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« Suis-je snob ? » de Virginia Woolf (2012, Payot-Rivages)

23 Fév
Virginia Woolf (1923, Photographie de Lady Ottoline Morrell)

Virginia Woolf (1923, Photographiée par Lady Ottoline Morrell)

« C’était d’Orlando, je crois. Il [Arnold Bennet, chroniqueur au London Evening Standard] l’attaquait violemment. Il disait que ce livre ne servait à rien.  et qu’il lui avait ôté tous les espoirs qu’il avait pu placer en moi en tant qu’écrivain.  Il consacrait toute sa colonne à me détruire. Eh bien, même si j’ai beaucoup d’orgueil (…), ma vanité en tant qu’écrivain est entièrement snob. Une vaste surface de ma peau est exposée aux attaques d’un critique, mais celui-ci ne peut presque pas toucher la chair et le sang. »

(Virginia WOOLF, Suis-je  snob ? et autres textes baths,, p. 47)

Cet article a été initialement publié sur mon blog Virginia Stephen Woolf le 23 février 2015.

Virginia Woolf & Clive Bell

Virginia Woolf & Clive Bell

Depuis ma lecture d’Une chambre à soi, les essais de Virginia Woolf ont pour moi un intérêt tout nouveau, quoi qu’influencé par mon projet de mémoire. Déjà, son oeuvre critique est assez considérable quand on y regarde bien alors pourquoi s’en priver, surtout quand la qualité est au rendez-vous ? Ensuite, c’est très agréable de se sentir au plus près d’une auteur qu’on apprécie à la lecture de textes plus directs et où sa personnalité vive, drôle et acerbe est la plus nette. On a souvent tendance à se faire une fausse image de Virginia Woolf, du moins partielle, en la réduisant à une frêle chose, déprimée, éteinte et morbide tout juste capable au mieux d’être lue par des personnes tout aussi dépressives, au pire de plomber le moral de son lectorat, même parmi les plus gais lurons. Ce cercle vicieux a pourtant une faille : on rit beaucoup en lisant Virginia Woolf, que ça soit pour son ironie, son autodérision, ses parodies ou tout simplement pour ses jeux d’esprit. Tous ceux qui ont « peur » de lire du Virginia Woolf devrait se souvenir de ça. Toute cette question de l’humour chez Virginia Woolf est quelque chose qui me passionne mais je n’en dirai pas plus, ça fera l’objet d’un billet spécial  très vite. (Suspense, suspense….)

Beau Brummell (1924)

Beau Brummell (1924) avec John Barrymore & Mary Astor

Suis-je snob ? et autres textes baths ne fait pas exception. Ce petit recueil, gracieusement prêté par Adeline, réunie sept textes (chiffre parfait s’il en est). Certains sont purement critiques (« Suis-je snob ? », « La valeur du rire » ou « La nièce d’un comte »), d’autres de purs récits (hommage au premier dandy « Brummell le Beau » ou « La robe neuve », un chapitre supprimé de Mrs Dalloway) et d’autres encore des textes hybrides (forcément mes préférés), des sortes de méditations sur la nature, l’animalité et la mort (« Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile » et « La mort du papillon »). Selon moi, le choix de textes est surtout motivé par leur caractère inédit  et malgré leur diversité, on y voit tout de même une certaine cohérence. A titre personnel, j’ai surtout toujours beaucoup de plaisir à lire des livres édités par Payot-Rivages (découverte en lisant du Giorgio Agamben il y a deux ans) : ce sont de petits formats qui se prennent bien en main, les couvertures sont souvent très jolies,  le texte est aéré et souvent très bien introduits comme ici par Maxime Rovere qui a traduit deux autres textes de Virginia Woolf dernièrement.

NPG 6718; The Memoir Club by Vanessa Bell (nÈe Stephen)

Vanessa BELL, The Memoir Club (c. 1943), © Estate of Vanessa Bell courtesy oF Henrietta Garnett. Membres présents : Duncan Grant, Leonard Woolf, Vanessa Bell, Clive Bell, David Garnett, Maynard et Lydia Keynes, Desmond et Molly MacCarthy, Quentin Bell et E.M. Forster. Les trois portraits sur le mur représentent les membres décédés : Virginia Woolf (1941), Lytton Strachey (1932) peints par Duncan Grant et Roger Fry par Vanessa Bell (c.1933).

Le premier essai, « Suis-je snob ? », est déjà une merveilleuse immersion dans le monde du Bloomsbury Group (auquel Virginia Woolf participait dès la formation plus ou moins informelle de cette communauté d’amis artistes et d’intellectuels) ou du moins ce qu’il en reste après les bouleversements de la Première guerre mondiale. Au lieu de se perdre de vue, les membres presque au complet, sous l’initiative du couple McCarthy (Molly et Desmond de leur petit nom), remplacent les rendez-vous hebdomadaires du Jeudi par des rencontres plus irrégulières autour d’un même thème : la mémoire. Derrière le Memoir Club qui se réunie dès mars 1920, il y a l’idée de se raconter, d’écrire leurs mémoires et, très vite, le sujet majeur va être de réfléchir sur Bloomsbury lui-même en tant que groupe. Ce travail peut paraître un peu artificiel et égocentrique pour des personnes encore jeunes ou dans la fleur de l’âge et n’ayant pas forcément participé à l’effort de guerre en tant que pacifistes (donc pas forcément dans le souci de devoir de mémoire collective). D’ailleurs, en tant que papier lu devant une assemblée, le texte de Virginia Woolf est très incisif et ironique justement parce qu’il insiste sur ce paradoxe. Pourquoi se raconter quand on a rien à dire ? Quand on n’a pas vécu ? N’est-ce pas un peu snob, déjà ? Comme toujours, c’est donc par un biais qu’il est question de parler de soi sans trop se prendre au sérieux. Mais, dès la première page, on sent que c’est surtout l’amitié qui unie le Memoir Club, plus que leur snobisme. C’est par leur prénom que les membres présents sont cités et le lecteur est tout de suite mis dans la connivence (sans forcément connaitre tous ces noms) : Mary « Molly » et Desmond McCarthy, J. Maynard Keynes, Clive Bell ou Leonard Woolf. On les voit très bien réunis ensemble, fumant, bavardant, chuchotant pendant que l’un d’eux parle comme n’importe quel groupe d’amis.

Confrontée au Memoir Club, Virginia Woolf se met en scène devant des amis aussi devant des concurrents pas forcément au nom d’une quelconque ambition littéraire mais plutôt au nom de l’inégalité inhérente dans l’écriture entre les femmes et les hommes qu’elle soulignera dans A Room of One’s Own autour de figures attestées mais surtout d’une expérience de pensée, Judith, la soeur de Shakespeare dont les talents littéraires n’auraient pu être révélés compte tenu des imitations dues au genre. Si on s’attend dans un texte qui annonce un développement sur le snobisme, l’essayiste se vêt bien au contraire des atours de l’humilité (quelque soit feinte ou non, c’est une autre question) en avouant n’avoir pas assez vécu par rapport aux membres masculins du groupe pour venir y raconter son existence. Il faut dire que Virginia Woolf a une sainte horreur du narcissisme et de l’égotisme ce qui peut surprendre quand on pense que l’intime est pourtant au coeur de son écriture. Ainsi, le propos woolfien reste biaisé puisqu’elle cherche à échapper aux écueils de l’autosatisfaction en se racontant sans parler de sa vie ou à de rares occasions de sa vie d’écrivain. Le snobisme semble être un masque que Virginia Woolf applique sur sa personnalité pour mieux cacher son être profond. Elle détourne le sens communément admis du snob, souvent indissociable d’une attitude vantarde et égocentrique qui consiste à se sentir supérieur aux autres en tous points, pour s’interroger sur la forme particulière de snobisme dont elle se dit atteinte.

Maggie Smith dans Downton Abbey

Son snobisme, elle l’emprunte à l’aristocratie pour laquelle elle avoue une grande fascination justement parce que sa famille n’a rien d’aristocrate. La feintise de la snob qu’elle se dit être est donc une façon de se rêver aristocrate ou plutôt de rêver l’aristocratie telle qu’elle n’est pas. Vous vous croyez indemne de ce genre de snobisme ? Si l’aristocratie semble être un vieux rêve d’Ancien Régime, même de nos jours nous raffolons des histoires princières et de la haute aristocratie. Songe rien qu’au succès de Downton Abbey (que même la duchesse de Cambridge adore !) ou encore de biopics encore récents comme The Young Victoria ou le Discours d’un Roi. Sous prétexte donc de se singer elle-même sous couvert de snobisme, c’est toute une société qu’elle esquisse, la sienne et un peu la nôtre. Ce monde où un titre de noblesse ou tout simplement la façon de se vêtir, le statut ou l’origine sociales suffit pour en imposer étant donné que « l’essence du snobisme est de chercher à faire une forte impression sur les autres ».

Pourtant, Virginia Woolf se moque d’elle-même preuve que son snobisme est réfléchi, assumé mais pas complètement subi. Cette valeur du rire (rire de soi et des autres) fait l’objet d’un essai à elle toute seule, intitulé en toute simplicité « La valeur du rire ». C’est un essai marquant étant donné, mais je me répète, que l’écriture de Virginia Woolf est considérée à l’heure actuelle comme à des années lumières du registre comique. Bien sûr, cela vient d’une réinterprétation posthume qui ne tient principalement (à mon sens) qu’à un détail biographique : son suicide par noyade en 1941 Alors forcément, on étudie à bon droit mais avec beaucoup trop de conventionnalisme Mrs Dalloway où, comme par un heureux hasard, la figure du suicidé apparaît en la personne de Septimus qui se défenestre. De là vient ce que j’appelle la critique psychologisante post-prophétique. Des perroquets de malheur qui interprètent les signes comme des schizophrènes où chaque apparition de l’eau, du noyé ou de la mort est l’occasion de spéculer dans le vide. Pourtant, on occulte avec ce genre d’œillères une grande partie de l’oeuvre de Virginia Woolf, bien moins abordée en classe, allant d’Orlando, cette longue lettre d’amour adressée à Vita Sackville-West, son amante qui prend la forme d’une biographie fictive pleine d’ironie en passant par Flush, la biographie de la poète Elizabeth Barrett-Browning du point de vue de son épagneul Flush jusqu’à Freshwater , l’unique pièce de théâtre qu’elle ait écrite initialement prévue pour un amusement privé entre membres du Bloomsbury Group sur les Préraphaélites et en particulier sa grand-tante,  la photographe Julia Margaret Cameron. C’est un court texte hilarant, très divertissant (et pour cause, il a été représenté deux fois en famille) et qui montre à quel point Virginia Woolf accorde au rire une valeur hautement littéraire. Le rire parce qu’il est méprisé par la tradition littéraire, devient une arme pour le développement de la littérature féminine et féministe étant donné que c’est dans les genres mineurs que les femmes se trouvent en même temps reléguées et où elle excellent. De ce fait, l’ironie devient l’une des voix possibles que l’écriture féminine peut prendre dans la mesure où elle brouille les voix et les genres. Ainsi, Virginia Woolf réhabilite non seulement le rire mais elle invite ses lecteurs et les écrivaines qui la lisent d’assumer le potentiel créateur du rire.

Roger Fru, The Black Sea Coast (1911)

Roger Fry, The Black Sea Coast (1911)

Ce que j’aime dans la pratique anglo-saxonne et woolfienne de l’essai, c’est la place assumée de la iction qui en fait un objet esthétique hybride. C’est surement pour cela que j’ai beaucoup d’admiration pour « Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile » et « La mort du papillon » parce qu’ils sont très peu théoriques et beaucoup plus contemplatifs. Alors certes, la valeur du rire ne s’applique pas notamment pour le dernier essai mais à la lecture, j’ai été touchée par le goût minimaliste pour ce papillon dont la courte vie fait l’objet d’un essai-nouvelle. Il faut dire que le bestiaire woolfien m’intéresse tout particulièrement puisque Flush fait partie du corpus de mon mémoire ce qui a pu influencé ma lecture. Pourtant, ce papillon, pour son caractère éphémère, a quelque chose d’esthétiquement hybride puisqu’il porte en lui de façon contractée la vie et la mort comme tout un chacun :

« It was as if someone had taken a tiny bead of pure life and decking it as lightly as possible with down and feathers, had set it dancing and zig-zagging to show us the true nature of life. »

Quant à « Un soir dans le Sussex », je dois dire que j’ai toujours aimé les couchers de soleil alors qu’ils fassent l’objet d’un essai de Virginia Woolf a forcément de quoi me plaire. Là aussi, il s’agit de saisir un phénomène éphémère, le passage du jour à la nuit, qui, bien entendu, rappelle celui entre la vie et la mort. on est loin du registre comique. Pourtant, ce sujet métaphysique passe par la contemplation de la vie dans son aspect passager et mouvant étant donné que ses réflexions accompagnent un traet en voiture dans la campagne où les paysages sont mouvants. Si l’extériorité est plurielle, l’intériorité l’est d’autant plus sous l’effet d’une espèce de parallélisme proche de ce que John Ruskin appelle une « pathetic fallacy » dans Modern painters, c’est-à-dire l’attribution commune de sentiments humains aux paysages contemplés et au spectateur. Dès lors, si le paysage a une identité mouvante, l’identité personnelle de celle qui l’observe l’est d’autant plus :

« The sun was now low beneath the horizon. Darkness spread rapidly. None of my selves could see anything beyond the tapering light of our headlamps on the hedge. I summoned them together. “Now,” I said, “comes the season of making up our accounts. Now we have got to collect ourselves; we have got to be one self. (…) What we have made then today,” I said, “is this: that beauty; death of the individual; and the future. Look, I will make a little figure for your satisfaction; here he comes. Does this little figure advancing through beauty, through death, to the economical, powerful and efficient future when houses will be cleansed by a puff of hot wind satisfy you? Look at him; there on my knee. »

J’espère vous avoir donné envie d’explorer ces textes variés dans ce recueil compilé par Maxime Rovere chez Payot-Rivages.

Où se procurer Suis-je snob ?

Payot Rivages

Payot Rivages

Suis-je snob ? et autres textes baths de Virginia Woolf

Titre original : Am I A Snob ? 

Edition Payot-Rivages (176 p.)

Traduction : Maxime Rovere

7€60

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« L’affaire Jane Eyre » (2001) de Jasper Fforde

16 Fév
jane eyre affair

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

« – Je suis censé la croiser par hasard; elle ne va pas tarder à arriver à travers champs dans cette direction. Comment suis-je ?

Il redressai sa cravate et hochai la tête en signe de satisfaction.

– Vous me trouvez beau, Miss Next ? s’enquit-il tout à trac.

– Non, répondit-je sincèrement.

– Bah s’écria Rochester. Coquines, toutes les deux ! »

 

 

Résumé

L’Affaire Jane Eyre est le premier tome de la série Thursday Next, l’héroïne éponyme. Le monde de 1985 dans lequel vit Thursday Next est uchronique, à la fois familier et décalé par rapport à l’Histoire telle que le lecteur la connait. Vétéran de la Guerre de Crimée qui oppose l’Angleterre et la Russie depuis plus d’un siècle, elle n’a jamais entendu parler de la Révolution russe (puisque la Russie est encore tsariste), du nazisme ou encore de la Guerre Froide. C’est qu’il n’y a plus non plus de Royaume-Uni puisque le Pays de Galles est enfin devenu indépendant (ce qui aurait ravi Perceval dans Kaamelott).

Shakesparleur (illustration de Maggy Roberts)

Ce monde nouveau est eugéniste : les expérimentations génétiques sont légions ce qui a permis de régénérer des espèces disparues comme les mammouths, les Neandertal, ce prolétariat par excellence considéré comme des sous-hommes ou encore les dodos clonés et transformés en animaux de compagnie à l’image de Pickwick, le dodo de Thursday qu’elle a cloné elle-même grâce à un kit de clonage. Si la science est omniprésente, la littérature l’est d’autant plus au point de voir un peu partout des Shakesparleurs, des automates qui, contre un peu de monnaie, déclament des monologues de Shakespeare ! (Si toi aussi tu veux un Shakesparleur dans le centre commercial le plus proche, tape 1)

Chose plus marquante, la police anglaise est divisée en plusieurs services d’opérations spécialisées, les Opspecs, allant d’OS-1 (« la police des polices » chargée des affaires internes des Opsecs) à OS-32 (Commission horticole) en passant par OS-27, la Brigade Littéraire où officie l’héroïne dans la cellule de Londres, sachant que la plupart des Opspecs sont top-secrets d’OS-1 jusqu’à OS-20. Si Thursday a grand hâte de monter les échelons et quitter OS-27, c’est pourtant en tant qu’agent de la Brigade Littéraire qu’elle va gagner ses lettres de noblesse, échappant enfin à la routine des contraventions contre les faussaires ou de l’éternelle querelle sur la paternité des œuvres de Shakespeare, La frontière entre réalité et fiction n’a jamais été aussi ténue quand un malfrat aux pouvoirs illimités, Achéron Hadès, décide non seulement de voler le manuscrit original de Jane Eyre mais de kidnapper l’héroïne du roman menaçant de l’éliminer grâce à une machine « La Porte de la Prose » qui permet de s’introduire dans n’importe quel roman. La mission de Thursday Next est la suivante : sauver son roman préféré et, accessoirement, s’acquitter d’une dette de longue date envers un certain Edward Fairfax Rochester…

Je sais, ça fait beaucoup trop longtemps que je n’ai pas posté sur La Bouteille. C’est mal. Très mal. Mais après tout, qu’importe la fréquence, n’est-ce-pas ? J’ai beaucoup d’admiration pour celles sur la blogosphère qui publient hebdomadairement (voire tous les jours, les petites fofolles !) mais je ne fais pas partie de ce club très fermé. Il faut se rendre à l’évidence, les vacances sont le meilleur moment pour bloguer pour moi. Ce n’est pas faute d’avoir lu depuis le mois d’août, date de mon dernier article sur le poignant Visages noyés de Janet Frame, mais avec un déménagement, mon année de M2 et la préparation du CAPES (cachez vos enfants l’an prochain,  inch’allah !), tenir ce blog n’a pas été ma priorité. Shame on me.

Le-temps-où-nous-chantions-Richard-Powers

Le temps où nous chantions (2003) de Richard Powers

Si je devais retenir un livre que j’aurais aimé prendre le temps de vous conseiller ici et de chroniquer, c’est bien Le temps où nous chantions de Richard Powers, un auteur américain contemporain que j’avais découvert il y a deux ans grâce à Adeline à l’occasion des Assises Internationales du Roman à Lyon. Le Temps où nous chantions a quelque chose de l’utopie moderne tellement l’Histoire américaine et surtout l’héritage de la ségrégation raciale est questionnée en confrontant une famille métissée passionnée de musique, persuadée que « la beauté sauvera le monde » comme l’écrit Dostoïevski dans L’Idiot et qu’il est possible d’élever leurs enfants « différents » abstraction faite des différences de races au nom de valeurs plus universelles comme la musique. Une famille en avance sur son temps. Avec ce roman, vous aurez 795 pages de lecture jubilatoire ponctuée de références musicales et d’une réflexion scientifique et métaphysique très poussée sur le temps et sur la possibilité de revivre le passé et de défier la mort. La portée de ces petits traités sur le temps occasionnels peuvent paraître déroutants en apparence et pourtant, c’est un roman qui pense bien le passé et qui aide à penser le présent. En un mot : foncez !

Si Le Temps où nous chantions a été mon coup de coeur de l’automne dernier, L’Affaire Jane Eyre est celui de ce début d’année. Si c’est déjà un classique du genre à peine une dizaine années depuis sa publication, j’ai un peu eu l’impression de combler une lacune tellement j’ai entendu du bien de ce roman autour de moi avant de le lire et depuis que j’en parle avec des proches maintenant que je l’ai lu. Autre chose positive, ça faisait une éternité que je n’avais pas lu de science-fiction juste pour le plaisir alors que je suis totalement passée à coté du Meilleur des mondes d’Huxley que j’ai étudié l’an dernier pour la fac. Ça fait du bien de revenir aux sources puisque c’est un peu grâce à la fantasy et à la science-fiction que l’ado que j’étais a appris à aimer lire.

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier

En vérité, c’est un autre roman de science-fiction, cette fois de littérature jeunesse, qui m’a donné envie de lire enfin L’affaire Jane Eyre qui était dans ma liste à lire depuis bien sept ans : Virus L.I.V 3 ou la mort des livres (1998) de Christian Grenier conseillé par un ami. Le lien entre les deux, c’est la possibilité d’expérimenter une lecture améliorée, complètement virtuelle et à la fois très réaliste assez proche de celle du spectateur et pourtant plus active, où il serait possible non seulement de s’introduire dans l’univers du livre mais d’y vivre et donc de potentiellement en modifier le cours de l’action. Badass, n’est-ce-pas ? Sauf qu’autant L’affaire Jane Eyre que Virus L.I.V 3 en explorent à la fois l’énorme potentiel et le danger de concevoir la lecture comme une expérience totale puisque si le lecteur a tous les droits, pouvant non seulement s’approprier l’univers d’un autre mais aussi quelque part être un acteur à part entière de la fiction, la fiction en sort forcément altérée et lui aussi. Disons pourtant que L’affaire Jane Eyre est quelque part moins moralisateur avec un style beaucoup plus sarcastique et parodique par rapport à Virus L.I.V 3 qui explore la rivalité entre la lecture et la culture visuelle, virtuelle et numérique dans un futur proche où il y aurait l’accomplissement d’une République des Lettres où les lettrés et les érudits seraient au pouvoir (l’Académie française à  l’Assemblée en quelque sorte, sexy, n’est-ce-pas ?) alors que les adeptes des nouvelles technologies et les hackers (dans les banlieues, forcément…) seraient des marginaux qui auraient décider de détruire les livres grâce à un virus qui changerait la façon de lire et d’écrire de la fiction et par la même occasion rendrait les pages complètement blanches, effaçant totalement l’écrit de notre quotidien. Forcément, ça rentre en résonance avec l’actualité et ce que l’on vit quotidiennement, à la fois constamment connectés et pour certains, gardant un lien toujours fragile avec l’écrit et les livres.

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« Ils étaient des milliers à encercler le poste derrière des barrières de sécurité, une bougie dans une main et un exemplaire du roman dans l’autre – un roman sérieusement écorné vu que le récit s’arrêtait abruptement au milieu de la page cent sept, après l’intrusion d’un mystérieux « agent en noir » dans la chambre de Rochester. (…) 
– Il n’y a pas grand chose à lire, rétorqua Victor. Jane Eyre a été écrit à la première personne, avec la disparition de la narratrice, Dieu seul sait ce qui va arriver ensuite. Moi je pense que Rochester va sombrer dans la mélancolie, expédier Adèle dans un pensionnat et fermer la maison. »

Mais l’intérêt véritable de L’affaire Jane Eyre, c’est quand même l’univers revisité de Charlotte Brontë. Depuis les tous débuts de ce blog, je n’ai pas caché mon amour inconditionnel pour Jane Eyre, pour son adaptation de 2006 et pour la famille Brontë. Lire ce premier roman de Jasper Fforde a donc forcément un plaisir pour la « brontéienne » que je suis qui rend merveilleusement hommage au roman de Charlotte Brontë. Avec ça, rien de plus simple que de s’identifier avec Thursday Next qui aime ce roman depuis son plus jeune âge et qui a une tendresse particulière (comme nous toutes) pour Edward Rochester. Pourtant, le roman qu’elle connait est différent à quelques détails près de la version que vous avez lu. A l’origine, la rencontre entre Jane et Rochester (mythique s’il en est) est des plus banale et surtout, la fin a quelque chose de cauchemardesque puisque Jane aurait fini par accompagner son (idiot) de cousin Saint-John Rivers en Inde (sans l’épouser, Dieu merci), laissant ainsi ce pauvre Edward à son triste sort avec sa cruelle femme séquestrée dans le grenier. Une fin bien p(our)ritaine, donc. C’est d’ailleurs comme ça que le kidnappeur de Jane Eyre, Achéron Hadès, l’appelle :

« Ce que vous pouvez être assommante, Jane, avec votre côté puritain. Vous auriez dû profiter de l’occasion pour partir avec Rochester au lieu de gâcher votre vie avec cette lavette de Saint-John Rivers. »
Edward Rochester (Toby Stephens) & Jane Eyre (Ruth Wilson) dans l'adaptation de 2006, réalisée par Susanna White.

Edward Rochester (Toby Stephens) & Jane Eyre (Ruth Wilson) dans l’adaptation de 2006, réalisée par Susanna White.

Si dans le monde de Thursday Next, c’est le puritanisme de Charlotte Brontë qui est retenu, personnellement moi, je n’y crois pas une seconde. Charlotte Brontë est autant sensible dans son écriture à la passion que sa soeur Emily qu’on oppose souvent beaucoup trop facilement. Ainsi, quelque part, l’intervention d’Achéron Hadès est presque une bénédiction puisqu’il donne la possibilité d’une nouvelle chance pour Jane et Rochester. Parlons-en de ce salaud. Il m’a beaucoup fait penser à un Moriarty, professeur et malfrat sans scrupules comme lui d’autant plus que les clins d’œil au monde de Sherlock Holmes sont nombreux par exemple avec le prénom de l’oncle de Thursday, Mycroft, l’inventeur du « Portail de la Prose » que convoite Achéron Hadès. Ce n’est pas spécialement un personnage qui m’a touché même si ses apparitions et sa verve étaient toujours agréables à lire mais je comprends qu’il ait pu marqué un bon nombre de lecteurs et qu’il doit être bien classé parmi les meilleurs vilains.

Pickwick, le dodo de Thursday Next.

Pickwick, le dodo de Thursday Next.

Personnellement, c’est Thursday qui m’a le plus touchée parce qu’il s’agit d’un personnage féminin fort qui a un talent exceptionnel pour se sortir de situations impossibles et pour ne pas obéir aux ordres. Un esprit libre, en somme. Bien sûr, sa situation amoureuse est au point mort malgré un ex-fiancé l’écrivain Landen Parke-Laine avec qui elle s’est brouillée dix ans avant l’action puisqu’il est à l’origine de la disgrâce de son frère Anton, mort en Crimée et tenu responsable d’une opération militaire qui aurait mal tournée. La famille de Thursday est d’ailleurs assez cool quand on y pense, mon préféré étant son frère « le très irrévérent » Joffy Next, prêtre à l’ESU (le culte de l’Etre Suprême Universel), avec qui Thursday se chamaille tout le temps. Elle a aussi un père très spécial, ancien colonel à la ChronoGarde (OS-12) et fugitif dans l’espace-temps qui fige le temps de temps en temps pour rendre un petite visite à sa fille et lui poser quelques questions sur l’Histoire telle qu’elle la connait. Une sorte de Doctor Who humain, en somme. Forcément, il a tout pour me plaire ! Mais ce que j’envie plus que la famille de Thursday Next, c’est son tout mignon petit dodo, Pickwick !

Le roman de Jasper Fforde n’est pas seulement un hommage à Jane Eyre mais à toute la littérature britannique et américaine allant de William Wordsworth, Edgar Allan Poe où deux personnages se trouvent coincée dans l’un de leurs poèmes respectifs en passant par Charles Dickens, Milton, Keats jusqu’à Shakespeare bien sûr qui est un peu le saint patron du monde de Jasper Fforde. Il y a bien sûr ces inventions géniales que sont les Shakesparleurs mais rien qu’une représentation de Richard III reste une expérience unique puisque les comédiens sont choisis parmi le public une heure avant la représentation et que le public est plus que jamais réactif, déclamant les répliques en même temps que les comédiens plus ou moins amateurs. A quand des pièces participatives et communautaires comme ça en France, les enfants ? Clairement, à la lecture de Jasper Fforde, on a l’impression que les fantasmes des amoureux de la lecture se trouvent réalisés et qu’il s’est beaucoup amusé rien que dans le choix des noms de ses personnages qui sont souvent emprunts de clins d’œil littéraires comme par exemple Spike Stoker, un agent d’OS-17 (Elimination de Vampires et de Loup-Garous : Suceurs et Mordeurs) avec qui Thursday se lie d’amitié.

C’est cet aspect parodique et l’humour de ce roman qui m’a le plus plu. Il y a quelque chose de délectable de se retrouver dans un monde aussi familier surtout quand on est amateur de littérature. L’organisation du roman est aussi très appréciable où chaque chapitre est précédée d’une fausse citation en exergue tirées par exemple de la biographie de Thursday Next par un certain Millon de Floss qui permettent parfois une mise en contexte  mais le plus souvent d’augmenter la part humoristique de l’ensemble.

Après avoir lu L’affaire Jane Eyre, j’ai enchainé avec le deuxième tome de la série, Délivrez-moi et je compte bien continuer dans ma lancée avec les cinq suivants. J’en suis à la moitié et je dois avouer que le coup de foudre n’a pas été aussi immédiat qu’avec L’affaire Jane Eyre mais c’était difficile de rivaliser. Toutefois, depuis quelques chapitres, je recommence à rire aux éclats donc je ne pense pas me délivrer de sitôt de Jasper Fforde !

Où trouver L’affaire Jane Eyre

Edition 10/18

Edition 10/18

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Titre original : The Eyre Affair

Edition : 10/18 (410 p.)

Traduit par Roxane Azimi

9,60€

 

 

Où trouver les autres ? 

Edition 10/18

Edition 10/18

Le Temps où nous chantions de Richard Powers

Titre original : The Time of Our Singing

Edition : 10/18 (795 p.)

Traduit par Nicolas Richard

11,10 €

 

 

Livre de Poche Jeunesse

Livre de Poche Jeunesse

Virus L.I.V 3 ou la mort des livres de Christian Grenier 

Edition : Livre de Poche Jeunesse (190 p.)

4,95 €

 

 

 

« Cymbeline » de William Shakespeare

29 Déc
Edward BURNE-JONES, Sleeping Beauty (1871, Manchester Art Gallery)

Edward BURNE-JONES, Sleeping Beauty (1871) – Manchester Art Gallery

« Fear no more the heat o’ the sun,

Nor the furious winter’s rages; »

Cymbeline, Acte IV, Scène 2.

La Belle au Bois Dormant, c’est un peu La Bouteille à la Mer ces derniers temps. Que je vous rassure, depuis Being Human (qui a eu son petit succès après la publication de cet article, Aidan Turner fait toujours ce petit effet-là), j’ai lu, vu et découvert bien d’autres choses mais faute de temps, je n’ai pas pu vous le partager comme d’habitude. Peut-être aussi que je n’en ai pas ressenti le besoin et qu’il me fallait faire une (énième ?) pause pour profiter du quotidien.

Mais ça, c’était avant Cymbeline de notre ami William Shakespeare. (Shakespeare est un remède à tous les maux, c’est bien connu.)

Imogen, Cymbeline

Imogène (Illustration du Shakespeare’s Heroines d’Anna Jameson)

D’autant plus que la vraie Belle au Bois Dormant dans cette histoire, c’est Imogène, l’héroïne de la pièce. Pas littéralement, je vous rassure, sinon il n’y aurait pas eu beaucoup d’action pour du Shakespeare si tout le monde avait été endormi. (Et on se serait ennuyé ferme.) C’est juste l’image que j’ai eu d’elle durant l’une des scènes cruciales de la pièce où elle dort. Au lieu de lui voler un baiser telle Aurora, Iachimo, une espèce  de Don Juan beau-parleur et manipulateur,  va lui subtiliser un bracelet qui va servir de prétexte pour un long quiproquo sur la perte ou non de la vertu de la damoiselle et de son infidélité puisqu’elle s’est mariée à Léonatus Posthumus et, comble du scandale, sans le consentement de son roi de père, Cymbeline.

Dudley, Robert, fl. 1858-1893, printmaker. Posthumus: "My queen! My mistress! O lady weep no more!" Cymbelin …

Posthumus & Imogène : Gravure de Robert Dudley (1858-1893,) 
Posthumus: « My queen! My mistress! O lady weep no more! » in Cymbeline

Orphelin et pupille du roi (donc sans le sous !), Posthumus n’est certes pas le parti idéal pour l’héritière du royaume de Bretagne depuis la disparition de ses deux frères aînés qu’elle n’a jamais connu. La force de caractère d’Imogène va valoir pour Posthumus, tel Roméo,  un bannissement ad vitam aeternam. Enfin, presque.  Sinon, ça ne serait pas drôle. 

Vous allez me dire, qu’est-ce qui m’a pris de lire une pièce si peu connue de Shakespeare alors que j’aurais pu continuer dans ma lancée après Richard III avec Le marchand de VeniseLa Tempête ou Le Conte d’Hiver (c’est de saison, en plus) que j’avais sous la main ?

Tout est parti par fangirling intelligent de la vidéo d’une interview de Tom Hiddleston (plus à présenter) qui, en bon homme parfait shakespearien, a cité de mémoire une réplique de Posthumus (qu’il a interprété en 2010 sous la direction de Declan Donnellan). Et comme le Monsieur s’y connait en belles choses et aime les partager, ça donne ça :

« Reste là, ô mon âme, suspendue comme un fruit

Jusqu’à ce que l’arbre  ne meurt. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autant vous dire, que ni une, ni deux après un petit arrêt sur image (pas désagréable) et quelques « que c’est beau ! », je l’ai noté dans mon carnet fourre-tout. First step. Puis, un samedi alors que j’avais clairement d’autres choses de prévu,  Adeline et Matilda se sont mises à se crêper intelligemment le chignon sur un statut FB à propos de cette pièce et surtout de Posthumus. Crétin influençable et jaloux ou héros romantique badass et imperturbable ? Curieuse comme pas deux et comme j’avais eu droit à un panégyrique depuis quelques jours à son sujet par la première, il fallait que je sois fixée.

Cymbeline (David Colling dans la mise en scène de Declan Donnellan par la compagnie Cheek by Jowl)

Cymbeline (David Colling dans la mise en scène de Declan Donnellan par la compagnie Cheek by Jowl en 2010)

Trêve de bavardage, parlons de Cymbeline ! Il ne faut pas se fier au titre de la pièce : ce roi celte est plus secondaire qu’autre chose, réduit à un père tyrannique, un roi ingrat et aveuglé par sa reine, la belle-mère d’Imogène. Un bougre d’idiot, en somme. Pourtant, c’est un personnage historiquement attesté et qui a nourri de nombreuses légendes. Il aurait ressuscité d’entre les morts, rien que ça, avec les parallèles que vous imaginez. Mais tout ça est mis de coté même si bien sûr, Shakespeare raffole (et nous avec!) des sorcières et des esprits revenus d’entre les morts. Cymbeline ne fera pas exception avec une scène où Posthumus est visité par les esprits bienveillants de sa famille, non comme les esprits des victimes de Richard III qui lui font passer un mauvais quart d’heure. Mais, si la part de reconstruction historique est très présente (avec une vraie scène de bataille entre Romains et Bretons qui doit être assez coton à mettre en scène), ce n’est moins la légende plus ou moins fantasmée du roi Cymbeline qui est mise en avant que le conflit domestique entre le roi et son héritière, la marâtre et sa belle-fille et surtout autour de la mésalliance entre Imogène et Posthumus.

cymbeline-romance

Affiche de Cymbeline au Timms Centre  (Canada, 2012)

C’est d’ailleurs ce qui rend Cymbeline si unique, à mi chemin entre la tragédie  et la comédie, et donc si plaisante à lire. Comme certaines pièces tardives du Barde, il s’agit d’une « romance » qui réinvestie un genre médiéval (avec les codes de la chevalerie qui vont avec) nourri d’aventures, d’éventements fantastiques, d’allégories et surtout d’une opposition entre la vie de cour et la vie pastorale. A titre personnel, même si c’est un peu anachronique, j’y vois plutôt une pièce qui annonce la comedy of manners (ou comédie de mœurs) appliquée à une satire de la société de cour et des rivalités et autres complots qui s’y jouent. Cette petite classification peut paraître idiote et artificielle mais cela montre à quel point cette pièce, en apparence simple et qui pourrait être réduite à un pauvre conte de fée (Imogène en Cendrillon dotée d’une méchante marâtre, Posthumus en prince banni, les petits princes enlevés au berceau, etc), est assez complexe pour emprunter de nombreux motifs à des genres  très différents.

Imogène dans la grotte - Gravure de Boydell d'après Richard Westfall (1803)

Imogène dans la grotte – Gravure de Boydell d’après Richard Westfall (1803)

Mais ce qui m’a le plus touchée, c’est le traitement du personnage d’Imogène qui, comme la délicieuse Viola dans La Nuit des Rois, doit se travestir en homme pour quitter la cour et prendre en main son destin. Elle est aidée par l’un des personnages de valets le plus développé que je connaisse chez Shakespeare, capable de désobéir à son maître Posthumus pour le bien d’Imogène. Je ne sais pas si Beaumarchais a lu Cymbeline mais Pisanio m’a beaucoup fait pensé à Figaro pour ses paroles libres et je l’ai aimé presque au même titre. Si Imogène est bien guidée, elle reste un personnage féminin très fort comme souvent chez Shakespeare. Mais, contrairement à une Juliette (qui est pourtant aussi séparée de son bien-aimé), Imogène a beaucoup plus de sang froid, revendiquant son indépendance non seulement envers son père mais aussi et surtout envers Posthumus alors qu’il la croit indigne de sa confiance.

Illustration d'Arthur Rackham des Tales from Shakespeare de Charles Lamb

Illustration d’Arthur Rackham des Tales from Shakespeare de Charles & Mary Lamb

L’épisode du déguisement d’Imogène entraîne l’une de mes scènes préférées : la rencontre avec une famille de marginaux dans les montagnes galloises. Si Bélarius, le seigneur déchu, peut paraître un peu plat, ce sont surtout ses « fils » qui m’ont touchés, à la fois droits, fougueux et drôles (surtout malgré eux : les mots d’amour et les « je vous aime comme une soeur » à leur première rencontre avec Imogène, c’était un peu gros!).  Mais c’est surtout le chant funèbre qu’ils chantent ensemble (dont j’ai cité les premiers vers au début de ce billet) qui m’a toute émotionnée quand Imogène a toutes les apparences de la mort (là encore, toute ressemblance avec Juliette serait purement fortuite…) Si vous voulez apprécier pleinement quoique différemment ce passage, vous pouvez écouter la magnifique interprétation de chant funèbre par l’harpiste Loreena McKennitt qui l’a mis en musique et chanté. C ‘est de toute beauté :

Pour la petite anecdote, selon l’un de ses professeurs, le jeune John Keats aurait versé sa petite larme lors de la scène des adieux entre Imogène et Posthumus, le laissant incapable de continuer sa lecture. Pourtant, cette scène n’a rien de larmoyante. Tout sonne juste, sans pathos surtout l’image qu’Imogène utilise lorsqu’elle enguirlande son valet pour n’avoir pas attendu le départ complet du bateau pour l’Italie alors qu’elle serait restée jusqu’à ce que Posthumus soit plus petit au loin qu’une mouche :

« I would have broke mine eye-strings; crack’d them, but
To look upon him, till the diminution
Of space had pointed him sharp as my needle,
Nay, follow’d him, till he had melted from
The smallness of a gnat to air.

(Acte I, Scène III)

Même si Cymbeline a pour thème principal la jalousie de Posthumus (ce qui ne lui rend pas hommage), c’est surtout son honneur et sa droiture tout en étant  un marginal qui lui donne sa force dramatique. Vous aurez remarqué que j’ai été plus touchée par Imogène que par Posthumus mais pour une analyse plus complète et totalement subjective de ce marginal au grand coeur, Adeline a fait ça très bien ! Ni la jalousie de Posthumus, ni l’innocence d’Imogène se sont stéréotypées dans la mesure où le conflit qui les opposent – se faire confiance malgré l’adversité – participent d’une sorte de parcours initiatique ce qui rejoint l’apparence de conte de fée que peut avoir cette pièce. Mais qui a dit que nous étions trop vieux pour lire des contes de fée ?

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C.S Lewis dans la préface de The Lion, The Witch and the Wardrobe adressée à sa filleule 

J’espère avoir la chance un jour de voir une mise en scène de cette pièce mais, pour l’instant, je bave devant celle de Declan Donnellan non seulement parce que je suis assez emballée par le choix d’avoir fait interpréter par Tom Hiddleston à la fois Posthumus et son rival Cloten, le fils de la reine, mais surtout parce que j’avais eu la chance de voir son Macbeth modernisé au Théâtre des Gémeaux à Sceaux et que c’était une vraie merveille. Heureusement, Arte et Youtube permettent de voir un reportage passionnant (et sous-titré, les enfants !) sur les coulisses de la représentation et l’intérêt (si c’était encore à prouver) de jouer aujourd’hui Shakespeare et Cymbeline !

Josie McNee & Tom Hiddleston in Cymbeline" de Rosie Haghighi

Josie McNee & Tom Hiddleston  dans Cymbeline : une linogravure  de Rosie Haghighi

D’ailleurs, en fouillant pour illustrer mon billet, je suis tombée sur le tumblr, puis la page FB et même le compte twitter de la merveilleuse Rosie Haghighi qui a créé une linogravure dont je suis tombée amoureuse justement inspirée de la mise en scène de Declan Donnellan. Rosie a gentillement accepter que je l’utilise. Courez voir ce qu’elle fait, toutes ses œuvres ont de l’idée et pour avoir un peu échangé avec elle, vu sa gentillesse, Rosie mérite son talent ! Thank you so much for your kindness, Rosie! I can’t wait to see your future well-designed work! 🙂

Poésie de Charlotte, Emily, Anne & Branwell Brontë

29 Sep
Emily Bronte (Isabelle Adjani), Charlotte Bronte (Marie-France Pisier) & Anne Bronte (Isabelle Huppert)

Emily  (Isabelle Adjani), Charlotte (Marie-France Pisier) et Anne Brontë (Isabelle Huppert) dans Les Sœurs Brontë

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

Branwell Brontë (Pascal Greggory)

 

 

 

 

 

 

 

 

« Sweet Love of youth, forgive if I forget thee,

While the world’s tide is bearing me along:

Sterner desires and other hopes beset me,

Hopes which obscure, but cannot do thee wrong! »

 Emily Bronte, « Remembrance »

Charlotte Brontë

Charlotte Brontë

Pour cette nouvelle édition 2013-2014 de mon rendez-vous mensue« Un mois, un extrait » créé il y un an, j’ai eu envie de mettre en avant les premiers amours de ce blog, qui fête déjà sa première année d’activité régulière, tout ça à bon port et avec un équipage et des passagers tous plus fidèles les uns que les autres ! Et comme j’ai déjà beaucoup parlé  des talents narratifs de la famille Brontë, principalement grâce à Charlotte avec Jane Eyre & Le Professeur, j’ai eu envie de vous faire découvrir leurs œuvres plus méconnues, à savoir la poésie de la famille Brontë qui se sont tous les quatre essayés à cet art exigeant et sensible.

Mais avant toute chose…

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».
Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !
« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :
#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 
#6: Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST 
#7: De profundis d’Oscar Wilde
#8: Look Back in Anger de John Osborne 
 
Vous pouvez retrouver l’intégralité des articles et leurs extraits dans la rubrique « Un mois, un extrait » en haut de page.
Si vous voulez participer avec moi à ce rendez-vous de partage ou si  vous avez un conseil de lecture particulier, contactez-moi à l’adresse bottleinasea[at]gmail.com ou à l’aide des commentaires ci-dessous.
Emily Brontë

Emily Brontë

Ma première approche de la poésie des Brontë a été celle d’Emily grâce au petit recueil bilingue Poèmes de la Nrf. Généralement considérée comme la meilleure poétesse de la famille pour sa sensibilité et la maturité de ses thèmes de prédilection. Si j’ai commencé ce billet justement par des vers de son poème « Remembrance » (découvert grâce à la vidéo ci-dessous) c’est que je partage cet avis et l’univers d’Emily très longtemps depuis ma lecture de Wuthering Heights, peut-être le roman qui résume le mieux les aspirations de l’adolescence pour la passion avant de s’assagir un peu ! (ou pas)

Mais si on se souvient plus facilement de la fraîcheur, du poids du désir et de la fascination des landes chez Emily, le poème qui suit montre une facette plus grave, à la recherche d’un repos apaisé pour faire taire sa conscience et ses interrogations. Qu’est-ce qu’une journée bien remplie peut nous apprendre, propice a priori au repos bien mérité ? Et pourtant, qui sème le vent récolte la tempête ! La conscience, la culpabilité ont beaucoup à dire et mentent tout autant ! Seule la mort peut pleinement nous apaiser ou, ici-bas, la tranquillité qu’offre l’heure de minuit suffit-elle tout simplement ?

SELF-INTERROGATION

Emily Brontë

“The evening passes fast away.
’Tis almost time to rest;
What thoughts has left the vanished day,
What feelings in thy breast?

“The vanished day? It leaves a sense
Of labour hardly done;
Of little gained with vast expense—
A sense of grief alone?

“Time stands before the door of Death,
Upbraiding bitterly
And Conscience, with exhaustless breath,
Pours black reproach on me:

“And though I’ve said that Conscience lies
And Time should Fate condemn;
Still, sad Repentance clouds my eyes,
And makes me yield to them!

“Then art thou glad to seek repose?
Art glad to leave the sea,
And anchor all thy weary woes
In calm Eternity?

“Nothing regrets to see thee go—
Not one voice sobs’ farewell;’
And where thy heart has suffered so,
Canst thou desire to dwell?”

“Alas! the countless links are strong
That bind us to our clay;
The loving spirit lingers long,
And would not pass away!

“And rest is sweet, when laurelled fame
Will crown the soldier’s crest;
But a brave heart, with a tarnished name,
Would rather fight than rest.

“Well, thou hast fought for many a year,
Hast fought thy whole life through,
Hast humbled Falsehood, trampled Fear;
What is there left to do?

“’Tis true, this arm has hotly striven,
Has dared what few would dare;
Much have I done, and freely given,
But little learnt to bear!

“Look on the grave where thou must sleep
Thy last, and strongest foe;
It is endurance not to weep,
If that repose seem woe.

“The long war closing in defeat—
Defeat serenely borne,—
Thy midnight rest may still be sweet,
And break in glorious morn!”

Charlotte Brontë

J’ai toujours pensé que Charlotte était la plus stoïcienne de la famille Brontë, à l’image de Jane Eyre, souffrant  parfois mais, avec son bon sens habituel, se ressaisissant toujours avec courage (« bear{ing] a cheerful spirit still ») après être passée par une phase nécessaire de passion intense ou de découragement. J’ai toujours apprécié  ça dans son écriture et chez ses personnages : le retour au bon sens sans forcément dénié que nous sommes des êtres qui souffrent, aiment et ressentent profondément l’absence de l’être aimé sans forcément, tel un Heathcliff péter une durite, exhumer le cadavre de Cathy, hanté par son absence-présence. Malgré un sujet assez sérieux et grave, Charlotte réussie à produire un poème extrêmement lumineux, plein d’espoir. Mes vers préférés restant :

« When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are.

(…)

We can meet again, in thought. »

Et croyez-moi, écouter ce poème sur son mp3 (et particulièrement ces vers), en traversant un pont tout en observant les reflets du Rhône,  ça n’a pas de prix.

« PARTING »

Charlotte Brontë

THERE’S no use in weeping, 
Though we are condemned to part: 
There’s such a thing as keeping 
A remembrance in one’s heart: 

There’s such a thing as dwelling 
On the thought ourselves have nurs’d, 
And with scorn and courage telling 
The world to do its worst. 

We’ll not let its follies grieve us, 
We’ll just take them as they come; 
And then every day will leave us 
A merry laugh for home. 

When we’ve left each friend and brother, 
When we’re parted wide and far, 
We will think of one another, 
As even better than we are. 

Every glorious sight above us, 
Every pleasant sight beneath, 
We’ll connect with those that love us, 
Whom we truly love till death ! 

In the evening, when we’re sitting 
By the fire perchance alone, 
Then shall heart with warm heart meeting, 
Give responsive tone for tone. 

We can burst the bonds which chain us, 
Which cold human hands have wrought, 
And where none shall dare restrain us 
We can meet again, in thought. 

So there’s no use in weeping, 
Bear a cheerful spirit still; 
Never doubt that Fate is keeping 
Future good for present ill ! 

Anne Brontë

Anne Brontë

Anne est clairement la soeur Brontë que je connais le moins, n’ayant pour l’instant lu aucun de ses romans et ce n’est pas faute d’avoir Agnès Grey et The Tenant of Wildfell Hall dans ma PAL. J’espère profiter de 2013-2014 et du Challenge « Les Soeurs Brontë » chez Missycornish pour remédier à cette lacune. Pour compenser, en achetant le volume 1 du CD The Brontes : The Poems en juin dernier, j’ai pu écouter un certain nombre des poèmes d’Anne, au même titre que ceux des trois autres Brontë. Dans mon imaginaire, Anne est pour moi la plus « sage » de ses soeurs, peut-être aussi la plus pieuse, persuadée qu’un roman doit être avant-tout le medium d’une leçon morale. Très terre-à-terre et réaliste, Anne est la gouvernante par excellence, celle qui enseigne sans pouvoir se laisser porter par ses rêves. Et pourtant, l’espace du poème, du moins celui que j’ai choisi, semble plus aérien : on est emporté par la fraîcheur des souvenirs, l’enfance, la pureté et pourtant, ce n’est qu’un état de grâce puisque la souffrance (« grief (although, perchance, their stay be brief) ») perturbe ce moment parfait ce qui n’est pas étonnant puisque les sœurs Brontë ont connu très jeune le deuil, autant de leur mère que de leurs sœurs aînées emportées par la tuberculose. Toutefois, tout comme Charlotte, ces souvenirs heureux et lumineux permettent tout de même d’être rappelés à la vie pour mieux avancer au jour le jour en cas de détresse présente…

MEMORY

Anne Brontë

BRIGHTLY the sun of summer shone
Green fields and waving woods upon,

And soft winds wandered by;
Above, a sky of purest blue,
Around, bright flowers of loveliest hue,
Allured the gazer’s eye.

But what were all these charms to me,
When one sweet breath of memory
Came gently wafting by?
I closed my eyes against the day,
And called my willing soul away,
From earth, and air, and sky;

That I might simply fancy there
One little flower–a primrose fair,
Just opening into sight;
As in the days of infancy,
An opening primrose seemed to me
A source of strange delight.

Sweet Memory! ever smile on me;
Nature’s chief beauties spring from thee;
Oh, still thy tribute bring
Still make the golden crocus shine
Among the flowers the most divine,
The glory of the spring.

Still in the wallflower’s fragrance dwell;
And hover round the slight bluebell,
My childhood’s darling flower.
Smile on the little daisy still,
The buttercup’s bright goblet fill
With all thy former power.

For ever hang thy dreamy spell
Round mountain star and heather bell,
And do not pass away
From sparkling frost, or wreathed snow,
And whisper when the wild winds blow,
Or rippling waters play.

Is childhood, then, so all divine?
Or Memory, is the glory thine,
That haloes thus the past?
Not ALL divine; its pangs of grief
(Although, perchance, their stay be brief)
Are bitter while they last.

Nor is the glory all thine own,
For on our earliest joys alone
That holy light is cast.
With such a ray, no spell of thine
Can make our later pleasures shine,
Though long ago they passed.

branwell (1)

Patrick Branwell Brontë

Quand on aime les écrits des soeurs Brontë, Branwell est presque une légende. Cet Heathcliff, ce Rochester des mauvais jours est aussi un homme à part entière, assez méconnu et pourtant génial : écrivain né depuis le monde imaginaire de Glass Town et d’Angria créé par les enfants Brontë, portraitiste et précepteur. On a tout(e)s en tête le portrait des sœurs Brontë peint par Branwell où il s’est délibérément effacé pour ne pas surchargé le tableau. Cette disparition de la figure du frère est presque symbolique, tellement  il est à la fois toujours dans l’ombre de ses sœurs et omniprésent dans leur oeuvre.  Il faut dire qu’on connait surtout Branwell par le romanesque et la vie mouvementée et brisée qu’il a connu : alcoolique, dépendant au laudanum, atteint de delirium tremens et finalement tuberculeux, Branwell est surtout  un vrai  personnage byronien, amoureux éconduit qui  va se détruire faute de pouvoir avoir pour lui seul celle qu’il aime. (Heathcliff, sors de ce corps.) Qui était-elle ? Mrs Lydia Robinson, née Gisborne, la maîtresse de maison chez qui il a été précepteur. Tout porte à croire que Lydia serait devenue sa maîtresse, et que oh ! surprise, son mari l’aurait découvert, le chassant de céans, non sans une compensation financière donnée en secret par Mrs Robinson avec l’aide d’un domestique.  Branwell aurait espéré qu’une fois l’époux passé de vie à trépas, Lydia aurait pu devenir sa femme légitime mais, pas bête le bougre, Mr Robinson aurait stipulé dans son testament que sa femme n’hériterait de rien si elle n’osait ne serait-ce que penser à finir ses vieux jours au  coté de Patrick Branwell Brontë, son amant. Mort des amants. THE END.

De cette liaison est née le poème qui suit, avec un titre évocateur puisqu’il reprend le nom de jeune fille de Lydia (très évocateur pour les spectatrices de Robin Hood) comme une façon de rendre cette femme toujours libre alors même qu’il la présente presque captive dans sa propre maison et dans son mariage. Il faut savoir qu’elle était littéralement « libre » puisqu’elle aurait eu plusieurs amants (Branwell n’étant ni son premier, ni son dernier). Lydia Robinson est visiblement une figure assez ambiguë mais Branwell en garde forcément un souvenir idéalisé, cristallisé alors qu’elle ne va pas hésiter après  la mort de son mari à se remarier très avantageusement avec un certain Lord Scott (pas lui,  un autre), tout juste veuf de deux mois pour devenir une parfaite mondaine londonienne…. Toutefois, Branwell n’est pas non plus dupe et une certaine amertume traverse la fin du poème, où ses espoirs sont noyés dans la rivière Ouse comme un siècle plus tard ceux de Virginia Woolf…

LYDIA GISBORNE

Patrick Branwell Brontë

On Ouse’s grassy banks – last Whitsuntide,
I sat, with fears and pleasures, in my soul
Commingled, as ‘it roamed without control,’
O’er present hours and through a future wide
Where love, me thought, should keep, my heart beside
Her, whose own prison home I looked upon:
But, as I looked, descended summer’s sun,
And did not its descent my hopes deride?
The sky though blue was soon to change to grey –
I, on that day, next year must own no smile –
And as those waves, to Humber far away,
Were gliding – so, though that hour might beguile
My Hopes, they too, to woe’s far deeper sea,
Rolled past the shores of Joy’s now dim and distant isle. 

J’espère que ce nouveau rendez-vous d’« Un mois, un extrait » après quelques temps d’absence et un peu plus fourni que d’habitude vous aura plu et que ça vous incitera à lire ou écouter la poésie et les romans les moins connus de la famille Brontë.  N’hésitez pas à me suggérer des extraits pour les prochains numéros!

Où écouter les poèmes de la famille Brontë ? 

A part le dernier poème de Branwell, ceux cités (et bien d’autres !) sont facilement écoutables dans le volume 1 et le volume 2 d’un livre-audio regroupant les poèmes des Brontë.

Brontës – The Poems (vol. 1 & 2). Lus par Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf & Jo Wyatt. EUR 7, 99 chacun, téléchargeables en mp3 sur Amazon.

Mais si vous aimez lire surtout de la poésie en recueil (quoi que les deux sont tout-à-fait compatibles !), vous pouvez découvrir les Brontë en piochant dans :

Cahiers de poèmes – Emily Brontë

– Cahiers de poèmes d’Emily Brontë (Points) – EUR 6, 84 (qui vient de rejoindre gentillement mon panier Amazon)

– Le monde du dessous : Poèmes et proses de Gondal et d’Angria de Charlotte Brontë, Anne Brontë, Emily Brontë et Branwell Patrick Brontë (J’ai lu) – EUR 7, 41 (Idem)

Poems of Currer, Ellis & Acton Bell – (Format Kindle, gratuit)

 

 

 

challenge-brontë

Troisième participation au Challenge ‘Les Soeurs Brontë » chez Missycornish

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Première participation au Challenge XIXe siècle chez Netherfield Park

« Fog », tome 1 « Le tumulus » de Roger Seiter et Cyril Bonin

19 Août
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Fog, tome 1 « Le tumulus »

« Et s’il y avait du vrai dans ces histoires de revenants ?!… Vous savez, Sir,  j’ai vu des choses bizarres dans ma carrière… Des maisons dont les murs suintaient du sang ou des objets se déplaçant tout seuls… »      

« Eh bien, les Vikings avaient un sens de l’honneur exacerbé. Et toute atteinte à l’honneur ne pouvait se laver que dans le sang. Mais une telle coutume risquait de déclencher une vendetta généralisée qui pouvait, à long terme, exterminer la nation toute entière. D’où la pratique du bot ! En cas de mort violente, le meurtrier          devait dédommager la famille de la victime pour éviter les représailles. »  

L’intrigue      

1874. Découvrez les impitoyables bas-fonds londoniens, où, aveuglés par le brouillard, prostituées, opiomanes, inspecteurs de police et  étranges inconnus déambulent la nuit, en quête  de plaisir, de sensations fortes, de justice ou de vendetta… Quand Sir Thomas, un archéologue réputé, profane un tumulus, la tombe d’un pillard Viking pour ses recherches et de son frère découverts en parfait état de conservation après 500 ans de trépas, la rumeur court qu’une prophétie aurait prédit le retour du Viking pour se venger de  ses ennemis. D’étranges événements se produisent, des meurtres même. Canular, règlement de compte ou véritable résurrection d’entre les morts ? Deux inspecteurs du Yard mèneront l’enquête. 

Après le graphic novel de Game of thrones, me voilà donc complètement convertie au monde merveilleux des bandes dessinées, bientôt des comics (on m’expliquera la différence un jour). L’autre jour, en allant à la bibliothèque, je me suis retrouvée comme une enfant devant tant de choix mais aussi bien briefée avec quelques pistes conseillées par une amie  (depuis j’ai une BAL – BD à lire –  grande comme Gibert grâce à elle, je peux lui dire encore merci, je suis foutue !). Parmi ses conseils figuraient Fog, ambiance néo-victorienne garantie et quand on connait mon amour pour Michel Faber, mon maître en la matière, et mon goût pour ce mouvement en écrivant  même une nouvelle néo-victorienne, forcément, ça ne pouvait que me plaire. J’ai failli partir avec le tome 2 et même si j’étais bien chargée, j’aurais dû abandonner l’un de mes choix pour la suite de Fog parce que les cliffhangers, merci, bien !

Etant encore amateur en la matière, je ne peux juger objectivement de la qualité du dessin, ‘n’ayant pas assez de points de comparaison, mais ce que je sens, c’est que ce n’st pas une esthétique du beau derrière : de beaux visages, de belles femmes (sauf les prostituées, particulièrement mieux soignées comme dans les romans de Michel Faber, comme quoi!)

Planche Fog

Planche de Fog : scène des prostituées.

donc, sans miser sur un esthétisme prononcé du moins sur les personnages, les costumes, les robes et le décor londonien des quais et des rues est juste sensationnel et c’est forcément essentiel pour l’ambiance victorienne réussie et crédible d’une enquête policière . Après tout, si les personnages sont plus que blanchâtres et difformes, l’effet recherché est surement d’exploiter un monde non idéalisé et édulcoré malgré un arrière fond fantastique assez prononcé.

planche tumulus

L’ouverture du Tumulus

Mais, comme le titre du tome 1 de cette BD l’indique, le coeur de Fog n’est d’ordre esthétique mais culturel, ou  plutôt légendaire, parce qu’on retrouve le goût des Victoriens pour les civilisations perdues ou exotiques comme ici la légende noire des Vikings,ces pillards des mers qui ont particulièrement vandalisés les côtes saxonnes et britanniques. J’avoue que j’ai toujours été fasciné par les drakkars, pour leur savoir-faire malgré la sauvagerie de leurs mœurs et visiblement, c’est justement ce paradoxe qui traverse plutôt la fin de ce tome 1 pour, je l’espère, être plus développée par la suite.  J’ai particulièrement appréciée tous les détails de civilisation qui ont été ajoutés comme des clins d’œil aux plus expérimentés et j’ai appris beaucoup de chose par exemple sur la pratique de vendetta des Vikings qui pas si bêtes, massacraient, pillaient mais laisser une petite dédommagement sonnant et trébuchant pour éviter que la revanche aille à l’infini et fasse couler plus de sang que nécessaire (bref, celui du meurtrier). Si vous avez lu par exemple les nouvelles de Mérimée comme Mateo Falcone jsutement sur la vendetta corse, tout de suite, on voit que ce n’est pas la même culture, plus sanguinaire et faisant de la vendetta comme une seconde nature et on une pratique occasionnelle.

placnhe fog tumulus

Les « guerriers d’Odin »

 

Et, forcément l’identité et le mystère de ces deux cadavres Vikings, miraculeusement revenus à la vie (du moins disparus de la circulationaprès le naufrage qui les emmenaient à Londres pour le British Museum pour enfin réapparaître par soif de sang et de vengeance dans les rues et les docks de Londres et ses docks donnent un petit coté fantastique à ce premier tome assez sympathique  même si, bien sûr, c’est l’enquête policière qui est au coeur du propos. 

Les inspecteurs Julian Harwood & Andrew Molton

Des deux inspecteurs du Yard, j’ai une préférence pour le plus « râté » de la bande : aJulian Harwood, amoureux éconduit, orphelin, souffre douleur et petit blondinet (même si, généralement, je n’aime pas les blonds sauf Jaime Lannister et Lucius Malefoy). Ne vous attendez pas à des Sherlock Holmes et Watson en puissance, ce sont de simples policiers du Yard bien largués par la situation au début, un peu moins par la suite mais qui ne sont pas en sécurité, potentiellement attaquables au sein de leur équipe par les pseudo-Vikings. 

J’espère que le tome 2 sera aussi agréable à lire et qu’on en saura un peu plus sur ces Vikings avant d’être encore plus menés en bateau pour encore trois tomes après le 2e opus. 

Où se procurer Fog (« Le tumulus », tome 1) ?

le-tumulusFog – Tome 1 « Le tumulus » de Roger Seiter et Cyril Bonin

Casterman – 64 pages.

EUR 10, 40

 

 

 

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Lu das le cadre du challenge « Thrillers & Polars » organisé par Liliba.

2/8

 

Lu dans le cadre du challenge « British Mysteries » chez Lou et Hilde; Rendez-vous mensuel, ce mois-ci spécial BD.

3/6

« None but You » / « For you Alone » de Susan Kaye

6 Août
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La lettre du capitaine Wentworth joliment customisée

« God, Anne, what have I done to us ? » (Susan Kaye, None but You)

En tant que Janéite, je n’ai lu que très peu d’austeneries, c’est-à-dire des romans dérivés de l’oeuvre de Jane Austen mis à part Moi et Jane Austen d’Emma Campbell-Wester où, selon un système de points ludiques, le lecteur devient une héroïne de Jane Austen et, à la fin, l’un ou l’autre des héros lui est attribué comme potentiel mari. Bien sûr, il a fallu que je tombe sur Mr Wickham au lieu du Capitaine Wentworth, d’où peut-être la déception qu’a été pour moi cette austenierie en tant que première approche.

Anne Elliot (Sally Hakins) et Frederick Wentworth (Rupert Penry-Jones) dans Persuasion (2007)

Fort heureusement, ma deuxième expérience a été un vrai plaisir de lecture grâce à la mise en valeur par Susan Kaye dans Frederick Wentworth, Captain du dernier roman de Jane Austen, Persuasion, L’idée de départ m’a séduite : raconter l’intrigue de Persuasion  tout en restant fidèle au caractère unique des personnages non plus du point de vue de la douce Anne Elliot, pleine de culpabilité et de regrets, mais selon Frederick Wentworth, aveuglé par le ressentiment et une bonne dose d’orgueil. Susan Kaye n’a pas seulement renversé la focalisation, elle l’a enrichie en donnant à Frederick un passé et un futur au-delà de ce qui est strictement raconté dans le roman en étoffant certaines informations et en comblant certains vides.

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Frederick Wentworth, Captain, I : « None but You »

Après ma relecture de Persuasion, c’est toujours difficile de se défaire de l’univers de son roman préféré et grâce au roman de Susan Kaye en double volume, j’ai pu dignement lui dire au revoir et explorer et réfléchir sur la valeur d’une réécriture pour un classique. L’inventivité de Susan Kaye m’a parue évidente dès la lecture des titres de ses deux volumes, None but You et For you Alone, directement inspirés de la lettre écrite par Frederick à la fin du roman et qui révèle ses vrais sentiments. C’est une scansion intéressante parce qu’elle décrit bien l’évolution du personnage  au début tourné vers le passé et des sentiments négatifs pour enfin être tourné vers l’avenir, acceptant enfin l’évidence du lien unique qui les unie en choisissant de lui pardonner. Voici la lettre en entier :

I can listen no longer in silence. I must speak to you by such means as are within my reach. You pierce my soul. I am half agony, half hope. Tell me not that I am too late, that such precious feelings are gone for ever. I offer myself to you again with a heart even more your own than when you almost broke it, eight years and a half ago. Dare not say that man forgets sooner than woman, that his love has an earlier death. I have loved none but you. Unjust I may have been, weak and resentful I have been, but never inconstant. You alone have brought me to Bath. For you alone, I think and plan. Have you not seen this? Can you fail to have understood my wishes? I had not waited even these ten days, could I have read your feelings, as I think you must have penetrated mine. I can hardly write. I am every instant hearing something which overpowers me. You sink your voice, but I can distinguish the tones of that voice when they would be lost on others. Too good, too excellent creature! You do us justice, indeed. You do believe that there is true attachment and constancy among men. Believe it to be most fervent, most undeviating, in

F. W.

I must go, uncertain of my fate; but I shall return hither, or follow your party, as soon as possible. A word, a look, will be enough to decide whether I enter your father’s house this evening or never.

Frederick Wentworth, Captain, II : Fory You Alone

Frederick Wentworth, Captain, II : For You Alone

Si None but you décrit le chemin intérieur que Frederick a dû traverser pour arrêter de nier ses sentiments, incapable de trouver par élimination l’égale d’Anne, For you Alone s’intéresse à l’avenir de Frederick, à ses projets en vue de reconquérir Anne contre un certain nombre de rivaux et d’obstacles, dont le premier reste lui-même. Ainsi, on alterne entre son passé et son avenir tout en s’intéressant au présent de la narration, en l’occurrence le déroulement de l’intrigue initiale du roman. J’ai énormément aimé le traitement du passé du capitaine Wenworth, non seulement sa rencontre avec Anne à l’été de l’an 06 mais aussi l’histoire de sa famille et le rôle de son frère dans son éducation.

Contrairement au roman où le passé du couple est raconté dès le début, Susan Kaye a choisi d’éparpiller toutes ces croustillantes révélations tout au long des deux romans grâce à des flash-back ou même des rêveries éveillées. Choisir de ne pas présenter les événements de façon chronologique rend moins artificielle leur relation, plus passionnée aussi ! Dans les romans de Susan Kaye, Frederick a un coté moins froid et moins digne pour révéler une nature plus tourmentée, presque hanté par ses souvenirs idéalisés de l’été de leur rencontre. L’image qu’il a d’Anne est saturée de lumière, d’émotions aussi. Leur relation parait plus charnelle et sensuelle ce qui rend d’autant plus amère la perte de leur intimité. Il est beaucoup question de désir et du toucher : tenir Anne dans ses bras au bal, leur seul baiser échangé, effleurer sa nuque en désertant les mains du petit Walter sur le dos d’Anne ou encore, à leur retour de Lyme après l’accident où Anne se retrouve dans ses bras après avoir failli tomber quand la chaise de poste a évité un obstacle. Çà rend leur relation plus moderne, plus réaliste aussi. Elle a un je ne sais quoi en plus par rapport au roman tout en lui restant fidèle.

Anne Eliot (Sally Hawkins) et Frederick Wentworth (Rupert Penry-Jones)

Susan Kaye n’a pas seulement étoffé leur relation, elle a aussi ajouté ses propres personnages : le jeune George, le protégé candide de Frederick qui l’accompagne chez son frère, la jeune épouse d’Edward Wentworth pour qui j’ai eu beaucoup de tendresse, Gilmore Craig, un ami marin lui aussi amoureux d’une certaine Anne (à croire que ce prénom le poursuit) ou encore un ami amiral, compagnon plus qu’haut en couleur à Bath. Le premier roman commence peu après la mort de Fanny Harville et l’annonce de la nouvelle au capitaine Benwick est le premier tourment que connait Frederick depuis la fin de la guerre. Le capitaine Harville le choisit parce qu’il n’aurait pas soit-disant connu l’amour, preuve que le capitaine Wentworth ne se serait pas confié à son meilleur ami. Ça correspond au goût du secret de Frederick, et même si le roman initial reste muet sur le sujet, je préfère l’interprétation de l’adaptation de 2007 qui laisse entendre qu’Harville est dans le secret. Après tout, ce personnage joue un grand rôle dans leur réconciliation, j’aime l’idée qu’il soit plus étoffé.

Anne Elot (Sally Hawkins) & le capitaine  Harville (Josepf Mawle)

Anne Eliot (Sally Hawkins) & le capitaine Harville (Josepf Mawle)

Plusieurs scènes ajoutées restent mes préférées : tout le temps passé chez son frère dans le Shropshire où Edward lui raconte la rencontre avec sa future femme et l’évolution de ses sentiments et la jalousie honteuse de Frederick face au bonheur de son frère aîné sans parler de leur définition de l’amour :

« – As I looked at her, I realized we were becoming part of one other. It was like…

– … seeing your own reflection looking back at you in the mirror. It is not your face, not even your sexe. But it is you. »

J’ai particulièrement aimé le traitement du retour à Uppercross et particulièrement ce moment splendide du départ de Frederick où une servante lui remet un paquet de provisions et une couverture pour le voyage préparé par Anne elle-même. Le soin avec lequel Wentworth traite cette couverture pour le cheval en l’emmenant partout avec lui par la suite est juste touchant !

Mais le meilleur passage revient surement à une conversation entre lui et Gilmore Craig à Plymouth sur les femmes. Gil le perce à jour en devinant son passé amoureux qui le pousse à être si indifférent à la gente féminine. C’est un passage d’autant plus intéressant que, dès le début, Frederick n’arrive pas à se libérer de l’emprise d’Anne sur lui, tout en niant avoir encore des sentiments pour elle. Quelque part quelque chose le retient à refaire sa vie, peut-être l’espoir, chose impossible si la femme qu’il aimait avait été morte :

« I have come to the conclusion that truly, in your heart, you are a Romantic (…) one who believes there can be true and equal love between men and women. (…) I think you will not settle for a sham marriage of convenience, or even companionship, because you know there is something far superior. I believe you have been deeply and completely in love. (…) You are the sort of man who would move heaven and earth to make her your wifeif she were obtainable. »

S’il y avait une réécriture à lire de Persuasion, ça serait celle de Susan Kaye ! Je ne connais personne d’autre pour donner autant de plaisirs avec ces personnages, à part Jane Austen.

Où se procurer None but You & For you Alone de Susan Kaye ?

Série Frederick Wentworth, Captain de Susan Kaye

  1. Tome 1 : None but You – Wytherngate Press, 252p, EUR 6, 62 (Kindle) ; EUR 10, 94 (Format papier)
  2. Tome 2 : For you Alone – Wytherngate Press, 228p, EUR 6, 62 (Kindle) ; EUR 11, 11 (Format papier)
  3. Tome 3 : A word, a look – Wytherngate Press, à paraître.
  4. A Plan of his Own Making de Susan Kaye, une nouvelle réécriture de Persuasion, à paraître. Chapitres 1-8 en ligne sur son site

« Persuasion » (ITV, 2007) d’après Jane Austen

24 Juil
lyme

La Grande Jetée de Lyme.

« She understood him. He could not forgive her, but he could not be unfeeling. Though condemning her for the past, and considering it with high and unjest resentment, though perfectly careless of her, and though becoming attached to another, still he could not see her suffer, without the desire of giving her relief. It was a remainder of former sentiment; it was an impuse of pure, though unacknowledged friendship; it was a proof of his own warm and amiable heart, which she could not contemplate without emotions so compounded of pleasure and pain, that she knew not which prevailed.

Persuasion (ITV, 2007), d’après le roman de Jane Austen. Avec SallyHawkins (Anne Elliot), Rupert Penry-Jones (Capt. Frederick Wentworth), Alice Kurge (Lady Russell), Anthony Head (Sir Walter Elliot), Amanda Hale (Mary Musgrove) et Tobias Menzies (William Elliot).

Toutes les Janéites sont au courant, comme chaque été, Arte se met à l’heure austenienne avec un cycle spécialement dédié à Jane Austen jusqu’au 8 août. Rendez-vous jeudi pour Northanger Abbey ! Le 17 juillet, les festivités ont commencé avec l’adaptation 2007 de Persuasion, mon roman austenien préféré. Vous vous imaginez bien que j’étais sagement devant mon écran et que j’ai profité du replay sur Arte+7 pour revoir quelques fois cette mini-série cette semaine.

Après Jane Eyre l’été dernier, il semble que cette période soit parfaite pour relire mes romans préférés ; donc, le soir même de la diffusion de l’adaptation, je n’ai pas pu mieux finir ma soirée en commençant à relire Persuasion et j’y ai pris un plaisir immense ! Ça a été comme retrouver de vieilles connaissances, quittées dans les meilleurs termes, et les redécouvrir encore mieux que la première fois ! Forcément, j’avais en tête l’adaptation et son casting pour le moins excellent, surtout concernant le Capitaine Wentworth sous les traits de Rupert Penry-Jones qui déclasse, à mes yeux, Mr Darcy himself, c’est dire !

Capt. Frederick Wentworth (Rupert Penry-Jones)

J’attendais l’interprétation de Rupert avec une double attente. D’abord, j’avais été assez déçu sur ce point de l’adaptation de 1995, qui bien que fidèle et de qualité, avait choisi un acteur bien trop vieux pour interpréter ce très séduisant eligible bachelor d’autant plus que cette adaptation a plutôt mal vieillie.

 

 

Matthew MacFadyen (Tom Quinn) & Rupert Penry-Jones (Adam Carter) dans Spooks

Ensuite, je suis depuis quelques temps Rupert dans la série Spooks depuis la saison 3 jusqu’à la saison 6 que je regarde actuellement et je dois dire que, m’étant beaucoup attaché à son personnage d’Adam Carter, à ses « démons » et à sa personnalité, j’étais d’autant plus impatiente de le voir interprété ni plus ni moins que mon idéal masculin parmi les personnages de Jane Austen.

Anne Eliot (Sally Hawkins) et Frederick Wentworth (Rupert Penry-Jones)

Lady Russell (Alice Krige)

Lady Russell (Alice Krige)

Ce que j’ai particulièrement aimé retrouvé dans cette adaptation, c’est la complexité et la douce évolution de la relation entre l’héroïne et le capitaine Wentworth, tout ça joué avec beaucoup de justesse. Persuasion est l’un de mes romans préférés non seulement parce qu’il développe une interrogation sur la prudence, la persuasion et le rôle des conseils dans nos choix de vie, surtout sentimentaux comme lorsque Anne, âgée d’à peine 19 ans décide de rompre son engagement avec Frederick sous les conseils de son amie et marraine  Lady Russell compte tenu des risques d’une union avec un jeune officier de marine, sans fortune et sans relations au beau milieu d’une guerre à l’issue incertaine. Mais Persuasion, c’est aussi une belle méditation sur le temps, la constance et la force des sentiments face à la séparation et face aux épreuves. Si souvent, les personnages de Jane Austen sont éprouvés et toujours perfectibles en apprenant quelques leçons qui corrigent leur tempérament, son dernier roman non seulement transfigure Anne mais aussi et surtout le capitaine Wentworth.

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Anne Elliot (Sally Hawkins)

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Jolis marques-pages, n’est-ce pas ?

C’est peut-être moins sensible dans l’adaptation que dans le roman, mais ce qu’apprend peut-être le plus Anne, c’est la confiance en soi et la confiance en son jugement. Elle ressent les gens, elle est tout de suite frappée par la complaisance de son cousin Mr Elliott, trop plaisant avec tout le monde, toujours en représentation contrairement au caractère très franc et loyal du capitaine. Et pourtant, elle est sensible à la persuasion car elle est toujours ouverte au jugement des autres. C’est un personnage avec une grande écoute : dans le roman, elle joue les confidentes pour chaque personne, comme un médiateur pour apaiser tel ou tel conflit. Mais ce qu’apprend Anne, c’est l’indépendance et le courage de la vérité, de l’avoir en soi. Quand elle se rend compte que lady Russell est aveuglée par les faux-semblants, c’est à ce moment qu’elle décide de prendre sa vie en main à force de patience. Se détacher autant de cette figure maternelle qu’est Lady Russell, c’est sa façon de devenir adulte pour la première fois à 27 ans et de se laisser aller, de s’ouvrir totalement à la passion au lieu d’écouter la voix de la prudence.

« She had been forced into prudence in her youth, she learned romance as she grew older: the natural sequel of an unnatural beginning. »

Wentworth en cavalier noir

Quant au capitaine Wentworth, son plus grand tort a été d’écouter avec beaucoup trop de sérieux son orgueil qui l’aveugle au point de détruire ses chances de bonheur faute d’essayer de comprendre les raisons d’Anne de l’avoir repoussé. Il prend ça comme une offense personnelle alors qu’il n’est pas lui-même blâmable. Le temps joue contre eux, les circonstances (la guerre, une carrière à peine entamée) et non leur caractère ou leurs personnes. Le gâchis est d’autant plus grand qu’ils sont parfaitement assortis et complémentaires :

« There could have been no two hearts so open, no tastes so simliar, no feelings so in unison, no countenances so beloved. Now they were as strangers; nay, worse than strangers, for they could never become aquainted. It was a perpetual estrangement.

Frederick Wentworth à Lyme

Ce qui les éloignent, ce n’est pas tant la faiblesse de caractère de la demoiselle ou l’assurance du marin, c’est de n’avoir pas eu confiance l’un l’autre et une fois retrouvés, d’avoir feint l’indifférence, c’est-à-dire d’avoir accepté les règles de bonne société qui veulent garder qu’on garde un minimum de contenance, qu’on ne se dévoile pas. personne ne soupçonne leur passé mutuel, leur ancienne complicité, et c’est parce qu’ils feignent d’être de parfaits étrangers, de ne pas se connaitre qu’ils deviennent vraiment étrangers l’un à l’autre, capables de se comprendre mais seulement en silence.

Frederick Wentworth après l’accident de Louisa à Lyme

Ce n’est qu’après l’accident de Louisa à Lyme que les masques commencent à baisser. J’aime ce moment dans l’adaptation où, après le drame, quand Anne prend tout de suite l’initiative des secours, c’est la première fois que le capitaine Wentworth la regarde vraiment à sa juste valeur. Pas comme une petite chose faible mais comme une femme au caractère déterminé mais aussi ouvert. Il y a comme une scène de reconnaissance derrière où leur main l’une sur l’autre sur la blessure de la jeune fille, ils se trouvent enfin.

Anne et Frederick à Milson Street

Une telle complicité se retrouve dans l’une de mes scènes favorites quand Anne retrouve Frederick à Bath quand il se réfugie de la pluie dans une confiserie. Dans le roman, Jane Austen aime jouer sur le schéma du lieu public et du lieu intime et là, malgré qu’ils soient dans un lieu avec une certaine affluence, il s’agit d’un des rares dialogues en tête à tête qu’ils échangent, en toute confidence. Leur intimité, leur complicité est possible même en société et c’est par allusions, par des regards éloquents, par des rires échangés qu’ils retrouvent la tendresse perdue du passé. Ce moment privilégie est d’autant plus important qu’il est brisé à peine entamé par l’arrivée de Mr Elliot qui rompt le charme et laisse place à la jalousie du capitaine.

L’un des passages qui m’a le plus marqué à ma première lecture, et que j’ai retrouvé avec délice dans l’adaptation, c’est la scène du concert où la jalousie du capitaine Wentworth est à son summum devant la sollicitude remarquée du cousin Elliot, Si la conversation entre Anne et Frederick est très courte dans la série, elle est d’autant plus mise à profit dans la scène précédente dans la boutique qui reprend une partie de leur dialogue. Pourtant, c’est une scène d’une grande tension, beaucoup moins porteuse d’espoir que la première où leur tête à tête est sans cesse interrompu par le jeu social jusqu’au moment où Frederick répond à l’impulsion du moment (un peu stupide) en quittant les lieux, fou de jalousie et de rage. Là encore, Rupert Penry-Jones s’est surpassé et rien que son regard exprime plus d’émotions que n’importe quel discours.

Capt. Wentworth (Rupert Penry-Jones)

Malheureusement, la scène cruciale est légèrement gâchée par rapport au roman, beaucoup plus retenue et pourtant avec une grande charme d’émotions. J’ai été ravie de retrouver une scène supprimée de la version définitive de Persuasion après les rares révisions de Jane Austen : on y voit une entrevue entre les deux personnages principaux où là encore, les regards sont éloquents. Le capitaine vient s’enquérir au nom de son beau-frère de la véracité de la rumeur selon laquelle Anne et son cousin seraient fiancés et elle lui assure qu’ils ont été « utterly misinformed ». Malheureusement, cette scène pleine de délicatesse, est suivie par une bonne couche de mélodrame qui déconstruit totalement la scène mythique où Frederick Wentworth se déclare enfin, en écrivant à la hâte une lettre en écoutant d’une oreille une conversation entre Anne et son meilleur ami Harry Harville sur la constance de l’amour des femmes comparé à celui des hommes. C’est vraiment dommage car le rôle d’Harville dans la déclaration des sentiments du capitaine est pour le moins crucial et c’est un personnage beaucoup moins faire-valoir que l’adaptation tend à le montrer en étant seulement le messager porteur de la lettre. C’est en poussant Anne à dévoiler son jugement personnel sur une question qui touche son passé commun avec Frederick et qui le fait espérer que ses sentiments ne sont pas perdus à jamais qui incite Frederick à se dévoiler.

Capt. Harville & Capt. Wentworth

Là où, dans le roman, on assiste à un morceau d’intelligence, de romanesque et de sensibilité, l’adaptation gâche toute l’élégance et l’esprit de la démarche de Jane Austen en faisant de la lecture de la lettre un simple pretexte à l’étalage d’émotions et de drame. L’adaptation semble courir contre le temps, à l’image d’Anne qui court comme une dératée dans tout Bath pour retrouver ce cher Wentworth, trop pressée d’en finir avec une scène pourtant délicate à jouer, Heureusement, la fin prend le temps de soigner le finale avec un baiser presque au ralenti (qu’on aimerait bien un peu plus fougueux) et surtout une jolie scène, pourtant totalement fictive, où le couple danse dans l’herbe devant Kellynch. J’ai toujours eu un faible pour les scène de bal ou de danse et donc, même si ça n’a rien de fidèle et que ça donne une fausse idée de happy ending, la fin me semble plus soignée que la scène de la déclaration ne semblait l’annoncer.

Comment refuser une danse avec Rupert Penry-Jones ? O:)

Maintenant, malgré cette scène heureuse, c’est justement la fin douce amère de Persuasion qui m’a toujours plu : même avec deux personnages qui ont beaucoup soufferts à cause de l’autre mais surtout à cause d’eux-même, on s’attendrait en bon retour des choses qu’ils l’aient, leur happy ending ! Et, pourtant, la narratrice n’hésite pas à rappeler que la vie de marin et de femme de marin est toujours soumise aux risques, à la séparation et à l’inquiétude dans une institution comme la Marine aussi cruciale pour son pays, comme un dernier hommage avant de laisser le couple à leur propre sort. Je ne crois pas que, contrairement à Orgueil & Préjugés, certaines Janéites aient pensé à écrire une suite à Persuasion mais je crois que ça serait vraiment cruel de ne pas offrir à ces personnages un répit bien mérité. Voilà pourquoi la fin de l’adaptation de 2007 me ravie autant, d’autant plus qu’elle n’est pas niaise et kitsch. Qu’on laisse Anne Elliot et le capitaine Wentworth garder leur sourire !

Anne Elliot (Sally Hawkins)

Seul bémol, en pur fangirling, pourquoi diable n’avoir pas comme dans l’adaptation de 1995 avoir montré au moins une fois le capitaine Wentworth en uniforme ? Qu’est-ce qu’un period drama austenien sans au moins une fois un uniforme de la Marine pour émerveiller plus d’une jeune fille en âge de se marier ? Et, en plus de ça, Rupert le porte si bien !

Rupert Penry-Jones dans Treasure Island

Où se procurer Persuasion (ITV, 2007) ?

persuasionPersuasion (DVD) est disponible moyennant EUR 14, 99 (VF incluse)

Vous avez encore un jour pour revoir en replay en VF ou VOSTFR sur Arte l’adaptation de Persuasion.

Si ce n’est pas encore fait, le roman de Jane Austen vaut EUR 6, 27.

 

 

J’ai repéré sur le net une playlist assez sympathique inspirée de cette adaptation qui pourrait, qui sait, vous accompagner dans votre lecture si vous n’avez pas encore lu Persuasion.

 

« Une folie meurtrière » de P.D James

20 Juil

P.D.-James-A-Mind-to-Murder

« C’était un de ces moments inexplicables où l’on se retrouve soudain complètement seul au milieu d’une foule, où le bruit est comme assourdi, où les corps trop serrés semblent s’écarter, devenir lointains et mystérieux, comme des acteurs sur une scène éloignée. »

P.D James, Une folie meurtrière (A Mind to Murder), 1963.

 

 

L’intrigue

La clinique londonienne Steen de psychothérapie trie ses patients sur le volet, n’y entre pas le premier fou venu ! Pourtant, c’est cet établissement chic qui va défrayer la chronique après le meurtre de sa secrétaire administrative, Enid Bolam, détestée de tous, patients et collègues inclus, mais qui aurait-pu passer à l’acte, un vendredi soir dans la salle des archives au sous-sol ? Pour quel mobile ? Qu »est-ce que Mrs Bolam aurait-elle découvert qui pourrait ébranler toute la clinique au point de lui imposer un silence éternel, une paire de ciseaux dans le coeur et un fétiche sculpté serré comme un nourrisson ? C’est le charismatique et taciturne commissaire Adam Dalgliesh qui va devoir résoudre cette enquête où tous semblent innocents ou tous coupables…

Voilà une lecture que j’ai commencé à la fin du mois anglais et que j’ai laissé traîné, pas parce que ce roman est mauvais, mais plutôt à cause du contraire. J’ai d’emblée été marqué par l’habilité de P.D James à mettre en place son intrigue, à brouiller les pistes, avec très peu d’éléments. Confrontée à autant de facilités, j’ai voulu surement prolongé le plaisir pour retarder le dénouement final.

P.D James

P.D James

Je n’ai découvert P.D James que très récemment, il y a un an, grâce à son roman dérivé de Pride and Prejudice, Meurtre à Pemberley qui attend d’être lu, sagement dans ma PAL. Toutefois, j’ai préféré découvrir cet auteur par un polar original, ancré dans son propre univers et non dérivé de l’univers d’une autre auteur, aussi géniale soit elle. J’ai encore beaucoup à apprendre de ce genre, mais Une folie meurtrière est l’un des meilleurs polars que j’ai lu, bien qu’il ne dépassera jamais dans mon coeur Le grand sommeil de Raymond Chandler.

Adam Dalgliesh (Martin Shaw)

Adam Dalgliesh (Martin Shaw)

J’ai découvert en préparant ce billet qu’Une folie meurtrière était la deuxième enquête du commissaire Dalgliesh, un personnage très récurrent dans une série de polars de P.D James et c’est une très bonne nouvelle, m’étant très attachée au caractère taciturne et à la perspicacité de cet inspecteur de Scotland Yard à l’âme plutôt torturé. Contrairement à Philip Marlowe, plus « vulgaire », Adam Dalgliesh fait partie de ces gentlemen detective par sa conduite presque décalée par rapport à l’époque (les années 60) mais aussi par sa personnalité et ses occupations. Le deuxième chapitre d’Une folie meurtrière nous plonge après la découverte du cadavre dans une sauterie organisée par la maison d’édition de Dalgliesh pour le deuxième tirage de son recueil de poésie. La fête et le rencard de Dalgliesh vont être rapidement avortés, appelé par le devoir de se rendre sur les lieux…

Si Une folie meurtrière est imprégnée des traditions policières, à l’époque où se situe l’intrigue, les méthodes policières et les idées toutes faites sur les enquêtes policières propagées par la culture, le genre est mis en abyme plusieurs fois pour décrire par exemple le comportement convenu des personnel présent sur le lieu du crime :

« Ils ont lu tous les meilleurs romans policiers. Personne n’a touché le corps, ils ne laissent entrer ni sortir personne et ils se sont tous réunis dans une seule pièce pour pouvoir se surveiller mutuellement. Vous feriez bien de vous dépêcher  Adam, ou ils résoudront le crime avant votre arrivée. »

Très vite, on assiste à un huit-clos la nuit du crime une fois les entrées et les sorties interdites, où chaque membre du personnel devient suspect, chacun s’épie, essaie sa petite théorie et cache des secrets qui pourraient ou pas avoir un lien avec l’enquête. Le long passage de l’interrogatoire est très crucial forcément, et fait lui-même partie du rituel attendu dans une enquête policière. Personnellement, ça a été le moment où j’ai le plus possible remuer mes méninges pour relever quelques indices, quels mensonges, quelques alibis ou mobiles mais c’est aussi à ce moment-là qu’on découvre en surface les principaux personnages ou plutôt les suspects.

La scène de l’interrogatoire dans Basic Instincts

Les premières pages du roman donnent tout de suite une mse en situation et se focalise sur un personnage en particulier, le Docteur Steiner qui somnole pendant la séance d’analyse d’un de ses patients. D’emblée, on sent beaucoup de tensions dans cette clinique de psychothérapie, particulièrement entre Steiner et la victime Mrs Bolam, pas forcément contenue ce qui dirige subrepticement le mobile du coté de rivalités ou de contentieux personnels, voire passionnels. Pourtant, très vite, la vie privée de Mrs Bolam apparaît plus plate que jamais : une simple dévote, célibataire, maniaque du rangement au vu de son appartement digne des maisons-témoins avec pour seule occupation un poste de cheftaine chez les scouts.

afrique-congo-brazza-bembe-fetiche-bois-afcongob154- 23Mais, Mrs Bolam, par dessus tout, est une femme riche et la place de l »argent va être au centre de l’enquête. Là encore, rien de très révolutionnaire dans ce polar, et pourtant, c’est la grande simplicité de l’intrigue qui est l’une des grandes qualités d’un roman comme Une folie meurtrière. Tous les lecteurs de polars ont une imagination débordante, tous les scénarios semblent possibles alors quand on est confronté à trop de simplicités, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer des difficultés supplémentaires inutiles pour pimenter l’enquête. L’une des armes du crime est particulièrement porteuse : quel rôle a joué le fétiche de bois sculpté par un schizophrène, retrouvé niché dans les bras de la victime ? Quand on découvre que son propriétaire a un alibi, l’imagination ne peut que fuser. Vraie piste ou fausse piste, à vous de le découvrir !

Pourtant, derrière les histoires d’héritage, de liaisons entre médecins ou même du vol d’une modeste donation une semaine avant les faits, tant que le commissaire et le lecteur est dans le noir complet, autant de simplicité ne saute pas aux yeux directement ce qui renforce le suspens. Une fois sorti du schéma en huit-clos, on retrouve chaque protagoniste chez lui, dans l’intimité, sans qu’aucun suspect ne se trahisse. Si les ficelles simples de l’intrigue ne gène pas le plaisir de la lecture pendant une bonne partie du roman, le dénouement et la transition vers la chute finale nous les révèlent en pleine figure. Même Dalgliesh s’en rend compte une fois le crime résolu : tout était trop facile et aurait pu être réglé bien plus tôt en suivant quelques instincts. Si aux yeux de tous, l’enquête est un succès, pour lui, en expert, elle a un arrière-goût d’échec. Et le lecteur et Dalgliesh ne peuvent être que d’accord : même si Une folie meurtrière demeure une bonne lecture, parfaite pour se détendre avant ou après s’attaquer à de la littérature beaucoup plus indigeste, la chute tombe un peu à plat . Au lieu de jouer les lecteurs attentifs et les inspecteurs en herbe, on est rapidement relégué à la passivité, recevant les informations, les faits et le mobile sans réel entrain.

A force de compter sur la simplicité, le lecteur finit par s’ennuyer un peu. J’aurais aimé qu’un mystère plane, que quelque chose échappe à l’enquête au lieu de sceller le dossier comme des pros, sans quelque bavure. Même pour l’assassin, même en anticipant ses intentions au moment où on le suit dans son intimité, rien ne sort de son profil, de ses motivations que de vulgaires intérêts. Si ce meurtre est si bien pensé, calculé à l’image du geste presque chirurgical qui a tué Mrs Bolam, une paire de ciseaux en plein coeur,aucune place n’est laissée à la presque dissection de son cerveau de meurtrier. En situant un meurtre dans une clinique psycho thérapeutique, on s’attendrait à plus de psychologie, même à un travail de profileur. Et si le cerveau de l’affaire est vraiment tordu, on ne laisse pas vraiment au lecteur le temps de le découvrir.

« – A quel génie pardonnerait-on un crime comme celui de *** ? Michel-Ange ? Velázquez ? Rembrandt ? 

– Bah, fit son chef avec aisance, si nous devions nous poser cette question, nous ne serions pas policiers. »

Mais peut-être que ce n’est pas le propre des polars de discuter du cerveau ou de la psychologie des meurtriers. peut-êtr que c’est au lecteur de jouer les enquêteurs et les analystes.

Comment se procurer Une folie meurtrière ?

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Une folie meurtrière de P.D James

Le livre de poche – 315p.

EUR 5, 80

 

(VO : A Mind to Murder)

 

 

 

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1e contribution au challenge « Thrillers & Polars » organisé par Liliba.

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2e contribution au challenge British Mysteries chez Lou et Hilde

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Mes Lectures Communes

13 Juil

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Depuis le début du mois, je me suis un peu lâchée avec les challenges. Il faut dire que la tentation était trop grande et j’ai même organisée mon propre challenge sur la Littérature et la culture du Commonweath. Vous êtes d’ailleurs vivement encouragé(e)s d’y participer si vous voulez découvrir la littérature anglophone différemment grâce à un petit Tour du monde. Vous pouvez même nous rejoindre dans le groupe FB du challenge « Littérature du Commonwealth ».

Mais après avoir cédé à autant de challenges, il me fallait bien affronter les conséquences. Voilà pourquoi je me suis engagée dans beaucoup de LC pour me motiver, particulièrement en octobre pour le mois américain chez Noctembule. Voilà pourquoi j’ai eu envie d’organiser d’autres LC, et si mes prochaines lectures programmées coïncident avec vos envies ou votre PAL, n’hésitez pas à me rejoindre ! J’aime beaucoup ces moments de partages et ce genre de lectures communes est toujours l’occasion parfaite.

Le Pavé de l’été

Chez Brize

[Lire minimum un pavé d’au moins 600 pages]

 

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Villette de Charlotte Brontë

– Sépulcre de Kate Mosse

– Le Clan des Otori, Le Fil du Destin de Lian Hearn

– Le temps où nous chantions de Richard Powers

– Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski

 

Challenge « Littérature du Commonweath »

Chez La Bouteille à la Mer

[12 pays du Commonwealth retenus, 12 LC chaque mois mettant à l’honneur un pays]

Juillet (Nouvelle-Zélande)

– The Whale Rider de Witi Ihimaera avec Laura

– Visages noyés de Janet Frame avec Alexandra

Les âmes brisées d’Alan Duff avec Alexandra

Août (Australie)

– Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough (Australie) avec Alexandra

– Les affligés de Christ Womersley avec Valérie, Alexandra et Laura

Septembre (Québec)

– Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel (Québec) avec Laura, Cryssilda, Yueyin et  Alexandra

Octobre (Irlande)

– Dubliners de James Joyce (Irlande) avec Laura, Valérie et Alexandra

Novembre (Inde)

– A Passage to India d’E.M Forster avec Laura

Décembre (Afrique du Sud)

– Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela avec Laura

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Janvier (Chypre) 

– Citrons acides de Laurence Durrell avec Laura

Février (Canada)

– Captive de Margaret Atwood avec Laura


Mars (UK et Pays extérieurs au Commonwealth)

–  Kim de Rudyard Kipling avec Laura et Alexandra

– Le pays oublié du temps de Xavier-Marie Bonnot avec Valérie

Avril (Rwanda)

– Un livre sur le génocide rwandais (Rwanda)

– Une saison de machettes de Jean Hatzfeld avec Valérie, Laura et Alexandra

Mai (Malte)

– Malta Haninai de Daniel Rondeau avec Laura

Juin (Papouasie)

– The Crocodile de Vincent Eri avec Laura

 

Le mois québécois (Septembre)

Chez Karine & Yueyin

[Lire tout le mois de septembre autant d’auteurs québécois que possible]

Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel avec Cryssilda, Yueyin et Alexandra

 

Le mois américain (Octobre)

Chez Noctembule

[Lire tout le mois d’octobre autant d’auteurs américains que possible]

– Un livre d’Edgar Allan Poe pour le 2 octobre : Noctenbule et Alexandra

– Un livre de Edith Wharton pour le 16 octobre: avec George et Alexandra

– Un livre de William Faulkner pour le 22 octobre avec Alexandra

– Un livre d’Ernest Hemingway pour le 26 octobre avec Noctenbule et Alexandra

– Un livre de Charles Bukowski pour le 28 octobre  avec Noctenbulelacritiquante et moi

– Adieu Gloria de Megan Abbott  avec Alexandra

– Fragments du Paradis de F.S Fitzgerald avec Alexandra

– Un bon jour pour mourir  de Jim Harrison pour le 21 octobre avec Alexandra

– Trois fermiers s’en vont au bal de Richard Powers avec Alexandra

– L’épée de Vérité – Tome 2 de Terry Goodkind avec Alexandra

 

Challenge « Les Sœurs Brontë »

Chez MissyCornish

Villette de Charlotte Brontë (Août)

La recluse de Wildfell Hall d’Anne Brontë (Septembre)

– The Bronte Family; Read By Anna Bentinck, David Shaw-Parker, Eve Karpf (Livre-audio)

 

Challenge « Thrillers & Polars »

Chez Liliba

[Catégorie « Touriste Planqué » : 8 lectures au choix]

La promesse des ténèbres de Maxime Chattam en Livre-audio pour moi (Août)

A Study in Scarlet d’Arthur Conan Doyle (Septembre)

– Adieu Gloria de Megan Abbott (Octobre)

Le club des policiers yiddish de Michael Chabon (Octobre)

– R&B : Le gros coup de Ken Bruen (Novembre)

– L’âme du mal de Maxime Chattam (Décembre)

 

« Sonnets portugais » d’Elizabeth Barrett Browning

30 Juin
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Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

 

« Le destin n’a pas épargné l’écrivain que fut Elizabeth Browning. Nul ne la lit, nul n’en parle, nul ne songe à lui rendre justice. »

(Virginia Woolf, article du Common Reader, 1931)

 

Je ne parle pas ici assez de poésie à mon goût, peut-être parce que ce n’est pas un genre actuellement très valorisé et pourtant, j’ai un grand amour pour la poésie. J’ai même publié  « Éclaircie de passage », l’un de mes poèmes sur ce blog l’an dernier, c’est quelque chose que je pratique très régulièrement mais je comprends la réticence de certains pour la poésie même si pour moi, ça a toujours été très naturel de lire et d’écrire des poèmes. 

John Keats (Ben Whishaw) dans Bright Star

Tout naturellement, en tant qu’anglophile, je ne pourrais pas me passer des poètes anglais pour vivre. Shakespeare, John Keats, William Blake, Lord Byron, Wordsworth, Coleridge, les sœurs Brontë ou Oscar Wilde sont d’éternelles sources d’inspirations et de plaisir pour moi. Vous l’aurez peut-être noté, rien que dans ma liste, les poétesses n’ont pas une grande place dans toute anthologie qui se respecte ce qui confirme ce qui disait Virginia Woolf dans Une chambre à soi sur la difficulté que représente l’accession au statut de poète pour une femme sans un minimum de conditions matérielles favorables.

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Emily Brontë

J’ai une tendresse toute particulière pour Emily Brontë et Emily Dickinson (dire qu’il faille traverser l’Atlantique pour trouver une poétesse digne de ce nom) qui, en plus de leur prénom, partage une même aura mystérieuse autour de leur vie et de leur oeuvre. Si vous l’avez l’occasion de vous procurer La dame blanche de Christian Bobin, vous aurez en main ce qui m’a donné envie de découvrir Emily Dickinson grâce à cette très belle biographie plus ou moins romancée.

 

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Robert Browning (1812-1889)

 

Toutefois, c’est d’une poétesse beaucoup moins connue que j’ai envie de vous présenter, qui a eu une vie (à mon sens) très romanesque et que j’ai découverte grâce à Virginia Woolf : Elizabeth Barrett Browning. Virginia Woolf a le chic de sortir de l’anonymat des auteurs inconnues (la soeur de Shakespeare, Christina Rossetti ou Sara Coleridge pour ne citer qu’elles) et de nous donner envie de les lire sur le champ ! Ça a été mon cas avec Elizabeth Barrett Browning, femme du poète Robert Browning et dont les vers de ses Sonnets portugais ont donné furieusement envie  à Rainer Maria Rilke de les traduire en allemand. Vous avez peut-être entendu parler de Flush de Virginia Woolf (l’une de mes prochaines lectures pour le challenge Virginia Woolf) et c’est par ce biais que j’ai été séduite par Elizabeth Browning sans même lire une seule ligne de cette biographie du point de vue du chien de la poétesse ce qui déjà aiguiserait la curiosité de n’importe quel lecteur.

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Elizabeth Barrett (Norma Shearer) dans The Barretts of Wimpole Street

Passage obligé quand on lit de la poésie anglaise, j’ai découvert les Sonnets portugais dans son édition bilingue de la NRF (la même que j’ai pour les poèmes d’Emily Brontë bien que j’ai fait l’acquisition récemment d’une version audio des poèmes de la famille Brontë, un régal, mes amis !) et, comme d’habitude, la traduction est pourrie (pardon pour la traductrice, Lauraine Jungelson) mais permet de sauver les meubles quand le sens d’une strophe nous échappe vraiment.  Par contre, l’appareil critique est comme toujours très instructif surtout pour une poétesse aussi peu populaire. La préface est remplie d’anecdotes, d’extraits de correspondances (quand on sait qu’Elizabeth et Robert ont échangé 574 lettres, rien que ça !) en retraçant l’histoire du couple et la postérité des Sonnets portugais.

D’ailleurs, qu’est-ce qui est à l’origine des Sonnets portugais ? Il faut avant tout comprendre qui était Elizabeth Barrett avant et après avoir écrit ces sonnets. Avant ça, atteinte d’une étrange maladie incurable ,  mélancolique depuis la mort de son frère préféré, recluse dans la maison familiale à Wimpole Street et destinée apparemment à rester vieille fille toute sa vie sous la pression d’un père autoritaire, elle va tout de même publier un recueil de poèmes qui la rend célèbre en Angleterre et outre-atlantique et ce recueil va arriver dans les mains de Richard Browning. Il va lui écrire ces mots :

« J’aime vos vers de tout mon coeur, chère Miss Barrett […]. Dans cet acte de m’adresser à vous, à vous-même, mon sentiment s’élève pleinement. Oui, c’est un fait que j’aime vos vers de tout mon coeur, et aussi, que je vous aime vous. »

Je n’ose imaginer ça en anglais ! Au début, comme toutes les rock-stars qui reçoivent des lettres d’amour, elle va gentillement le refouler et ne lui offrir que son amitié. Ils vont mettre du temps à se rencontrer en personne (à cause des réticences d’Elizabeth visiblement qu’il soit déçu de cette rencontre à cause de sa maladie). Après une première demande par écrit qu’elle refusera tout en reconnaissant que cet homme l’obsède sans y voir encore de l’amour, après de nouvelles rencontres en l’absence de son père (qui, forcément, ne voit pas l’arrivée Robert d’un bon œil dans la vie monacale de sa fille), accepte finalement sa proposition à la seule condition que sa santé s’améliore, ce qui retarde encore un peu plus leur union. Finalement, le mariage est précipité en septembre 1846 dans le plus grand secret et sans le consentement du père. Comme dans tous les romans qui se respectent après un tel événement, ils décident de s’enfuir en Italie, à Florence.

lettres-portugaisesC’est de cette rencontre décisive, autant amoureuse que humaine qu’Elizabeth Barret va écrire ses Sonnets portugais jusqu’à son mariage, à l’insu de Robert Browning et forcément de sa famille. Ces Sonnets from the Portuguese décrivent l’évolution de ses sentiments, comme un relevé presque journalier ce qui en fait une magnifique étude sur l’amour et la place de plus en plus envahissante de la passion dans la vie d’une femme amoureuse qui, enfin, vit pleinement les choses. Je ne crois pas que le titre de ce recueil soit une référence aux célèbres Lettres portugaises de Guilleragues, présentées faussement comme la traduction de lettres d’une religieuse portugaise à un officier français, longtemps attribuée à une vraie religieuse. La coïncidence est tout de même assez troublante car Elizabeth Barrett, vivant comme une femme recluse, dialogue dans ses Sonnets avec l’être aimé où elle suit le même parcours évolutif de doute, de confiance et d’amour sauf qu’il était rapportée dans les Lettres portugaises à la foi et non à l’amour charnel.

du-bellay-regretsSelon moi, un recueil de poésie se lit différemment par rapport à toute oeuvre littéraire. J’aime délibérément sauter des poèmes, lire certains plusieurs fois quand ils me touchent plus que les autres ce qui représente une lecture presque aléatoire. J’aime bien aussi piocher dans un recueil un poème au hasard, ce qui veut dire que je prends chaque poème pour lui-même et pas forcément dans sa relation avec tout le recueil. Parfois, c’est une lecture qui fonctionne, parfois non mais c’est sûr que ce n’est pas très académique et scolaire. De même, si on voit ces poèmes comme un parcours linéaire vers l’amour, ce n’est peut-être pas la lecture la plus judicieuse mais je n’en ai pas moins aimé les vers d’Elizabeth Browning et la sincérité de ses sentiments sans avoir besoin de retracer un parcours figé. Quand j’ai dû lire Les Regrets de Du Bellay en prépa pour le concours, je n’ai pas pu faire ça par exemple ce qui distingue surement une lecture imposée et une lecture pour le plaisir, pour l’amour de la poésie.

En voici, quelques uns :

 

XLIII – How do I love thee? Let me count the ways.

How do I love thee? Let me count the ways.

I love thee to the depth and breadth and height

My soul can reach, when feeling out of sight

For the ends of being and ideal Grace.

 

I love thee to the level of every day’s

Most quiet need, by sun and candlelight.

I love thee freely, as men strive for Right;

I love thee purely, as they turn from Praise.

 

I love thee with the passion put to use

In my old griefs, and with my childhood’s faith.

I love thee with a love I seemed to lose

 

With my lost saints. I love thee with the breath,

Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,

I shall but love thee better after death.

 

 

VII – The face of all the world is changed, I think,

 

The face of all the world is changed, I think,

Since first I heard the footsteps of thy soul

Move still, oh, still, beside me, as they stole

Betwixt me and the dreadful outer brink

 

Of obvious death, where I, who thought to sink,

Was caught up into love, and taught the whole

Of life in a new rhythm. The cup of dole

God gave for baptism, I am fain to drink,

 

And praise its sweetness, Sweet, with thee anear.

The names of country, heaven, are changed away

For where thou art or shalt be, there or here;

 

And this… this lute and song… loved yesterday,

(The singing angels know) are only dear

Because thy name moves right in what they say.

 

Et, comme les Sonnets portugais sont suivis d’autres poèmes, voici mon préféré dans tout le recueil, intitulé « Inclusions ». Il a quelque chose à voir avec le mythe de l’androgyne dans le Banquet de Platon, maintenant populairement appelés « les âmes sœurs ». derrière, cette figure, l’amour est l’inclusion parfaite, l’emboîtement et l’harmonie entre deux personnes qui s’oublient elles-mêmes pour ne faire qu’un.

INCLUSIONS

1

O, WILT thou have my hand, Dear, to lie along in thine?

As a little stone in a running stream, it seems to lie and pine.

Now drop the poor pale hand, Dear,… unfit to plight with thine.

2

O, wilt thou have my cheek, Dear, drawn closer to thine own?

My cheek is white, my cheek is worn, by many a tear run down.

Now leave a little space, Dear,… lest it should wet thine own.

3

O, must thou have my soul, Dear, commingled with thy soul? —

Red grows the cheek, and warm the hand,… the part is in the whole!

Nor hands nor cheeks keep separate, when soul is join’d to soul.

 

Où se procurer les Sonnets portugais ?

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Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Poésie Gallimard – 178 pages

EUR 7, 60

 

 

 

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C’est ma 10e et dernière contribution au mois anglais organisé par Lou et Titine. Retrouvez mon bilan ci-dessous. 

 

 

Bilan du Mois anglais 2013

10 contributions : 2 romans, 1 essai, 1 pièce de théâtre, 1 recueil de nouvelles, 1 recueil de poésie, 1 billet thématique et 3 séries TV.

La Traversée des apparences de Virginia Woolf

Snobs de Julian Fellowes

Une chambre à soi de Virginia Woolf

Look Back in Anger de John Osborne (extrait)

Les Intrus de la Maison Haute de Thomas Hardy

Sonnets portugais d’Elizabeth Barrett Browning

Home Sweet Home : Quatre maisons d’écrivains anglais

Ripper Street (BBC, 2012)

Little Dorrit (BBC, 2008) d’après Charles Dickens

Any Human Heart (2010) d’après William Boyd

 

Merci aux organisatrices et aux autres participant(e)s qui l’ont rendu aussi vivant et particulièrement en lisant et commentant mes dix billets. J’ai eu autant de plaisir à vous lire et à être tentée par autant d’idées de lecture. Vive l’anglophilie, le mois anglais et à l’an prochain pour son come back !

Virginia Woolf Tea

Comme les autres participant(e)s, j’ai répondu à l’invitation d’un jeu photo en mettant en scène mon coup de coeur du mois anglais (« Une chambre à soi » de Virginia Woolf, forcément) avec une tasse, ici celle à l’effigie de la maison Serpentard !