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Entre Amazon et son libraire, le droit de ne pas choisir.

15 Juil
Kindle pour Pc - Amazon

Kindle pour PC – Amazon

 Quand on tient plus ou moins régulièrement un blog littéraire, le rapport qu’on a au livre est forcément privilégié. Les blogueuses et les blogueurs font partie des premiers consommateurs de livres et donc à pâtir de la situation de l’industrie et du marché du livre. Parce que les livres ne tombent pas du ciel, comme tout consommateur, la question du prix des livres n’est pas négligeable et ce n’est pas les masses critiques de Babelio qui offrent des livres contre une critique en partenariat avec les éditeurs ou les  (controversés) services presse qui changent la donne.

Liseuse, pour ou contre ? 

Ah ah, toujours à lire des livres ? / Tu devrais t’acheter un Kindle comme le mien, c’est bien mieux. / S’il vous plait, éteignez tous vos appareils électroniques, l’avion va bientôt décoller.

Je fais partie de ces blogueuses qui n’ont pas de liseuse et à qui ça ne manque pas du tout. Je suis juste un peu frileuse vis-à-vis de ces gadgets de plus en plus nombreux sur le marché et qu’on nous pousse à acheter pour être dans le coup. Je ne suis pourtant pas de celles non plus qui partent en croisade contre cette alternative à la lecture.  J’en vois partout dans les transports au quotidien et, même si je préfère lorgner sur mon voisin avec un livre et me contorsionner pour lire le titre sur la couverture, c’est plutôt une bonne chose de voir les gens lire, quel qu’en soit le support. En tant qu’étudiante et même comme lectrice, les livres numériques gratuitement consultables ou téléchargeables (en pdf pour les libres de droit, sur Google Books ou Amazon) font partie aussi de mes habitudes de lecture et de travail. D’ailleurs,même sans liseuse, j’utilise l’e logiciel gratuit proposé par Amazon Kindle pour PC qui me permet d’avoir à disposition un nombre considérable de livres numérisés, achetés gratuitement pour la plupart. Ça a ses inconvénients mais surtout des avantages.

Livre-objet de Jodi Harvey-Brown

J’aime les beaux livres, les belles couvertures et le plaisir de la lecture sur le papier mais tenir un blog littéraire ne fait pas de moi une fétichiste du livre. Aimer la littérature ne revient pas à vivre sa passion comme au XIXe siècle ou même comme si internet n’avait rien changé à nos habitudes d’achat et de lecture. Un article récent de Frédéric Sautet dans Le Monde souligne que le marché du livre prend facilement pour bouc émissaire internet comme cache misère des difficultés qui dépassent l’essor de la vente de livres sur la toile et je suis bien d’accord avec ce triste constat.

Le temps, c’est de l’argent

Sauf que la lectrice que je suis ne veut ni vivre dans le passé, ni devenir irresponsable et fermer les yeux devant la crise que traverse nos libraires, grands ou petits. Je prends autant de plaisir à recevoir un colis d’Amazon qu’à acheter en librairie. Je parle bien de plaisir. L’achat d’un livre n’est pas pas seulement purement économique (payer le moins cher possible), il est aussi indissociable du rythme de vie des Français et de la place de nos loisirs dans nos vies. Tout va très vite et souvent, on préfère se tourner vers la grande distribution en ligne plutôt que d’aller en librairie et de revenir bredouille faute de ne pas acheter un Marc Lévy ou le nouveau G.R.R Martin que vous trouverez partout parce que ça se vend. Sauf qu’un lecteur ne pense pas en terme de marketing et que l’offre est souvent bien décevante par rapport à la demande.

Gibert Joseph sur le boulevard St-Michel. Comme le Tardis, it’s bigger on the inside.

Tout dépend donc du temps que le client a à sa disposition qui est souvent plus que compté. En tant qu’étudiante, j’ai eu souvent à me procurer des livres pour les cours et  de devoir les lire assez rapidement. Si vous n’avez pas la chance d’habiter ou de faire vos études à Paris et donc de connaitre ce paradis sur terre qui est le Gibert Joseph de Saint-Michel où tout se trouve en neuf et en occasion, alors vous connaissez ce dur dilemme quand votre libraire vous propose d’attendre 10 jours avant de récupérer votre précieux livre imposé. Même quand on habite dans une grande ville comme moi à Lyon, ce genre de situation où vous errez d’une librairie à une autre sans succès est franchement rageante. Qui peut nous blâmer ensuite de rentrer le plus vite chez nous, de se connecter sur Amazon et en quelques clics de finaliser notre précieuse commande ? Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour réussir ses partiels, même vendre son âme à Amazon…

Dis moi où tu habites, je te dirais ce que tu lis… 

C’est peut-être succomber à la facilité mais on oublie souvent derrière nos belles valeurs protectionnistes qu’un client n’est pas seulement un pion, c’est aussi un individu qui a une vie, un quotidien, des habitudes mais qu’il est aussi soumis à des tas de circonstances. Par exemple, l’endroit où l’on habite. L’un des premiers avantages d’Amazon, contrairement aux librairies pas implantées partout, c’est justement de pouvoir atteindre tout le monde, même ceux qui n’ont pas accès à une librairie ou à une bibliothèque près de chez eux. Bien sûr, si Amazon a autant mauvaise presse, d’autres alternatives sont possibles comme préférer les sites marchants des grandes librairies ou The Book Depository mais Amazon a l’avantage de proposer un service irréprochable et il est vrai très compétitif. Autre atout d’Amazon quand on lit beaucoup de livres en langue originale, le site propose un large choix. Les librairies gagneraient à développer leurs rayons étrangers pour mieux satisfaire ces lecteurs de plus en plus nombreux.

En 23 ans, j’ai connu plusieurs villes et donc plusieurs options pour se fournir en livres ( par ordre de préférence) :

Chère Marie-Antoinette de Jean Chalon

  • GIBERTLAND (Versailles-Paris) et les librairies d’occasion : parfait pour se fournir à petits prix de livres quasiment neufs, quatre étages de bonheur pour se perdre et faire chauffer la carte bleue Paris). J’ai acheté mes premières Pléiades à Versailles (en occasion) comme le théâtre de Claudel ou La Critique de la Raison pure de Kant. Si ce n’est pas une bonne raison de choisir Gibert pour bouquiner. Je me souviens aussi d’une merveilleuse librairie d’occasion où j’ai acheté la meilleure biographie de Marie-Antoinette du monde : Chère Marie-Antoinette de Jean Chalon pour quelques euros.

 

  • Lyon, beaucoup de choix pour rien ? Pour ‘instant, je n’ai pas vraiment trouvé mon bonheur à Lyon mais ça ne fait qu’un an que j’y ai emménagé. Cette année a été bien sûr marquée par la fermeture du Chapitre de la place Bellecour qui est forcément regrettable pour les employés licenciés mais franchement, du point de vue du client, ce n’était pas la caverne d’Ali Baba. Il y a bien le Gibert Joseph à deux pas mais on n’y trouve pas tout ce u’on veut. Même celui dee Versailles me parait mieux fourni. Par contre, le Gibert Joseph sur le quais (disquaire et DVD) est franchement chouette. Je n’ai qu’une hâte, y retourner pour un bon vieux craquage. Autre option, la librairie Passages visitée en décembre dernier. Courses de Noël obligent, le lieu était trop bondé pour vraiment profiter du moment. Restent bien sûr les bouquinistes à Perrache sur la place Carnot tous les mercredi, sur les quais de Saône et ailleurs.

Quai de la Pêcherie : marché des bouquinistes (Bibliothèque de Lyon)

 

Enseigne de la Librairie des Signes

  • Misère et splendeur des librairies de province : certain(e)s ne jurent que par les petites librairies de leur ville de province, pas moi. A Compiègne, c’est bien simple, vous avez le choix entre une librairie indépendante La Librairie des signes et un Cultura. Si j’achète régulièrement mes livres à la Librairie des signes, j’ai aussi beaucoup de choses à lui reprocher. Le lieu est franchement agréable (surtout le rayon BD/Enfants, poufs et fontaine d’eau à disposition, si ce n’est pas un arguent pour lire des bd et de la littérature jeunesse), le personnel est compétent mais pas très aimable, voire très arrogant. Je me souviens seulement d’un gentil libraire qui ne doit plus y être depuis, je ne l’y croise plus qui avait de très bons conseils. Mais le pire, c’est surtout l’état des livres, souvent endommagés qui sont pourtant laissés en vente. Bonjour le respect du client et bien sûr, pas question d’un geste commercial ou de proposer des livres d’occasion.

Amazon ou librairie, telle est la question.

Ce genre d’expérience en librairie ne me donne pas envie de me battre pour ce genre de librairies qui ne respectent pas leurs clients. Pas de généralisation, certains libraires sont de vrais professionnels avec toutes les qualités humaines qui vont avec. Je pars du principe que les librairies restent un commerce comme un autre et que le service doit être irréprochable. S’il ne l’est pas, un bon consommateur est libre d’aller ailleurs, même s’il s’agit d’internet et d’Amazon. Jamais je n’ai reçu de livres neufs endommagés. Jamais. J’achète donc mes livres sur Amazon sans complexe et je n’ai pas l’intention de me soigner. Le premier droit d’un client, c’est de choisir mais aussi de ne pas choisir, d’acheter sur Amazon sans lâcher son libraire préféré selon l’occasion. Ce n’est pas une loi anti-Amazon ou les boycotts de certains éditeurs qui changeront la donne. Ça, c’est du marketing mais le lecteur n’est pas un animal économique, c’est un être humain plein de contradictions.

Jane Austen est même dans You’ve Got a Mail

Vous vous souvenez du film Vous avez un message ? Meg Ryan y joue une jeune libraire pour enfants reprenant l’affaire familiale qui peine à concurrencer avec un grand distributeur de livres, Fox Books, tenu par Tom Hanks. Tout y est : concurrence, internet, amour-haine entre les deux. Bien sûr, tout fini bien  la fin mais le plus important, c’est de trouver votre « shop around the corner », le nom de l’enseigne de Meg Ryan. Que vous choisissiez votre librairie de quartier ou, au plus proche, le fournisseur du coin qui vous livre au plus près de chez vous, l’important, c’est de lire. Au lieu d’une loi contre une entreprise privée fiscalement dérangeante, le plus judicieux ne serait pas plutôt d’e mener des réformes pour promouvoir la lecture et l’éducation pour les plus et les moins jeunes ?

C’est surement ça la vraie question.

Matilda, lectrice infatigable, achète sur Amazon. F*ck.

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