"Look Back In Anger" (1956) de John Osborne

23 Juin
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“The injustice of it is about perfect—the wrong people going hungry, the wrong people being loved, the wrong people dying… while the rest of the world is being blown to bits around us what matters — me, me me.” Jimmy Porter (Richard Burton) in Look back in Anger de Tony Richardson (1959)

 

 

Ça vous avez manqué ? Après près de mois mois d’absence faute de temps et d’inspiration, mon rendez-vous « Un mois, un extrait » est enfin de retour et, pour rendre hommage au mois anglais qui touche bientôt à sa fin (hélas !), je vais  mettre à l’honneur non seulement un auteur anglais mais aussi un genre dont je ne parle pas assez souvent sur La Bouteille à la Mer, j’ai nommé : le théâtre !

 

Mais, comme d’habitude, pour ceux qui auraient raté les derniers épisodes, petite piqûre de rappel sur ce rendez-vous (normalement) mensuel où vous pouvez participer !

 

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».

 

Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !

 

« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :

 

#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 
#6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST 
#7: De profundis d’Oscar Wilde
 
Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page.

 

Look Back in Anger
J’ai parlé ici encore moins de théâtre anglais (ou de théâtre tout court) que de théâtre contemporain et ce n’est pas faute d’aimer le théâtre et suivre de près ou de loin les programmations culturelles chaque année. Mais faute de temps et de moyens, ce n’est pas possible d’assouvir systématiquement ma passion pour le théâtre.

 

Quand j’ai pensé vous parlé d’une pièce anglaise, j’ai bien sûr tout de suite songé à Shakespeare, notre maître à tous, mais à mon habitude, j’aime sortir des sentiers battus ce qui m’a demandé un peu de recherche pour trouver un dramaturge anglais et contemporain qui pourrait satisfaire mes goûts.

 

John Osborne

John Osborne

 

 

C’est ainsi que j’ai porté mon choix sur John Osborne et sa pièce Look Back in Anger (1956), traduite en français (et c’est de circonstance aujourd’hui !) : La Paix du dimanche. John Osborne (1929-1994) fait partie de cette génération d’auteurs appelés par la critique de « Angry Young Men » (les jeunes gens en colère) qui contre le snobisme, le maniérisme et l’art pour l’art de la génération précédente, affirme une esthétique volontairement hyper-réaliste et concrète, proche du quotidien, et critique d’un regard cynique et désabusé la société des années 40-50 du point de vue d’auteurs aux origines généralement modestes et de la classe travailleuse.

 

Richard Burton (Jimmy) & Mary Ure (Allison) in Look Back in Anger (1959)

Richard Burton (Jimmy) & Mary Ure (Allison) in Look Back in Anger (1959)

 

 

Quoi de mieux que le théâtre pour mettre en oeuvre cette critique acerbe ? La place du quotidien, de la routine a une grande place dans Look Back in Anger puisque l’action se situe dans un appartement modeste, celui de Jimmy et Allison Porter en compagnie de l’ami et associé de Jimmy, Cliff Lewis, un dimanche en pleine lecture des journaux quotidiens pendant qu’Allison repasse. Quoi de plus ennuyeux qu’un dimanche ? Cette monotonie du quotidien, c’est justement ce qui met en colère Jimmy, un parfait anti-héros plein de ressentiment contre la société, contre la bourgeoisie (dont est issue sa femme), contre Allison si calme, si passive et finalement contre lui-même, lui qui se considère comme une cause perdue.

 

Richard Burton (Jimmy)

Richard Burton (Jimmy)

 

Voilà ce qui anime Jimmy, la colère. Ça n’en fait pas un personnage sympathique mais pas non plus antipathique. A vrai dire, il nous ressemble trop pour le traiter seulement d’enfoiré lui qui pousse à bout sa femme, qui la rabaisse, qui en vient même par accident à la blesser, qui critique son beau père le colonel et sa mentalité edwardienne. Quand on se regarde dans le miroir, on est tous à un moment donné en colère contre tout et tous et surtout contre nous-même. Au milieu de tout ça, il y a Cliff qui essaye tant bien que mal d’apaiser tout le monde, de défendre Allison, de remettre à sa place Jimmy, d’essayer que ce couple recolle les morceaux. En fin de compte, c’est lui « la paix du dimanche ». Est-ce que cette paix sera retrouvée à la fin de la pièce ? A vous de le découvrir en lisant Look Back in Anger mais avant ça, laissez-vous tenter par cet extrait qui met en scène Jimmy dans toute sa splendeur, à savoir, une colère totale qui ferait presque passer Achille pour un amateur du dimanche !

 

Look Back in Anger (La paix du dimanche) de John Osborne – Extrait de l’Acte I

 

 

JIMMY: Why do I do this every Sunday? Even the book reviews seem to be the same as lastweek’s. Different books—same reviews. Have you finished that one yet?

 

CLIFF: Not yet.

 

JIMMY: I’ve just read three whole columns on the English Novel. Half of it’s in French. Do the Sunday papers make you feel ignorant?

 

CLIFF: Not ‘arf.

 

JIMMY: Well, you are ignorant. You’re just a peasant. (To Alison.) What about you? You’re not a peasant are you?

 

ALISON: (absently). What’s that?

 

JIMMY: I said do the papers make you feel you’re not so brilliant after all?

 

ALISON: Oh—I haven’t read them yet.

 

JIMMY: I didn’t ask you that. I said—

 

CLIFF: Leave the poor girlie alone. She’s busy.

 

JIMMY: Well, she can talk, can’t she? You can talk, can’t you? You can express an opinion. Or does the White Woman’s Burden make it impossible to think?

 

ALISON: I’m sorry. I wasn’t listening properly.

 

JIMMY: You bet you weren’t listening. Old Porter talks, and everyone turns over and goes to sleep. And Mrs. Porter gets ’em all going with the first yawn.

 

CLIFF: Leave her alone, I said.

 

JIMMY: (shouting). All right, dear. Go back to sleep. It was only me talking. You know? Talking? Remember? I’m sorry.

 

CLIFF: Stop yelling. I’m trying to read.

 

JIMMY: Why do you bother? You can’t understand a word of it.

 

CLIFF: Uh huh.

 

JIMMY: You’re too ignorant.

 

CLIFF: Yes, and uneducated. Now shut up, will you?

 

JIMMY: Why don’t you get my wife to explain it to you? She’s educated. (To her.) That’s right, isn’t it?

 

CLIFF: (kicking out at him from behind his paper). Leave her alone, I said.

 

JIMMY: Do that again, you Welsh ruffian, and I’ll pull your ears off.

 

He bangs Cliff’s paper out of his hands.

 

CLIFF: (leaning forward). Listen—I’m trying to better myself. Let me get on with it, you big, horrible man. Give it me. (Puts his hand out for paper.)

 

ALISON: Oh, give it to him, Jimmy, for heaven’s sake! I can’t think!

 

CLIFF: Yes, come on, give me the paper. She can’t think.

 

JIMMY: Can’t think! (Throws the paper back at him.) She hasn’t had a thought for years! Have you?

 

ALISON: No.

 

(…) 

 

CLIFF: Give me a cigarette, will you?

 

JIMMY (to Allison) : Don’t give him one.

 

CLIFF: I can’t stand the stink of that old pipe any longer. I must have a cigarette.

 

JIMMY: I thought the doctor said no cigarettes?

 

CLIFF: Oh, why doesn’t he shut up?

 

JIMMY: All right. They’re your ulcers. Go ahead, and have a bellyache, if that’s what you want. I give up. I give up. I’m sick of doing things for people. And all for what? Alison gives Cliff a cigarette. They both light up, and she goes on with her ironing. Nobody thinks, nobody cares. No beliefs, no convictions and no enthusiasm. Just another Sunday evening.

 

Cliff sits down again, in his pullover and shorts. 

 

Perhaps there’s a concert on. (Picks up Radio Times) Ah. (Nudges Cliff with his foot.) Make some more tea. Cliff grunts. He is reading again. Oh, yes. There’s a Vaughan Williams. Well, that’s something, anyway. Something strong, something simple, something English. I suppose people like me aren’t supposed to be very patriotic. Somebody said—what was it— we get our cooking from Paris (that’s a laugh), our politics from Moscow, and our morals from Port Said. Something like that, anyway. Who was it? (Pause.) Well, you wouldn’t know anyway. I hate to admit it, but I think I can understand how her Daddy must have felt when he came back from India, after all those years away. The old Edwardian brigade do make their brief little world look pretty tempting. All homemade cakes and croquet, bright ideas, bright uniforms. Always the same picture: high summer, the long days in the sun, slim volumes of verse, crisp linen, the smell of starch. What a romantic picture. Phoney too, of course. It must have rained sometimes. Still, even I regret it somehow, phoney or not. If you’ve no world of your own, it’s rather pleasant to regret the passing of someone else’s. I must be getting sentimental. But I must say it’s pretty dreary living in the American Age—unless you’re an American of course. Perhaps all our children will be Americans. That’s a thought isn’t it? He gives Cliff a kick, and shouts at him. I said that’s a thought!

 

(…) 

 

JIMMY: (moving in between them). Have you ever seen her brother? Brother Nigel? The straight-backed, chinless wonder from Sandhurst? I only met him once myself. He asked me to step outside when I told his mother she was evil minded.

 

CLIFF: And did you?

 

JIMMY: Certainly not. He’s a big chap. Well, you’ve never heard so many well-bred commonplaces come from beneath the same bowler hat. The Platitude from Outer Space—that’s brother Nigel. He’ll end up in the Cabinet one day, make no mistake. But somewhere at the back of that mind is the vague knowledge that he and his pals have been plundering and fooling everybody for generations. (Going upstage, and turning.) Now Nigel is just about as vague as you can get without being actually invisible. And invisible politicians aren’t much use to anyone—not even to his supporters! And nothing is more vague about Nigel than his knowledge. His knowledge of life and ordinary human beings is so hazy, he really deserves some sort of decoration for it— a medal inscribed « For Vaguery in the Field ». But it wouldn’t do for him to be troubled by any stabs of conscience, however vague. (Moving down again.) Besides, he’s a patriot and an Englishman, and he doesn’t like the idea that he may have been selling out his countryman all these years, so what does he do? The only thing he can do—seek sanctuary in his own stupidity. The only way to keep things as much like they always have been as possible, is to make any alternative too much for your poor, tiny brain to grasp. It takes some doing nowadays. It really does. But they knew all about character building at Nigel’s school, and he’ll make it all right. Don’t you worry, he’ll make it. And, what’s more, he’ll do it better than anybody else!

 

There is no sound, only the plod of Alison’s iron. Her eyes are fixed on what she is doing. Cliff stares at the floor. His cheerfulness has deserted him for the moment. Jimmy is rather shakily triumphant. He cannot allow himself to look at either of them to catch their response to his rhetoric, so he moves across to the window, to recover himself, and look out. It’s started to rain. That’s all it needs. This room and the rain. He’s been cheated out of his response, but he’s got to draw blood somehow.

 

(…)

 

Où se procurer Look Back in Anger ?

En VO : Look Back in Anger 
96p. – EUR 9, 30
En VF : La paix du dimanche
92p. – EUR 11, 78
Adaptations : Look Back in Anger de Tony Richardson (1959), avec Richard Burton, EUR 18, 79
Look Back in Anger de Judi Dench (1989), avec Kenneth Branagh, Emma Thompson et Gerard Horan. EUR 10, 74

 

 

 

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C’est ma septième contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine.

6 Réponses to “"Look Back In Anger" (1956) de John Osborne”

  1. Alacris 23 juin 2013 à 3:47 #

    LOOK BACK IN ANGER !!! Une de mes pièces préférées. Une de mes oeuvres préférées de la langue anglaise en général, d'ailleurs. J'ai un peu hésité à faire un M1 sur les Angry Young Men car c'est un mouvement que je trouve assez fascinant, surtout chez Osborne et Sillitoe, mais je n'en avais pas lu des masses, donc je me suis dit que même si c'était un courant avec lequel j'accrochais bien, ça resterait de la lecture "pour le plaisir", en-dehors de la recherche (en effet, va raccrocher ça à Blake xD, enfin quoique, niveau énergie révolutionnaire… un rapprochement pourrait se faire !).Bref, j'ai découvert cette pièce pendant ma khâgne ; j'avais eu à faire un commentaire de texte sur l'incipit (donc précisément le passage que tu as mis :p) et c'était une de mes meilleurs notes de l'année donc forcément j'en garde un souvenir particulièrement bon (ça fait tellement plaisir, les bonnes notes, en khâgne…). J'avais lu la pièce et je l'avais adorée, adorée, adorée. Les tirades de Jimmy et d'Alison sont tellement… rahhh ! (oui, ceci est un adjectif hautement intellectuel, fréquemment utilisé en commentaire de texte et il fait très bon effet auprès des professeurs). Au départ je me sentais assez loin de Jimmy, je partageais sa colère mais je la trouvais aveugle à l'image d'un boulet de canon, puis j'ai réussi à trouver sur Youtube de petits bouts de l'adaptation très méconnue avec Kenneth Branagh dans le rôle de Jimmy et Emma Thompson dans celui d'Alison (bref, un casting de rêve), et depuis, j'adore ce personnage. Vraiment une superbe pièce, bouillante et dure et qui prend aux tripes.Intéressant billet :p ! Je penserai à regarder l'autre adaptation que tu cites ! (je crois en avoir vu un ou deux extraits aussi, le noir et blanc fait remonter des souvenirs…)

  2. Lou 23 juin 2013 à 7:58 #

    Je ne connaissais pas cette pièce sauf de nom, tu me donnes très envie de remédier à cette lacune !Merci pour ce nouveau billet🙂

  3. Lou 25 juin 2013 à 10:31 #

    Coucou Alexandra, si tu as 5 mn mon dernier billet pourrait t'intéresser🙂

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