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« Néo-victorien », mon cher Watson ! [II/II]

7 Juil
Ripper Street (2012)

Ripper Street (2012)

Pour le rendre plus agréable à lire, cet article sur le néo-victorianisme a été divisé en deux parties. L’aventure néo-victorienne commence ici. Si vous n’êtes pas au fait de la différence entre « steampunk » et « néo-victorianisme » ou si vous pensez que ce mouvement n’est qu’anglo-saxon ou que les romans victoriens devraient avoir la priorité par rapport à ces créations contemporaines, l’article précédent vous sera utile. Sinon, vous pouvez continuer votre chemin sans danger.

Réécrire les vies illustres: biographies et biopics

Au-delà des créations originales qui brodent autour de l’époque victorienne comme cadre de leurs récits, certains auteurs choisissent la voie de la biographie fictive (ou « biofiction ») pour rrendre hommage et réfléchir aux figures tutélaires du XIXe siècle. C’est là que la richesse du néo-victorianisme passant d’un genre ou d’une discipline à une autre pour raconter des vies. La reine Victoria elle-même fait l’objet de ces biographies par exemple dans la série non traduite de Jean Plaidy avec The Captive at Kensington Palace comme premier tome que j’ai découvert après avoir vu The Young Victoria (2009) de Jean-Marc Vallée avec Emily Blunt et Rupert Friend. C’est d’ailleurs une marque révélatrice de l’esprit néo-victorien que de s’intéresser à la jeunesse de la reine au lieu de la représenter comme la veuve et la grand-mère de l’Europe.

Rupert Friend (Albert de Saxe-Cobourg) & la reine Victoria ( Emily Blunt)

Les biographies fictives d’écrivains ont aussi le vent en poupe comme Flush  (1933) de Virginia Woolf sur la vie de la poétesse Elizabeth Barrett Browning (dont j’avais l’an dernier commenté ses Sonnets portugais) du point de vue de son épagneul Flush mais aussi la série de polars de Gyles Brandeth qui mettent en scène Oscar Wilde, les Oscar Wilde Murder Mysteries comme le premier tome Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles que j’ai commencé à lire il y a quelques mois avant d’abandonner, faute de temps mais je compte bien m’y remettre. Depuis un certain temps, me tente aussi la série sur Jane Austen par Stéphanie Barron depuis 1996 avec Jane Austen and the Unpleasantness at Scargrave Mannor (1996) jusqu’à  Jane and the Canterbury Tale sorti en 2011. Si pour moi, Bight Star  (2009) de Jane Campion m ‘a permis de découvrir la poésie de John Keats (et d’acheter ses œuvres complètes dans la foulée), j’ai vu cette année deux biopics : The Raven (2012) de James McTeigue inspiré de la vie d’Edgar Allan Poe et le très kitsch Gothic (1986) de Ken Russell sur Percy, Mary Shelley et Lord Byron, vu un soir d’orage. Parfait, en somme.

John Keats (Ben Whishaw) & Fanny Brawne (Abbie Cornish)

Les biographies et biopics d’artistes fleurissent aussi.  Les peintres sont aussi à l’honneur, non seulement les peintres préraphaélites avec Autumn (1988) de Philippe Delerm ou encore avec humour Freshwater de Virginia Woolf, la seule pièce de théâtre qu’elle ait écrite qui met en scène sa grande-tante photographe Julia Margaret Cameron, Alfred Tennyson, Ellen Terry ou encore G.F.  Watts. Quant au peintres français, qui ne se souient du sublime épisode sur Vincent Van Gogh de Doctor Who en 2010 dans la saison 5, « Vincent and the Doctor ». Quant aux musiciens, le roman Sépulcre (2007) de Kate Mosse qui raconte le destin croisé de trois personnages, deux en 1891 à Carcassonne, l’autre en 2007, biographe de Debussy.

« Vincent and the Doctor » (Saison 5, épisode 10)

… et raconter les vies obscures !

Nights at the circus d’Angela Carter

Mais les vies d’hommes et de femmes célèbres ne sont pas les seuls à intéresser la littérature et la culture néo-victorienne. Il s’agit de rendre justice aux oublié de l’Histoire que les Victoriens auraient délaissés comme les prostituées chez Michel Faber mais aussi les « freaks » comme dans Elephant Man  (1980) de David Lynch ou la série Ripper Street qui met en scène dans sa 2e saison comme personnage récurrent le même John Merrick. Cet univers du monde du spectacle et des « monstres » est très bien représenté dans Nights at the circus (1984) d’Angela Carter qui raconte les vies croisées de plusieurs membres d’un cirque, notamment de la sulfureuse, scandaleuse et vulgaire à l’accent cockney Sophie Fevvers, soit disant Vierge, une femme pourvu de belles ailes de cygne qu’elle teint en rose racontée par Jack Walser, un journaliste américain sceptique qui va finir par devenir un membre à part entière de la troupe.

Flashman : Hussard de sa majesté (1839-1842) de George MacDonald Fraser

A coté des marginaux, le néo-victorianisme s’intéresse aussi aux conséquences de l’impérialisme; D’ailleurs, à l’image de Jean Rhys, la littérature du Commonwealth investit beaucoup ce que le néo-victorianisme peut lui enseigner sur le passé de chaque pays concernés au même titre que le post-colonialisme. Le rôle de l’armée coloniale n’est pas en reste comme en témoigne la série de romans historiques intitulée Les archives Flashman de George MacDonald Fraser que j’ai découvert par hasard sur un stand de livres d’occasion à Gibert l’été dernier en achetant pour trois fois rien le tome 1 Flashman : Hussard de sa majesté dont la couverture m’avait séduite.

Des penny dreadful

Quelle valeur faut-il accorder à ce mouvement littéraire et culturel ? S’agit-il d’œuvres de seconde zone, à l’image des penny dreadful victoriens, ces histoires à canevas, faits pour le pur divertissement et souvent lié à la science-fiction, au réalisme magique et à la fantasy proches de nos vaudevilles ? Cela vaut-il la peine de passer autant de temps en lisant cette littérature contemporaine, en visionnant des « victoriana » alors que les classiques, la *vraie* littérature et le *vrai* cinéma nous tendent grand les bras ? Je ne pense pas que cela soit de la littérature facile ou même plus commerciale qu’une autre. Au contraire, le néo-victorianisme est forte de la culture du XIXe siècle qu’elle réinvestie sous forme de clins d’œil, de références et même de personnages emblématiques de la littérature du XIXe siècle, repris tels quels comme des personnages historiques à part entière ? Au-del des adaptations littéraires des romans de Jane Austen, des sœurs Bronté, de Dickens ou même de Zola dans la merveilleuse  série The Paradise qui s’inspire librement du roman Au Bonheur des Dames, les personnages  fictifs deviennent de part leur popularité partie prenante de la mémoire collective. Le dernier réinvestissement de personnages fictifs dans une seule et même oeuvre reste la série Penny Dreadful, diffusée sur Showtime depuis quelques mois.

Vanessa Ives (Eva Green)

On y croise des personnages comme le Dr Victor Frankenstein, sa créature prénommée Caliban (d’après le personnage de La Tempête de Shakespeare), Dorian Gray, Van Helsing ou encore Mina Murray tous droits sortis de Mary Shelley, Oscar Wilde et Bram Stoker. Mais aussi quelques explorateurs, des vampires, des loups garoux et l’ombre de Jack l’éventreur pas très loin. Comme les penny dreadful d’alors, cette série repose sur beaucoup de ficelles mais rien que le premier épisode ne peut qu’émerveiller pour son ambiance les passionnés du XIXe siècle. Et les personnages sont tellement bien interprétés, au po int que j’arrive comme jamais auparavant d’être troublée par Dorian Gray ou pris de compassion pour le Dr Frankenstein, pourtant véritable tête-à-claque du roman de Mary Shelley.

Ainsi, la culture néo-victorienne semble bien se porter mais elle a aussi encore à évoluer. J’ai délibérément laissé de coté certains grands noms comme Sarah Waters ou A.S. Byatt que j’ai encore à découvrir. Si mon intérêt pour le néo-victorianisme est né de rencontres passées (comme avec Michel Faber, conseillé par un sympathique libraire qui avait voulu me conseiller Jane Austen avant que je lui avoue avoir presque tout lu en bonne Janéite), il est aussi fait de rencontres futures. J’espère vous avoir donné envie de lire et de voir plus de victoriana car elles en valent le coup d’œil.

Les articles néo-victoriens du blog : 

*Adaptations & réécritures*

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None but You de Susan Kaye

– [Lecture/ »Austeneries »] None but You/For you Alone de Susan Kaye (d’après Persuasion de Jane Austen)

– [Séries] North & South (BBC, 2004) d’après le roman d’Elizabeth Gaskell

– [Séries] Jane Eyre (BBC, 2006) d’après le roman de Charlotte Brontë

– [Séries] Persuasion (ITV, 2007), adaptation du roman de Jane Austen

– [Séries] Little Dorrit (BBC, 2008) d’après le roman de Charles Dickens 

 

*Biopics*

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Desperate Romantics

– [Séries] Desperate Romantics (BBC, 2009) sur le cercle des peintres préraphaélites

 

*Reconstitutions historiques*

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Ripper Street

– [Lecture] Contes de la rose pourpre de Michel Faber 

– [Séries] Ripper Street (BBC, 2012-…)

– [Lecture/BD] Fog (t.1, « Le tumulus ») de Roger Seiter et Cyril Bonin

– [Lecture]  « The Gipsy Gentleman » (nouvelle néo-victorienne) d’Alexandra Bourdin

Pour aller plus loin :

– Le site de la revue en ligne pluridisciplinaire Neo-victorian Studies créée en 2008 par Marie-Luise Kohlke (Swansea University, Pays de Galles) met à la disposition des articles librement et gratuitement. Deux universitaires français y contribuent : Georges Letissier (Université de Nantes) et Christian Gutleben (Université de Nice-Sophia Antipolis). J’espère rester fidèle à leurs recherches.

– Sur le steampunk en général : Marie Truchot, « Steampunk : un nouveau genre pour la littérature de l’imaginaire ?« , article du 26 juin 2014 sur le blog collectif

– Pour une introduction plus générale du néo-victorianisme, une bibliograp^hie et une liste d’ouvrages néo-victoriens : Jacqueline Banerjee, « Neovictorianism : an Introduction », article sur le site Victorianweb.org.

 – « Comment écrire du gothique », essai didactique d’Adeline Arénas du 17 novembre 2012.

 

 

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« Cymbeline » de William Shakespeare

29 Déc
Edward BURNE-JONES, Sleeping Beauty (1871, Manchester Art Gallery)

Edward BURNE-JONES, Sleeping Beauty (1871) – Manchester Art Gallery

« Fear no more the heat o’ the sun,

Nor the furious winter’s rages; »

Cymbeline, Acte IV, Scène 2.

La Belle au Bois Dormant, c’est un peu La Bouteille à la Mer ces derniers temps. Que je vous rassure, depuis Being Human (qui a eu son petit succès après la publication de cet article, Aidan Turner fait toujours ce petit effet-là), j’ai lu, vu et découvert bien d’autres choses mais faute de temps, je n’ai pas pu vous le partager comme d’habitude. Peut-être aussi que je n’en ai pas ressenti le besoin et qu’il me fallait faire une (énième ?) pause pour profiter du quotidien.

Mais ça, c’était avant Cymbeline de notre ami William Shakespeare. (Shakespeare est un remède à tous les maux, c’est bien connu.)

Imogen, Cymbeline

Imogène (Illustration du Shakespeare’s Heroines d’Anna Jameson)

D’autant plus que la vraie Belle au Bois Dormant dans cette histoire, c’est Imogène, l’héroïne de la pièce. Pas littéralement, je vous rassure, sinon il n’y aurait pas eu beaucoup d’action pour du Shakespeare si tout le monde avait été endormi. (Et on se serait ennuyé ferme.) C’est juste l’image que j’ai eu d’elle durant l’une des scènes cruciales de la pièce où elle dort. Au lieu de lui voler un baiser telle Aurora, Iachimo, une espèce  de Don Juan beau-parleur et manipulateur,  va lui subtiliser un bracelet qui va servir de prétexte pour un long quiproquo sur la perte ou non de la vertu de la damoiselle et de son infidélité puisqu’elle s’est mariée à Léonatus Posthumus et, comble du scandale, sans le consentement de son roi de père, Cymbeline.

Dudley, Robert, fl. 1858-1893, printmaker. Posthumus: "My queen! My mistress! O lady weep no more!" Cymbelin …

Posthumus & Imogène : Gravure de Robert Dudley (1858-1893,) 
Posthumus: « My queen! My mistress! O lady weep no more! » in Cymbeline

Orphelin et pupille du roi (donc sans le sous !), Posthumus n’est certes pas le parti idéal pour l’héritière du royaume de Bretagne depuis la disparition de ses deux frères aînés qu’elle n’a jamais connu. La force de caractère d’Imogène va valoir pour Posthumus, tel Roméo,  un bannissement ad vitam aeternam. Enfin, presque.  Sinon, ça ne serait pas drôle. 

Vous allez me dire, qu’est-ce qui m’a pris de lire une pièce si peu connue de Shakespeare alors que j’aurais pu continuer dans ma lancée après Richard III avec Le marchand de VeniseLa Tempête ou Le Conte d’Hiver (c’est de saison, en plus) que j’avais sous la main ?

Tout est parti par fangirling intelligent de la vidéo d’une interview de Tom Hiddleston (plus à présenter) qui, en bon homme parfait shakespearien, a cité de mémoire une réplique de Posthumus (qu’il a interprété en 2010 sous la direction de Declan Donnellan). Et comme le Monsieur s’y connait en belles choses et aime les partager, ça donne ça :

« Reste là, ô mon âme, suspendue comme un fruit

Jusqu’à ce que l’arbre  ne meurt. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autant vous dire, que ni une, ni deux après un petit arrêt sur image (pas désagréable) et quelques « que c’est beau ! », je l’ai noté dans mon carnet fourre-tout. First step. Puis, un samedi alors que j’avais clairement d’autres choses de prévu,  Adeline et Matilda se sont mises à se crêper intelligemment le chignon sur un statut FB à propos de cette pièce et surtout de Posthumus. Crétin influençable et jaloux ou héros romantique badass et imperturbable ? Curieuse comme pas deux et comme j’avais eu droit à un panégyrique depuis quelques jours à son sujet par la première, il fallait que je sois fixée.

Cymbeline (David Colling dans la mise en scène de Declan Donnellan par la compagnie Cheek by Jowl)

Cymbeline (David Colling dans la mise en scène de Declan Donnellan par la compagnie Cheek by Jowl en 2010)

Trêve de bavardage, parlons de Cymbeline ! Il ne faut pas se fier au titre de la pièce : ce roi celte est plus secondaire qu’autre chose, réduit à un père tyrannique, un roi ingrat et aveuglé par sa reine, la belle-mère d’Imogène. Un bougre d’idiot, en somme. Pourtant, c’est un personnage historiquement attesté et qui a nourri de nombreuses légendes. Il aurait ressuscité d’entre les morts, rien que ça, avec les parallèles que vous imaginez. Mais tout ça est mis de coté même si bien sûr, Shakespeare raffole (et nous avec!) des sorcières et des esprits revenus d’entre les morts. Cymbeline ne fera pas exception avec une scène où Posthumus est visité par les esprits bienveillants de sa famille, non comme les esprits des victimes de Richard III qui lui font passer un mauvais quart d’heure. Mais, si la part de reconstruction historique est très présente (avec une vraie scène de bataille entre Romains et Bretons qui doit être assez coton à mettre en scène), ce n’est moins la légende plus ou moins fantasmée du roi Cymbeline qui est mise en avant que le conflit domestique entre le roi et son héritière, la marâtre et sa belle-fille et surtout autour de la mésalliance entre Imogène et Posthumus.

cymbeline-romance

Affiche de Cymbeline au Timms Centre  (Canada, 2012)

C’est d’ailleurs ce qui rend Cymbeline si unique, à mi chemin entre la tragédie  et la comédie, et donc si plaisante à lire. Comme certaines pièces tardives du Barde, il s’agit d’une « romance » qui réinvestie un genre médiéval (avec les codes de la chevalerie qui vont avec) nourri d’aventures, d’éventements fantastiques, d’allégories et surtout d’une opposition entre la vie de cour et la vie pastorale. A titre personnel, même si c’est un peu anachronique, j’y vois plutôt une pièce qui annonce la comedy of manners (ou comédie de mœurs) appliquée à une satire de la société de cour et des rivalités et autres complots qui s’y jouent. Cette petite classification peut paraître idiote et artificielle mais cela montre à quel point cette pièce, en apparence simple et qui pourrait être réduite à un pauvre conte de fée (Imogène en Cendrillon dotée d’une méchante marâtre, Posthumus en prince banni, les petits princes enlevés au berceau, etc), est assez complexe pour emprunter de nombreux motifs à des genres  très différents.

Imogène dans la grotte - Gravure de Boydell d'après Richard Westfall (1803)

Imogène dans la grotte – Gravure de Boydell d’après Richard Westfall (1803)

Mais ce qui m’a le plus touchée, c’est le traitement du personnage d’Imogène qui, comme la délicieuse Viola dans La Nuit des Rois, doit se travestir en homme pour quitter la cour et prendre en main son destin. Elle est aidée par l’un des personnages de valets le plus développé que je connaisse chez Shakespeare, capable de désobéir à son maître Posthumus pour le bien d’Imogène. Je ne sais pas si Beaumarchais a lu Cymbeline mais Pisanio m’a beaucoup fait pensé à Figaro pour ses paroles libres et je l’ai aimé presque au même titre. Si Imogène est bien guidée, elle reste un personnage féminin très fort comme souvent chez Shakespeare. Mais, contrairement à une Juliette (qui est pourtant aussi séparée de son bien-aimé), Imogène a beaucoup plus de sang froid, revendiquant son indépendance non seulement envers son père mais aussi et surtout envers Posthumus alors qu’il la croit indigne de sa confiance.

Illustration d'Arthur Rackham des Tales from Shakespeare de Charles Lamb

Illustration d’Arthur Rackham des Tales from Shakespeare de Charles & Mary Lamb

L’épisode du déguisement d’Imogène entraîne l’une de mes scènes préférées : la rencontre avec une famille de marginaux dans les montagnes galloises. Si Bélarius, le seigneur déchu, peut paraître un peu plat, ce sont surtout ses « fils » qui m’ont touchés, à la fois droits, fougueux et drôles (surtout malgré eux : les mots d’amour et les « je vous aime comme une soeur » à leur première rencontre avec Imogène, c’était un peu gros!).  Mais c’est surtout le chant funèbre qu’ils chantent ensemble (dont j’ai cité les premiers vers au début de ce billet) qui m’a toute émotionnée quand Imogène a toutes les apparences de la mort (là encore, toute ressemblance avec Juliette serait purement fortuite…) Si vous voulez apprécier pleinement quoique différemment ce passage, vous pouvez écouter la magnifique interprétation de chant funèbre par l’harpiste Loreena McKennitt qui l’a mis en musique et chanté. C ‘est de toute beauté :

Pour la petite anecdote, selon l’un de ses professeurs, le jeune John Keats aurait versé sa petite larme lors de la scène des adieux entre Imogène et Posthumus, le laissant incapable de continuer sa lecture. Pourtant, cette scène n’a rien de larmoyante. Tout sonne juste, sans pathos surtout l’image qu’Imogène utilise lorsqu’elle enguirlande son valet pour n’avoir pas attendu le départ complet du bateau pour l’Italie alors qu’elle serait restée jusqu’à ce que Posthumus soit plus petit au loin qu’une mouche :

« I would have broke mine eye-strings; crack’d them, but
To look upon him, till the diminution
Of space had pointed him sharp as my needle,
Nay, follow’d him, till he had melted from
The smallness of a gnat to air.

(Acte I, Scène III)

Même si Cymbeline a pour thème principal la jalousie de Posthumus (ce qui ne lui rend pas hommage), c’est surtout son honneur et sa droiture tout en étant  un marginal qui lui donne sa force dramatique. Vous aurez remarqué que j’ai été plus touchée par Imogène que par Posthumus mais pour une analyse plus complète et totalement subjective de ce marginal au grand coeur, Adeline a fait ça très bien ! Ni la jalousie de Posthumus, ni l’innocence d’Imogène se sont stéréotypées dans la mesure où le conflit qui les opposent – se faire confiance malgré l’adversité – participent d’une sorte de parcours initiatique ce qui rejoint l’apparence de conte de fée que peut avoir cette pièce. Mais qui a dit que nous étions trop vieux pour lire des contes de fée ?

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C.S Lewis dans la préface de The Lion, The Witch and the Wardrobe adressée à sa filleule 

J’espère avoir la chance un jour de voir une mise en scène de cette pièce mais, pour l’instant, je bave devant celle de Declan Donnellan non seulement parce que je suis assez emballée par le choix d’avoir fait interpréter par Tom Hiddleston à la fois Posthumus et son rival Cloten, le fils de la reine, mais surtout parce que j’avais eu la chance de voir son Macbeth modernisé au Théâtre des Gémeaux à Sceaux et que c’était une vraie merveille. Heureusement, Arte et Youtube permettent de voir un reportage passionnant (et sous-titré, les enfants !) sur les coulisses de la représentation et l’intérêt (si c’était encore à prouver) de jouer aujourd’hui Shakespeare et Cymbeline !

Josie McNee & Tom Hiddleston in Cymbeline" de Rosie Haghighi

Josie McNee & Tom Hiddleston  dans Cymbeline : une linogravure  de Rosie Haghighi

D’ailleurs, en fouillant pour illustrer mon billet, je suis tombée sur le tumblr, puis la page FB et même le compte twitter de la merveilleuse Rosie Haghighi qui a créé une linogravure dont je suis tombée amoureuse justement inspirée de la mise en scène de Declan Donnellan. Rosie a gentillement accepter que je l’utilise. Courez voir ce qu’elle fait, toutes ses œuvres ont de l’idée et pour avoir un peu échangé avec elle, vu sa gentillesse, Rosie mérite son talent ! Thank you so much for your kindness, Rosie! I can’t wait to see your future well-designed work! 🙂

« Being Human » (BBC, 2008) (Saison 1)

13 Oct
George, Mitchell & Annie (Being Human - ©SHParsons

George, Mitchell & Annie (Being Human – ©SHParsons)

Being Human (BBC Three, 2008-2013), créé par Toby Whithouse au format de 6-8 épisodes de 58′ par saison. Avec Aidan Turner (John Mitchell), Russell Tovey (George Sands), Lenora Crichlow (Annie Sawyer), Sinead Keenan (Nina Pickering), Annabel Scholey (Lauren) & Alex Price (Gilbert). 

Trois colocataires partagent une maison à Bristol. Deux jeunes hommes et une jeune femme comme les autres… paranormaux en vérité, car Mitchell est un vampire, George un loup-garou et Annie une revenante en quête d’une vie pseudo-normale. Comment rester humain malgré sa différence ?

Quand on partage une coloc d’écrivains avec une autre blogueuse, Adeline, qui s’y connait en entretiens avec un vampire, on ne peut qu’en venir à regarder et aimer Being Human. Et pourtant, ce n’était pas forcément gagné : que Dracula me pardonne, je ne suis pas une fan de vampires. L’effusion d’hémoglobine n’éveille rien en moi, ni même le fantasme d’immortalité ou la métaphore pseudo-érotique de la morsure dans le cou pour aspirer le fluide vital de son/sa partenaire comme ultime jouissance.

Mitchell (Aidan Turner)

Mais ça, c’était avant que les vampires rient comme Aidan Turner et qu’ils portent si bien sur leur figure « je suis un ONS d’enfer » en enlevant désobligeamment une paire de lunettes de soleil ou en arborant  une mou du style « Je tue mais je me soigne ». La fraîcheur et l’air enjoué, blagueur du personnage de Mitchell, malgré ses démons intérieurs, m’ont rappelé très souvent Desperate Romantics et son rôle de Dante Gabriel Rossetti ce qui rend d’emblée ce vampire dans la catégorie des marginaux. En effet, au début de la série, Mitchell décide de se « sevrer » : ne plus tuer (et particulièrement ses petites amies), devenir plus humain que monstre et vivre une vie (presque) normale pour mieux s’intégrer parmi les humains. Vous vous imaginez bien que ça ne va pas être de tout repos, surtout quand on est  un être de désir qui répond au désir par le désir…

La maison d’Annie

D’ailleurs, c’est l’idée de vivre normalement parmi les humains qui a poussé Mitchell et George de co-louer cette maison à Bristol avant de se rendre compte que cette maison en guimauve était hantée par le fantôme de l’ancienne propriétaire, Annie qui, depuis sa mort (un an plus tôt), a plus ou moins fait fuir les anciens locataires. En tant qu’êtres  un peu spéciaux, ils sont les premiers à la voir et à lui  parler.

Annie (Lenora Crichlow)

Annie, c’est  un peu la boute-en-train du trio, et là encore, la série déplace le codes habituels sur les revenants pour en aire quelqu’un de certes parfois un peu émotive, se déplaçant d’une pièce à une autre, cassant ou bougeant deux-trois objets sur son passage sous le coup de l’émotion mais ça n’en fait pas une Mimi Geignarde pour autant ! Elle a plus l’étoffe d’une ange gardien qu’autre chose et je dois avouer que sa frimousse, ses mimiques et sa personnalité m’ont plu dès les premières minutes de visionnage. Ça faisait longtemps qu’ un personnage féminin ne m’avait pas fait glousser !

George (Russell Tovey)

Mais surtout, il y a George. Comment vous parlez sérieusement et calmement de George ? Il est tellement anglais ! (compliment ultime) Je connaissais déjà Russell Tovey depuis Little Dorrit où il avait déjà  un bon potentiel comique  mais là, comme le dirait Adeline, « c’est le meilleur coloc du monde ».

Bernie (Ep. 4 « Another Fine Mess »

Il a  une sacrée propension incroyable à atteindre les aigus quand il crie comme une fillette ce que j’avais déjà remarqué dans Little Dorrit, by the way. (On ne change pas une équipe qui  gagne…) Bref, George n’a aps l’aisance de Mitchell niveau confiance en soi mais i l remuera votre petit coeur. Surtout quand il parle de sa lycanthropie et de la souffrance de ses transformations. Le deuxième épisode, Tully, est clairement l’un des plus durs émotionnellement avec la fin de l’épisode 3 (« Ghost Town ») mais ça, c’est parce que j’ai pleuré comme une madeleine et j’ai mes raisons !

La vie en colocation

Vous l’aurez compris, Being Human n’a rien d’une série fantastique comme les autres  malgré  un certain « bestiaire » en commun, des éléments paranormaux, une vie souterraine et surtout  une bande de méchants pas beaux légèrement psychopathes et sadiques sur les bords. C’est surtout  une série dans la tradition des séries comiques de flatmates (Friends, bien sûr mais aussi plus récemment Threesome avec deux acteurs-chouchous : Emun Elliott & Stephen Wight repérés dans The Paradise) avec une veine fantastique mais comme une majeur partie de l’action se passe dans la maison d’Annie (considérée comme une sorte de planque ou d’havre de paix), on est pleinement immergé dans la vie de ces trois colocataires avec les rigolades et les prises de bec habituels.

Aidan Turner (Mitchell) & Lenora Crichlow (Annie)

Russell Tovey (George)

Mitchell (Aidan Turner)

Ce qui rend Being Human très attractif pour quelqu’un qui n’est pas fan de vampires et de tueries sanglantes, c’est la force dramatique et les conflits intérieurs qui perturbent ces trois êtres hybrides qui n’arrivent pas à trouver une place dans ce monde qui les exclue ou qu’ils choisissent de renier. Autant Mitchell que George sont tiraillés par leurs penchants plus ou moins bestiaux ou sauvages : si c’est la culpabilité qui hante  l’un, c’est le déni de sa nature profonde et de sa double  personnalité qui bloque l’autre. L’un a trop assumé a bête en lui, l’autre cherche par tous les moyens à la nier.On s’étonne après qu’ils soient si complémentaires !

« They were just two souls united by fear and solitude. Lost in the dark. Fate pushed them together and now they were going to find out why. » (ANNIE – Ep. 6 « Bad Moon Rise »)

Nina (Sinead Keenan) & George (Russell Tovey)

Ce n’est d’ailleurs pas seulement  une question d’identité et de quête de soi ; Being Human exploite à merveille ce que ça représente d’être différent et en quoi l’attrait de la normalité (concept bien artificiel) peut être fort dans nos choix de vie. Il ne s’agit pas d’être humain (de correspondre à une espèce, une nature, une essence), il s’agit d’en être digne, de suivre et de choisir une éthique particulière et des valeurs universelles qui unissent tout un chacun, quelque soit son identité. L’amitié, l’amour, le sens du sacrifice, ça peut paraître des valeurs un peu niaises pour finir cette saison et, pourtant, au bout de six épisodes de Being Human, il n’y a pas eu de plus belle définition de l’humanité. Choisir l’humanité, la générosité et le bonheur, est-ce être lâche ? faible ? Autant Nina (Sinéad Keenan) dans la vie de George, que Bernie ou Josie dans celle de Mitchell ou encore Gilbert (Alex Price) dans celle d’Annie ancre le trio dans le sentiment humain le plus pur qui soit, l’amour. Ca fait peut être cucu la praline e dire les choses ainsi mais jouer constamment les blasés, les cyniques et les durs à cuire n’est pas forcément une preuve d’intelligence supérieure. Malgré  un tel « message », Being Human évite un certain manichéisme attendu en brouillant les « camps » de chacun et insistant sur le choix de devenir humain ou inhumain là où la raison de la transformation des trois personnages a été subie.

Avant de conclure, j’ai eu envie de rendre hommage au beau travail  de caractérisation des personnages dans cette  série. Comme souvent à la BBC, le casting est toujours impeccable. Tous les personnages ont de l’ampleur, même les plus secondaires, ceux qu’on ne croisent qu’un seul épisode comme celui de Tully (le loup-garou qui a transformé George) ou encore Gilbert qui est un peu mon chouchou dans cette saison alors qu’on ne le voit que dans un seul épisode. Et pourtant, il est parfait. Gilbert est un fantôme qui va énormément aider Annie à encaisser les raisons de sa mort Disparu dans les années 80, on le rencontre dans un night club et on comprend de suite que c’est un féru de musique. Cet épisode, est d’ailleurs juste sublime rien que dans sa bande son mais, de manière générale, tous les épisodes sont très soignés en la matière sans que la musique paraisse trop envahissante. Bref, Gilbert est typiquement anglais, Gilbert danse comme un dieu, Gilbert lit Nietzsche en fumant et Gilbert est à la fois cynique et touchant. Bref, je l’aime d’amour.

Gilbert 

(Alex Price)

est

merveilleux !

Fan (ou pas) de vampires, de loups-garoux, de fantômes, ne ratez pas le coche, regardez Being Human. J’ai commencé hier la saison 2 et, croyez moi, le meilleur est à venir !

Où se procurer Being Human (Saison 1) ?

Being Human – DVD (import anglais, sans sous-titrage français)

EUR 7, 99

(Vu qu’elle a bien été diffusée en France, une version française est forcément disponible quelque part mais pas sur Amazon d’après mes recherches. Mais ça va de soi de les séries de la BBC ont un charme unique en VO. A bon entendeur !)

Challenge Halloween chez Lou et Hilde – Première participation

« Persuasion » (ITV, 2007) d’après Jane Austen

24 Juil
lyme

La Grande Jetée de Lyme.

« She understood him. He could not forgive her, but he could not be unfeeling. Though condemning her for the past, and considering it with high and unjest resentment, though perfectly careless of her, and though becoming attached to another, still he could not see her suffer, without the desire of giving her relief. It was a remainder of former sentiment; it was an impuse of pure, though unacknowledged friendship; it was a proof of his own warm and amiable heart, which she could not contemplate without emotions so compounded of pleasure and pain, that she knew not which prevailed.

Persuasion (ITV, 2007), d’après le roman de Jane Austen. Avec SallyHawkins (Anne Elliot), Rupert Penry-Jones (Capt. Frederick Wentworth), Alice Kurge (Lady Russell), Anthony Head (Sir Walter Elliot), Amanda Hale (Mary Musgrove) et Tobias Menzies (William Elliot).

Toutes les Janéites sont au courant, comme chaque été, Arte se met à l’heure austenienne avec un cycle spécialement dédié à Jane Austen jusqu’au 8 août. Rendez-vous jeudi pour Northanger Abbey ! Le 17 juillet, les festivités ont commencé avec l’adaptation 2007 de Persuasion, mon roman austenien préféré. Vous vous imaginez bien que j’étais sagement devant mon écran et que j’ai profité du replay sur Arte+7 pour revoir quelques fois cette mini-série cette semaine.

Après Jane Eyre l’été dernier, il semble que cette période soit parfaite pour relire mes romans préférés ; donc, le soir même de la diffusion de l’adaptation, je n’ai pas pu mieux finir ma soirée en commençant à relire Persuasion et j’y ai pris un plaisir immense ! Ça a été comme retrouver de vieilles connaissances, quittées dans les meilleurs termes, et les redécouvrir encore mieux que la première fois ! Forcément, j’avais en tête l’adaptation et son casting pour le moins excellent, surtout concernant le Capitaine Wentworth sous les traits de Rupert Penry-Jones qui déclasse, à mes yeux, Mr Darcy himself, c’est dire !

Capt. Frederick Wentworth (Rupert Penry-Jones)

J’attendais l’interprétation de Rupert avec une double attente. D’abord, j’avais été assez déçu sur ce point de l’adaptation de 1995, qui bien que fidèle et de qualité, avait choisi un acteur bien trop vieux pour interpréter ce très séduisant eligible bachelor d’autant plus que cette adaptation a plutôt mal vieillie.

 

 

Matthew MacFadyen (Tom Quinn) & Rupert Penry-Jones (Adam Carter) dans Spooks

Ensuite, je suis depuis quelques temps Rupert dans la série Spooks depuis la saison 3 jusqu’à la saison 6 que je regarde actuellement et je dois dire que, m’étant beaucoup attaché à son personnage d’Adam Carter, à ses « démons » et à sa personnalité, j’étais d’autant plus impatiente de le voir interprété ni plus ni moins que mon idéal masculin parmi les personnages de Jane Austen.

Anne Eliot (Sally Hawkins) et Frederick Wentworth (Rupert Penry-Jones)

Lady Russell (Alice Krige)

Lady Russell (Alice Krige)

Ce que j’ai particulièrement aimé retrouvé dans cette adaptation, c’est la complexité et la douce évolution de la relation entre l’héroïne et le capitaine Wentworth, tout ça joué avec beaucoup de justesse. Persuasion est l’un de mes romans préférés non seulement parce qu’il développe une interrogation sur la prudence, la persuasion et le rôle des conseils dans nos choix de vie, surtout sentimentaux comme lorsque Anne, âgée d’à peine 19 ans décide de rompre son engagement avec Frederick sous les conseils de son amie et marraine  Lady Russell compte tenu des risques d’une union avec un jeune officier de marine, sans fortune et sans relations au beau milieu d’une guerre à l’issue incertaine. Mais Persuasion, c’est aussi une belle méditation sur le temps, la constance et la force des sentiments face à la séparation et face aux épreuves. Si souvent, les personnages de Jane Austen sont éprouvés et toujours perfectibles en apprenant quelques leçons qui corrigent leur tempérament, son dernier roman non seulement transfigure Anne mais aussi et surtout le capitaine Wentworth.

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Anne Elliot (Sally Hawkins)

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Jolis marques-pages, n’est-ce pas ?

C’est peut-être moins sensible dans l’adaptation que dans le roman, mais ce qu’apprend peut-être le plus Anne, c’est la confiance en soi et la confiance en son jugement. Elle ressent les gens, elle est tout de suite frappée par la complaisance de son cousin Mr Elliott, trop plaisant avec tout le monde, toujours en représentation contrairement au caractère très franc et loyal du capitaine. Et pourtant, elle est sensible à la persuasion car elle est toujours ouverte au jugement des autres. C’est un personnage avec une grande écoute : dans le roman, elle joue les confidentes pour chaque personne, comme un médiateur pour apaiser tel ou tel conflit. Mais ce qu’apprend Anne, c’est l’indépendance et le courage de la vérité, de l’avoir en soi. Quand elle se rend compte que lady Russell est aveuglée par les faux-semblants, c’est à ce moment qu’elle décide de prendre sa vie en main à force de patience. Se détacher autant de cette figure maternelle qu’est Lady Russell, c’est sa façon de devenir adulte pour la première fois à 27 ans et de se laisser aller, de s’ouvrir totalement à la passion au lieu d’écouter la voix de la prudence.

« She had been forced into prudence in her youth, she learned romance as she grew older: the natural sequel of an unnatural beginning. »

Wentworth en cavalier noir

Quant au capitaine Wentworth, son plus grand tort a été d’écouter avec beaucoup trop de sérieux son orgueil qui l’aveugle au point de détruire ses chances de bonheur faute d’essayer de comprendre les raisons d’Anne de l’avoir repoussé. Il prend ça comme une offense personnelle alors qu’il n’est pas lui-même blâmable. Le temps joue contre eux, les circonstances (la guerre, une carrière à peine entamée) et non leur caractère ou leurs personnes. Le gâchis est d’autant plus grand qu’ils sont parfaitement assortis et complémentaires :

« There could have been no two hearts so open, no tastes so simliar, no feelings so in unison, no countenances so beloved. Now they were as strangers; nay, worse than strangers, for they could never become aquainted. It was a perpetual estrangement.

Frederick Wentworth à Lyme

Ce qui les éloignent, ce n’est pas tant la faiblesse de caractère de la demoiselle ou l’assurance du marin, c’est de n’avoir pas eu confiance l’un l’autre et une fois retrouvés, d’avoir feint l’indifférence, c’est-à-dire d’avoir accepté les règles de bonne société qui veulent garder qu’on garde un minimum de contenance, qu’on ne se dévoile pas. personne ne soupçonne leur passé mutuel, leur ancienne complicité, et c’est parce qu’ils feignent d’être de parfaits étrangers, de ne pas se connaitre qu’ils deviennent vraiment étrangers l’un à l’autre, capables de se comprendre mais seulement en silence.

Frederick Wentworth après l’accident de Louisa à Lyme

Ce n’est qu’après l’accident de Louisa à Lyme que les masques commencent à baisser. J’aime ce moment dans l’adaptation où, après le drame, quand Anne prend tout de suite l’initiative des secours, c’est la première fois que le capitaine Wentworth la regarde vraiment à sa juste valeur. Pas comme une petite chose faible mais comme une femme au caractère déterminé mais aussi ouvert. Il y a comme une scène de reconnaissance derrière où leur main l’une sur l’autre sur la blessure de la jeune fille, ils se trouvent enfin.

Anne et Frederick à Milson Street

Une telle complicité se retrouve dans l’une de mes scènes favorites quand Anne retrouve Frederick à Bath quand il se réfugie de la pluie dans une confiserie. Dans le roman, Jane Austen aime jouer sur le schéma du lieu public et du lieu intime et là, malgré qu’ils soient dans un lieu avec une certaine affluence, il s’agit d’un des rares dialogues en tête à tête qu’ils échangent, en toute confidence. Leur intimité, leur complicité est possible même en société et c’est par allusions, par des regards éloquents, par des rires échangés qu’ils retrouvent la tendresse perdue du passé. Ce moment privilégie est d’autant plus important qu’il est brisé à peine entamé par l’arrivée de Mr Elliot qui rompt le charme et laisse place à la jalousie du capitaine.

L’un des passages qui m’a le plus marqué à ma première lecture, et que j’ai retrouvé avec délice dans l’adaptation, c’est la scène du concert où la jalousie du capitaine Wentworth est à son summum devant la sollicitude remarquée du cousin Elliot, Si la conversation entre Anne et Frederick est très courte dans la série, elle est d’autant plus mise à profit dans la scène précédente dans la boutique qui reprend une partie de leur dialogue. Pourtant, c’est une scène d’une grande tension, beaucoup moins porteuse d’espoir que la première où leur tête à tête est sans cesse interrompu par le jeu social jusqu’au moment où Frederick répond à l’impulsion du moment (un peu stupide) en quittant les lieux, fou de jalousie et de rage. Là encore, Rupert Penry-Jones s’est surpassé et rien que son regard exprime plus d’émotions que n’importe quel discours.

Capt. Wentworth (Rupert Penry-Jones)

Malheureusement, la scène cruciale est légèrement gâchée par rapport au roman, beaucoup plus retenue et pourtant avec une grande charme d’émotions. J’ai été ravie de retrouver une scène supprimée de la version définitive de Persuasion après les rares révisions de Jane Austen : on y voit une entrevue entre les deux personnages principaux où là encore, les regards sont éloquents. Le capitaine vient s’enquérir au nom de son beau-frère de la véracité de la rumeur selon laquelle Anne et son cousin seraient fiancés et elle lui assure qu’ils ont été « utterly misinformed ». Malheureusement, cette scène pleine de délicatesse, est suivie par une bonne couche de mélodrame qui déconstruit totalement la scène mythique où Frederick Wentworth se déclare enfin, en écrivant à la hâte une lettre en écoutant d’une oreille une conversation entre Anne et son meilleur ami Harry Harville sur la constance de l’amour des femmes comparé à celui des hommes. C’est vraiment dommage car le rôle d’Harville dans la déclaration des sentiments du capitaine est pour le moins crucial et c’est un personnage beaucoup moins faire-valoir que l’adaptation tend à le montrer en étant seulement le messager porteur de la lettre. C’est en poussant Anne à dévoiler son jugement personnel sur une question qui touche son passé commun avec Frederick et qui le fait espérer que ses sentiments ne sont pas perdus à jamais qui incite Frederick à se dévoiler.

Capt. Harville & Capt. Wentworth

Là où, dans le roman, on assiste à un morceau d’intelligence, de romanesque et de sensibilité, l’adaptation gâche toute l’élégance et l’esprit de la démarche de Jane Austen en faisant de la lecture de la lettre un simple pretexte à l’étalage d’émotions et de drame. L’adaptation semble courir contre le temps, à l’image d’Anne qui court comme une dératée dans tout Bath pour retrouver ce cher Wentworth, trop pressée d’en finir avec une scène pourtant délicate à jouer, Heureusement, la fin prend le temps de soigner le finale avec un baiser presque au ralenti (qu’on aimerait bien un peu plus fougueux) et surtout une jolie scène, pourtant totalement fictive, où le couple danse dans l’herbe devant Kellynch. J’ai toujours eu un faible pour les scène de bal ou de danse et donc, même si ça n’a rien de fidèle et que ça donne une fausse idée de happy ending, la fin me semble plus soignée que la scène de la déclaration ne semblait l’annoncer.

Comment refuser une danse avec Rupert Penry-Jones ? O:)

Maintenant, malgré cette scène heureuse, c’est justement la fin douce amère de Persuasion qui m’a toujours plu : même avec deux personnages qui ont beaucoup soufferts à cause de l’autre mais surtout à cause d’eux-même, on s’attendrait en bon retour des choses qu’ils l’aient, leur happy ending ! Et, pourtant, la narratrice n’hésite pas à rappeler que la vie de marin et de femme de marin est toujours soumise aux risques, à la séparation et à l’inquiétude dans une institution comme la Marine aussi cruciale pour son pays, comme un dernier hommage avant de laisser le couple à leur propre sort. Je ne crois pas que, contrairement à Orgueil & Préjugés, certaines Janéites aient pensé à écrire une suite à Persuasion mais je crois que ça serait vraiment cruel de ne pas offrir à ces personnages un répit bien mérité. Voilà pourquoi la fin de l’adaptation de 2007 me ravie autant, d’autant plus qu’elle n’est pas niaise et kitsch. Qu’on laisse Anne Elliot et le capitaine Wentworth garder leur sourire !

Anne Elliot (Sally Hawkins)

Seul bémol, en pur fangirling, pourquoi diable n’avoir pas comme dans l’adaptation de 1995 avoir montré au moins une fois le capitaine Wentworth en uniforme ? Qu’est-ce qu’un period drama austenien sans au moins une fois un uniforme de la Marine pour émerveiller plus d’une jeune fille en âge de se marier ? Et, en plus de ça, Rupert le porte si bien !

Rupert Penry-Jones dans Treasure Island

Où se procurer Persuasion (ITV, 2007) ?

persuasionPersuasion (DVD) est disponible moyennant EUR 14, 99 (VF incluse)

Vous avez encore un jour pour revoir en replay en VF ou VOSTFR sur Arte l’adaptation de Persuasion.

Si ce n’est pas encore fait, le roman de Jane Austen vaut EUR 6, 27.

 

 

J’ai repéré sur le net une playlist assez sympathique inspirée de cette adaptation qui pourrait, qui sait, vous accompagner dans votre lecture si vous n’avez pas encore lu Persuasion.

 

« Desperate Romantics » (BBC, 2009)

16 Juil
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John-Everett Millais (Samuel Barnett), Dante-Gabriel Rossetti (Aidan Turner) et William Holman Hunt (Rafe Spall)

 

Desperate Romantics, mini-série BBC de 6 épisodes (60′) produite en 2009 avec Aidan Turner, Samuel Barnett, Rafe Spall, Sam Crane, Tom Hollander, Amy Manson, Zoe Tapper et Jennie Jacques.

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Dante Gabriel Rossetti, La Ghirlandata (1871-1874)

La première fois que j’ai eu en main le travail envoûtant des Préraphaélites, et surtout celui de Dante Gabriel Rossetti, a dû coïncider avec ma lecture des romans de Jane Austen grâce aux couvertures 10/18 de toutes leurs éditions qui correspondent chacune à un tableau de Rossetti, notamment Raison & Sentiments avec La Ghirlandata  

Je n’ai jamais très bien saisi le lien entre Jane Austen et les Préraphaélites (et je crois honnêtement qu’il n’y en a pas) mais l’esthétisme de ces tableaux, entre réalisme et imagination, m’a toujours séduit et c’est donc tout naturellement que j’ai relevé le défi de regarder Desperate Romantics, un biopic sur la Pre-Raphaelite Brotherhood.

Dante Gabriel Rossetti (Aidan Turner)

D’emblée, le personnage de Rossetti, joué par Aidan Turner (un certain Kili dans The Hobbit, vous savez ce film où pour la première fois, les nains sont sexy ?), est au centre de Desperate Romantics surement pour son charisme, sa personnalité haute en couleur et joviale. Mais, même si lhistoire de Gabriel est nettement plus exploitée que celles des autres (peut-être parce qu’on sait plus de choses sur sa vie et qu’elle est beaucoup plus intimement liée à son oeuvre), Desperate Romantics est bien une mini-série sur la confrérie préraphaélite presque au complet, peintres et critiques, artistes, Muses et mécènes : les fondateurs « Johnny » Millais, « Maniac » Hunt et Gabriel Rossetti ; Lizzie Siddal, Annie Miller, Effie Ruskin et Jane Burden les quatre modèles « maîtresses » ou encore le grand John Ruskin qui va rendre célèbres et populaires la Pre-Raphaelite Brotherhood.

Lizzie Siddal (Amy Manson)

Après un très bel et très engageant opening credits avec des touches de peinture plus colorées les unes que les autres, on rencontre rapidement la première Muse des Préraphaélites, Lizzie Siddal (Amy Manson) dans une scène pour le moins envoûtante où elle sort de la boutique de chapeaux où elle travaille et où elle dénoue ses magnifiques cheveux roux.

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John-Everett Millais, Ophelia (1852)

Si Lizzie est la muse presque exclusive de Rossetti, Elizabeth Siddal a surtout donné ses traits au tableau  préraphaélite le mieux connu (je l’espère), Ophelia de John-Everett Millais. Je ne connaissais pas l’histoire de sa production et le danger qu’a couru Lizzie pour poser ce magnifique tableau. Imaginez que ce tableau a été peint en plein hiver, dans l’atelier de Millais et que Lizzie a dû poser de longues heures toute habillée dans une baignoire remplie d’eau, seulement réchauffée par des bougies en dessous du tube. Desperate Romantics a forcément légèrement plus dramatisé cette scène mais absorbé par son travail (et par quelques rêveries mettant en scène la splendide Effie Ruskin dans la série), les bougies n’ont pu que s’éteindre sans qu’il s’en aperçoive et sans que Lizzie, en parfait modèle, ne se plaigne de quoi que ce soit. Dans la série, bien sûr, il a fallu rajouter une noyade avortée dans la baignoire mais Lizzie Siddal a vraiment gagné une bonne pneumonie, écourtant brièvement sa carrière de modèle.

DESPERATE ROMANTICS

Annie Miller (Jennie Jacques)

J’ai toujours été fascinée par les chevelures auburns des modèles préraphaélites et j’ai eu mon compte dans cette série de belles rousses non seulement Lizzie mais aussi Annie Miller (Jennie Jacques), une autre modèle, peut-être moins sympathique que Lizzie, mais dont l’histoire rocambolesque, coquine et artistique avec William Hunt a de quoi pimenter cette série ! Anciennement une simple serveuse dans l’auberge que fréquentent les trois peintres, elle va surtout poser pour Hunt qui va même lui enseigner quelques bonnes manières pour devenir sa femme. Mais, vu la demoiselle et l’impulsivité du peintre, rien ne dit que leur engagement va ou non aboutir…. Ce qui est sûr, c’est qu’Annie a de nombreuses cordes à son arc et qu’elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, au point de gifler Hunt devant toute l’Académie  pour l’avoir vexée.

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William Holman Hunt, The Awakening Conscience (1853)

Le tableau le plus représentatif de la relation entre Annie et Hunt est surement l’un des meilleurs de William Holman Hunt, The Awakening conscience sur le thème de la femme déchue, de la maîtresse (voire de la prostituée) qui aspire à une meilleure vie et cette seule aspiration transfigure le visage du personnage féminin qui, comme l’oiseau qui essaye de s’échapper par la fenêtre, regarde intensément le monde au-dehors à travers cette fenêtre qu’on voit se refléter dans un miroir, le miroir de sa propre conscience. Rien n’est idéalisé, tout est cosy et les moindres détails ramènent à la vie moderne la plus banale entre cette maîtresse et son protecteur qui la tient captive chez lui et dans ses bras.

Mais ce que Desperate Romantics nous aide à nous souvenir, c’est que les Préraphaélites n’ont pas seulement voulu révolutionner l’art conventionnel de leur époque mais aussi, grâce à de talents complets, ils ont marqué leur époque toute entière en poésie comme Gabriel Rossetti mais aussi en faveur des femmes non seulement en s’intéressant dans leur tableaux à la place de la femme mais aussi à leur sort dans la société, particulièrement les prostituées, chose qu’on retrouve dans la série avec le dispensaire créé par Charles Dickens et qu’Hunt participe à faire connaitre, quitte à se prendre quelques gifles de plus !

Mais ce qui m’a vraiment touché, c’est le talent de poète de Rossetti que je ne soupçonnais pas et quel honte qu’il ne soit pas assez connu en France, sans aucune bonne traduction digne de ce nom. Grâce à Virginia Woolf, j’avais déjà entendu parler de l’oeuvre poétique de sa soeur, Christina Rossetti, et j’ai pu d’autant plus savourer quelques pièces parmi l’oeuvre très productive de Gabriel, notamment « Sudden Light » parfaitement mis en scène et déclamé dans la série. Et quand on en lit, on a envie de tous les connaitre !

SUDDEN LIGHT

By D.G. Rossetti

 I HAVE been here before, 
              But when or how I cannot tell: 
          I know the grass beyond the door, 
              The sweet keen smell, 
    The sighing sound, the lights around the shore.

          You have been mine before,— 
              How long ago I may not know: 
          But just when at that swallow’s soar 
              Your neck turned so, 
    Some veil did fall,—I knew it all of yore.

          Has this been thus before? 
              And shall not thus time’s eddying flight 
          Still with our lives our love restore 
              In death’s despite, 
    And day and night yield one delight once more?

Effie Ruskin (Zoe Tapper)

Mais, à part le bonheur de ce bouillon de culture en regardant naïvement une bonne série, Desperate Romantics nous plonge parmi les meilleurs du XIXe siècle : John Ruskin (Tom Hollander, déjà apprécié dans Any Human Heart), l’homme de génie qui fait et défait les artistes à la point de sa plume mais aussi l’homme secret qui ne touchera jamais sa splendide femme, Effie (Zoe Tapper) pendant les cinq années de leur mariage, Charles Dickens, le premier des critiques frondeurs contre les Préraphaélites dont la langue acerbe est aussi bien pendue que sa longue barbe mais encore William Morris et « Ned » Burne-Jones, malheureusement légèrement sous-développés dans la série malgré leurs talents respectifs. Quel dommage d’en faire principalement de fangirls aux trousses de Gabriel.

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Fred Walters (Sam Crane)

Et au milieu de tous ces personnages extraordinaires se cache Fred Walters, un membre de la confrérie préraphaélite qui parait presque totalement fictif mais qui semble être un de leurs nombreux associés, tapis dans l’ombre. (Pour mieux connaitre Fred, suivez cette page). Fred joue les narrateurs mais il représente aussi tous ceux qui aspirent à faire partie de cette confrérie, remplie de gens extraordinaires mais aussi de personnes sans prétention qui sont capables de révolutionner leur époque s’ils suivent les mêmes idéaux pour devenir plus que de simples inconnus. Si vous vous reconnaissez en Fred, c’est que vous aussi vous prétendez à faire partie de la PRB (Pre-Raphaelite Brotherhood) avec deux siècles de retard mais rien ne dit que, quelque part, une nouvelle PRB n’est pas en marche, prête à vous accueillir.

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The PRB

Pour mieux se documenter

Après avoir regardé Desperate Romantics, si vous avez comme moi envie de tout connaitre de ces trois là et de toute la PRB, c’est que vous êtes normalement constitué. Comme je ne connais aucune parfaite bibliographie sur la PRB à vous conseiller, la BBC est toujours là quand on a besoin d’elle grâce à ses documentaires de qualité comme celui qui suit, très, très bien fait :

Où se procurer Desperate Romantics ?

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Le DVD de Desperate Romantics est disponible à l’achat pour EUR 12, 15 (avec sous-titres en anglais uniquement)

 

 

« Game of Thrones », le roman graphique (Volume 1)

9 Juil
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Game of Thrones (Volume 1), the graphic novel par G.R.R Martin*

Game of Thrones , the graphic novel ; dérivé de A Song of Ice and Fire/Le Trône de Fer écrit par G.R.R MARTIN. Volume 1 & 2 déjà publiés en anglais. Version française chez Dargaud.

Les Volumes 1 & 2 équivalent plus ou moins à une partie du premier tome de la série, intitulé « A Game of Thrones ».

Adapté par Daniel Abraham et d’après les dessins de Tommy Patterson.

 

 

 

L’intrigue

Winter is coming. La devise de la maison Stark n’a jamais été aussi sensée : rien n’est acquis même en temps de paix dans le royaume de Westeros à une époque immémoriale. Les héros que chantent les chansons ne sont plus héroïques mais sanguinaires, ambitieux et en aucun cas chevaleresques. Lorsque Ned Stark, le gouverneur du Nord, est appelé à devenir la Main du Roi Robert Barathéon, plus de dix années après sa conquête du royaume contre le roi fou, Aerys Targaryen, il va devoir quitter Winterfell son havre de paix, pour vivre dans la capitale Port-Réal, lieu de toutes les débauches et où le pouvoir est un jeu, le cruel jeu des trônes. Mais de l’autre coté du détroit, les héritiers des Targaryen, Daenerys et son frère Viserys, se prépare à reconquérir leur royaume. La guerre viendra autant de l’intérieur que de l’extérieur…  

Chroniquer sur Game of thrones a été un dilemme dès que j’ai commencé à lire le premier tome, après avoir vu la saison 2 de la série du même titre. Non pas parce que je n’ai rien à dire mais au contraire, j’ai tellement envie d’en dire, de décortiquer des passages en particulier, questionner tel choix de tel personnage que je risquerais de spoiler quiconque me lirait et ça n’a jamais été mon but de gâcher la lecture de quelqu’un.

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Game of Thrones (Volume 2), the graphic novel par G.R.R Martin

Ainsi, au lieu de vous parler des livres en tant que tel, ou de comparer la fidélité de la série aux livres d’origine (je préfère me taire sur la saison 3, du moins les épisodes que j’en ai vu, autant de libertés prises pour rien ont le goût de m’énerver), laissez-moi vous présenter un magnifique livre dérivé, le premier d’une longue série : le volume 1 du roman graphique adapté de A Song of ice & Fire. Ca a été l’une de mes dernières petites folies acheteuses pour me récompenser d’une année globalement assez pourrie. (il y a une logique derrière, je vous assure) A l’époque de l’année où je l’ai commandé, le volume 2 était encore à paraitre mais réjouissez-vous, il est enfin publié, près à gréver encore un peu plus votre compte bancaire !

J’ai pris un plaisir immense (proportionnel à la longueur de la série) à lire les 5 intégrales publiées pour l’instant de Game of Thrones et j’attends avec grande impatience la suite, The Winds of Winter. Si vous êtes dans la même situation que moi ou si vous voulez découvrir l’univers des livres d’une manière originale, soit par choix, soit par peur des 1000 pages de chaque intégrale chacune, ce roman graphique est pour vous. Bien sûr, ça vous fera aussi exercer votre anglais si vous choisissez la même édition que moi mais sachez que le niveau de langue, comme dans beaucoup de BDs (mais je ne m’avance pas plus loin, je ne suis pas non plus connaisseuse en la matière), n’est pas extraordinaire. Et puis, si vous êtes vraiment perdus, les dessins sont faits pour quelque chose !

Parlons d’ailleurs de la qualité des dessins ! Forcément, le décalage entre la série télévisée et la BD est flagrante et ce n’est pas si mal, c’est d’ailleurs une vraie qualité. Quelque part, ce roman graphique n’est pas un énième produit marketing pour attirer le spectateur de base, il y a un vrai travail artistique. Je ne peux pas juger du travail ni de la renommée de Tommy Patterson mais la qualité du papier haut de gamme aidant, le rendu est vraiment superbe.

Daenerys drogo

Drogo & Daenerys lors de leur nuit de noces

Game of Thrones artwork graphic novel volume 1

Ned Stark dans le bois sacré

JON TYRION 2

Jon Snow & Tyrion Lannister sur le Mur

Ce souci de la qualité visuelle est d’autant plus mis en valeur que le volume se termine par une appendice à propos du making of de l’ouvrage. Je pense que cet aspect et ce petit bonus ravira autant les fans les plus aguerries désireux de tout connaître sur ce qu’ils aiment que les curieux et les amoureux du dessin et des arts plastiques. Cet appendice révèle comment l’artiste Tommy Patterson a été choisi pour les dessins et selon quels critères. Tommy Patterson a particulièrement été apprécié pour son souci du détail mais aussi son talent à représenter les personnages principaux (Ned Stark, Jon Snow, Tyrion Lannister, Daenerys et Arya Stark) et plus particulièrement le nain Tyrion, chose qui m’avait aussi frappée. Je pense que c’est le personnage qui ressemble le plus à son acteur, Peter Dinklage et ce n’est pas un grand défaut vu la façon magistrale avec laquelle il l’interprété en faisant oublier l’image traditionnelle des nains qui les ridiculisent.

The others battle graphic novel got

Les Marcheurs blancs

L’autre grand challenge du dessinateur, c’était de bien  représenter les Marcheurs  blancs (the Others), ces créatures mortes-vivants aux yeux bleus d’au-delà du Mur qui réapparaissent à l’approche de l’Hiver vigoureux et ce défi a été brillamment réussi par Tommy Patterson. Ils sont vraiment mystérieux, effrayants et ces géants de glace dégagent une aura particulière beaucoup plus saisissante que dans la série TV où ils ressemblent beaucoup plus à des simples créatures primitives de l’au-delà, très loin de l’inquiétante étrangeté qui émane les dessins de Tommy Patterson.

Lyanna Stark Robert

Lyanna Stark & Ribert Baratheon

L’autre aspect important d’une telle adaptation est bien sûr de trouver comment passer d’une support aussi fouillé et volumineux que les livres à l’économie de moyens que demande un roman graphique. Forcément, cela a demandé un travail sur les dialogues pour qu’ils soient plus incisifs et comme les romans de G.R.R Martin sont particulièrement marqués par la diégèse et par des dialogues déjà très bien maîtrisés mais qui, forcément,ne peuvent pas être toujours retranscrits tels quels.

Mais il a fallu aussi se confronter aux symboles de Game of Thrones comme le fameux trône de fer et il a fallu se détacher de la représentation mondialement célèbre du trône dans la série TV question de droits mais tout simplement de l’esprit de ce roman graphique au graphisme délibérément exempte de toute comparaison avec le travail d’HBO. G.R.R Martin voulait un trône nettement plus sinistre, horrible et imposant, comme un symbole de la lutte interminable des personnages dans l’intrigue.

Personnellement, à ma lecture et confirmée par cet appendice, j’ai été particulièrement bluffée par le travail de Tommy Patterson sur le visuel des œufs de dragon e Daenerys. Ils sont juste splendides et donnent encore plus envie d’en avoir un à la maison que ceux de la série TV !

dragon eggs

raven brandonL’autre passage que j’ai particulièrement adoré dans ce roman graphique, et c’était un de mes moments préférés dans le livre, ce sont les visions de Bran durant son coma après sa chute où le corbeau à trois yeux lui parle. Le contraste entre le coloris rose et le noir du corbeau et de la cape ont juste un effet splendide, à la fois cauchemardesque et onirique.

Ce que je vais dire est peut-être idiot de la part ‘un dessinateur, mais Tommy Patterson a vraiment un instinct visuel incroyable non seulement dans ces dessins en grands formats mais aussi dans les planches. Il semble avoir un vrai goût pour la mise en scène doublé d’un sens du détail vraiment remarquable. C’est surement la première impression d’une néophyte en la matière, ça doit sembler évident pour quelqu’un de plus expérimentés en lecture de BD mais j’imagine que certains dessinateurs sont plus doués que d’autres pour ce genre de chose.

Par exemple, regardez cette planche où l’on assiste à la scène (à droite ) à travers le trou d’une serrure. On sent vraiment que Tommy Patterson s’est vraiment amusé pour représenter une scène soumise au secret le plus total et quoi de mieux que l’image du voyeur (en l’occurrence, le lecteur du roman graphique) regardant par le trou d’une serrure pour illustrer ça.

planche dague game of thrones

 En définitive, si vous êtes curieux de découvrir l’univers de G.R.R Martin mais que la lecture de chaque intégrale d’environ 1000 pages vous fait hésiter, essayer de feuilleter ce roman graphique, je pense que vous serez comme moi conquise.

Où se procurer Game of Thrones : the graphic novel ?

game of thrones graphic novel

Le volume 1 de ce roman graphique est vendu EUR 25, 56 (ça commence à chiffrer mais le livre les vaut) ; quant au volume 2, il faudra compter EUR 16, 66.

Quand le volume 3 sortira, je vous tiendrai au courant !

« The Gipsy Gentleman » (nouvelle néo-victorienne)

5 Juil
london past

London at Night, 1934. @Jim Morrisson & @Harold Burkedin

Ce billet ne sera pas comme les autres. Si je parle de beaucoup d’auteurs que j’aime, ce n’est pas par pur amour de la lecture. Lecture & écriture vont souvent de pair chez les amoureux des mots (surtout les plus jeunes d’entre nous) et je suis définitivement atteinte par ces deux passions.Toutefois, autant la lecture que l’écriture ne sont pas des goûts solitaires (c’est d’ailleurs la raison d’être de La Bouteille à la Mer) et j’ai la chance d’avoir une amie avec qui je peux parler de littérature et d’écriture (même surtout à des heures indues), cela va de soi avec elle. Je vous avais déjà parlé de son premier roman Clothilde & Adhémar et Adeline et moi, nous nous sommes amusées à nous lancer un défi d’écriture  mutuel au lieu de nous faire des commandes comme j’en ai l’habitude par exemple avec « L’hymen maudit », une réécriture du conte de La Belle et la Bête avec en guest-star le cruellement beau Guy de Gisborne

Cette fois-ci, notre défi commun est parti d’une citation publiée par Adeline (of course) sur mon mur Facebook, très approprié pour un ami commun :

« I love you still, that’s the torment of it. Who will take care of me, my love, my dark angel, when you are gone? »

Anne Rice, Interview with the vampire

Inspirant, n’est-ce pas ? Au lieu de choisir qui de nous deux écrirait à ce sujet, on a décidé d’un mutuel accord de prendre pour base cette citation comme un exergue et d’écrire chacune de notre coté un court texte : nouvelle ou poème. Je vous invite de lire la nouvelle d’Adeline, intitulée « Enluminures » et, par la même occasion, de fureter sur son joli blog par exemple en lisant son essai sur Loki ou le 1e épisode de ses pérégrinations universitaires autour du peintre pré-préraphaélite Arthur Hughes.

J’ai opté pour ma part sur une variation de l’une de mes passions, l’ère victorienne, et dans la ligne de romans néo-victoriens comme Les Contes de la Rose pourpre de Michel Faber qui est un peu mon modèle du genre actuellement pour l’extrême réalisme de sa reconstruction historique. C’est ainsi qu’est né la nouvelle « The Gipsy Gentleman », très inspirée du monde des Bohémiens et de la culture gitane. C’est un thème qui m’a toujours passionnée sans qu’il prenne une place dans mes écrits, c’est chose faite. C’est d’autant plus représentatif de l’ère victorienne que la représentation du bohémien a énormément évolué à cette époque. Je n’ai qu’à invoquer la scène dans Jane Eyre où Edward Rochester se joue de ses invités à Thornfield Hall en se déguisant en bohémienne pour percer à jour ces personnes, surtout Blanche Ingram et Jane elle-même. La figure du bohémien, c’est aussi celui du paria, du vagabond et du rejet social devant une culture nomade dans un monde où la propriété privée est le droit le plus sacré.

L’influence d’Adeline se fait aussi sentir dans ce texte, rien que dans le fond sonore qui m’a inspiré pour écrire, chose que je ne fais jamais. Sachez que cette nouvelle sera parcourue de plusieurs titres du groupe de rock garage danois The Raveoenettes qu’elle m’a fait découvrir mais aussi de la voix d’Alex Turner des Artic Monkeys. Je n’ai qu’a souhaiter une bonne fortune au « Gipsy Gentleman » et je n’aurais pas à me faire tirer les cartes pour ça.

THE GIPSY GENTLEMAN

Par Alexandra BOURDIN.

« I love you still, that’s the torment of it. Who will take care of me, 

my love, my dark angel, when you are gone? »

Anne Rice, Interview with the vampire

***

« A man is to me a higher and a completer being

than a gentleman. »

Elizabeth GASKELL, North & South

La sensation des pavés de Londres sous ses pas était déjà une libération en soi. Entendre la cadence pressée de ses bottines sur un sol dur, irrégulier et crevassé après le passage de tant d’hommes et de femmes libres de leurs mouvements, lui donnait l’impression de toucher, enfin, la substance de la réalité et de pouvoir y être engloutie ou transfigurée. Laissez derrière soi, à jamais, les graviers inhospitaliers de la cour de la demeure familiale était un geste étrangement symbolique à cette heure si tardive : elle en avait fini avec sa vie bruyante et mondaine, guérie de justesse de la nausée de la dissimulation suivant le tangage inquiétant d’un navire en complète perdition. Drapée des ombres de la nuit, elle était enfin anonyme parmi les anonymes et n’être personne rendait la vie pleine de possibilités insoupçonnées, comme devenir une autre, à loisir.

Elle lui devait absolument tout, comme savoir charmer les ombres pour qu’une fois apprivoisées, elles serpentent autour d’eux et les dissimulent aux regards importuns. Profiter de la faveur de la nuit n’était pas un crime et encore moins celui de se donner toute entière à la passion, à cet oiseau de passage dévorant et annonciateur d’espoir infini. Mais elle avait cessé d’espérer et de penser, l’introspection était devenue déplacée : agir, seulement agir, vivre enfin et ne jamais revenir…

(c) Dover Collections; Supplied by The Public Catalogue Foundation

William Anderson, London Bridge and St Paul’s by Moonlight (Dover Collections)

Elle ne s’attendait pas à le retrouver si vite par avoir passé le lourd portail et les grilles de sa prison dorée. Il avait été prévu de se rejoindre à l’heure prévue , pas avant, devant St Paul malgré l’incongruité de ce point de rendez-vous compte tenu de leurs projets mais, visiblement ses plans avaient changé. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Elle n’était pas dupe de ses sentiments, elle savait quoi s’attendre avec lui, il ne répondait qu’aux appels du moment, impulsif comme personne. Il déambulait dans le monde, les ailes déployées prêt à s’envoler d’un seul coup, en branle perpétuel comme en équilibre précaire au bord d’un abîme, attiré par la sensation du vide.

Appuyé avec désinvolture contre les grilles du lieu qu’on lui avait appris tel un automate à appeler « son chez-soi », à deux doigts de bafouer les saintes lois de la propriété, il semblait indifférent au monde. Il n’avait pas encore remarqué son arrivée mais les apparences étaient souvent trompeuses avec lui. Il sentait tout, voyait chaque geste à peine esquissé, comprenait chaque regard éloquent. Chaque silence est un puits sans fond de significations pour lui.

L’homme en noir se fondait dans les ténèbres de la nuit, refusant d’être touché, presque souillé, par le faisceau superflu des réverbères. Qui avait besoin de lumière artificielle pour trouver son chemin et déambuler dans les villes ? Pourtant, ne pouvant plus ignorer plus longtemps l’approche de la jeune femme, repérant sa présence presque instinctivement d’un vif mouvement de tête, il s’était trahi : la pâleur de son visage s’était accentué au seul contact de la lumière, comme s’il n’avait pas vu les lueurs du jour depuis des mois. Était-ce son destin, de vivre entre deux mondes, comme un personnage piégé dans un tableau clair-obscur ? Quel modèle sublime cet homme aurait été pour un Caravage ! Son amour à elle du dessin, cet art minimaliste par excellence, s’était accentué depuis leur rencontre et combien de fois n’avait-elle pas esquissé ses traits sur le papier, à son insu non par sentimentalisme comme un trésor secret mais parce qu’il ne supportait pas son reflet, comme cette créature légendaire qui couvrait de lourds draps tous les miroirs de son château pour ne pas voir sa monstruosité !

– Milady…, rompit-il le silence en parfait gentleman, baise-main de rigueur, en allant à la toute dernière minute à sa rencontre.

– Vous êtes incorrigible de m’offrir ce titre que je hais tant !, retirant sa main de porcelaine. Et vous le savez mieux que quiconque… Qu’est-ce qui vous amène d’aller à ma rencontre ? Nous avions prévu…

– J’ai changé d’avis, ce qui m’arrive si peu, n’est-ce pas ?, l’interrompit-il, allant aux devant de son inquiétude manifeste. Les rues sombres  favorisent de mauvaises rencontres, je ne me pardonnerai pas que quiconque vous fasse du mal. Je le traquerai jusqu’au septième cercle de l’Enfer s’il fallait en arriver-là pour vous retrouver.

– Je ne suis plus une enfant ! Je suis femme et je sais parfaitement me défendre, sans l’aide d’aucun homme. Et après tout, nos amis bohémiens m’ont appris l’art et la manière, poignard au poing !

– Regarde plutôt, lui confia t-il en lui prenant tendrement les mains, comme un geste familier. Elles sont si minuscules, pas encore souillées par le sang que l’eau la plus pure ne peut nettoyer. J’aime l’enfant et la femme en toi, c’est ce qui te rend si précieuse à mes yeux…

           Cette fois, serrés étroitement l’un contre l’autre, il l’embrassa doucement, du bout des lèvres, comme la coupe d’un breuvage raffiné. Il la fit rire, d’un rire d’enfant, en murmurant un mot inaudible à l’oreille.

– Excuses acceptées, lui murmura t-elle en réponse à leur intimité retrouvée. Emmène-moi loin d’ici.

– Tu as raison. Là où il est, que direz ton pauvre père s’il te voyait embrasser un sombre inconnu en pleine rue ?, lui lança t-il d’un sourire entendu.

– Il est trop enivré ce soir pour s’en inquiéter. S’il pouvait boire de l’argent liquide comme il trinque avec du champagne aux affaires de la City pour seul prix de vendre sa fille au diable, il le ferait sans la moindre hésitation.

           Elle saisit une lueur étrange dans les yeux de son amant, comme si de vieux démons l’assaillaient par surprise à la seule invocation du diable. Encore un instant et cette lueur l’avait quitté aussi soudainement qu’elle l’avait troublé. Il semblait difficilement revenir à la réalité mais il héla tout de même un fiacre pour les emmener à la destination prévue depuis des semaines, des mois, depuis leur première rencontre sans se l’avouer encore…

*** ***

           Andrea n’avait jamais eu aussi honte de vivre en bohémien parmi les Bohémiens, non par le sang et la tradition mais par choix et par vengeance. Aucun lien sacré, comme celui de la famille, ne l’incitait à vivre cette existence de bohème ; aucun Bohémien ne connaîtrait jamais les affres de la solitude, l’errance solitaire guidé par nul horizon, nulle destination. Depuis la présence continuelle de ses démons intérieurs, polymorphes et invincibles, il n’avait connu que la solitude où bien était-ce la solitude qui avait marqué leur arrivée ? Andrea nageait dans l’incertitude de qui il était et, pourtant, depuis qu’il avait été accueilli par les Bohémiens et qu’il avait enfin dépassé le stade de se méfier d’eux à cause de leur extrême propension à la pitié, il y avait trouvé un semblant non pas de famille (cela lui était comme interdit, la solitude était son épousée) mais d’amitié et de joie. Seul, sa présence était sans cesse remarquée dans les villes de passage qui ne pouvait y voir qu’une apparition étrange à l’approche de ce cavalier vêtu de noir et toujours taciturne. En bohémien, ou plutôt en gentleman-bohémien du sobriquet par lequel les inconnus aimaient l’appeler, il était anonyme parmi les anonymes, un paria et un vagabond mais, à partir de ce jour, plus jamais il n’avait été seul.

           Mais aujourd’hui, il aurait tant voulu arrêter de jouer ce jeu dangereux : le Gipsy gentleman, ici à Londres, dans la bibliothèque de cet homme de la City, aux affaires plus que douteuses. Il devenait une vulgaire attraction parmi les monstres de foire, plus pathétiques les uns que les autres. Sa difformité n’était pas physique, elle devenait morale et c’était ces gentlemen et ces lady, s’abaissant à se divertir de la souffrance par pur sadisme, qui étaient pathétiques et monstrueux. Sa vie de bohème n’était qu’une couverture pour une cause plus grande, une ombre portée destinée à faire diversion comme un prestidigitateur devant l’étonnement idiot d’enfants déjà trop grands pour cela. Il haïssait viscéralement toute forme de dissimulation, ce goût du spectacle qui n’était pas seulement le propre des Bohémiens mais qui touchait par ricochet comme une épidémie chaque cœur avide d’émotions fortes. Quelle absurdité de voir ces Bohémiens, si purs de cœur, être méprisés, rejetés, raillés par leurs propres cousins qui reniaient délibérément leur héritage mais qui, pour des yeux non dupés, se trahissaient à chaque instant.

           La dissimulation lui faisait horreur et pourtant, Andrea réalisait qu’il s’était trahi lui-même à force de jouer ce rôle. Sa confiance, il ne la donnait à personne même pas à ses compagnons de voyage et pourtant il avait été piégé par la seule personne qu’il croyait digne d’être écouté : lui-même. Avait-il perdu l’esprit ? Il se croyait différent, à la sincérité sans égale, jamais dupe des convenances, impulsif même. L’impertinent, l’anticonformiste. N’était-il qu’un leurre pour lui-même et les autres ? Il ne pouvait plus être ce Gypsy gentleman que les Londoniens venait applaudir sur cette scène de fortune. Ce n’était pas les Bohémiens qu’ils venaient voir chanter, danser, se faire tirer les cartes pour favoriser la bonne aventure, c’était lui qu’ils venaient voir, le gentleman déchu. Il se montrait comme nu devant eux, il n’était qu’un homme sans le costume et l’apparat du gentleman. Bas les masques.

           Pourtant, dans cette bibliothèque, si proche de son but premier alors que son ennemi était assis dans l’autre pièce, indifférent au sort qu’il lui réservait, il ne pouvait plus être l’homme qu’il avait été depuis tant d’années, tapi dans la peau d’un autre. Il devait se réinventer, retrouver le coffre scellé où il avait placé sa vraie personnalité, l’ouvrir et, comme Pandore, affronter les conséquences d’un tel acte quitte à détruire le monde qu’il avait construit.

           C’est elle qui avait fracturé le monde en carton patte qu’il avait mis tant de temps à installer, comme un décor qui s’effondrerait sur le comédien qui le rendait vivant. Il avait placé ses pions, protégé ses arrières, soudoyé des hommes de confiance et, désormais, le venin de la vengeance qui coulait dans ses veines avait trouvé son antidote. Elle ne lui avait pas encore parlé, pas même regardé, elle n’avait fait qu’être elle-même, seulement exister et sa seule présence rendait son monde incroyablement plus grand, comme s’il étouffait dans un monde d’illusions et qu’elle avait été la lueur du dehors perçant à travers la seule faille de la caverne. Andrea ne connaissait même pas son prénom, il devait le découvrir avant qu’elle ne reprenne son statut d’hôtesse pour ces bons à rien et qu’elle n’oublie le passage d’une troupe de Bohémiens dans sa maison pour divertir les invités distingués de son père. Avant qu’elle ne l’oublie, lui. Après l’incident dans la grande salle où la petite Carmen avait brisé par accident ce chérubin en verre noir de Murano qu’elle n’avait pu s’empêcher de regarder de plus près, de trop près, cette jeune lady avait osé faire l’irréparable : affronter son père devant ses plus proches collaborateurs et défendre l’enfant, indignée de voir son propre père ne serait-ce que tenter de frapper un être sans défense, même de sang bohémien. Elle avait osé révéler à qui voulait l’entendre sa vraie nature : ce geste n’était pas digne du gentleman qu’il était, qu’il prétendait être. Pour atténuer la portée de son insoumission, elle avait pris l’initiative de réfugier la troupe au complet dans un lieu neutre, loin de l’animation de la soirée. Le spectacle était terminé, la vie normale pouvait commencer.

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           Après avoir échangé un dernier mot (peu cordial) avec son aimable père, elle ferma la porte et invita chacun d’entre nous à prendre ses aises comme si nous étions vraiment ses invités et non une partie du décor.

– Je tenais à m’excuser personnellement pour la conduite grossière de chaque personne présente ce soir, votre hôte y compris, déclara t-elle naturellement en s’adressant en personne à chacun de nous d’un seul regard.

– Pourquoi s’excuser ?, lui répondit Andrea, peut-être un peu plus sèchement qu’il l’aurait voulu pour un premier contact. Vous êtes la dernière à blâmer, vous n’avez pas à faire semblant de jouer les hôtesses polies et éduquées…

Un ange passa et la gène générale allongeait douloureusement les secondes. Ses yeux gris me jaugeaient, non comme une attraction vu mes habits étudiés pour un vrai bohémien, mais simplement pour me cerner en tant que personne. Visiblement, Il avait aiguisé sa curiosité, cette première impression suffirait-elle ?

– Si je vous ai offensé, ce n’était pas par malice, commença t-elle posément. Je vois que vous êtes un amoureux des mots… Je vous ai fait attendre dans la bibliothèque trop longtemps après que la soirée ait pris une tournure aussi peu honorable. Vous avez eu raison de parcourir les étagères. Quel a été votre choix ?

           Elle était donc observatrice. Son père se serait offusqué de voir une seule de ses possessions entre les mains d’un Bohémien. Tous des voleurs, c’est bien connu. Mais cette lady était différente des autres femmes de sa condition. Elle avait profité de l’intimité implicite que créait la lecture d’un livre entre deux êtres pour rendre cette entrevue moins conventionnelle. Ce n’était pas l’hôtesse qui parlait, c’était la jeune femme qui hantait cette pièce à loisir. En parcourant la pièce des yeux, sa présence était partout : dans les tableaux, dans le drapé des rideaux et, détail non négligeable, dans cette harpe placée astucieusement près de la fenêtre, coté jardins. Cette pièce était toute à elle, c’était elle.

– Étonnant de voir un Bohémien sachant lire, n’est-ce-pas ?, répondit-il sur la défensive, sans pouvoir se maîtriser. Le trouble était trop grand pour pouvoir tenir une conversation normale, elle ne pouvait pas être aussi naturelle sans cacher quelque chose. C’était impossible.

– Vous êtes les premiers Bohémiens que je rencontre, je ne peux juger Monsieur…., dit-elle sans détours, recherchant à mettre un nom à une telle impertinence.

– Andrea, milady, répondit-il, après une seconde d’hésitation.
Et vous, c’est quoi votre prénom ?, demanda de but en blanc, pleine de candeur, la jeune Carmen.

– Rosalie, ma douce. Rosalie Ravenwood, répondit-elle en se mettant à la hauteur de l’enfant, non sans jeter à Andrea un rapide regard au passage, comme pour sonder sa réaction depuis que les civilités d’usage étaient enfin échangées.

           La porte s’ouvrit en trompe, révélant la stature autoritaire du père. Il n’avait pas besoin de dire quoique ce soit, les bruits dans l’autre pièce et dans les escaliers annonçaient le départ des invités officiels, les autres parasites devaient faire de-même.

– La soirée est terminée, visiblement, lança t-elle à la cantonade après s’être brusquement retournée à l’entrée de son père. Je vous accompagne jusqu’à la sortie. Suivez…

– Jane va s’en charger. Vous sortirez par l’entrée des domestiques, dit-il sévèrement, sans s’adresser à quiconque en particulier.

– J’insiste, précisa Rosalie, en prenant déjà la main de Carmen qui semblait déjà l’avoir adoptée. Sa voix ferme était celle de quelqu’un prête à affronter le courroux de son père en privé mais pas d’agir injustement, non conformément à ses propres principes, devant des inconnus.

           Son père sortit, excédé. Andrea allait reposer l’ouvrage sur son rayonnage quand Rosalie remarqua son geste :

– Gardez-le. Vous me le rapporterez quand vous l’aurez lu, voulez-vous ?, me demanda t-elle pour la première fois en me souriant légèrement.

– Je… J’y prendrais soin, dit-il, manifestement troublé.

           Sur le trottoir extérieur en franchissant les grilles, Andrea ne put s’empêcher de regarder la silhouette de Rosalie rentrée chez elle, visiblement déjà en pleine conversation houleuse avec son père. De là, avec ces grilles devant son champ de vision, elle semblait captive. Il affermit la prise de sa main droite sur le livre de Rosalie, à défaut de pouvoir un jour la serrer elle contre son cœur. Serait-elle à lui ? En était-il digne ? Jamais mais elle le sauverait, aussi vrai que la nuit succède au jour, la neige au printemps. Son cœur était noir, ce soir, mais demain… que lui réservait demain ?

THE END

Challenge « Littérature du Commonwealth »

2 Juil
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Challenge « Littérature du Commonwealth » et « Culture du Commonwealth »

Je vous le disais il y a une semaine, l’été est vraiment la saison des challenges ! Après Le Pavé de l’été, j’ai succombé aux tentations post-mois anglais pour m’inscrire au mois québécois (en septembre) chez Karine et Yueyin et au mois américain (en octobre) chez Noctembule !

Sauf que cette fois, j’ai fait fort. Très fort. Je lance mon propre challenge ! Le challenge « Littérature du Commonwealth » et vous êtes tou(te)s invité(e)s à y participer chacun(e) à votre manière ! C’est quelque chose qui me tient à coeur ; j’ai beaucoup appris sur le Commonwealth (surtout l’Austalie, l’Afrique du Sud ou l’Inde) pendant mes années de lycée et de prépa grâce à des profs formidables. Depuis, j’ai un peu perdue de vue cette littérature (ces littératures, devrais-je dire, car, à part leur passé colonial, aucune ne se ressemble) au profit d’une littérature anglo-saxonne plus simple à aborder mais tout aussi passionnante. Depuis que j’ai créé ce blog, je n’ai pas vu beaucoup de lecteurs des Littératures du Commonwealth avant de farfouiller chez Une Lyre à la Main qui est justement doctorante en anglais dans cette spécialité. J’ai repéré de beaux titres dans ses catégories de littérature néo-zélandaise ou sur le Post-Colonialisme alors il ne me manquait plus que la motivation que j’espère trouver avec ce challenge et en compagne de participants que j’espère nombreux. N’hésitez pas à partager ce challenge autour de vous !

Les inscriptions se font dans les commentaires, prenez-votre temps pour vous décider mais pas trop non plus ! Et si l’aventure vous plait ou que vous êtes particulièrement calés en la matière, n’hésitez pas à vous proposer pour m’aider à organiser ! Plus on est de fous (du Commonwealth), plus on rit !

Je compte créer très vite une page (en haut de votre écran) spécialement dédiée au Challenge « Littérature du Commonwealth » pour le récapitulatif des participations que j’actualiserai chaque mois. Je vous invite à déposer tous vos billets (décorés des logos faits maison) uniquement sur cette page, les bonus inclus en précisant que s’en est un.

Mais avant tout, let me present you…

les Membres du Commonwealth

Liste des membres actuels du Commonwealth (cf Wikipédia)

Les plus susceptibles d’être lu :

Afrique du Sud ; Canada (+ Québec) ; Inde ; Royaume-Uni ; Australie ; Nouvelle-Zélande ;  Irlande (Eire) (jusqu’en 1949) ; Rwanda ; Chypre ; Malte ; Papouasie-Nouvelle Guinée…

Le hasard faisant bien les choses, cette liste non exhaustive compte 12 pays ce qui me donne envie de consacrer chaque mois de ce challenge à un pays du Commonwealth comme une escale dans ce Tour du Monde post-colonial. Ce système de mois thématique par pays n’a rien d’obligatoire, je vois ça plutôt comme une libre invitation à essayer le plus possible de parler de tous ces pays et de la richesse de leur littérature au moins une fois.

NB : Vous pouvez lire tout ce qui rapproche de près ou de loin au Commonwealth, dont les romans français, britanniques, etc sur un des pays du Commonwealth par exemple. 

Forcément, ces mois thématiques donnent envie d’organiser des LC ! Voici une ébauche de programme, susceptible de modifications :

Propositions de Lectures Communes :

(Les titres et les mois proposés peuvent être échangeables avec d’autres idées de votre choix; Bien sûr, si vous avez une idée lecture d’un pays non cité, partagez-là !)

LC – Dates à programmer

– Once Were Warriors d’Alan Duff (NZ) avec Alexandra

– Cette fleur de Katherine Mansfield (NZ) avec Alexandra

– Les âmes brisées d’Alan Duff (NZ) avec Alexandra

 – The Whale Rider de Witi Ihimaera (NZ) avec Laura et Alexandra

– Le lieutenant de Kate Grenville avec A Girl from Earth

– L’équilibre du monde de Rohinton Mistry (Inde) avec A Girl from Earth

Juillet (Nouvelle-Zélande)

– Visages noyés de Janet Frame avec Alexandra

Août (Australie)

Le 25 août : Les affligés de Christ Womersley avec Valérie, Alexandra et Laura

– Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough (Australie) avec Alexandra

– La gifle de Christos Tsiolkas avec A Girl from Earth + adaptation en sept. sur Arte

Septembre (Québec)

– Le 16 septembre : Bonbons assortis de Michel Tremblay avec Alexandra

– Le 22 septembre : Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel (Québec) avec Laura, Cryssilda, Yueyin et  Alexandra

–  L’ostie de chat – 3 tomes (BD) de Zviane et Iris (Québec) avec A Girl from Earth et Alexandra

Octobre (Irlande)

– Dubliners de James Joyce (Irlande) avec Laura, Valérie et Alexandra

Novembre (Inde)

– A Passage to India d’E.M Forster avec Laura, Rosemonde et Alexandra

– La vallée des masques de Tarun Tejpal (Inde) avec A Girl from Earth

Décembre (Afrique du Sud)

– Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela avec Laura, Rosemonde et Alexandra

Janvier (Chypre) 

– Citrons acides de Laurence Durrell avec Laura, Alexandra

– 20 Janvier : Un employé modèle de Paul Cleave avec A Girl from Earth et Alexandra (Nouvelle-Zélande) 

Février (Canada)

– Captive de Margaret Atwood avec Laura,  Rosemonde et Alexandra


Mars (UK et Pays hors Commonwealth)

–  Kim de Rudyard Kipling avec Laura et Alexandra

– Le pays oublié du temps de Xavier-Marie Bonnot avec Valérie

Avril (Rwanda)

– Un livre sur le génocide rwandais (Rwanda)

– Une saison de machettes de Jean Hatzfeld avec Valérie, Laura et Alexandra

Mai (Malte)

– Malta Haninai de Daniel Rondeau avec Laura

Juin (Papouasie)

– The Crocodile de Vincent Eri avec Laura

Le challenge Littérature du Commonwealth durera du 2 juillet 2012 au 2 juillet 2014

Et que serait nos challenges préférés sans ses célèbres catégories ? Faites votre choix !

Catégories

  1. Catégorie « Gandhi » : 1-4 lectures ( + Bonus : dominante indienne)
  2. Catégorie « Caribou » : 4-6 lectures (+ Bonus : dominante canadienne/québécoise)

    darcy-pull-tete-cerf

    Officiellement, c’est une tête de cerf mais, caribou, cerf, même combat non ?

  3. Catégorie « Nelson Mandela » : 6-8 lectures (+ Bonus : dominante sud-africaine)taz
  4. Catégorie « Diable de Tasmanie » : 8-10 lectures (+ Bonus : dominante australienne)
  5. Catégorie « Gollum » : 10-12 lectures (+ Bonus : dominante néo-zélandaise)

gollum

Vous allez me dire, c’est quoi ce système de bonus ? Il va en avoir deux sortes :

  1. Comme le thème du challenge est assez large et pour vous donner envie comme à moi de relever le défi malgré l’apparente difficulté, ce système de bonus m’a paru un bon moyen de pimenter ce challenge. Aussi, pour découvrir la culture des pays du Commonwealth, si proche et si éloignée de la culture anglo-saxonne, je ne veux pas me restreindre à la seule littérature et j’espère que c’est pareil pour vous. Découvrir ou redécouvrir le cinéma néo-zélandais, indien ou les musiques traditionnelles (ou pas !) ; voyager grâce aux documentaires, aux photos, aux expos, etc.  Même si c’est un challenge avant tout littéraire, les bonus vont nous servir à chroniquer sur ce genre d’envies.
  2. Quant aux bonus par catégorie, c’est pour vous aider à les choisir. Chaque dominante orientera votre challenge. Par exemple, si vous choisissez la catégorie « Gollum » comme moi, vous pouvez par exemple échanger une lecture « imposée » comme un film/une série/un expo/un concert sur le pays dominant de votre catégorie, ici la Nouvelle-Zélande. Ou, soyons fous, les chroniquer pour le plaisir et lire autant de lectures demandées.
  3. Pour ceux qui multiplieraient les bonus, il est possible qu’ils remportent un petit jackpot pour les récompenser de leurs efforts ! Je ne pourrais décider ça que dans le feu d’action, après au moins un voire deux mois de participation mais j’ai dans l’idée de faire rapporter aux meilleurs « bonusers » un petit cadeau sous forme de concours, par exemple ou de tirage au sort. Donc, attendez-vous à la rentrée à mon bilan des bonus et donc, multipliez vos chances de remporter le titre de « Grand Bonuser » du challenge !

Suivez plus facilement le challenge sur Facebook sur la page du bloget sur le groupe du challenge !

Ce qui va suivre est pour vous donner à tous des idées de lecture. J’ai un peu mâché le travail de recherches mais si vous avez des envies de lecture qui ne sont pas mentionnés ci-dessous, forcément, faites-en part ! Je suis autant néophyte que la plupart et je serais curieuse d’en apprendre plus sur ces pays parfois exotiques, parfois venus du Grand Nord ! J’espère que ça ne sera pas trop indigeste, cliquez sur les liens à loisirs, ils sont faits pour ça.

Nouvelle-Zélande

Littérature néo-zélandaise  :

Katherine Mansfield ; Frank Sargeson  ; Janet Frame (The Lagoon chroniqué par La Lyre) ; Alan Duff (Once Were Warriors chroniqué par La Lyre) (Maori) ; Elizabeth Knox (The Vintner’s Luck) ; Witi Ihimaera (Maori) (The Whale Rider chroniqué par La Lyre) ; Keri Hulme (Maori) : (The Bone People chroniqué par La Lyre)

– Edmund Hillary High Adventures (chroniqué  par La Lyre)

– Littérature néo-zélandaise (sur Babelio)

Liste non exhaustive (Source) : 

  • Pierre Furlan, Une ancre dans le Pacifique
  • Lydia Wevers, Les belles îles de Nouvelle-Zélande
  • Gregory O’Brien, Remarques sur l’absence, les cygnes et l’inventivité
  • Mark Williams, De l’ange gay au missionnaire déchu
  • Alice Te Punga Somerville & Selina Tusitala Marsh, « Le Gauguin ne va pas te distraire, j’espère »
  • Gregory O’Brien, Des pianos dans la brousse
  • Katherine Mansfield, Cette fleur
  • Janet Frame, Une volonté de garçon
  • Patricia Grace, Entre ciel et terre
  • Vincent O’Sullivan, Professionnelle
  • Fiona Kidman, Friandises
  • Owen Marshall, Mumsie et Zip
  • Elizabeth Knox, Le premier miracle de la bienheureuse Martine Raimondi
  • William Brandt, Les chaussures de son père
  • James George, Zeta Orionis
  • Tracey Slaughter, Blé
  • Jo Randerson, J’espère que ma mère va vite arriver
  • Shona Jones, Les fleurs de Gauguin
  • Poésie : Allen Curnow, Hone Tuwhare, James K. Baxter, Vincent O’Sullivan, Michael Harlow, Albert Wendt, Bill Manhire, Ian Wedde, Cilla McQueen, Jenny Bornholdt, Gregory O’Brien, Andrew Johnston, Tusiata Avia

– La trop brève histoire de Marion Dufresne et des Maori de Delphine Morel : Fictions de France Culture en 5 épisodes, disponibles gratuitement sur Itunes

– J’ai découvert grâce à Vendredi Lecture la semaine dernière ce récit de voyage à paraître Je ne suis jamais descendu de cette montagne de Thierry Guenez qui a l’air passionnant et je l’ai déjà commandé ; coupon de commande (avant le 20 juillet) pour un prix préférenciel)

Hone Tuwhare (poésie) ; Austin Mitchell (2 « Pavlova Paradise » sur la N-Z ; Barry Crump ; Sam Hunt (poésie) ; Gary McCormick (poésie) ; James K Baxter ; Maurice Gee  ; David Low (cartoon) ; Gordon Minhinnick and Les Gibbar ; Murray Ball  Footrot Flats ; Patricia GraceAlbert WendtMaurice Gee ; Margaret Mahy ; Robin Hyde, ; Dan Davin  ; Erewhon, de  Samuel Butler

Cinéma néo-zélandais : 

-Peter Jackson

– Jane Campion

– Roger Hall ,  Jacob Rajan

Once Were WarriorsThe Piano and Heavenly Creatures  Lord of the Rings trilogy

(acteur) Billy T. James.

Music of New Zealand

Whale Rider de Nikki Caro.

Australie

Littérature australienne (sur Babelio)

Patrick White (prix Nobel de littérature en 1973), Thomas Keneally (La Liste de Schindler), Colleen McCullough (Les oiseaux se cachent pour mourir), Shirley HazzardNevil Shute,Morris WestBryce CourtenayDBC PierrePeter Carey et Jill Ker Conway

Les Bush poets Henry Lawson etBanjo Patterson : The Man From Snowy River

The Literature of Australia (anthologie)

Dorothea Mackellar : « My Country »

Leslie MurrayJudith Wright.

Cinéma : Baz Lurhmann ; Cinéma australien 

Canada/Québec

-Littérature canadienne (sur Babelio) 

– Sylvain Trudel, Du mercure sous la langue (Québec)

Le mois québécois 2012

Littérature québécoise (sur Babelio)

Séries TV : Bomb Girls

Afrique du Sud

Littérature sud-africaine (sur Babelio)

Cinéma : Invictus de Clint Eastwood

Représentation dans les arts et les lettres de l’Apartheid (Wikipédia)

Inde

Salman Rusdie (Les versets sataniques ; L’Enchanteresse de Florence ; Les enfants de minuit ; Le dernier soupir du Maure); Rudyard Kipling (Kim ; La Marque de la bête et autres nouvelles); E.M Forster (A Passage to India) 

Littérature indienne (sur Babelio)

Cinéma : tous les Bollywood possibles ; Cinéma indien (Wikipédia) ; Bollywood 

Irlande (jusqu’en 1949)

Oscar Wilde ; James Joyce (Dubliners, UlysseFinnegans Wake); Elizabeth Bowen (Sept hivers à Dublin) ; G.B Shaw ; Bram Stoker ; W.B Yeats

Littérature irlandaise (sur Babelio) [Faites attention à la date de publication de votre choix : uniquement jusqu’en 1949]

Littérature irlandaise

Cinéma : les films de Ken Loach ; Cinéma irlandais 

Rwanda 

– Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais 

Rwanda (sur Babelio)

Chypre

Laurence Durrell (Citrons acides) ; Sadie Jones (Les petites guerres) ; Léon Uris (Exodus)

Malte

Daniel Rondeau (Malta Hanina)

Papouasie

The Crocodile de Vincent Eri (Papouasie) 

Alors, qui voyage avec moi ?

Participant(e)s (23) :

– Shelbylee (Catégorie « Gollum »)

– Purple Velvet (Catégorie « Caribou ») – Billet de présentation

– Yueyin 

– Valérie

– The Mad Stich/Lili

– Miss Léo (Catégorie « Gandhi »)

– Denis (Catégorie « Gandhi ») – Billet de présentation

– Figaromiaou

– Cryssilda (Catégorie « Gandhi »)

– Valou (Catégorie « Gandhi »)

– Valentyne (Catégorie « Gandhi ») – Billet de présentation

– Syannelle

– Laura 

– Lou

– Lilly (Catégorie « Caribou »)

– La Lyre (Catégorie « Gollum ») – Billet de présentation

– Claire (Catégorie « Diable de Tasmanie ») – Billet de présentation 

– Mimipinson – Billet de présentation

Rosemonde 

– A Girl from Earth (Catégorie « Diable de Tasmanie ») – Billet de présentation 

Novelenn (Catégorie « Caribou ») Billet de présentation

Elodie (Catégorie « Gandhi »)

– Alexandra (Catégorie « Gollum »)

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« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning

30 Juin
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Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

 

« Le destin n’a pas épargné l’écrivain que fut Elizabeth Browning. Nul ne la lit, nul n’en parle, nul ne songe à lui rendre justice. »

(Virginia Woolf, article du Common Reader, 1931)

 

Je ne parle pas ici assez de poésie à mon goût, peut-être parce que ce n’est pas un genre actuellement très valorisé et pourtant, j’ai un grand amour pour la poésie. J’ai même publié  « Éclaircie de passage », l’un de mes poèmes sur ce blog l’an dernier, c’est quelque chose que je pratique très régulièrement mais je comprends la réticence de certains pour la poésie même si pour moi, ça a toujours été très naturel de lire et d’écrire des poèmes. 

John Keats (Ben Whishaw) dans Bright Star

Tout naturellement, en tant qu’anglophile, je ne pourrais pas me passer des poètes anglais pour vivre. Shakespeare, John Keats, William Blake, Lord Byron, Wordsworth, Coleridge, les sœurs Brontë ou Oscar Wilde sont d’éternelles sources d’inspirations et de plaisir pour moi. Vous l’aurez peut-être noté, rien que dans ma liste, les poétesses n’ont pas une grande place dans toute anthologie qui se respecte ce qui confirme ce qui disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi sur la difficulté que représente l’accession au statut de poète pour une femme sans un minimum de conditions matérielles favorables.

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Emily Brontë

J’ai une tendresse toute particulière pour Emily Brontë et Emily Dickinson (dire qu’il faille traverser l’Atlantique pour trouver une poétesse digne de ce nom) qui, en plus de leur prénom, partage une même aura mystérieuse autour de leur vie et de leur oeuvre. Si vous l’avez l’occasion de vous procurer La dame blanche de Christian Bobin, vous aurez en main ce qui m’a donné envie de découvrir Emily Dickinson grâce à cette très belle biographie plus ou moins romancée.

 

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Robert Browning (1812-1889)

 

Toutefois, c’est d’une poétesse beaucoup moins connue que j’ai envie de vous présenter, qui a eu une vie (à mon sens) très romanesque et que j’ai découverte grâce à Virginia Woolf : Elizabeth Barrett Browning. Virginia Woolf a le chic de sortir de l’anonymat des auteurs inconnues (la soeur de Shakespeare, Christina Rossetti ou Sara Coleridge pour ne citer qu’elles) et de nous donner envie de les lire sur le champ ! Ça a été mon cas avec Elizabeth Barrett Browning, femme du poète Robert Browning et dont les vers de ses Sonnets portugais ont donné furieusement envie  à Rainer Maria Rilke de les traduire en allemand. Vous avez peut-être entendu parler de Flush de Virginia Woolf (l’une de mes prochaines lectures pour le challenge Virginia Woolf) et c’est par ce biais que j’ai été séduite par Elizabeth Browning sans même lire une seule ligne de cette biographie du point de vue du chien de la poétesse ce qui déjà aiguiserait la curiosité de n’importe quel lecteur.

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Elizabeth Barrett (Norma Shearer) dans The Barretts of Wimpole Street

Passage obligé quand on lit de la poésie anglaise, j’ai découvert les Sonnets portugais dans son édition bilingue de la NRF (la même que j’ai pour les poèmes d’Emily Brontë bien que j’ai fait l’acquisition récemment d’une version audio des poèmes de la famille Brontë, un régal, mes amis !) et, comme d’habitude, la traduction est pourrie (pardon pour la traductrice, Lauraine Jungelson) mais permet de sauver les meubles quand le sens d’une strophe nous échappe vraiment.  Par contre, l’appareil critique est comme toujours très instructif surtout pour une poétesse aussi peu populaire. La préface est remplie d’anecdotes, d’extraits de correspondances (quand on sait qu’Elizabeth et Robert ont échangé 574 lettres, rien que ça !) en retraçant l’histoire du couple et la postérité des Sonnets portugais.

D’ailleurs, qu’est-ce qui est à l’origine des Sonnets portugais ? Il faut avant tout comprendre qui était Elizabeth Barrett avant et après avoir écrit ces sonnets. Avant ça, atteinte d’une étrange maladie incurable ,  mélancolique depuis la mort de son frère préféré, recluse dans la maison familiale à Wimpole Street et destinée apparemment à rester vieille fille toute sa vie sous la pression d’un père autoritaire, elle va tout de même publier un recueil de poèmes qui la rend célèbre en Angleterre et outre-atlantique et ce recueil va arriver dans les mains de Richard Browning. Il va lui écrire ces mots :

« J’aime vos vers de tout mon coeur, chère Miss Barrett […]. Dans cet acte de m’adresser à vous, à vous-même, mon sentiment s’élève pleinement. Oui, c’est un fait que j’aime vos vers de tout mon coeur, et aussi, que je vous aime vous. »

Je n’ose imaginer ça en anglais ! Au début, comme toutes les rock-stars qui reçoivent des lettres d’amour, elle va gentillement le refouler et ne lui offrir que son amitié. Ils vont mettre du temps à se rencontrer en personne (à cause des réticences d’Elizabeth visiblement qu’il soit déçu de cette rencontre à cause de sa maladie). Après une première demande par écrit qu’elle refusera tout en reconnaissant que cet homme l’obsède sans y voir encore de l’amour, après de nouvelles rencontres en l’absence de son père (qui, forcément, ne voit pas l’arrivée Robert d’un bon œil dans la vie monacale de sa fille), accepte finalement sa proposition à la seule condition que sa santé s’améliore, ce qui retarde encore un peu plus leur union. Finalement, le mariage est précipité en septembre 1846 dans le plus grand secret et sans le consentement du père. Comme dans tous les romans qui se respectent après un tel événement, ils décident de s’enfuir en Italie, à Florence.

lettres-portugaisesC’est de cette rencontre décisive, autant amoureuse que humaine qu’Elizabeth Barret va écrire ses Sonnets portugais jusqu’à son mariage, à l’insu de Robert Browning et forcément de sa famille. Ces Sonnets from the Portuguese décrivent l’évolution de ses sentiments, comme un relevé presque journalier ce qui en fait une magnifique étude sur l’amour et la place de plus en plus envahissante de la passion dans la vie d’une femme amoureuse qui, enfin, vit pleinement les choses. Je ne crois pas que le titre de ce recueil soit une référence aux célèbres Lettres portugaises de Guilleragues, présentées faussement comme la traduction de lettres d’une religieuse portugaise à un officier français, longtemps attribuée à une vraie religieuse. La coïncidence est tout de même assez troublante car Elizabeth Barrett, vivant comme une femme recluse, dialogue dans ses Sonnets avec l’être aimé où elle suit le même parcours évolutif de doute, de confiance et d’amour sauf qu’il était rapportée dans les Lettres portugaises à la foi et non à l’amour charnel.

du-bellay-regretsSelon moi, un recueil de poésie se lit différemment par rapport à toute oeuvre littéraire. J’aime délibérément sauter des poèmes, lire certains plusieurs fois quand ils me touchent plus que les autres ce qui représente une lecture presque aléatoire. J’aime bien aussi piocher dans un recueil un poème au hasard, ce qui veut dire que je prends chaque poème pour lui-même et pas forcément dans sa relation avec tout le recueil. Parfois, c’est une lecture qui fonctionne, parfois non mais c’est sûr que ce n’est pas très académique et scolaire. De même, si on voit ces poèmes comme un parcours linéaire vers l’amour, ce n’est peut-être pas la lecture la plus judicieuse mais je n’en ai pas moins aimé les vers d’Elizabeth Browning et la sincérité de ses sentiments sans avoir besoin de retracer un parcours figé. Quand j’ai dû lire Les Regrets de Du Bellay en prépa pour le concours, je n’ai pas pu faire ça par exemple ce qui distingue surement une lecture imposée et une lecture pour le plaisir, pour l’amour de la poésie.

En voici, quelques uns :

 

XLIII – How do I love thee? Let me count the ways.

How do I love thee? Let me count the ways.

I love thee to the depth and breadth and height

My soul can reach, when feeling out of sight

For the ends of being and ideal Grace.

 

I love thee to the level of every day’s

Most quiet need, by sun and candlelight.

I love thee freely, as men strive for Right;

I love thee purely, as they turn from Praise.

 

I love thee with the passion put to use

In my old griefs, and with my childhood’s faith.

I love thee with a love I seemed to lose

 

With my lost saints. I love thee with the breath,

Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,

I shall but love thee better after death.

 

 

VII – The face of all the world is changed, I think,

 

The face of all the world is changed, I think,

Since first I heard the footsteps of thy soul

Move still, oh, still, beside me, as they stole

Betwixt me and the dreadful outer brink

 

Of obvious death, where I, who thought to sink,

Was caught up into love, and taught the whole

Of life in a new rhythm. The cup of dole

God gave for baptism, I am fain to drink,

 

And praise its sweetness, Sweet, with thee anear.

The names of country, heaven, are changed away

For where thou art or shalt be, there or here;

 

And this… this lute and song… loved yesterday,

(The singing angels know) are only dear

Because thy name moves right in what they say.

 

Et, comme les Sonnets portugais sont suivis d’autres poèmes, voici mon préféré dans tout le recueil, intitulé « Inclusions ». Il a quelque chose à voir avec le mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, maintenant populairement appelés « les âmes sœurs ». derrière, cette figure, l’amour est l’inclusion parfaite, l’emboîtement et l’harmonie entre deux personnes qui s’oublient elles-mêmes pour ne faire qu’un.

INCLUSIONS

1

O, WILT thou have my hand, Dear, to lie along in thine?

As a little stone in a running stream, it seems to lie and pine.

Now drop the poor pale hand, Dear,… unfit to plight with thine.

2

O, wilt thou have my cheek, Dear, drawn closer to thine own?

My cheek is white, my cheek is worn, by many a tear run down.

Now leave a little space, Dear,… lest it should wet thine own.

3

O, must thou have my soul, Dear, commingled with thy soul? —

Red grows the cheek, and warm the hand,… the part is in the whole!

Nor hands nor cheeks keep separate, when soul is join’d to soul.

 

Où se procurer les Sonnets portugais ?

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Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Poésie Gallimard – 178 pages

EUR 7, 60

 

 

 

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C’est ma 10e et dernière contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine. Retrouvez mon bilan ci-dessous. 

 

 

Bilan du Mois anglais 2013

10 contributions : 2 romans, 1 essai, 1 pièce de théâtre, 1 recueil de nouvelles, 1 recueil de poésie, 1 billet thématique et 3 séries TV.

La Traversée des apparences de Virginia Woolf

Snobs de Julian Fellowes

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Look Back in Anger de John Osborne (extrait)

Les Intrus de la Maison Haute de Thomas Hardy

Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Home Sweet Home : Quatre maisons d’écrivains anglais

Ripper Street (BBC, 2012)

Little Dorrit (BBC, 2008) d’après Charles Dickens

Any Human Heart (2010) d’après William Boyd

 

Merci aux organisatrices et aux autres participant(e)s qui l’ont rendu aussi vivant et particulièrement en lisant et commentant mes dix billets. J’ai eu autant de plaisir à vous lire et à être tentée par autant d’idées de lecture. Vive l’anglophilie, le mois anglais et à l’an prochain pour son come back !

Virginia Woolf Tea

Comme les autres participant(e)s, j’ai répondu à l’invitation d’un jeu photo en mettant en scène mon coup de coeur du mois anglais (« Une chambre à soi » de Virginia Woolf, forcément) avec une tasse, ici celle à l’effigie de la maison Serpentard !

« Any Human Heart » (2010) d’après William Boyd

29 Juin

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« Every human being is a collection of selves. We change all the time. We never stay one person as we go on our journey to the grave. »

« We keep a journal to entrap the collection of selves that forms us, the individual human being. »

Any Human Heart (2010), une série de Michael Samuels d’après le roman éponyme et le scénario de William Boyd.

Avec Jim Broadbent, Matthew MacFadyen, Sam Caflin, Hayley Atwell, Ed Stoppard, Kim Cattrall et Julian Ovenden.

 

 

Synopsis

« Never say you know the last word about any human heart ». Ce sont les mots d’Henry James, mais qu’en est-il du coeur de Logan Mountstuart à trois tournants de sa vie, motivé par sa vocation d’écrivain, sa recherche du bonheur et sa quête de lui-même ? La vie n’est-elle qu’une question de chance – bonne chance, mauvaise chance – comme son père ne cessait de lui rappeler ou réserve t-elle quelque chose de plus ? On le connait au travers de ses rencontres, heureuses ou malheureuses, dans les années 20, entre Oxford et Paris en compagnie d’un certain Ernest Hemingway qui retrouvera comme journaliste pendant la guerre civile espagnole ; pendant la guerre aux Bahamas comme espion en enquêtant sur le duc et la duchesse de Windsor ; dans les années 50, comme directeur d’une galerie d’art à New York et enfin, dans les années 80, fuyant la crise et l’ère Thatcher pour se ressourcer dans le sud de la France, confronté à la mémoire des maquis et de la Résistance. Logan ne cesse de tenir un journal, reliant et préservant artificiellement les multiples facettes de son identité plurielle et les images de ceux et celles qui ont fait ce qu’il est. 

[

Conor Nealon (Logan enfant)

Dans l’idée de retracer le voyage de Logan Mountstuart dans la vie, la première image d’Any Human Heart est entre le rêve et la réalité, comme une vision obsédante, saturée de lumière, à la limite de l’onirisme, accompagnée de la voix d’un narrateur âgé, celle de Logan (Jim Broadbent) qui essaye d’en déchiffrer le sens. La scène montre un petit garçon dans une barque en Uruguay (Logan est d’origine uruguayen par sa mère, sa « best half » selon lui) et observe et est observé par trois personnages sur la berge. On comprendra qu’il s’agit des trois avatars de Logan aux tournants de sa vie : le jeune homme, l’adulte et le vieil homme. Je trouve ce début et ce qui s’ensuit vraiment prometteur : par son étrangeté et son originalité, ça attire forcément notre attention. Ce n’est pas tout-à-fait un souvenir de Logan mais plutôt une représentation mentale de sa propre vie et de son identité. Qui est-il ? Les trois personnages à la fois, ensemble ou chaque Logan a t-il son identité propre, distincte des autres ? Restons-nous les mêmes en vieillissant ?

any-human-heart-memoriesDans cette perspective, cela va de soi que le narrateur (très discret de la série sans l’envahir outre mesure) soit le Logan vieillissant et en vérité, c’est à partir de ce point de vue que toute l’histoire de Logan est retracée en suivant les souvenirs du vieil homme qui fait du tri dans ses papiers, dans ses photos et qui relit ses carnets. D’ailleurs, pour continuer dans la veine énigmatique du début d’Any Human Heart, lui et le spectateur est littéralement assailli par ses souvenirs, comme des flashs, des phrases qui l’ont marqué sans que l’on comprenne exactement leur signification et qui ces personnes représentent dans la vie de Logan. C’est assez astucieux comme manière de faire et ce n’est que rétrospectivement au long des quatre épisodes qu’on n’en comprend le sens et le moment.

Sam Claflin (Logan jeune)

Sam Claflin (Logan jeune)

Après cette entrée en matière énigmatique, la vie de jeune-homme de Logan ne pouvait pas être plus concrète. Au Jesus College d’Oxford, lors de sa dernière année, une seule question l’obsède : la perte de sa virginité. Avec deux amis (que l’on va retrouver tout au long de la série), il fait le pari de qui la pedrera en premier, récompense sonnante et trébuchante à la clé et c’est par cette compétition que va commencer la vie mouvementée de Logan.

C’est avec la très belle et sensuelle Tess (Holliday Grainger) que les ennuis commencent. Je ne vous en dis pas plus mais la perte de la virginité de Logan va avoir quelques conséquences, comme le début de son goût pour le mensonge. Petit clin d’œil, Holliday Grainger est apparue dans la saison 3 de Robin Hood (« A Dangerous Deal ») aux cotés de Richard Armitage en jouant le personnage de Meg dont la romance a marqué plus d’un esprit, mais pas le mien malheureusement. Toutefois, c’est une bonne actrice et elle est semble t-il plus remarquée depuis son rôle de Lucrèce Borgia dans la série The Borgias que j’ai encore à voir, ce qui est une bonne chose.

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Land (Charity Wakefield) & Logan (Sam Claflin)

On le comprend assez vite, la vie sentimentale et sexuelle de Logan va être centrale dans ce parcours qui retrace sa vie et elle est à la fois une source d’inspiration et un obstacle pour sa vocation littéraire. Sa rencontre avec Land Fothergill (Charity Wakefield) est déterminante par qu’elle le pousse à se dépasser, à avoir confiance en lui et à être anti-conventionnel. Intelligente, provocante et engagée, elle lui conseille d’écrire un livre non pas banalement pour se faire connaitre mais un livre qui fait réfléchir et qui change le monde à l’image de ceux de Virginia Woolf qu’elle qualifie de « genious » (on est bien d’accord). J’ai adoré ce personnage même si elle est peut-être trop exigeante avec Logan et, même si on ne l’a voit que dans le 1e épisode, la figure de Land va suivre le héros toute sa vie, comme s’il avait à lui prouver qu’il était capable de faire cette oeuvre révolutionnaire.

Encore une chose passionnante sur le jeune Logan, il sait se trouver des amis en la personne d’Ernest Hemingway (Julian Ovenden, bientôt dans la saison 4 de Downton Abbey) qu’il rencontre à Paris pour la première fois en 1926, date de la publication The Sun Also Rises. Il y a une scène fantastique dans un café parisien (on se croirait dans Midnight in Paris) où Logan lui confie ses ambitions, son envie d’écrire autre chose qu’une simple biographie de Shelley et où Hemingway déclame un poème :

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Logan (Matthew MacFadyen)

Passons au Logan devenu adulte, père de famille et ennuyé à mourir de sa nouvelle vie tranquille et rangée, à des années lumières de ses aspirations profondes de grand écrivain depuis le succès de son 1e roman The Girl Factory (sur une prostituée). Ce Logan est joué par le talentueux Matthew MacFadyen qui m’a fait oublié à jamais depuis Ripper Street et Little Dorrit son rôle de Darcy et que j’admire particulièrement en ce moment. Coté écriture, Logan va être bridé n’écrivant plus une seul ligne après son deuxième roman, The Cosmopolitans (sur les poètes d’avant-garde français rencontrés à Paris), très mal reçu par la critique.

Pour se ressaisir et trouver une source d’inspiration pour son prochain roman, Logan trouve grâce à son agent littéraire une mission en Espagne en tant que journaliste là où il va rencontrer au Consulat, après s’être fait voler son passeport dans une église (comme quoi…), Freya, une journaliste de la BBC. Vous vous imaginez bien que leur relation ne va pas être platonique ce qui n’est pas étonnant avec un personnage joué par Hayley Atwell qui est peut-être l’une des plus belles actrices que je connaisse. Petite coïncidence, Any Human Heart fourmille d’acteurs vu la même année dans Les Piliers de la Terre que je vous conseille vivement : Matthew MacFadyen (Philip), Hayley Atwell (Aliena), Sam Caflin (Richard) et Skye Bennett (Martha).

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Le personnage de Freya est l’un de mes préférés dans cette série et Hayley Atwell a un beau rôle non seulement grâce à son jeu mais aussi grâce à sa place dans l’intrigue et dans la vie de Logan. Je ne peux rester que très vague pour préserver le suspens mais clairement, ce n’est pas qu’une simple aventure et elle va rendre d’autant plus plus crédible aux yeux de Logan la maxime de son père selon laquelle la vie n’est qu’une question de chance : bonne chance, mauvaise chance, rien de plus.

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Logan (Matthew MacFadyen) en espion de la Naval Intelligence

Si je devais donner ma préférence parmi les quatre épisodes d’Any Human Heart, je dirais que les deux premiers sont largement les meilleurs (Oxford, Hemingway, la Seconde Guerre mondiale, Mathew MacFadyen en espion pour la Naval Intelligence de la Royal Navy recruté par un certain Ian Fleming).

Any Human Heart

Le duc et a duchesse de Windsor (Tom Hollander & Gillian Anderson)

Sans oublier qu’il y rencontre le duc et la duchesse de Windsor, Edward VIII (celui qui abdique dans The King’s Speech) et Wallis Simpson, qui ne sont pas vraiment à leur avantage das cette série malgré la très bonne interprétation de Tom Hollander et Gillian Anderson dans les rôles respectifs.

 

 

 

 

 

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Logan (Jim Broadbent & Matthew MacFadyen)

Le troisième épisode est toujours centrée sur Logan mais dix ans après la Seconde guerre mondiale à New York comme directeur d’une galerie d’art mais il est légèrement moins passionnant que les deux autres. Il faut dire qu’il est précédé d’un épisode hautement dramatique ce qui est toujours difficile pour une série ou un film de repartir ensuite. Logan (toujours sous les traits de MacFadyen) commence à prendre de l’âge et il est clairement malheureux et traumatisé par la guerre (vous découvrirez vous-même pourquoi) ce qui l’incite à faire une psychothérapie avec un psy très difficile à cerner et qui gribouille des dessins dans son dossier au lieu de l’analyser.

Le 3e épisode est aussi un tournant car on rencontre un nouveau Logan qui n’est autre que le narrateur du 1e épisode (Jim Broadbent, le père de Bridget Jones et Slughorn dans Harry Potter) ce qui permet de boucler la boucle et de comprendre pourquoi Logan trie ses papiers et ses journaux intimes au début de la série. Le 4e épisode voit les dernières années de Logan et c’est un moment assez triste par son extrême solitude quand il revient à Londres et finalement s’installe dans le sud de la France, fuyant la crise économique, les grèves, la montée de l’anarchisme juste avant l’élection de Margaret Thatcher.

En définitive, Any Human Heart est parmi ce que j’ai vu de meilleur avec une très bel esthétique, une musique discrète mais un thème récurrent assez intéressant, un casting impeccable (Matthew MacFadyen à la fin du 2e épisode est juste incroyablement bluffant) et je pense que c’est une série qui fait beaucoup réfléchir.

Je l’ai brièvement mentionné mais Any Human Heart est l’adaptation du roman éponyme de William Boyd (A Livre Ouvert dans sa version française) et ce dernier offre le scénario de cette série, ce qui explique surement sa qualité. Ça m’a donné envie de lire cet auteur : je compte feuilleté Any Human Heart et surtout lire La vie aux aguets que j’ai reçu aujourd’hui même.

 

Où se procurer Any Human Heart (2010) ?

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Any Human Heart

(A Livre Ouvert)

DVD – EUR 12, 40

(VO sous-titrée en anglais uniquement)

 

 

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Any Human H

eart de William Boyd

Penguin – 512 pages

EUR 9, 56

 

 

william-boyd-a-livre-ouvertA livre ouvert de William Boyd

Points – 608 pages

EUR 8, 27

 

 

 

Amis anglophiles, le mois anglais is coming !

 

9e contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine