influence t-elle d’autres auteurs outre-manche ? Et surtout, faut-il élargir à tout le XIXe siècle l’étude de ce phénomène, voire aux liens entre le XIXe et le XXe siècle ?

Je suis persuadée que, malgré les apparences, le néo-victorianisme n’est pas une spécificité anglo-saxonne et que la littérature, la culture et l’imaginaire français sont plus touchés qu’on le croit par Victoria. Je me souviens d’une expo au palais impérial de Compiègne en 2008 consacrée à la visite de la reine Victoria en 1855 pour l’exposition universelle à Paris qui montrait à quel point les relations diplomatiques entre les deux pays étaient de façon inédite plus qu’amicaux sous le Second Empire. C’est une hypothèse mais je pense que la figure de Victoria fait pendant à celle du bonapartisme (Napoléon Bonaparte et Napoléon III) et que la littérature contemporaine s’interroge sur l’héritage de l’impérialisme autant victorien que bonapartiste.

Trois couvertures anglaises de Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke. J’ai la blanche à la maison !

D’ailleurs, inversement, la figure de Napoléon influence les romans historiques anglo-saxons contemporains. Qu’on pense par exemple à Jonathan Strange & Mr Norrell (2004) de Susanna Clarke qui a pour cadre les guerres napoléoniennes mais racontées du point de vue anglais pour mieux ancrer de façon réaliste la fantasy dans l’Histoire. Pour ceux qui seraient rebutés par les 843 pages de ce roman, réjouissez-vous, son adaptation devrait arriver sur la BBC courant fin 2014 avec Bertie Carvel (Doctor Who, Sherlock, Les Misérables) et Eddie Marsan (Lestrade dans les Sherlock Holmes de Guy Ritchie !) dans les rôles titres. Depuis le temps qu’on attend !

Ainsi, qu’on en se trompe pas, si mouvement néo-victorien il y a, il réinvestit tout le XIXe siècle car l’idée est moins de véhiculer un « culte » contemporain à Victoria et ses valeurs – les critiques pleuvent d’ailleurs sur le puritanisme, les dérives de l’impérialisme, de l’industrialisation et le sort des marginaux à l’époque victorienne – qu’une critique de l’héritage du XIXe siècle pour la société contemporaine. Je dis bien « héritage » : réfléchir sur le XIXe siècle n’a rien de nostalgique et s’il y a critique, il ne s’agit pas de faire table rase du passé mais de mettre en avant certains thèmes qui auraient été minimisés par les Victoriens et les auteurs du XIXe eux-même, pourtant très critiques sur leur société et leur époque.

Les Victoriens ne nous disent pas tout… 

Bannière du Tumblr This is not Victorian

Vous allez me dire, pourquoi se tourner vers des auteurs contemporains quand on peut directement lire des auteurs victoriens qui semblent mieux placés pour témoigner de leur époque ? Si les échos sont nombreux entre Jane Austen, Dickens, Wilkie Collins, Elizabeth Gaskell, les sœurs Brontë ou encore Oscar Wilde et les romans néo-victoriens, rien ne vaut bien sûr de lire ces auteurs « classiques » au lieu de passer par des succédanés pour sa propre culture personnelle. Et le style littéraire dans tout ça ? Dans le vieux débat sur la lecture des classiques contre un rabaissement de la littérature contemporaine, jugée trop peu de qualité, les auteurs néo-victoriens tirent leur épingle du jeu en proposant une prose intelligente et souvent novatrice.

La Prisonnière des Sargasses de Jean Rhys

D’ailleurs, on peut déjà parler de « classiques néo-victoriens » tant ce mouvement commence à dater, déjà présent dans l’univers littéraire dès les années 60 avec Wide Sargasso Sea (1966)/La Prisonnière des Sargasses (1977) de Jean Rhys, une réécriture de Jane Eyre du point de vue de Bertha Mason, l’épouse folle et recluse d’Edward Rochester ou encore The French Lieutenant’s Woman (1969)/Sarah et le lieutenant français (1972) de  John Fowles que j’ai encore tous deux à lire. Si vous voulez vous familiariser avec l’univers de Jean Rhys, allez flâner du coté du blog Une lyre à la main. Je ne connais pas meilleure personne pour parler de la littérature des Caraïbes.

 

Mais parmi les déjà-classiques il y a The Crimson Petal and the White (2002)/La Rose pourpre et le lys (2007)  de l’anglo-néerlandais Michel Faber qui a été un peu une claque littéraire et esthétique pour moi quand je l’ai lu durant mon année de Terminale. Je ne sais pas si ce sont le style désinvolte de l’incipit qui fait du lecteur en deux paragraphes successivement un voyageur dans le temps et un client en quête d’un petit plaisir avec Sugar, l’héroïne du roman et prostituée de son état ou, disons-le carrément, les scènes coquines qui n’ont pu qu’émoustiller la jeune lectrice que j’étais mais les deux tomes de plus de 500 pages chacuns que j’ai dévoré en quelques semaines ne m’ont pas fait peur. J’étais bien sûre déjà fichue jusqu’à lire et chronique The Apple : New Crimson Petal Stories, son recueil de nouvelles qui sert de séquelle à son roman ou même la semaine dernière aller voir pour les beaux yeux de Michel Faber l’adaptation de son roman Under the skin de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson. Une expérience que je ne suis pas prête d’oublier…

Pour le rendre moins indigeste, cet article a été délibérément divisé en deux parties. L’aventure néo-victorienne continue ici… 

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« Les Femmes savantes » ou « Molière l’apéro rock » (Lyon)

25 Mai
Les Femmes savantes ou Molière l'apéro rock (Mise en scène : Maïté Cussey)

Les Femmes savantes ou Molière l’apéro rock, comédie musicale mise en scène par Maïté Cussey (Crédits photo : P. Solli)

©Robert Benz

Les Femmes savantes ou Molière l’apéro rock est une comédie musicale d’après Molière mise en scène par Maïté Cussey et interprétée par la troupe du Théâtre d’Ishtar.

Avec Adeline Arénas, Robert Benz, Sindy Carray, Ariane Chaumat, Benjamin Contamina, Maïté Cussey, Jean-Baptiste Maino, Coralie Mangin, Claire Martin, Ulysse Minéo, Cindy Philippon et Lisa Romestant.

 

L’intrigue

Dans l’Amérique des années 60, Henriette sort avec Clitandre. Lorsqu’ils envisagent de se marier, les problèmes commencent. La mère d’Henriette, Philaminte, refuse catégoriquement le mariage. Elle veut fiancer sa fille à un intellectuel et lui impose le charismatique Trissotin, rockeur sexy à ses heures. De son côté, Clitandre rencontre aussi de nombreuses difficultés : la tante d’Henriette a craqué pour lui et ne veut pas entendre ses appels à l’aide. Le jeune homme doit également faire face à Armande, la sœur d’Henriette… qui est aussi son ex-fiancée !

Dans la maison, les seuls soutiens des amoureux sont Martine, la serveuse impertinente et Chrysale, le papa bienveillant mais peu enclin à contrarier sa femme. Autant dire que leurs chances sont minces… Et que penser de l’étrange Vadius ?

Au milieu du brouhaha, seule Ariste pourrait empêcher la catastrophe. Mais il faut faire vite ! Le mariage arrangé se rapproche…

Dans cette comédie musicale colorée et déjantée, les seuls mots d’ordre sont : love, cupcakes and rock & roll !

Lyon est définitivement un endroit où il fait bon vivre et surtout bon de sortir. Changement d’échelle : après le Festival de Caves au début du mois, je suis passée d’une pièce minimaliste à une seule voix (Du Domaine des Murmures avec Léopoldine Hummel) à un projet ambitieux, original et hétéroclite porté par pas moins de dix comédien(ne)s bourré(e)s de talent pour chanter et se produire sur scène et trois musicien(ne)s, parfois figurant(e)s ou carrément  pour l’un d’entre eux occupant l’un des rôles titre. Broadway s’est juste invité à Lyon, vous ne le saviez pas ?

La troupe (presque) au complet ©Mathias Roqueplo

La troupe du Théâtre d’Ishtar (presque) au complet (Crédits photo : © Mathias Roqueplo)

Cette comédie musicale rock est à mi chemin entre Cabaret et Hair. Molière n’aura jamais été aussi actuel vu l’ambiance de douce revendication moins sexuelle qu’individuelle qui souffle dans Les Femmes savantes revisitée dans les années 60. Si comme moi, vous ne vous cachez pas d’écouter encore et plus que jamais Bob Dylan, Joan Baez, Johnny Cash, les Beatles ou les Doors alors Molière l’apéro rock ne pourra que vous faire gigoter sur votre siège, taper du pied en rythme et vous faire sortir (bien malgré vous) deux-trois cris de groupie. Elvis Presley n’a qu’à bien se tenir.

Et là, vous vous mettez à douter. N’est-ce pas un peu risqué de catapulter dans les années 60 les personnages de Molière et en plus d’ajouter à l’intrigue des intermèdes musicaux quitte à ralentir le rythme de l’action ? Et que viennent faire ces cupcakes dans la scénographie, bien alléchants sur scène et déjà sur l’affiche ?

Soit vous êtes un littéraire, un dur, plus molièresque que Molière et dans ce cas, descendez de vos grands chevaux (ou plutôt de vos motos, vu l’atmosphère rock’n’roll), le beau langage de Molière et le texte versifié sont joliment respectés sauf adaptations et clins d’œil à la sauce sixties pour le public. Et le tout est largement abordable ! Il y a bien quelques mini-couacs vu que certains personnages masculins jouées par des demoiselles sont appelés une fois ou deux « mon frère » (surement pour respecter la rime) mais l’imagination du spectateur pourvoie.

Maïté Cussey (metteure en scène et jouant le rôle de Philaminte)

Soit vous ne connaissez Molière et la pièce ni d’Ève, ni d’Adam (ça existe, je vous jure) et dans ce cas, quelle beau chemin de traverse pour vous familiariser avec cette histoire d’amour contrarié sur fond d’autorité familiale et de revendication féminine. Le brio de la mise en scène de Maïté Cussey, étudiante en M2 LARP (Lettres Appliquées à la Rédaction Professionnelle) à Lyon II, est justement de proposer un projet ni élitiste, ni formaté par une certaine mouvance contemporaine au théâtre qui confond parfois performance scénique et orgie ou hystérie organisées sans souci du moindre texte. Le choix de Maïté sert à prouver qu’on peut aimer (faire) jouer du théâtre dit « classique » (Molière, Shakespeare et les autres has-been) tout en faisant du théâtre contemporain de qualité, sans tomber dans la caricature.

Même en tant que projet étudiant, soutenu notamment par le service culturel de l’université Lumière Lyon II ou le CROUS, ne vous imaginez pas un spectacle de fin d’année rapidement bricolé et fait pour rendre seulement fier papa, maman et ses proches. La troupe du Théâtre d’Ishtar a de l’avenir et la mise en scène des Femmes savantes est à mes yeux digne d’une production professionnelle. A bon entendeur…

Les Femmes savantes en répétition

Pour avoir assisté à plusieurs répétitions et à la première, j’ai d’ailleurs été assez impressionnée par la qualité à la fois du jeu et du niveau musical des comédiens et des comédiennes. Je pense qu’une expérience comme celle-là aussi complète devait être pour certains une première. Ce n’est pas souvent qu’on peut assister à la fois à un concert avec des musiciens et des chanteurs qui tiennent plus que la route (voire de véritables rockstars !) et à une pièce de théâtre où chaque comédien(ne) a su se différencier pour que son personnage touche le public d’une manière ou d’une autre. Comme souvent chez Molière, les personnages sont souvent nombreux ce qui pourrait rapidement mettre la pagaille sur scène mais chaque personnage a en quelque sorte sa scène ce qui permet assez facilement de s’identifier, de compatir ou de comprendre les relations entre les personnages.

Henriette (Ariane Chaumat, assise) & Armande (Coralie Mangin, debout) (Crédits photo © P. Solli)

Vadius (Adeline Arénas) & Trisottin (Benjamin Contamina), backstage le Jour J

Vadius (Adeline Arénas) & Trisottin (Benjamin Contamina) en coulisse le Jour J

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si, à titre personnel, je me sens pleine d’empathie pour le personnage d’Armande (joué par Coralie Mangin), le plus nuancé de la pièce, c’est surement le personnage de Bélise (Cindy Philippon) qui vous fera le plus rire ! C’est d’ailleurs assez dommage que l’entrée de son personnage (et en particulier la chanson qui l’accompagne) n’ait pas été applaudi à la première alors que sa prestation a été aussi bonne que les autres. « Public du jeudi », diront certaines dans les coulisses… Pourtant, le public a été plutôt réactif, voire électrique pour certaines chansons comme Hello, I love you chantée par Benjamin Contamina (Trisottin), l’une des meilleurs reprises des Doors que j’ai entendu ou encore Satisfaction interprétée avec passion par Adeline Arénas (Vadius) que je ne présente plus sur ce blog. Big up d’ailleurs aux musiciens qui les accompagnaient (Lisa Romestant, Robert Benz tous deux guitariste et bassiste du groupe de rock lyonnais Les Barjoks et Jean-Baptiste Maino à la batterie), on sent beaucoup d’alchimie et de complicité entre eux ce qui d’ailleurs vaut pour toute la troupe.

De gauche à droite : Armande (Coralie Mangin), Bélise (Cindy Philippon), Trisottin (Benjamin Contamina) et Philaminte (Maïté Cussey) (Crédits photo : P. Solli)

Niveau scénographie, j’ai vraiment été conquise par le travail de la metteure en scène. Bar, tables rondes, chaises rouges vintage, estrade pour les musiciens donnent le ton. On se croirait dans un resto américain digne de Pleasantville. Mais surtout, les cupcakes fournis par le salon de thé lyonnais LITTLE (Metro A : Ampère-Victor Hugo), sont plus qu’appétissants. Et pour avoir joué les hôtesses pour accueillir le public, j’ai même pu en goûter un avec l’aide d’amis après la représentation. Parce que le Théâtre d’Ishtar est aussi généreux autant sur scène qu’en promo vu que des cupcakes ont été gagnés avant et le jour de la représentation. Comme dans Charlie et la chocolaterie, il fallait trouver un fameux ticket d’or dans son programme ! De Willy Wonka à Molière, il n’y a qu’un pas.

Plus que les cupcakes, j’ai été touchée par le thème féministe naturellement évident grâce à l’ancrage dans les 60’s et qui ne m’a paru être une interprétation plus qu’acceptable de la pièce de Molière. Si comme les précieuses, les femmes savantes n’ont pas toujours bonne presse dans ses pièces, il s’agit tout de même d’une chance non négligeable pour du théâtre classique d’avoir une distribution en majorité féminine. Sachez d’ailleurs qu’une chanson sur les Femmes savantes a été écrite pour l’occasion et je peux vous assurer qu’elle reste dans la tête ! A quand le single, les filles ?

© Mickaël Capra

Cette mise en scène a l’air alléchante, n’est-ce pas ? Si vous avez râté la première session du 22 et 23 mai, sachez que la troupe a prévu d’autres représentations ! Rendez-vous le 05 mai à 20h30 à la MJC de Bron. Plus de détails pratiques sur la page de l’événement sur Facebook si vous êtes dans les environs ce jour-là. D’autres dates sont prévues, pour rester informer, n’hésitez pas à les suivre sur Facebook et sur Twitter.

« Du Domaine des Murmures » (Festival de Caves – Lyon)

1 Mai
9e édition du Festival de Caves  (26 avril-27 juin 2014) à Besançon et ses alentours, Lyon, Grenoble et dans une soixantaine d'autres villes.

9e édition du Festival de Caves (26 avril-27 juin 2014) à Besançon et ses alentours, Lyon, Grenoble et dans une soixantaine d’autres villes.

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Affiche du Festival de Caves

Du Domaine des Murmures est une adaptation mise en scène par José Pliya d’après le roman de Carole Martinez (Prix Goncourt des Lycéens 2011).

Portée par la comédienne, chanteuse et musicienne Léopoldine Hummel.

Dans le cadre de la 9e édition du Festival de Caves  (26 avril-27 juin 2014), créé et dirigé par Guillaume Dujardin  (Compagnie Mala Noche – Besançon).

 

On s’amuse bien à Lyon !

Il n’y a pas à dire, la nuit presque tombée (ce qui est tout relatif, vu la saison), Lyon regorge d’occasions de profiter de créations artistiques qui sortent de l’ordinaire.

Jacco Gardner @Marché Gare (Lyon) - 28 janvier 2014

Jacco Gardner @Marché Gare (Lyon) – 28 janvier 2014

Si ces derniers mois, j’ai principalement multiplié les concerts à Lyon des plus intimistes (ambiance cosy avec Jacco Gardner, la fraîcheur de sa musique soul de la sublime Lauren Housley ou le bluesman Paulo Furtado alias The Legendary Tigerman lors d’un concert surprise chaud bouillant mais intime dans la cave d’un pub sur les pentes de la Croix-Rousse) aux plus énormes (le rock’n’roll tant attendu du Black Rebel Motorcycle Club, l’un des meilleurs concerts de ma courte vie avec bis repetita Paul Furtado au Marché Gare quelques jours avant le concert surprise ou encore Kitty, Daisy & Lewis pour la Foire de Lyon), les sorties théâtrales se sont faites malheureusement plus rares.

Peter Hayes - BRMC @Le Radiant (Lyon) - 10 février 2014

Peter Hayes – BRMC @Le Radiant (Lyon) – 10 février 2014. Parce qu’un concert de rock peut aussi avoir des moments intimistes acoustiques en rappel.

Huit mois à Lyon et seulement (mais pas des moindres) Cendrillon au TNP, un petit bijou mis en scène par Joël Pommerat et une adaptation jouée en anglais et surtitrée en français du Julius Caesar de Shakespeare par une troupe étudiante de l’ENS, mis en scène par Simmi Singh avec une très jolie scénographie. Voilà, c’est un peu pauvre comparée à l’orgie musicale juste au-dessus.

Qu’à cela ne tienne, j’ai profité hier soir de l’escale lyonnaise du Festival de Caves depuis le week-end dernier pour rattraper mon retard en la matière et fêter la fin des exams mais surtout la fin momentanée de ma vie sociale pour cause de rédaction de mémoire de Master. Quoi de mieux que d’aller entendre l’histoire d’une recluse quand, un mois durant, on va soi-même se couper un peu du monde. En mai, fais ce qu’il te plait ? C’est cela oui.

Le Festival de Caves

J’ai entendu parlé du Festival de Caves plus ou moins l’été dernier grâce à un ami qui m’avait partagée son expérience, participant pour la 8e édition depuis la régie à la création et aux représentations à Besançon de Mlle Else d’après Arthur Schintzler, mise en scène par Charly Marty et avec Anais Mazan qui en a adapté le texte. De ce qu’il m’en avait parlé et vu ce qu’on voit et ce qu’en dit la comédienne dans la vidéo ci-dessus, je pense que ça m’aurait plu !

Guillaume Dujardin

Guillaume Dujardin

J’avais été vraiment enthousiasmée par ce projet génial de jouer dans des lieux souterrains devant un petit public pour l’ambiance bien sûr mais aussi pour ce que ça a d’insolite, de nouveau et de risqué scéniquement. Après tout, c’est un pari de choisir une unité de lieu aussi peu commune. Un peu comme les églises, la pierre et les caves voûtées ont une telle résonance que ces lieux hors-normes ont l’air fait pour le théâtre. Et pourtant, il fallait en avoir l’idée, « l’intuition », ce qui a été le cas de Guillaume Dujardin et de sa compagnie Mala Noche en 2005.

Depuis neuf ans, le festival est depuis longtemps sorti de l’ombre et du succès local autour de Besançon pour gagner un plus large public de Strasbourg à Montpellier en passant par Lyon/Villeurbanne, Grenoble, Toulouse, Bordeaux, Lille et même Paris ! Ce projet ambitieux n’en est pas moins humain : toucher à petite échelle un public certes élargi par la tournée française et européenne (le festival passant par Genève) mais restreint par la capacité des caves à pas plus de vingt personnes. Sans trahir, je l’espère, l’esprit du festival, je le vois à la fois comme un projet démocratique et privilégié en offrant dans les grandes villes une autre forme de théâtre et en rendant accessible tout bêtement le théâtre dans les petites villes et les villages là où il n’y en a pas forcément.

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Ce qui me touche donc, c’est l’approche différente au spectateur et la proximité créée entre les comédien(ne)s et nous. Pas de vilain « quatrième mur » ce qui est d’autant plus intéressant entre quatre murs dans un lieu aussi clos qu’une cave. Il s’agit presque de s’immerger, d’oublier qui joue et qui regarde pour mieux profiter pendant plus ou moins une heure de la beauté de la langue, d’une ou plusieurs voix et des histoires secrètes, des tabous qui sont contés.

Du Domaine des Murmures

« Ce château n’est pas de paroles déclamées sur le théâtre par un artiste qui userait de sa belle voix posée et de son corps entier comme d’un instrument d’ivoire. Non, ce lieu est tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu’il faut tendre l’oreille pour les percevoir. Des mots jamais inscrits, mais noués les uns aux autres et qui s’étirent en un chuintement doux. »

Léopoldine Hummel

Léopoldine Hummel

C’est presque par ces mots que la prestation de Léopoldine Hummel s’est achevée après un monologue intense (et je crois, éprouvant pour elle). Parmi le public et munie du micro à pied qui l’avait accompagné dans le minuscule angle de la cave pendant une heure devant nous, la comédienne raconte comme une narratrice d’une voix presque impersonnelle l’histoire résumée d’Esclamonde qu’elle a incarné si passionnément. Toutes les clés sont ainsi données, heureusement à la fin, pour mieux reconstruire ce que le monologue a dit sans dire. Plus que tout, on comprend mieux à quel point l’histoire d’Esclamonde, qui peut paraître bien éloignée de notre vécu, de notre monde et de notre façon de parler, résonne en nous de façon presque universelle. Esclamonde est réduite à une voix mais aussi à « une borne entre les mondes » et les âges :

« Écoute !
Je suis l’ombre qui cause.
Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister.
Je suis la vierge des Murmures. A qui toi peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l’espoir des emmurées. »

John-Everrett Millais, St agnes Eve (c. 1850) - Tate Gallery

John-Everrett Millais, St Agnes Eve (c. 1850) – Tate Gallery

Une jeune fille qui dit « non » devant l’autel, se tranche l’oreille pour montrer à quel point elle est déterminée à refuser un mariage forcé voulu par son père et qui, paradoxalement, gagne sa liberté par la réclusion en se donnant à Dieu. Vierge et pourtant « miraculeusement » mère… Coupée du monde et pourtant ne pouvant s’en défaire, tant, depuis la fénestrelle de son réclusoire, elle doit supporter les suppliques des pèlerins.

« Très vite, j’ai remarqué qu’on parlait surtout à mon oreille mutilée, qu’on se penchait ostensiblement vers elle pour y lâcher ses phrases. Mon oreille absente avait la profondeur d’un puits, on y jetait pêle-mêle tout ce que Dieu devait savoir. »

J’ai eu l’impression d’assister à un fait-divers médiéval ou à une version de Peau d’Âne qui aurait mal tourné. Ainsi placés devant Léopoldine Hummel, on était presque mis malgré soi en position de pèlerin : un de plus ou plutôt un de trop où, prise de faiblesse, Esclamonde se serait mise à déballer son histoire, à parler à son père, à son fils, à Dieu comme si elle nous prenait pour eux. C’est la parole qui devient libératrice, même si c’est par flot parfois chaotique, qui place Esclamonde entre la raison et la folie.

J’ai vraiment été touchée par le jeu tout en finesse de Léopoldine Hummel qui, toute menue, a su transmettre la force et la voix intérieures de son personnage. Après la lecture du résumé avant d’y assister, j’avais peur du traitement du thème religieux pas pour lui-même mais pour son décalage et son sérieux et, pourtant, j’ai trouvé que la comédienne rendait très humaine et actuelle cette histoire de vierge-mère. Comme l’écrit le metteur en scène José Pliya, « ce qui me séduit dans Du domaine… c’est l’idée d’explorer la relation des filles aux pères, des mères aux fils »  En ce sens, le thème religieux devient presque une métaphore, un langage particulier pour parler d’une relation complexe et pleine de non-dits et de tabous.

Léopoldine Hummel (Esclamonde)

Il y avait aussi un jeu assez astucieux sur les voix notamment grâce au micro dont la présence au début m’a pourtant rendu un peu perplexe. Après tout la voix douce de la comédienne a su aussi devenir plus forte voire violente quand il le fallait. Pourquoi un micro ? Visiblement, il s’agit de jouer sur la polyphonie du titre « du domaine des murmures » comme une double adresse : celle du lieu de réclusion et de la voix de la récluse qui murmure ses choix et ses dilemmes. En transformant la voix de la comédienne, le micro a permis de traduire la voix intérieure sous toutes ses formes du personnage.

La scénographie épurée et la musique médiévale présente à la fois pour introduire et conclure le monologue avant la prise de parole de la « narratrice » parmi le public m’a semblé intéressante même si la voix de Léopoldine Hummel seule aurait presque suffi. Par contre, j’ai été plutôt conquise par le jeu avec les pierres et les cailloux qui jonchaient la cellule imaginaire d’Esclamonde surtout quand elle les égraine ce qui donne bien l’impression de façon concrète et simple que le temps passe.

Contraintes du lieu oblige, j’avoue avoir été un peu déçue par la cave en elle-même : j’aurais adoré voir cette performance dans une vraie cave voûtée et peut-être plus coupée des bruits de la rue même si se retrouver dans la cave du café « Le Moulin joli » (place des Terreaux) a visiblement enchanté d’autres spectatrices vu ce que j’ai pu entendre en descendant les escaliers.

Je regrette aussi le peu de réactivité du public. C’est un point de vue tout relatif de quelqu’un qui est généralement comme on dit « bon public ». J’ai vraiment senti des pointes d’humour, d’ironie et de cynisme qui égaillaient le sérieux du propos et donnaient aussi à penser. Par exemple, la sérénade du fiancé éconduit chanté par la comédienne, l’évocation des ébats des amants Bérengère et Martin qui lui offrent de la délivrer ou encore l’histoire de la fraise des bois qui lui rappelle sa mère (« Une fraise des bois ! L’infini à portée de bouche ! ») m’ont fait rire et sourire, ce qui visiblement n’était pas le cas de tout le monde…

« Mais de mon désir, nul ne se souciait. Qui se serait égaré à questionner une jeune femme sur son vouloir? Paroles de femme n’étaient alors que babillages. Désirs de femme dangereux caprices à balayer d’un mot, d’un coup de verge. »

Forcément, ce fait-divers médiéval a beaucoup de résonances féministes mais j’ai été agréablement surprise par la variété du public choisi : sur une quinzaine de personnes, il y avait autant de jeunes femmes que des hommes d’âges mûrs et aussi des adolescentes preuve que le Festival de Caves sait rassembler les générations.

Affiche 2012 du Festivak de Caves

Affiche 2012 du Festival de Caves

Du Domaines des Murmures est encore à Lyon jusqu’à aujourd’hui et en tournée dans toute la France : Grenoble (2, 3 & 4 mai), Bordeaux (14 mai), Toulouse (15 mai) ou à Besançon (19 & 20 mai). Réservations : 03.81. 61.79.53

Programmation complète sur le site du Festival de Caves.

Merci à Thomas, le jeune homme de l’ombre derrière la régie, qui m’a conseillé d’aller voir Du Domaine des murmures. 😉

« Cymbeline » de William Shakespeare

29 Déc
Edward BURNE-JONES, Sleeping Beauty (1871, Manchester Art Gallery)

Edward BURNE-JONES, Sleeping Beauty (1871) – Manchester Art Gallery

« Fear no more the heat o’ the sun,

Nor the furious winter’s rages; »

Cymbeline, Acte IV, Scène 2.

La Belle au Bois Dormant, c’est un peu La Bouteille à la Mer ces derniers temps. Que je vous rassure, depuis Being Human (qui a eu son petit succès après la publication de cet article, Aidan Turner fait toujours ce petit effet-là), j’ai lu, vu et découvert bien d’autres choses mais faute de temps, je n’ai pas pu vous le partager comme d’habitude. Peut-être aussi que je n’en ai pas ressenti le besoin et qu’il me fallait faire une (énième ?) pause pour profiter du quotidien.

Mais ça, c’était avant Cymbeline de notre ami William Shakespeare. (Shakespeare est un remède à tous les maux, c’est bien connu.)

Imogen, Cymbeline

Imogène (Illustration du Shakespeare’s Heroines d’Anna Jameson)

D’autant plus que la vraie Belle au Bois Dormant dans cette histoire, c’est Imogène, l’héroïne de la pièce. Pas littéralement, je vous rassure, sinon il n’y aurait pas eu beaucoup d’action pour du Shakespeare si tout le monde avait été endormi. (Et on se serait ennuyé ferme.) C’est juste l’image que j’ai eu d’elle durant l’une des scènes cruciales de la pièce où elle dort. Au lieu de lui voler un baiser telle Aurora, Iachimo, une espèce  de Don Juan beau-parleur et manipulateur,  va lui subtiliser un bracelet qui va servir de prétexte pour un long quiproquo sur la perte ou non de la vertu de la damoiselle et de son infidélité puisqu’elle s’est mariée à Léonatus Posthumus et, comble du scandale, sans le consentement de son roi de père, Cymbeline.

Dudley, Robert, fl. 1858-1893, printmaker. Posthumus: "My queen! My mistress! O lady weep no more!" Cymbelin …

Posthumus & Imogène : Gravure de Robert Dudley (1858-1893,) 
Posthumus: « My queen! My mistress! O lady weep no more! » in Cymbeline

Orphelin et pupille du roi (donc sans le sous !), Posthumus n’est certes pas le parti idéal pour l’héritière du royaume de Bretagne depuis la disparition de ses deux frères aînés qu’elle n’a jamais connu. La force de caractère d’Imogène va valoir pour Posthumus, tel Roméo,  un bannissement ad vitam aeternam. Enfin, presque.  Sinon, ça ne serait pas drôle. 

Vous allez me dire, qu’est-ce qui m’a pris de lire une pièce si peu connue de Shakespeare alors que j’aurais pu continuer dans ma lancée après Richard III avec Le marchand de VeniseLa Tempête ou Le Conte d’Hiver (c’est de saison, en plus) que j’avais sous la main ?

Tout est parti par fangirling intelligent de la vidéo d’une interview de Tom Hiddleston (plus à présenter) qui, en bon homme parfait shakespearien, a cité de mémoire une réplique de Posthumus (qu’il a interprété en 2010 sous la direction de Declan Donnellan). Et comme le Monsieur s’y connait en belles choses et aime les partager, ça donne ça :

« Reste là, ô mon âme, suspendue comme un fruit

Jusqu’à ce que l’arbre  ne meurt. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autant vous dire, que ni une, ni deux après un petit arrêt sur image (pas désagréable) et quelques « que c’est beau ! », je l’ai noté dans mon carnet fourre-tout. First step. Puis, un samedi alors que j’avais clairement d’autres choses de prévu,  Adeline et Matilda se sont mises à se crêper intelligemment le chignon sur un statut FB à propos de cette pièce et surtout de Posthumus. Crétin influençable et jaloux ou héros romantique badass et imperturbable ? Curieuse comme pas deux et comme j’avais eu droit à un panégyrique depuis quelques jours à son sujet par la première, il fallait que je sois fixée.

Cymbeline (David Colling dans la mise en scène de Declan Donnellan par la compagnie Cheek by Jowl)

Cymbeline (David Colling dans la mise en scène de Declan Donnellan par la compagnie Cheek by Jowl en 2010)

Trêve de bavardage, parlons de Cymbeline ! Il ne faut pas se fier au titre de la pièce : ce roi celte est plus secondaire qu’autre chose, réduit à un père tyrannique, un roi ingrat et aveuglé par sa reine, la belle-mère d’Imogène. Un bougre d’idiot, en somme. Pourtant, c’est un personnage historiquement attesté et qui a nourri de nombreuses légendes. Il aurait ressuscité d’entre les morts, rien que ça, avec les parallèles que vous imaginez. Mais tout ça est mis de coté même si bien sûr, Shakespeare raffole (et nous avec!) des sorcières et des esprits revenus d’entre les morts. Cymbeline ne fera pas exception avec une scène où Posthumus est visité par les esprits bienveillants de sa famille, non comme les esprits des victimes de Richard III qui lui font passer un mauvais quart d’heure. Mais, si la part de reconstruction historique est très présente (avec une vraie scène de bataille entre Romains et Bretons qui doit être assez coton à mettre en scène), ce n’est moins la légende plus ou moins fantasmée du roi Cymbeline qui est mise en avant que le conflit domestique entre le roi et son héritière, la marâtre et sa belle-fille et surtout autour de la mésalliance entre Imogène et Posthumus.

cymbeline-romance

Affiche de Cymbeline au Timms Centre  (Canada, 2012)

C’est d’ailleurs ce qui rend Cymbeline si unique, à mi chemin entre la tragédie  et la comédie, et donc si plaisante à lire. Comme certaines pièces tardives du Barde, il s’agit d’une « romance » qui réinvestie un genre médiéval (avec les codes de la chevalerie qui vont avec) nourri d’aventures, d’éventements fantastiques, d’allégories et surtout d’une opposition entre la vie de cour et la vie pastorale. A titre personnel, même si c’est un peu anachronique, j’y vois plutôt une pièce qui annonce la comedy of manners (ou comédie de mœurs) appliquée à une satire de la société de cour et des rivalités et autres complots qui s’y jouent. Cette petite classification peut paraître idiote et artificielle mais cela montre à quel point cette pièce, en apparence simple et qui pourrait être réduite à un pauvre conte de fée (Imogène en Cendrillon dotée d’une méchante marâtre, Posthumus en prince banni, les petits princes enlevés au berceau, etc), est assez complexe pour emprunter de nombreux motifs à des genres  très différents.

Imogène dans la grotte - Gravure de Boydell d'après Richard Westfall (1803)

Imogène dans la grotte – Gravure de Boydell d’après Richard Westfall (1803)

Mais ce qui m’a le plus touchée, c’est le traitement du personnage d’Imogène qui, comme la délicieuse Viola dans La Nuit des Rois, doit se travestir en homme pour quitter la cour et prendre en main son destin. Elle est aidée par l’un des personnages de valets le plus développé que je connaisse chez Shakespeare, capable de désobéir à son maître Posthumus pour le bien d’Imogène. Je ne sais pas si Beaumarchais a lu Cymbeline mais Pisanio m’a beaucoup fait pensé à Figaro pour ses paroles libres et je l’ai aimé presque au même titre. Si Imogène est bien guidée, elle reste un personnage féminin très fort comme souvent chez Shakespeare. Mais, contrairement à une Juliette (qui est pourtant aussi séparée de son bien-aimé), Imogène a beaucoup plus de sang froid, revendiquant son indépendance non seulement envers son père mais aussi et surtout envers Posthumus alors qu’il la croit indigne de sa confiance.

Illustration d'Arthur Rackham des Tales from Shakespeare de Charles Lamb

Illustration d’Arthur Rackham des Tales from Shakespeare de Charles & Mary Lamb

L’épisode du déguisement d’Imogène entraîne l’une de mes scènes préférées : la rencontre avec une famille de marginaux dans les montagnes galloises. Si Bélarius, le seigneur déchu, peut paraître un peu plat, ce sont surtout ses « fils » qui m’ont touchés, à la fois droits, fougueux et drôles (surtout malgré eux : les mots d’amour et les « je vous aime comme une soeur » à leur première rencontre avec Imogène, c’était un peu gros!).  Mais c’est surtout le chant funèbre qu’ils chantent ensemble (dont j’ai cité les premiers vers au début de ce billet) qui m’a toute émotionnée quand Imogène a toutes les apparences de la mort (là encore, toute ressemblance avec Juliette serait purement fortuite…) Si vous voulez apprécier pleinement quoique différemment ce passage, vous pouvez écouter la magnifique interprétation de chant funèbre par l’harpiste Loreena McKennitt qui l’a mis en musique et chanté. C ‘est de toute beauté :

Pour la petite anecdote, selon l’un de ses professeurs, le jeune John Keats aurait versé sa petite larme lors de la scène des adieux entre Imogène et Posthumus, le laissant incapable de continuer sa lecture. Pourtant, cette scène n’a rien de larmoyante. Tout sonne juste, sans pathos surtout l’image qu’Imogène utilise lorsqu’elle enguirlande son valet pour n’avoir pas attendu le départ complet du bateau pour l’Italie alors qu’elle serait restée jusqu’à ce que Posthumus soit plus petit au loin qu’une mouche :

« I would have broke mine eye-strings; crack’d them, but
To look upon him, till the diminution
Of space had pointed him sharp as my needle,
Nay, follow’d him, till he had melted from
The smallness of a gnat to air.

(Acte I, Scène III)

Même si Cymbeline a pour thème principal la jalousie de Posthumus (ce qui ne lui rend pas hommage), c’est surtout son honneur et sa droiture tout en étant  un marginal qui lui donne sa force dramatique. Vous aurez remarqué que j’ai été plus touchée par Imogène que par Posthumus mais pour une analyse plus complète et totalement subjective de ce marginal au grand coeur, Adeline a fait ça très bien ! Ni la jalousie de Posthumus, ni l’innocence d’Imogène se sont stéréotypées dans la mesure où le conflit qui les opposent – se faire confiance malgré l’adversité – participent d’une sorte de parcours initiatique ce qui rejoint l’apparence de conte de fée que peut avoir cette pièce. Mais qui a dit que nous étions trop vieux pour lire des contes de fée ?

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C.S Lewis dans la préface de The Lion, The Witch and the Wardrobe adressée à sa filleule 

J’espère avoir la chance un jour de voir une mise en scène de cette pièce mais, pour l’instant, je bave devant celle de Declan Donnellan non seulement parce que je suis assez emballée par le choix d’avoir fait interpréter par Tom Hiddleston à la fois Posthumus et son rival Cloten, le fils de la reine, mais surtout parce que j’avais eu la chance de voir son Macbeth modernisé au Théâtre des Gémeaux à Sceaux et que c’était une vraie merveille. Heureusement, Arte et Youtube permettent de voir un reportage passionnant (et sous-titré, les enfants !) sur les coulisses de la représentation et l’intérêt (si c’était encore à prouver) de jouer aujourd’hui Shakespeare et Cymbeline !

Josie McNee & Tom Hiddleston in Cymbeline" de Rosie Haghighi

Josie McNee & Tom Hiddleston  dans Cymbeline : une linogravure  de Rosie Haghighi

D’ailleurs, en fouillant pour illustrer mon billet, je suis tombée sur le tumblr, puis la page FB et même le compte twitter de la merveilleuse Rosie Haghighi qui a créé une linogravure dont je suis tombée amoureuse justement inspirée de la mise en scène de Declan Donnellan. Rosie a gentillement accepter que je l’utilise. Courez voir ce qu’elle fait, toutes ses œuvres ont de l’idée et pour avoir un peu échangé avec elle, vu sa gentillesse, Rosie mérite son talent ! Thank you so much for your kindness, Rosie! I can’t wait to see your future well-designed work! 🙂

« Being Human » (BBC, 2008) (Saison 1)

13 Oct
George, Mitchell & Annie (Being Human - ©SHParsons

George, Mitchell & Annie (Being Human – ©SHParsons)

Being Human (BBC Three, 2008-2013), créé par Toby Whithouse au format de 6-8 épisodes de 58′ par saison. Avec Aidan Turner (John Mitchell), Russell Tovey (George Sands), Lenora Crichlow (Annie Sawyer), Sinead Keenan (Nina Pickering), Annabel Scholey (Lauren) & Alex Price (Gilbert). 

Trois colocataires partagent une maison à Bristol. Deux jeunes hommes et une jeune femme comme les autres… paranormaux en vérité, car Mitchell est un vampire, George un loup-garou et Annie une revenante en quête d’une vie pseudo-normale. Comment rester humain malgré sa différence ?

Quand on partage une coloc d’écrivains avec une autre blogueuse, Adeline, qui s’y connait en entretiens avec un vampire, on ne peut qu’en venir à regarder et aimer Being Human. Et pourtant, ce n’était pas forcément gagné : que Dracula me pardonne, je ne suis pas une fan de vampires. L’effusion d’hémoglobine n’éveille rien en moi, ni même le fantasme d’immortalité ou la métaphore pseudo-érotique de la morsure dans le cou pour aspirer le fluide vital de son/sa partenaire comme ultime jouissance.

Mitchell (Aidan Turner)

Mais ça, c’était avant que les vampires rient comme Aidan Turner et qu’ils portent si bien sur leur figure « je suis un ONS d’enfer » en enlevant désobligeamment une paire de lunettes de soleil ou en arborant  une mou du style « Je tue mais je me soigne ». La fraîcheur et l’air enjoué, blagueur du personnage de Mitchell, malgré ses démons intérieurs, m’ont rappelé très souvent Desperate Romantics et son rôle de Dante Gabriel Rossetti ce qui rend d’emblée ce vampire dans la catégorie des marginaux. En effet, au début de la série, Mitchell décide de se « sevrer » : ne plus tuer (et particulièrement ses petites amies), devenir plus humain que monstre et vivre une vie (presque) normale pour mieux s’intégrer parmi les humains. Vous vous imaginez bien que ça ne va pas être de tout repos, surtout quand on est  un être de désir qui répond au désir par le désir…

La maison d’Annie

D’ailleurs, c’est l’idée de vivre normalement parmi les humains qui a poussé Mitchell et George de co-louer cette maison à Bristol avant de se rendre compte que cette maison en guimauve était hantée par le fantôme de l’ancienne propriétaire, Annie qui, depuis sa mort (un an plus tôt), a plus ou moins fait fuir les anciens locataires. En tant qu’êtres  un peu spéciaux, ils sont les premiers à la voir et à lui  parler.

Annie (Lenora Crichlow)

Annie, c’est  un peu la boute-en-train du trio, et là encore, la série déplace le codes habituels sur les revenants pour en aire quelqu’un de certes parfois un peu émotive, se déplaçant d’une pièce à une autre, cassant ou bougeant deux-trois objets sur son passage sous le coup de l’émotion mais ça n’en fait pas une Mimi Geignarde pour autant ! Elle a plus l’étoffe d’une ange gardien qu’autre chose et je dois avouer que sa frimousse, ses mimiques et sa personnalité m’ont plu dès les premières minutes de visionnage. Ça faisait longtemps qu’ un personnage féminin ne m’avait pas fait glousser !

George (Russell Tovey)

Mais surtout, il y a George. Comment vous parlez sérieusement et calmement de George ? Il est tellement anglais ! (compliment ultime) Je connaissais déjà Russell Tovey depuis Little Dorrit où il avait déjà  un bon potentiel comique  mais là, comme le dirait Adeline, « c’est le meilleur coloc du monde ».

Bernie (Ep. 4 « Another Fine Mess »

Il a  une sacrée propension incroyable à atteindre les aigus quand il crie comme une fillette ce que j’avais déjà remarqué dans Little Dorrit, by the way. (On ne change pas une équipe qui  gagne…) Bref, George n’a aps l’aisance de Mitchell niveau confiance en soi mais i l remuera votre petit coeur. Surtout quand il parle de sa lycanthropie et de la souffrance de ses transformations. Le deuxième épisode, Tully, est clairement l’un des plus durs émotionnellement avec la fin de l’épisode 3 (« Ghost Town ») mais ça, c’est parce que j’ai pleuré comme une madeleine et j’ai mes raisons !

La vie en colocation

Vous l’aurez compris, Being Human n’a rien d’une série fantastique comme les autres  malgré  un certain « bestiaire » en commun, des éléments paranormaux, une vie souterraine et surtout  une bande de méchants pas beaux légèrement psychopathes et sadiques sur les bords. C’est surtout  une série dans la tradition des séries comiques de flatmates (Friends, bien sûr mais aussi plus récemment Threesome avec deux acteurs-chouchous : Emun Elliott & Stephen Wight repérés dans The Paradise) avec une veine fantastique mais comme une majeur partie de l’action se passe dans la maison d’Annie (considérée comme une sorte de planque ou d’havre de paix), on est pleinement immergé dans la vie de ces trois colocataires avec les rigolades et les prises de bec habituels.

Aidan Turner (Mitchell) & Lenora Crichlow (Annie)

Russell Tovey (George)

Mitchell (Aidan Turner)

Ce qui rend Being Human très attractif pour quelqu’un qui n’est pas fan de vampires et de tueries sanglantes, c’est la force dramatique et les conflits intérieurs qui perturbent ces trois êtres hybrides qui n’arrivent pas à trouver une place dans ce monde qui les exclue ou qu’ils choisissent de renier. Autant Mitchell que George sont tiraillés par leurs penchants plus ou moins bestiaux ou sauvages : si c’est la culpabilité qui hante  l’un, c’est le déni de sa nature profonde et de sa double  personnalité qui bloque l’autre. L’un a trop assumé a bête en lui, l’autre cherche par tous les moyens à la nier.On s’étonne après qu’ils soient si complémentaires !

« They were just two souls united by fear and solitude. Lost in the dark. Fate pushed them together and now they were going to find out why. » (ANNIE – Ep. 6 « Bad Moon Rise »)

Nina (Sinead Keenan) & George (Russell Tovey)

Ce n’est d’ailleurs pas seulement  une question d’identité et de quête de soi ; Being Human exploite à merveille ce que ça représente d’être différent et en quoi l’attrait de la normalité (concept bien artificiel) peut être fort dans nos choix de vie. Il ne s’agit pas d’être humain (de correspondre à une espèce, une nature, une essence), il s’agit d’en être digne, de suivre et de choisir une éthique particulière et des valeurs universelles qui unissent tout un chacun, quelque soit son identité. L’amitié, l’amour, le sens du sacrifice, ça peut paraître des valeurs un peu niaises pour finir cette saison et, pourtant, au bout de six épisodes de Being Human, il n’y a pas eu de plus belle définition de l’humanité. Choisir l’humanité, la générosité et le bonheur, est-ce être lâche ? faible ? Autant Nina (Sinéad Keenan) dans la vie de George, que Bernie ou Josie dans celle de Mitchell ou encore Gilbert (Alex Price) dans celle d’Annie ancre le trio dans le sentiment humain le plus pur qui soit, l’amour. Ca fait peut être cucu la praline e dire les choses ainsi mais jouer constamment les blasés, les cyniques et les durs à cuire n’est pas forcément une preuve d’intelligence supérieure. Malgré  un tel « message », Being Human évite un certain manichéisme attendu en brouillant les « camps » de chacun et insistant sur le choix de devenir humain ou inhumain là où la raison de la transformation des trois personnages a été subie.

Avant de conclure, j’ai eu envie de rendre hommage au beau travail  de caractérisation des personnages dans cette  série. Comme souvent à la BBC, le casting est toujours impeccable. Tous les personnages ont de l’ampleur, même les plus secondaires, ceux qu’on ne croisent qu’un seul épisode comme celui de Tully (le loup-garou qui a transformé George) ou encore Gilbert qui est un peu mon chouchou dans cette saison alors qu’on ne le voit que dans un seul épisode. Et pourtant, il est parfait. Gilbert est un fantôme qui va énormément aider Annie à encaisser les raisons de sa mort Disparu dans les années 80, on le rencontre dans un night club et on comprend de suite que c’est un féru de musique. Cet épisode, est d’ailleurs juste sublime rien que dans sa bande son mais, de manière générale, tous les épisodes sont très soignés en la matière sans que la musique paraisse trop envahissante. Bref, Gilbert est typiquement anglais, Gilbert danse comme un dieu, Gilbert lit Nietzsche en fumant et Gilbert est à la fois cynique et touchant. Bref, je l’aime d’amour.

Gilbert 

(Alex Price)

est

merveilleux !

Fan (ou pas) de vampires, de loups-garoux, de fantômes, ne ratez pas le coche, regardez Being Human. J’ai commencé hier la saison 2 et, croyez moi, le meilleur est à venir !

Où se procurer Being Human (Saison 1) ?

Being Human – DVD (import anglais, sans sous-titrage français)

EUR 7, 99

(Vu qu’elle a bien été diffusée en France, une version française est forcément disponible quelque part mais pas sur Amazon d’après mes recherches. Mais ça va de soi de les séries de la BBC ont un charme unique en VO. A bon entendeur !)

Challenge Halloween chez Lou et Hilde – Première participation

Poésie de Charlotte, Emily, Anne & Branwell Brontë

29 Sep
Emily Bronte (Isabelle Adjani), Charlotte Bronte (Marie-France Pisier) & Anne Bronte (Isabelle Huppert)

Emily  (Isabelle Adjani), Charlotte (Marie-France Pisier) et Anne Brontë (Isabelle Huppert) dans Les Sœurs Brontë

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

 

 

 

 

 

 

 

 

« Sweet Love of youth, forgive if I forget thee,

While the world’s tide is bearing me along:

Sterner desires and other hopes beset me,

Hopes which obscure, but cannot do thee wrong! »

 Emily Bronte, « Remembrance »

Charlotte Brontë

Charlotte Brontë

Pour cette nouvelle édition 2013-2014 de mon rendez-vous mensue« Un mois, un extrait » créé il y un an, j’ai eu envie de mettre en avant les premiers amours de ce blog, qui fête déjà sa première année d’activité régulière, tout ça à bon port et avec un équipage et des passagers tous plus fidèles les uns que les autres ! Et comme j’ai déjà beaucoup parlé  des talents narratifs de la famille Brontë, principalement grâce à Charlotte avec Jane Eyre & Le Professeur, j’ai eu envie de vous faire découvrir leurs œuvres plus méconnues, à savoir la poésie de la famille Brontë qui se sont tous les quatre essayés à cet art exigeant et sensible.

Mais avant toute chose…

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !
« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :
#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 
#6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST 
#7: De profundis d’Oscar Wilde
#8: Look Back in Anger de John Osborne 
 
Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page.
Si vous voulez participer avec moi à ce rendez-vous de partage ou si  vous avez un conseil de lecture particulier, contactez-moi à l’adresse bottleinasea[at]gmail.com ou à l’aide des commentaires ci-dessous.
Emily Brontë

Emily Brontë

Ma première approche de la poésie des Brontë a été celle d’Emily grâce au petit recueil bilingue Poèmes de la Nrf. Généralement considérée comme la meilleure poétesse de la famille pour sa sensibilité et la maturité de ses thèmes de prédilection. Si j’ai commencé ce billet justement par des vers de son poème « Remembrance » (découvert grâce à la vidéo ci-dessous) c’est que je partage cet avis et l’univers d’Emily très longtemps depuis ma lecture de Wuthering Heights, peut-être le roman qui résume le mieux les aspirations de l’adolescence pour la passion avant de s’assagir un peu ! (ou pas)

Mais si on se souvient plus facilement de la fraîcheur, du poids du désir et de la fascination des landes chez Emily, le poème qui suit montre une facette plus grave, à la recherche d’un repos apaisé pour faire taire sa conscience et ses interrogations. Qu’est-ce qu’une journée bien remplie peut nous apprendre, propice a priori au repos bien mérité ? Et pourtant, qui sème le vent récolte la tempête ! La conscience, la culpabilité ont beaucoup à dire et mentent tout autant ! Seule la mort peut pleinement nous apaiser ou, ici-bas, la tranquillité qu’offre l’heure de minuit suffit-elle tout simplement ?

SELF-INTERROGATION

Emily Brontë

“The evening passes fast away.
’Tis almost time to rest;
What thoughts has left the vanished day,
What feelings in thy breast?

“The vanished day? It leaves a sense
Of labour hardly done;
Of little gained with vast expense—
A sense of grief alone?

“Time stands before the door of Death,
Upbraiding bitterly
And Conscience, with exhaustless breath,
Pours black reproach on me:

“And though I’ve said that Conscience lies
And Time should Fate condemn;
Still, sad Repentance clouds my eyes,
And makes me yield to them!

“Then art thou glad to seek repose?
Art glad to leave the sea,
And anchor all thy weary woes
In calm Eternity?

“Nothing regrets to see thee go—
Not one voice sobs’ farewell;’
And where thy heart has suffered so,
Canst thou desire to dwell?”

“Alas! the countless links are strong
That bind us to our clay;
The loving spirit lingers long,
And would not pass away!

“And rest is sweet, when laurelled fame
Will crown the soldier’s crest;
But a brave heart, with a tarnished name,
Would rather fight than rest.

“Well, thou hast fought for many a year,
Hast fought thy whole life through,
Hast humbled Falsehood, trampled Fear;
What is there left to do?

“’Tis true, this arm has hotly striven,
Has dared what few would dare;
Much have I done, and freely given,
But little learnt to bear!

“Look on the grave where thou must sleep
Thy last, and strongest foe;
It is endurance not to weep,
If that repose seem woe.

“The long war closing in defeat—
Defeat serenely borne,—
Thy midnight rest may still be sweet,
And break in glorious morn!”

Charlotte Brontë

J’ai toujours pensé que Charlotte était la plus stoïcienne de la famille Brontë, à l’image de Jane Eyre, souffrant  parfois mais, avec son bon sens habituel, se ressaisissant toujours avec courage (« bear{ing] a cheerful spirit still ») après être passée par une phase nécessaire de passion intense ou de découragement. J’ai toujours apprécié  ça dans son écriture et chez ses personnages : le retour au bon sens sans forcément dénié que nous sommes des êtres qui souffrent, aiment et ressentent profondément l’absence de l’être aimé sans forcément, tel un Heathcliff péter une durite, exhumer le cadavre de Cathy, hanté par son absence-présence. Malgré un sujet assez sérieux et grave, Charlotte réussie à produire un poème extrêmement lumineux, plein d’espoir. Mes vers préférés restant :

« When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are.

(…)

We can meet again, in thought. »

Et croyez-moi, écouter ce poème sur son mp3 (et particulièrement ces vers), en traversant un pont tout en observant les reflets du Rhône,  ça n’a pas de prix.

« PARTING »

Charlotte Brontë

THERE’S no use in weeping, 
Though we are condemned to part: 
There’s such a thing as keeping 
A remembrance in one’s heart: 

There’s such a thing as dwelling 
On the thought ourselves have nurs’d, 
And with scorn and courage telling 
The world to do its worst. 

We’ll not let its follies grieve us, 
We’ll just take them as they come; 
And then every day will leave us 
A merry laugh for home. 

When we’ve left each friend and brother, 
When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are. 

Every glorious sight above us, 
Every pleasant sight beneath, 
We’ll connect with those that love us, 
Whom we truly love till death ! 

In the evening, when we’re sitting 
By the fire perchance alone, 
Then shall heart with warm heart meeting, 
Give responsive tone for tone. 

We can burst the bonds which chain us, 
Which cold human hands have wrought, 
And where none shall dare restrain us 
We can meet again, in thought. 

So there’s no use in weeping, 
Bear a cheerful spirit still; 
Never doubt that Fate is keeping 
Future good for present ill ! 

Anne Brontë

Anne Brontë

Anne est clairement la soeur Brontë que je connais le moins, n’ayant pour l’instant lu aucun de ses romans et ce n’est pas faute d’avoir Agnès Grey et The Tenant of Wildfell Hall dans ma PAL. J’espère profiter de 2013-2014 et du Challenge « Les Soeurs Brontë » chez Missycornish pour remédier à cette lacune. Pour compenser, en achetant le volume 1 du CD The Brontes : The Poems en juin dernier, j’ai pu écouter un certain nombre des poèmes d’Anne, au même titre que ceux des trois autres Brontë. Dans mon imaginaire, Anne est pour moi la plus « sage » de ses soeurs, peut-être aussi la plus pieuse, persuadée qu’un roman doit être avant-tout le medium d’une leçon morale. Très terre-à-terre et réaliste, Anne est la gouvernante par excellence, celle qui enseigne sans pouvoir se laisser porter par ses rêves. Et pourtant, l’espace du poème, du moins celui que j’ai choisi, semble plus aérien : on est emporté par la fraîcheur des souvenirs, l’enfance, la pureté et pourtant, ce n’est qu’un état de grâce puisque la souffrance (« grief (although, perchance, their stay be brief) ») perturbe ce moment parfait ce qui n’est pas étonnant puisque les sœurs Brontë ont connu très jeune le deuil, autant de leur mère que de leurs sœurs aînées emportées par la tuberculose. Toutefois, tout comme Charlotte, ces souvenirs heureux et lumineux permettent tout de même d’être rappelés à la vie pour mieux avancer au jour le jour en cas de détresse présente…

MEMORY

Anne Brontë

BRIGHTLY the sun of summer shone
Green fields and waving woods upon,

And soft winds wandered by;
Above, a sky of purest blue,
Around, bright flowers of loveliest hue,
Allured the gazer’s eye.

But what were all these charms to me,
When one sweet breath of memory
Came gently wafting by?
I closed my eyes against the day,
And called my willing soul away,
From earth, and air, and sky;

That I might simply fancy there
One little flower–a primrose fair,
Just opening into sight;
As in the days of infancy,
An opening primrose seemed to me
A source of strange delight.

Sweet Memory! ever smile on me;
Nature’s chief beauties spring from thee;
Oh, still thy tribute bring
Still make the golden crocus shine
Among the flowers the most divine,
The glory of the spring.

Still in the wallflower’s fragrance dwell;
And hover round the slight bluebell,
My childhood’s darling flower.
Smile on the little daisy still,
The buttercup’s bright goblet fill
With all thy former power.

For ever hang thy dreamy spell
Round mountain star and heather bell,
And do not pass away
From sparkling frost, or wreathed snow,
And whisper when the wild winds blow,
Or rippling waters play.

Is childhood, then, so all divine?
Or Memory, is the glory thine,
That haloes thus the past?
Not ALL divine; its pangs of grief
(Although, perchance, their stay be brief)
Are bitter while they last.

Nor is the glory all thine own,
For on our earliest joys alone
That holy light is cast.
With such a ray, no spell of thine
Can make our later pleasures shine,
Though long ago they passed.

branwell (1)

Patrick Branwell Brontë

Quand on aime les écrits des soeurs Brontë, Branwell est presque une légende. Cet Heathcliff, ce Rochester des mauvais jours est aussi un homme à part entière, assez méconnu et pourtant génial : écrivain né depuis le monde imaginaire de Glass Town et d’Angria créé par les enfants Brontë, portraitiste et précepteur. On a tout(e)s en tête le portrait des sœurs Brontë peint par Branwell où il s’est délibérément effacé pour ne pas surchargé le tableau. Cette disparition de la figure du frère est presque symbolique, tellement  il est à la fois toujours dans l’ombre de ses sœurs et omniprésent dans leur oeuvre.  Il faut dire qu’on connait surtout Branwell par le romanesque et la vie mouvementée et brisée qu’il a connu : alcoolique, dépendant au laudanum, atteint de delirium tremens et finalement tuberculeux, Branwell est surtout  un vrai  personnage byronien, amoureux éconduit qui  va se détruire faute de pouvoir avoir pour lui seul celle qu’il aime. (Heathcliff, sors de ce corps.) Qui était-elle ? Mrs Lydia Robinson, née Gisborne, la maîtresse de maison chez qui il a été précepteur. Tout porte à croire que Lydia serait devenue sa maîtresse, et que oh ! surprise, son mari l’aurait découvert, le chassant de céans, non sans une compensation financière donnée en secret par Mrs Robinson avec l’aide d’un domestique.  Branwell aurait espéré qu’une fois l’époux passé de vie à trépas, Lydia aurait pu devenir sa femme légitime mais, pas bête le bougre, Mr Robinson aurait stipulé dans son testament que sa femme n’hériterait de rien si elle n’osait ne serait-ce que penser à finir ses vieux jours au  coté de Patrick Branwell Brontë, son amant. Mort des amants. THE END.

De cette liaison est née le poème qui suit, avec un titre évocateur puisqu’il reprend le nom de jeune fille de Lydia (très évocateur pour les spectatrices de Robin Hood) comme une façon de rendre cette femme toujours libre alors même qu’il la présente presque captive dans sa propre maison et dans son mariage. Il faut savoir qu’elle était littéralement « libre » puisqu’elle aurait eu plusieurs amants (Branwell n’étant ni son premier, ni son dernier). Lydia Robinson est visiblement une figure assez ambiguë mais Branwell en garde forcément un souvenir idéalisé, cristallisé alors qu’elle ne va pas hésiter après  la mort de son mari à se remarier très avantageusement avec un certain Lord Scott (pas lui,  un autre), tout juste veuf de deux mois pour devenir une parfaite mondaine londonienne…. Toutefois, Branwell n’est pas non plus dupe et une certaine amertume traverse la fin du poème, où ses espoirs sont noyés dans la rivière Ouse comme un siècle plus tard ceux de Virginia Woolf…

LYDIA GISBORNE

Patrick Branwell Brontë

On Ouse’s grassy banks – last Whitsuntide,
I sat, with fears and pleasures, in my soul
Commingled, as ‘it roamed without control,’
O’er present hours and through a future wide
Where love, me thought, should keep, my heart beside
Her, whose own prison home I looked upon:
But, as I looked, descended summer’s sun,
And did not its descent my hopes deride?
The sky though blue was soon to change to grey –
I, on that day, next year must own no smile –
And as those waves, to Humber far away,
Were gliding – so, though that hour might beguile
My Hopes, they too, to woe’s far deeper sea,
Rolled past the shores of Joy’s now dim and distant isle. 

J’espère que ce nouveau rendez-vous d’« Un mois, un extrait » après quelques temps d’absence et un peu plus fourni que d’habitude vous aura plu et que ça vous incitera à lire ou écouter la poésie et les romans les moins connus de la famille Brontë.  N’hésitez pas à me suggérer des extraits pour les prochains numéros!

Où écouter les poèmes de la famille Brontë ? 

A part le dernier poème de Branwell, ceux cités (et bien d’autres !) sont facilement écoutables dans le volume 1 et le volume 2 d’un livre-audio regroupant les poèmes des Brontë.

Brontës – The Poems (vol. 1 & 2). Lus par Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf & Jo Wyatt. EUR 7, 99 chacun, téléchargeables en mp3 sur Amazon.

Mais si vous aimez lire surtout de la poésie en recueil (quoi que les deux sont tout-à-fait compatibles !), vous pouvez découvrir les Brontë en piochant dans :

Cahiers de poèmes – Emily Brontë

– Cahiers de poèmes d’Emily Brontë (Points) – EUR 6, 84 (qui vient de rejoindre gentillement mon panier Amazon)

– Le monde du dessous : Poèmes et proses de Gondal et d’Angria de Charlotte Brontë, Anne Brontë, Emily Brontë et Branwell Patrick Brontë (J’ai lu) – EUR 7, 41 (Idem)

Poems of Currer, Ellis & Acton Bell – (Format Kindle, gratuit)

 

 

 

challenge-brontë

Troisième participation au Challenge ‘Les Soeurs Brontë » chez Missycornish

challenge xixe

Première participation au Challenge XIXe siècle chez Netherfield Park

L’association « Le Litterarium » à Lyon (Lyon II)

28 Sep

Le Litterarium

«  »Pour cette leçon de liberté, ces moments de vraie confrontation, qu’ils soient remerciés. Leur association, si elle se cache derrière l’ascétique appellation Litterarium, pratique  avec générosité le partage du plaisir , la transmission de la vivacité d’intelligence. » (Dominique Carlat, préface du recueil de nouvelles du premier concours d’écriture du Litterarium)

rendez-vous-littéraire

Rendez-Vous en Terre Littéraire Inconnue avec Le Litterarium

La Bouteille à la Mer fait aussi sa rentrée et peau neuve autour d’un nouveau Rendez-vous après Un mois, un extrait dont le prochain numéro arrivera dans les jours qui viennent pour fêter la première année d’existence de ce rendez-vous conçu pour vous faire découvrir des perles de littérature.

Comme « Un mois, un extrait », ce « Rendez-Vous en Terre Littéraire Inconnue » a la même philosophie de partage et de de découverte mais cette fois en présentant des acteurs méconnus de la littérature et de la culture actuellement engagés dans des initiatives qui valorisent avec ténacité et courage leur apport nécessaire dans notre société médiatisée en manque de repères et de mobilisation fructueuse.

Le Litterarium

Tout juste installée à Lyon, j’ai découvert une initiative littéraire et universitaire qui m’a beaucoup séduite par sa jeunesse, son ambition mais aussi sa convivialité avec une approche de la littérature comme la plus accessible possible. Mettre en valeur la littérature et la libre pensée au sein d’un cadre académique et extrêmement normatif, en somme croire en la compatibilité du loisir dans une sphère studieuse, c’est cet esprit qui a guidé Le Litterarium et ses trois membres fondateurs : Yann Baracat, Clément Extier et Guillaume Rouvière dont la relève a été assurée par Sylvain Métafiot, son actuel président assisté par Jérémy Engler (trésorier), Camélia Koch (secrétaire), Aude Caruana (graphiste chargée du recueil du concours de nouvelles) et Christelle Fort (graphiste pour le Quizarium).

Cette belle équipe ne rassemble pas forcément des « littéraires » (si ce mot a un sens puisqu’on peut se sentir littéraire sans forcément avoir suivi ses études en Lettres) comme par exemple son président, Sylvain, qui a eu un parcours en sciences politiques mais qui, comme ses collègues de l’association et beaucoup d’entre nous, partage une passion pour la lecture, l’écriture et le partage sur les livres.

N’est -ce pas d’ailleurs le mot d’ordre du Littérarium, ce goût du partage ? Comme me l’a rappelé Sylvain que j’ai interviewé :

« Mu par une double vocation, Le Litterarium souhaite parvenir à créer un espace de rencontre et de discussion entre étudiants autour de la littérature, et associer les acteurs du monde littéraire à la démarche collective de promotion de la création littéraire estudiantine. Nos projets, s’ils sont réservés aux étudiants Lyon 2, n’en restent pas moins tourné vers l’extérieur. C’est la raison d’être du Litterarium : rassembler les étudiants autour d’un intérêt commun pour la littérature et associer à ce rassemblement et ces réflexions les acteurs de la littérature. » 

Université Lyon II Lumière

Université Lyon II Lumière

Leur point de départ ? L’université Lyon II dont le soutien a permis dès sa création en 2009 de lancer une initiative agréablement ambitieuse, accessible non seulement aux étudiants de tous horizons (et donc pas seulement aux rats de bibliothèque mais aussi aux passionnés en tout genre de littérature et d’écriture parmi les étudiants, quelque soient leur cursus, littéraire ou non) mais également inscrite dans une mission de médiation et de transmission en s’associant avec des professionnels du livre lyonnais, « de fidèles et généreux partenaires (que ce soit en temps ou en contact) » selon Sylvain, à l’ère du numérique et de la crise du monde de l’édition, de l’industrie du livre et des librairies indépendantes. Mais le rôle de Lyon II est d’autant plus crucial que l’université soutient non seulement financièrement l’association mais aussi moralement grâce à l’encouragement actif de leurs professeurs, tout particulièrement en Lettres. Et on se réjouie pour eux et la littérature d’un tel soutien, autant institutionnel qu’individuel !

Le Litterarium recrute !

Est-ce difficile de mener ensemble une telle expérience associative ? Forcément, chaque association est confrontée différemment à toute sorte de problèmes, autant de fonds que d’investissement régulier  de la part d’adhérents, très souvent bénévoles, mais Le Littérarium, soutenu comme il est, semble bien s’en sortir ! D’ailleurs, son président a été membre durant six ans (désormais en tant que membre d’honneur) d’une association des étudiants en science politique et en droit, toujours à Lyon II, la Mankpad’ère. Avec autant d’expérience, ça aide pour mener à bon port Le Littérarium !

« Quand on décide de lancer un concours d’écriture et qu’on lit des manuscrits improbables. »

Troisième édition du Concours d’écriture du Litterarium

Comme beaucoup d’associations, l’actualité du Littérarium se concentre autour d’un certain nombre d’événements, dont le plus génial (à mon humble avis) reste le concours d’écriture qui en est à sa 3e édition et dont la 4e édition aura lieu un peu plus tard dans l’année, le temps de publier les recueils des précédentes éditions. D’ailleurs à mon adhésion (d’une somme modique de 2€), j’ai reçu gratuitement le recueil de nouvelles de la première édition dont j’ai lu avec plaisir la préface de Dominique Carlat, professeur de lettres (Passages XXe-XXIe) à Lyon  II  ainsi  que la nouvelle de Perrine Gérard, Le Double Six de la rue Haussmann, l’u ne des sept lauréates du concours cette année-là.

Concernant cette valorisation de l’écrit, j’ai d’ailleurs été curieuse de savoir quelle relation l’association avait avec le numérique et plus largement avec internet et les réseaux sociaux. Toujours d’après Sylvain, si  les réseaux sociaux sont largement valorisés évidemment pour une meilleure visibilité de l’association vu qu’ils sont présents sur Facebook, Twitter, sur leur récent site internet mais aussi par courriel (qui représente  une large part de leurs activités de communication), l’apport du numérique n’est pas exclu vu qu’ils envisagent prochainement de proposer une version numérique du recueil de nouvelles en complément de leur format papier bien que ce dernier reste leur priorité actuelle grâce à un travail forcément conséquent (mais courageux !).

Le Quizarium, un rendez-vous convivial du Litterariu

D’autres événements sont organisés en parallèle comme la saison 5 du Quizarium, un quizz littéraire tenu une fois par mois dans un bar lyonnais L’Antidote Pub et qui (sans étonnement) demande l’investissement de tous les adhérents (pour l’instant une trentaine depuis la dernière vague de recrutement à la rentrée) pour l’écriture des questions et le bon déroulement du quizz sur place. Je compte bien y participer au prochain donc je vous tiens au jus!

D’autres projets voient le jour comme une petite gazette littéraire en ligne, Diurnum, sur leur site internet où, hebdomadairement, les membres de l’association pourront publier un article en lien avec la littérature, de près ou de loin. J’ai hâte de lire le premier article ! Le Litterarium a aussi dans l’idée de relancer des lectures de poésie, et vu mon amour pour ce genre un peu en voie de disparition, je suis sûre d’en être ! Autre projet excitant, qui aboutira, je l’espère, Le Litterarium va très certainement participer au festival Quais du Polar (prévu du 4 au 6 avril 2014) pour y proposer une animation : un quizz littéraire sur ‘univers du polar, bien sûr ! A suivre !

Longue vie au Litterarium !

Si vous êtes étudiant lyonnais, amoureux de littérature d’écriture et de préférence à Lyon II, les activités du Litterarium pourraient vous plaire ! Quant aux autres, l’association n’exclue pas dans l’avenir un dialogue avec Lyon I, Lyon III, l’IEP, l’ENS Lyon et leurs associations alors n’hésitez aps à suivre leur actualité !  

Merci à Sylvain Métafiot d’avoir répondu gentillement à mes (très) nombreuses questions ! Merci aussi à l’accueil, au temps et à la disposition que m’ont offert à mon adhésion le trésorier de l’association, Jérémy Engler avec qui j’ai discuté de mon idée d’article et qui y a répondu avec enthousiasme. Bravo à l’équipe et à la prochaine, lors des événements du Littérarium !

 

Où retrouver Le Litterarium ?

Sur Facebook

Sur Twitter

Sur son site internet

Par courriel : lelitterarium@gmail.com

Siège social :

Université Lumière Lyon 2
Maison de l’Étudiant
Campus Porte des Alpes
5 avenue Pierre Mendès France
69500 Bron

Rendez-vous en terre musicale inconnue :

Le prochain rendez-vous, prévu pour octobre, en profitera pour vous présenter une émission de radio indépendante, Comme un Roc fondée à Besançon par deux potes Joe & Zack et rejoint cette année par Joan après le départ de Joe pour d’autres folles activités dans une autre ville. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà les écouter tous les lundis de soir de 21h-23h sur Radio Sud Besançon (101.8 FM) et en ligne en direct ou via leurs podcasts !  Stay tuned !

Rendez-vous en Terre musicale inconnue

Rendez-vous en Terre musicale inconnue

Si vous êtes une association, une initiative, individuelle ou collective, qui vise à mettre en valeur la littérature, la musique et les arts en tous genres et que vous voulez me faire découvrir votre travail et qu’en retour, je parle de vos projets lors de ce rendez-vous mensuel, n’hésitez pas à me contacter, notamment par courriel ou sur la page FB de La Bouteille à la Mer !

« Richard III » de William Shakespeare

15 Sep
Recostitution faciale de Richard III, d'après le crâne et les ossements du roi retrouvés en 2013.

Reconstitution faciale de Richard III, d’après le crâne et les ossements du roi retrouvés en 2013.

Je vous l’avais promis, je passe d’un Richard à l’autre après avoir fêté dignement l’anniversaire de Richard Armitage avec un poème écrit de mes blanches mains mais justement inspiré par la figure de Richard III. Alors oui, ce n’est  pas le plus aimé des rois anglais, quoique suivi de nos jours par tout un mouvement de Richardiens qui ne perpétuent non pas ses supposées exactions mais sa mémoire pour une plus grande réhabilitation du personnage contre justement le stéréotype véhiculé par la tragédie du Barde.

Autant vous dire que je suis à un chouia de devenir depuis ma lecture de Richard III une digne Richardienne, non sans suivre l’exemple d’un autre Richard : plus Richardien tu meurs ! Pour quoi faire me direz-vous ? Déjà, ce n’est pas tous les jours qu’on peut reprocher quelque chose à une pièce de Shakespeare qui, depuis Romeo & Juliet  mais surtout Macbeth, m’a instinctivement subjugué par son esprit, son humour et la force dramatique de ses pièces. Une grande source d’inspiration, en somme.

Sauf que cette pièce-ci, Richard III, est actuellement controversée et, pour une fois, je vais essayer d’oublier le temps d’un instant mon admiration pour Shakespeare. Comment peut-on jouer aussi éhontément les dramaturges de Cour en cirant les bottes d’Elizabeth Ier, aussi fantastique soit-elle ? C’est facile de cracher sur un York devant une Tudor, descendante des Lancaster, n’est-ce pas ? Il faut savoir que, dès la mort de Richard III, une propagande pour légitimer le pouvoir en place s’est immédiatement mise en place et l’une des preuves les plus significatifs est surement le seul portrait officiel qui nous soit parvenu avant la découverte de ses ossements début 2013 à Leicester.

richard 3

Portrait de Richard III

Je ne sais pas si c’est évident pour tout le monde, mais si on observe attentivement ce portrait;, tout semble discréditer le personnage.  Des mains étrangement déformées, presque crochues, cette main droite, celle du pouvoir, chargée de beaucoup trop de bagues, tout cet apparat pour un homme laid, bossu, émacié avec un drôle de regard presque pensif, calculateur en somme… Pas du tout l’image qu’on attend d’un leader ou de l’ancêtre d’une dynastie.

Et, clairement, dans la pièce de Shakespeare, Richard III est au même titre un anti-héros. Pire : le bouc-émissaire de l’histoire anglaise au même titre qu’un Cromwell plusieurs décennies plus tard en devenant l’une des figures emblématiques de l’usurpation, de l’illégitimité du pouvoir et, surtout, du tyran.

Richard III (Ian McKellen)

Si Shakespeare fait assez bien ressortir les passions et les pensées du roi maudit, à tel point que certains ont pu y voir une façon d’humaniser le personnage, ce qui en ressort ressemble beaucoup plus à une figure de monstre qu’à un être de faiblesses. Alors certes, la scène 3 de l’Acte V où les fantômes de ses victimes reviennent le temps d’une vision -cauchemar, fait apparaître un Richard III beaucoup plus faillible et plein de doutes (et pour cause…) mais, c’est la première tirade de l’Acte I qui m’a le plus fait frémir. Elle me semble la plus représentative de l’interprétation shakespearienne de ce personnage controversé qui, sans complexe, revendique sa nature mauvaise, en somme sa nature de « vilain » :

« Deform’d, unfinish’d, sent before my time

Into this breathing world scarce half made up,

And that so lamely and unfashionable

That dogs bark at me as I halt by them;

Why, I, in this weak piping time of peace,

Have no delight to pass away the time,

Unless to spy my shadow in the sun,

And descant on mine own deformity:

And therefore,since I cannot prove a lover,

To entertain these fair well-spoken days,

I am determinèd to prove a villain,

And hate the idle pleasures of these days. »

Comme entrée en matière et première rencontre avec un personnage éponyme, on ne peut pas faire mieux ! Si les premiers vers de la pièce…

« Now is the winter of our discontent

Made glorious summer by this sun of York… »

sont archi-célèbres (à tel point qu’on les retrouve dans The King’s Speech déclamées par Geoffrey Rush, ce qui est clairement du pur bonheur), c’est ce passage qui reste mon préféré de toute la pièce. On sent le machiavélisme du personnage, à l’affût de l’occasion politique, du kairos pour atteindre son ambition mais aussi, en creux, la désillusion et presque la mélancolie d’un temps où c’est par la ruse, la dissimulation et les fausses apparences qu’on fait de la politique, ce qui est assez ironique de la part d’un personnage connu pour son apparence plus que disgracieuse. (Et, pourtant, vu la reconstruction faciale de 2013, j’ai connu plus moche, pas vous ?)

les otages-laurens

Jean-Paul Laurens, Les Otages

Mais, ne vous méprenez pas, ce n’est pas parce que je me sens très proche du mouvement de réhabilitation de Richard III que j’y vois un saint ou tout simplement une victime de l’Histoire. Justement, derrière ce genre d’initiative, il y a tout simplement une envie de nuancer les passions et de conserver la dose d’ambiguïté qui doit demeurer derrière la figure de Richard III et finalement derrière toute figure historique controversée. Beaucoup de questions demeurent, par exemple sur son implication ou non dans l’assassinat de ses neveux, les jeunes princes Edward et Richard où plusieurs hypothèses restent plausibles. Ordre direct, « complot » ou implication indirecte ? Tout ce que l’on « sait » (ce qui est forcément plus ou moins douteux) c’est que James Tyrell, un des fidèles de Richard aurait fait le coup, avouant les deux meurtres sous la torture ce qui est l’interprétation qu’a retenu Shakespeare, repris ensuite par Thomas More dans son Richard III.  Le mystère reste toutefois entier…

The Sunne in Splendour de Sharon Kaay Penman

Quant aux soupçons autour de la mort d’Anne Neville, la reine de Richard, la version de Shakespeare qui y verrait un crime passionnel et calculateur me semble bien étrange de la part d’un homme qui a aimé la même femme depuis son enfance et qui a pleuré son fils Edward mort en bas âge jusqu’à la fin. Je ne sortirais pas les violons mais, j’aime l’idée d’u roi à la fois machiavélien et ambitieux tout en étant guidé par une certaine quête de l’amour, plutôt inachevée. On retrouve cette image ambiguë dans The Sunne in Splendour de Sharon Kay Penman par  exemple que j’ai découvert grâce à Richard Armitage. (Comme quoi, le fangirling sert !) que j’ai même en version Kindle et qu’il me tarde de lire !

La figure d’Anne m’a beaucoup touchée dans la pièce de Shakespeare mais peut-être moins que celle de la Reine déchue Margaret dont les malédictions ont marqué plus d’un lecteur et d’une lectrice comme moi ! Cette place de la femme est toujours passionnant chez Shakespeare et ça m’a donné envie de découvrir la série The White Queen. Mais avant ça, je compte bien voir une ou deux adaptations de Richard III, très bientôt celle avec Ian McKellen dans le rôle titre mais avant tout la plus ancienne, avec Laurence Olivier que j’ai trouvé lors de ma première vadrouille en bibliothèque à Lyon cette semaine !  Hourra !

Pour finir, petit clin d’œil : en juin dernier, à Lyon, une version contemporaine de Richard III intitulée Exterminator Richard III a été mise en scène par Ugo Ugolini et interprétée par la compagnie U.Gomina dont j’ai pu lire la critique très élogieuse d’Adeline. et baver un petit coup derrière mon écran pour n’avoir pas pu y assister. Mais ce n’est que partie remise !

Comment se procurer Richard III de William Shakespeare ?

Edition GF

Il y a beaucoup d’éditions possibles, je ne suis pas capable d’en juger les traductions mais j’ai beaucoup aimé le travail et l’appareil critique de  l’édition GF qui regroupe Richard III, Roméo & Juliette et Hamlet qui a été, d’ailleurs, mon premier achat shakespearien. Souvenirs, souvenirs…

Swap Théâtre (sur Livraddict)

27 Août
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Edward Hopper, First Row Orchestra (1951)

Etre une blogueuse littéraire, c’est aussi participer aux nombreux échanges organisés sur la blogosphère, comme les swaps où chaque swapée reçoit un petit colis de sa binôme pour découvrir de nouvelles choses et satisfaire ses goûts. Comme qu’il fallait bien une première fois, j’ai été séduite par le Swap spécial « Théâtre » de Jed’s Burdy  et j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger avec ma binôme, Fofie

Les règles de ce swap étaient archi simples, voilà ce qu’il fallait réunir dans son colis :

– Un roman dont le titre ou l’histoire a un lien avec le métier (acteur, jeu ou également le cinéma)
– Une pièce de théâtre que vous voulez lire ou relire
– Des marques-pages et/ou photos, affiches représentant le théâtre
– Une gourmandise

Après avoir échangé des questionnaires pour connaitre nos envies et nos goûts, j’ai reçu un matin ce super colis qui, comme toujours, nous donne un petit avant-goût de Noël vu l’excitation et les gloussements de celle qui l’a ouvert  :

Digital image

Le contenu du colis que j’ai reçu (agrémenté de petits accessoires perso liés au Théâtre)

Commençons par les gourmandises !

– Un pot de miel artisanal, d’un apiculteur de la région de ma swappée ! Ça tombe bien, j’adore ça et j’avais justement hésité quelques jours avant en visitant l’Abbaye d’Ourscamp (près de chez moi) d’acheter un gros pot de miel mais trop cher pour ma bourse.

– Des nonnettes au cassis ! Là encore, j’adore ça même si je n’en mange pas souvent ! Et j’adore les fruits rouges donc c’est vraiment parfait. Je les garde amoureusement pour les manger à Lyon en compagnie de ma coloc quand j’emménagerai en septembre là-bas. Mais, elles me font de l’œil, les coquines !

… et les marques-pages !

– un marque-page qui m’a intrigué sur un château-fort bâti d’après l’artisanat traditionnel à  Guédelon « dans le respect des techniques du XIIIe siècle ». J’adore ce genre d’initiative et les châteaux-forts par dessus le marché  alors ça ne pouvait pas mieux tomber !

– et un autre marque-page fait maison, joliment customisé, avec une jolie rousse avec vêtue d’une robe émeraude. Ceux qui me connaissent savent que c’est le genre de personnage que j’aime, ayant moi-même été rousse pendant 3 ans en prépa.

Et les livres dans tout ça ?

Les comédiens de Graham Greene ! C’est mon premier Graham Greene même si La puissance et la Gloire me fait beaucoup de l’œil, comme beaucoup j’imagine.

– La machine infernale de Jean Cocteau. Je connais le poète, le dramaturge qui m’a toujours beaucoup touchée, j’attends avec impatience de mieux connaitre le dramaturge !

Je suis heureuse que mon propre colis ait plu à Fofie. En voici le contenu :

Mon colis (1/2) : Lecture & Gourmandise

Mon colis (2/2) : affiches et marques-pages avec des citations au  dos écrites de mes blanches mains !

Merci Fofie à nouveau et au plaisir de participer peut-être à un nouveau swap, très vite ! 

En attendant, rendez-vous en novembre pour le swap Irlande chez Dawn et je vous conseille vivement de tenter le voyage avec nous !

 

More Richard Armitage love, twelve minutes before the end of Armitage Day!

23 Août

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