« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning

30 Juin

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Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

 

« Le destin n’a pas épargné l’écrivain que fut Elizabeth Browning. Nul ne la lit, nul n’en parle, nul ne songe à lui rendre justice. »

(Virginia Woolf, article du Common Reader, 1931)

 

Je ne parle pas ici assez de poésie à mon goût, peut-être parce que ce n’est pas un genre actuellement très valorisé et pourtant, j’ai un grand amour pour la poésie. J’ai même publié  « Éclaircie de passage », l’un de mes poèmes sur ce blog l’an dernier, c’est quelque chose que je pratique très régulièrement mais je comprends la réticence de certains pour la poésie même si pour moi, ça a toujours été très naturel de lire et d’écrire des poèmes. 

John Keats (Ben Whishaw) dans Bright Star

Tout naturellement, en tant qu’anglophile, je ne pourrais pas me passer des poètes anglais pour vivre. Shakespeare, John Keats, William Blake, Lord Byron, Wordsworth, Coleridge, les sœurs Brontë ou Oscar Wilde sont d’éternelles sources d’inspirations et de plaisir pour moi. Vous l’aurez peut-être noté, rien que dans ma liste, les poétesses n’ont pas une grande place dans toute anthologie qui se respecte ce qui confirme ce qui disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi sur la difficulté que représente l’accession au statut de poète pour une femme sans un minimum de conditions matérielles favorables.

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Emily Brontë

J’ai une tendresse toute particulière pour Emily Brontë et Emily Dickinson (dire qu’il faille traverser l’Atlantique pour trouver une poétesse digne de ce nom) qui, en plus de leur prénom, partage une même aura mystérieuse autour de leur vie et de leur oeuvre. Si vous l’avez l’occasion de vous procurer La dame blanche de Christian Bobin, vous aurez en main ce qui m’a donné envie de découvrir Emily Dickinson grâce à cette très belle biographie plus ou moins romancée.

 

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Robert Browning (1812-1889)

 

Toutefois, c’est d’une poétesse beaucoup moins connue que j’ai envie de vous présenter, qui a eu une vie (à mon sens) très romanesque et que j’ai découverte grâce à Virginia Woolf : Elizabeth Barrett Browning. Virginia Woolf a le chic de sortir de l’anonymat des auteurs inconnues (la soeur de Shakespeare, Christina Rossetti ou Sara Coleridge pour ne citer qu’elles) et de nous donner envie de les lire sur le champ ! Ça a été mon cas avec Elizabeth Barrett Browning, femme du poète Robert Browning et dont les vers de ses Sonnets portugais ont donné furieusement envie  à Rainer Maria Rilke de les traduire en allemand. Vous avez peut-être entendu parler de Flush de Virginia Woolf (l’une de mes prochaines lectures pour le challenge Virginia Woolf) et c’est par ce biais que j’ai été séduite par Elizabeth Browning sans même lire une seule ligne de cette biographie du point de vue du chien de la poétesse ce qui déjà aiguiserait la curiosité de n’importe quel lecteur.

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Elizabeth Barrett (Norma Shearer) dans The Barretts of Wimpole Street

Passage obligé quand on lit de la poésie anglaise, j’ai découvert les Sonnets portugais dans son édition bilingue de la NRF (la même que j’ai pour les poèmes d’Emily Brontë bien que j’ai fait l’acquisition récemment d’une version audio des poèmes de la famille Brontë, un régal, mes amis !) et, comme d’habitude, la traduction est pourrie (pardon pour la traductrice, Lauraine Jungelson) mais permet de sauver les meubles quand le sens d’une strophe nous échappe vraiment.  Par contre, l’appareil critique est comme toujours très instructif surtout pour une poétesse aussi peu populaire. La préface est remplie d’anecdotes, d’extraits de correspondances (quand on sait qu’Elizabeth et Robert ont échangé 574 lettres, rien que ça !) en retraçant l’histoire du couple et la postérité des Sonnets portugais.

D’ailleurs, qu’est-ce qui est à l’origine des Sonnets portugais ? Il faut avant tout comprendre qui était Elizabeth Barrett avant et après avoir écrit ces sonnets. Avant ça, atteinte d’une étrange maladie incurable ,  mélancolique depuis la mort de son frère préféré, recluse dans la maison familiale à Wimpole Street et destinée apparemment à rester vieille fille toute sa vie sous la pression d’un père autoritaire, elle va tout de même publier un recueil de poèmes qui la rend célèbre en Angleterre et outre-atlantique et ce recueil va arriver dans les mains de Richard Browning. Il va lui écrire ces mots :

« J’aime vos vers de tout mon coeur, chère Miss Barrett […]. Dans cet acte de m’adresser à vous, à vous-même, mon sentiment s’élève pleinement. Oui, c’est un fait que j’aime vos vers de tout mon coeur, et aussi, que je vous aime vous. »

Je n’ose imaginer ça en anglais ! Au début, comme toutes les rock-stars qui reçoivent des lettres d’amour, elle va gentillement le refouler et ne lui offrir que son amitié. Ils vont mettre du temps à se rencontrer en personne (à cause des réticences d’Elizabeth visiblement qu’il soit déçu de cette rencontre à cause de sa maladie). Après une première demande par écrit qu’elle refusera tout en reconnaissant que cet homme l’obsède sans y voir encore de l’amour, après de nouvelles rencontres en l’absence de son père (qui, forcément, ne voit pas l’arrivée Robert d’un bon œil dans la vie monacale de sa fille), accepte finalement sa proposition à la seule condition que sa santé s’améliore, ce qui retarde encore un peu plus leur union. Finalement, le mariage est précipité en septembre 1846 dans le plus grand secret et sans le consentement du père. Comme dans tous les romans qui se respectent après un tel événement, ils décident de s’enfuir en Italie, à Florence.

lettres-portugaisesC’est de cette rencontre décisive, autant amoureuse que humaine qu’Elizabeth Barret va écrire ses Sonnets portugais jusqu’à son mariage, à l’insu de Robert Browning et forcément de sa famille. Ces Sonnets from the Portuguese décrivent l’évolution de ses sentiments, comme un relevé presque journalier ce qui en fait une magnifique étude sur l’amour et la place de plus en plus envahissante de la passion dans la vie d’une femme amoureuse qui, enfin, vit pleinement les choses. Je ne crois pas que le titre de ce recueil soit une référence aux célèbres Lettres portugaises de Guilleragues, présentées faussement comme la traduction de lettres d’une religieuse portugaise à un officier français, longtemps attribuée à une vraie religieuse. La coïncidence est tout de même assez troublante car Elizabeth Barrett, vivant comme une femme recluse, dialogue dans ses Sonnets avec l’être aimé où elle suit le même parcours évolutif de doute, de confiance et d’amour sauf qu’il était rapportée dans les Lettres portugaises à la foi et non à l’amour charnel.

du-bellay-regretsSelon moi, un recueil de poésie se lit différemment par rapport à toute oeuvre littéraire. J’aime délibérément sauter des poèmes, lire certains plusieurs fois quand ils me touchent plus que les autres ce qui représente une lecture presque aléatoire. J’aime bien aussi piocher dans un recueil un poème au hasard, ce qui veut dire que je prends chaque poème pour lui-même et pas forcément dans sa relation avec tout le recueil. Parfois, c’est une lecture qui fonctionne, parfois non mais c’est sûr que ce n’est pas très académique et scolaire. De même, si on voit ces poèmes comme un parcours linéaire vers l’amour, ce n’est peut-être pas la lecture la plus judicieuse mais je n’en ai pas moins aimé les vers d’Elizabeth Browning et la sincérité de ses sentiments sans avoir besoin de retracer un parcours figé. Quand j’ai dû lire Les Regrets de Du Bellay en prépa pour le concours, je n’ai pas pu faire ça par exemple ce qui distingue surement une lecture imposée et une lecture pour le plaisir, pour l’amour de la poésie.

En voici, quelques uns :

 

XLIII – How do I love thee? Let me count the ways.

How do I love thee? Let me count the ways.

I love thee to the depth and breadth and height

My soul can reach, when feeling out of sight

For the ends of being and ideal Grace.

 

I love thee to the level of every day’s

Most quiet need, by sun and candlelight.

I love thee freely, as men strive for Right;

I love thee purely, as they turn from Praise.

 

I love thee with the passion put to use

In my old griefs, and with my childhood’s faith.

I love thee with a love I seemed to lose

 

With my lost saints. I love thee with the breath,

Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,

I shall but love thee better after death.

 

 

VII – The face of all the world is changed, I think,

 

The face of all the world is changed, I think,

Since first I heard the footsteps of thy soul

Move still, oh, still, beside me, as they stole

Betwixt me and the dreadful outer brink

 

Of obvious death, where I, who thought to sink,

Was caught up into love, and taught the whole

Of life in a new rhythm. The cup of dole

God gave for baptism, I am fain to drink,

 

And praise its sweetness, Sweet, with thee anear.

The names of country, heaven, are changed away

For where thou art or shalt be, there or here;

 

And this… this lute and song… loved yesterday,

(The singing angels know) are only dear

Because thy name moves right in what they say.

 

Et, comme les Sonnets portugais sont suivis d’autres poèmes, voici mon préféré dans tout le recueil, intitulé « Inclusions ». Il a quelque chose à voir avec le mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, maintenant populairement appelés « les âmes sœurs ». derrière, cette figure, l’amour est l’inclusion parfaite, l’emboîtement et l’harmonie entre deux personnes qui s’oublient elles-mêmes pour ne faire qu’un.

INCLUSIONS

1

O, WILT thou have my hand, Dear, to lie along in thine?

As a little stone in a running stream, it seems to lie and pine.

Now drop the poor pale hand, Dear,… unfit to plight with thine.

2

O, wilt thou have my cheek, Dear, drawn closer to thine own?

My cheek is white, my cheek is worn, by many a tear run down.

Now leave a little space, Dear,… lest it should wet thine own.

3

O, must thou have my soul, Dear, commingled with thy soul? —

Red grows the cheek, and warm the hand,… the part is in the whole!

Nor hands nor cheeks keep separate, when soul is join’d to soul.

 

Où se procurer les Sonnets portugais ?

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Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Poésie Gallimard – 178 pages

EUR 7, 60

 

 

 

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C’est ma 10e et dernière contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine. Retrouvez mon bilan ci-dessous. 

 

 

Bilan du Mois anglais 2013

10 contributions : 2 romans, 1 essai, 1 pièce de théâtre, 1 recueil de nouvelles, 1 recueil de poésie, 1 billet thématique et 3 séries TV.

La Traversée des apparences de Virginia Woolf

Snobs de Julian Fellowes

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Look Back in Anger de John Osborne (extrait)

Les Intrus de la Maison Haute de Thomas Hardy

Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Home Sweet Home : Quatre maisons d’écrivains anglais

Ripper Street (BBC, 2012)

Little Dorrit (BBC, 2008) d’après Charles Dickens

Any Human Heart (2010) d’après William Boyd

 

Merci aux organisatrices et aux autres participant(e)s qui l’ont rendu aussi vivant et particulièrement en lisant et commentant mes dix billets. J’ai eu autant de plaisir à vous lire et à être tentée par autant d’idées de lecture. Vive l’anglophilie, le mois anglais et à l’an prochain pour son come back !

Virginia Woolf Tea

Comme les autres participant(e)s, j’ai répondu à l’invitation d’un jeu photo en mettant en scène mon coup de coeur du mois anglais (« Une chambre à soi » de Virginia Woolf, forcément) avec une tasse, ici celle à l’effigie de la maison Serpentard !

11 Réponses to “« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning”

  1. denis 30 juin 2013 à 9:20 #

    c’est un beau bilan et moi aussi j’ai eu plaisir à lire Blake et Eliot et en parler sur mon blog car la poésie est importante aussi, elle fut même plus noble que les romans il y a quelques siècles

    • Alexandra Bourdin 1 juillet 2013 à 12:34 #

      J’aime beaucoup la poésie comme je le dis mais j’essaye le plus possible de ne pas hiérarchiser les genres littéraires : chaque genre a de la valeur, aucun n’est plus noble que l’autre, chacun procure seulement un plaisir de lecture différent. Mais c’est vrai que la poésie avait un statut plus grand avant mais elle était aussi très « politisée » pour courtiser tel ou tel Grand. Ça ne nous empêche pas de lire de la poésie maintenant et de l’aimer même si elle n’est pas valorisée. Peut-être que les choses changent, peut-être que la poésie n’est plus abordée de la même manière. Il y a le slam, il y a les livres audios qui permettent d’en « lire » différemment maintenant et c’est pas plus mal.🙂

  2. Aunbrey 1 juillet 2013 à 3:35 #

    C’était très intéressant comme article ! Je ne connaissais pas du tout cette poétesse (à dire vrai, je ne savais même pas qu’on disait poétesse pour une femme) (quelle inculte !) et j’ai été ravir de découvrir quelques uns de ses poèmes. J’ai mis le recueil dans ma liste d’envie d’amazon, tu m’as donné envie de la lire.

    Je n’ai jamais trop voulu m’intéresser à la poésie parce que je ne sais pas comment lire un recueil de poème. Par exemple, dans ma PAL, j’ai « Poésies complètes » de Rimbaud mais je ne l’ai pas encore commencé, principalement parce que justement, je ne sais pas comment je devrais le lire. Une fois de temps en temps, je prends un poème au hasard et je le lis ou devrais-je le lire comme un roman normal ? D’après ce que tu dis, il vaut mieux en lire un de temps en temps selon l’humeur du moment… Peut-être devrais-je faire ça.

    La biographie du point de vue du chien me plaît bien aussi, c’est une idée originale et amusante !
    J’ai adoré découvrir une partie de la vie de E. B. B. à travers ce que ton post, c’était passionnant.

    Merci beaucoup en tout cas pour cette belle découverte🙂

    • Alexandra Bourdin 1 juillet 2013 à 3:58 #

      Je suis ravie de t’avoir fait découvrir E.B.B, la poésie féminine est très rare (surtout la poésie amoureuse/érotique, les femmes ne sont pas si fleurs bleues que ça ^^) et je dois dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à la lire, j’espère que ça sera pareil pour toi si tu décides de la lire.

      Contente aussi que ma petite méthode de lecture aléatoire te plaise ! Je pense que c’est vraiment la façon la plus « décontractée » d’abord la poésie, reconnue un peu difficile à lire surtout d’une traite. Et, je ne sais pas, si on s’enfile 20 poèmes d’un coup, à quoi ça sert ? On risque de ne rien retenir. J’ai aussi les « Poésies complètes » de Rimbaud chez moi (ça doit être la même édition plus ou moins) et je fais pareil, je pioche, j’ouvre le recueil au hasard et je lis. Je pense que j’ai fait une exception pour « Les Fleurs du Mal » de Baudelaire mais c’est parce que c’est Baudelaire et que je l’adore.

      J’ai pris autant de plaisir à découvrir la vie d’Elizabeth Browning, c’est super que ça a été communicatif.

      Merci d’être passé, Aunbrey !😀

  3. Alacris 1 juillet 2013 à 7:35 #

    Tu n’es pas la seule, moi aussi j’aime bien lire les recueils de poèmes en sautant d’un poème à un autre, en « piochant » comme tu le dis si bien, en m’arrêtant sur un titre, un mot qui se détache du tout, un certain nombre de strophes, une longueur de vers… mais dans un deuxième temps, pour les recueils que je porte dans mon coeur,j’aime les lire dans l’ordre, selon l’ordre qui a été établi par l’auteur ou par quelqu’un qui le connaissait bien et qui sait quel arrangement reflète le mieux l’expérience poétique qu’a vécue l’auteur. Puis on peut, en tant que lecteur souverain, mettre du bazar dans tout ça à nouveau, et choisir l’ordre que l’on veut, en inventer un à chaque lecture😀

    Joli hommage à Blake en début d’article, j’apprécie beaucoup, héhé ! Et féérique vidéo sur « I started early » d’Emily Dickinson ^_^

    Le jeu de séduction entre Elizabeth et Robert Browning est assez amusant (digne d’un roman, voyons !). Elizabeth est une poétesse que je connais très peu, ton billet m’a donc permis d’en apprendre un peu plus et d’apprécier certains de ses poèmes (coup de coeur notamment sur « The face of all the world is changed, I think » …)

    • Alexandra Bourdin 1 juillet 2013 à 8:12 #

      Çà doit être une méthode pour les amoureux de la poésie.🙂 Je fais pareil quand un recueil me plait vraiment, comme je le disais plus haut pour « Les Fleurs du mal ». Impossible de rater un seul poème de Baudelaire.

      Eh oui, Blake ! Je ne remercierai jamais mon prof d’anglais de prépa de me l’avoir fait découvrir l’année de l’expo au Petit Palais.

      En fait, Elizabeth Browning est plus connu pour sa vie que pour son oeuvre, ce qui est dommage même si j’ai adoré en apprendre plus sur sa biographie et vous partager ça. Je trouve son histoire si romanesque ! Mais en vérité, sa vie et son oeuvre s’entremêlent tellement que ce n’est pas une si mauvaise chose d’insister sur sa vie pour lire son oeuvre (Proust m’écharperait pour dire ça xD) même si on peut prendre ses poèmes seulement sous l’angle de l’amour sans forcément connaitre son histoire avec Robert. mais ça pimente la chose. ^^ J’aime beaucoup le 1e que je cite mais, pour les avoir choisi, ce sont mes 3 préférés mais le choix a été dur.

      • Alacris 1 juillet 2013 à 9:30 #

        Il y avait une expo sur Blake au Petit Palais ? Arghhh, que n’ai-je connu Blake à l’époque ! Je l’ai découvert quand je l’ai eu en programme en khâgne, donc à l’été 2011…

        Proust t’écharperait en effet :p et Valéry aussi xD, mais il y a des auteurs dont les oeuvres se lisent comme une sortie hors de la personnalité (merci TS Eliot), et d’autres pour lesquels la personnalité de l’auteur est justement une matrice à partir de laquelle on va comprendre les fils tissés par son oeuvre. Moi qui suis fan de Rimbaud, impossible de lire Rimbaud sans tomber amoureux de la légende qu’il s’est construite autour de son personnage ^_^ Elizabeth Browning doit faire partie de ce genre-là (c’est assez général ce que je vais dire, mais j’ai l’impression que de manière globale, avec la révolution du modernisme au début du XXe, les auteurs du XIXe se lisent beaucoup avec un culte de la personnalité et de la vie de l’auteur par exemple Victor Hugo, Dickens, Musset, Lamartine, Baudelaire, les soeurs Brontë… tandis que les écrivains du XXe se sont révoltés contre ce culte. Donc finalement, ce n’est pas un crime de lire l’oeuvre d’Elizabeth Browning en te concentrant sur sa biographie. Et puis Proust est assez mal placé, quand on y pense, pour condamner la recherche du côté de la vie de l’auteur XD)

      • Alexandra Bourdin 2 juillet 2013 à 1:10 #

        J’adore Proust et T.S Eliot mais franchement, le premier est clairement mal placé pour se la ramener contre les Saint-Beuviens. Mais après tout ce débat est assez dépassé, je pense et depuis un certain temps, les études sur l’aspect biographique, contextuel d’un auteur ne peut plus être ignoré. Je crois que l’esprit du Nouveau Roman et du structuralisme perd un peu du terrain et entre nous, je ne trouve pas ça plus mal. Ca rend la littérature plus vivante (même si on parle de morts à longueur de temps xD), moins figée. J’aime décortiqué un texte pour lui-même, son style, sa structure, les procédés purement littéraires utilisés mais où est l’âme de tout ça si ce n’est dans son auteur ou du moins dans ce qu’il a laissé deviner de lui (délibérément pour nous leurrer) ?
        Bref, je suis définitivement plus une diz-neuvièmiste assumée mais si je ne crache pas dans toute la littérature du XXe xD (cracher sur Virginia Woolf, Joyce, Hemingway, sacrilège !)

  4. petit_speculoos 3 juillet 2013 à 7:15 #

    Merci pour cette découverte, je ne lis jamais de poésie, je ne connaissais donc pas🙂
    Et beau bilan pour ce mois anglais ! Que de découvertes🙂

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