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« Suis-je snob ? » de Virginia Woolf (2012, Payot-Rivages)

23 Fév
Virginia Woolf (1923, Photographie de Lady Ottoline Morrell)

Virginia Woolf (1923, Photographiée par Lady Ottoline Morrell)

« C’était d’Orlando, je crois. Il [Arnold Bennet, chroniqueur au London Evening Standard] l’attaquait violemment. Il disait que ce livre ne servait à rien.  et qu’il lui avait ôté tous les espoirs qu’il avait pu placer en moi en tant qu’écrivain.  Il consacrait toute sa colonne à me détruire. Eh bien, même si j’ai beaucoup d’orgueil (…), ma vanité en tant qu’écrivain est entièrement snob. Une vaste surface de ma peau est exposée aux attaques d’un critique, mais celui-ci ne peut presque pas toucher la chair et le sang. »

(Virginia WOOLF, Suis-je  snob ? et autres textes baths,, p. 47)

Cet article a été initialement publié sur mon blog Virginia Stephen Woolf le 23 février 2015.

Virginia Woolf & Clive Bell

Virginia Woolf & Clive Bell

Depuis ma lecture d’Une chambre à soi, les essais de Virginia Woolf ont pour moi un intérêt tout nouveau, quoi qu’influencé par mon projet de mémoire. Déjà, son oeuvre critique est assez considérable quand on y regarde bien alors pourquoi s’en priver, surtout quand la qualité est au rendez-vous ? Ensuite, c’est très agréable de se sentir au plus près d’une auteur qu’on apprécie à la lecture de textes plus directs et où sa personnalité vive, drôle et acerbe est la plus nette. On a souvent tendance à se faire une fausse image de Virginia Woolf, du moins partielle, en la réduisant à une frêle chose, déprimée, éteinte et morbide tout juste capable au mieux d’être lue par des personnes tout aussi dépressives, au pire de plomber le moral de son lectorat, même parmi les plus gais lurons. Ce cercle vicieux a pourtant une faille : on rit beaucoup en lisant Virginia Woolf, que ça soit pour son ironie, son autodérision, ses parodies ou tout simplement pour ses jeux d’esprit. Tous ceux qui ont « peur » de lire du Virginia Woolf devrait se souvenir de ça. Toute cette question de l’humour chez Virginia Woolf est quelque chose qui me passionne mais je n’en dirai pas plus, ça fera l’objet d’un billet spécial  très vite. (Suspense, suspense….)

Beau Brummell (1924)

Beau Brummell (1924) avec John Barrymore & Mary Astor

Suis-je snob ? et autres textes baths ne fait pas exception. Ce petit recueil, gracieusement prêté par Adeline, réunie sept textes (chiffre parfait s’il en est). Certains sont purement critiques (« Suis-je snob ? », « La valeur du rire » ou « La nièce d’un comte »), d’autres de purs récits (hommage au premier dandy « Brummell le Beau » ou « La robe neuve », un chapitre supprimé de Mrs Dalloway) et d’autres encore des textes hybrides (forcément mes préférés), des sortes de méditations sur la nature, l’animalité et la mort (« Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile » et « La mort du papillon »). Selon moi, le choix de textes est surtout motivé par leur caractère inédit  et malgré leur diversité, on y voit tout de même une certaine cohérence. A titre personnel, j’ai surtout toujours beaucoup de plaisir à lire des livres édités par Payot-Rivages (découverte en lisant du Giorgio Agamben il y a deux ans) : ce sont de petits formats qui se prennent bien en main, les couvertures sont souvent très jolies,  le texte est aéré et souvent très bien introduits comme ici par Maxime Rovere qui a traduit deux autres textes de Virginia Woolf dernièrement.

NPG 6718; The Memoir Club by Vanessa Bell (nÈe Stephen)

Vanessa BELL, The Memoir Club (c. 1943), © Estate of Vanessa Bell courtesy oF Henrietta Garnett. Membres présents : Duncan Grant, Leonard Woolf, Vanessa Bell, Clive Bell, David Garnett, Maynard et Lydia Keynes, Desmond et Molly MacCarthy, Quentin Bell et E.M. Forster. Les trois portraits sur le mur représentent les membres décédés : Virginia Woolf (1941), Lytton Strachey (1932) peints par Duncan Grant et Roger Fry par Vanessa Bell (c.1933).

Le premier essai, « Suis-je snob ? », est déjà une merveilleuse immersion dans le monde du Bloomsbury Group (auquel Virginia Woolf participait dès la formation plus ou moins informelle de cette communauté d’amis artistes et d’intellectuels) ou du moins ce qu’il en reste après les bouleversements de la Première guerre mondiale. Au lieu de se perdre de vue, les membres presque au complet, sous l’initiative du couple McCarthy (Molly et Desmond de leur petit nom), remplacent les rendez-vous hebdomadaires du Jeudi par des rencontres plus irrégulières autour d’un même thème : la mémoire. Derrière le Memoir Club qui se réunie dès mars 1920, il y a l’idée de se raconter, d’écrire leurs mémoires et, très vite, le sujet majeur va être de réfléchir sur Bloomsbury lui-même en tant que groupe. Ce travail peut paraître un peu artificiel et égocentrique pour des personnes encore jeunes ou dans la fleur de l’âge et n’ayant pas forcément participé à l’effort de guerre en tant que pacifistes (donc pas forcément dans le souci de devoir de mémoire collective). D’ailleurs, en tant que papier lu devant une assemblée, le texte de Virginia Woolf est très incisif et ironique justement parce qu’il insiste sur ce paradoxe. Pourquoi se raconter quand on a rien à dire ? Quand on n’a pas vécu ? N’est-ce pas un peu snob, déjà ? Comme toujours, c’est donc par un biais qu’il est question de parler de soi sans trop se prendre au sérieux. Mais, dès la première page, on sent que c’est surtout l’amitié qui unie le Memoir Club, plus que leur snobisme. C’est par leur prénom que les membres présents sont cités et le lecteur est tout de suite mis dans la connivence (sans forcément connaitre tous ces noms) : Mary « Molly » et Desmond McCarthy, J. Maynard Keynes, Clive Bell ou Leonard Woolf. On les voit très bien réunis ensemble, fumant, bavardant, chuchotant pendant que l’un d’eux parle comme n’importe quel groupe d’amis.

Confrontée au Memoir Club, Virginia Woolf se met en scène devant des amis aussi devant des concurrents pas forcément au nom d’une quelconque ambition littéraire mais plutôt au nom de l’inégalité inhérente dans l’écriture entre les femmes et les hommes qu’elle soulignera dans A Room of One’s Own autour de figures attestées mais surtout d’une expérience de pensée, Judith, la soeur de Shakespeare dont les talents littéraires n’auraient pu être révélés compte tenu des imitations dues au genre. Si on s’attend dans un texte qui annonce un développement sur le snobisme, l’essayiste se vêt bien au contraire des atours de l’humilité (quelque soit feinte ou non, c’est une autre question) en avouant n’avoir pas assez vécu par rapport aux membres masculins du groupe pour venir y raconter son existence. Il faut dire que Virginia Woolf a une sainte horreur du narcissisme et de l’égotisme ce qui peut surprendre quand on pense que l’intime est pourtant au coeur de son écriture. Ainsi, le propos woolfien reste biaisé puisqu’elle cherche à échapper aux écueils de l’autosatisfaction en se racontant sans parler de sa vie ou à de rares occasions de sa vie d’écrivain. Le snobisme semble être un masque que Virginia Woolf applique sur sa personnalité pour mieux cacher son être profond. Elle détourne le sens communément admis du snob, souvent indissociable d’une attitude vantarde et égocentrique qui consiste à se sentir supérieur aux autres en tous points, pour s’interroger sur la forme particulière de snobisme dont elle se dit atteinte.

Maggie Smith dans Downton Abbey

Son snobisme, elle l’emprunte à l’aristocratie pour laquelle elle avoue une grande fascination justement parce que sa famille n’a rien d’aristocrate. La feintise de la snob qu’elle se dit être est donc une façon de se rêver aristocrate ou plutôt de rêver l’aristocratie telle qu’elle n’est pas. Vous vous croyez indemne de ce genre de snobisme ? Si l’aristocratie semble être un vieux rêve d’Ancien Régime, même de nos jours nous raffolons des histoires princières et de la haute aristocratie. Songe rien qu’au succès de Downton Abbey (que même la duchesse de Cambridge adore !) ou encore de biopics encore récents comme The Young Victoria ou le Discours d’un Roi. Sous prétexte donc de se singer elle-même sous couvert de snobisme, c’est toute une société qu’elle esquisse, la sienne et un peu la nôtre. Ce monde où un titre de noblesse ou tout simplement la façon de se vêtir, le statut ou l’origine sociales suffit pour en imposer étant donné que « l’essence du snobisme est de chercher à faire une forte impression sur les autres ».

Pourtant, Virginia Woolf se moque d’elle-même preuve que son snobisme est réfléchi, assumé mais pas complètement subi. Cette valeur du rire (rire de soi et des autres) fait l’objet d’un essai à elle toute seule, intitulé en toute simplicité « La valeur du rire ». C’est un essai marquant étant donné, mais je me répète, que l’écriture de Virginia Woolf est considérée à l’heure actuelle comme à des années lumières du registre comique. Bien sûr, cela vient d’une réinterprétation posthume qui ne tient principalement (à mon sens) qu’à un détail biographique : son suicide par noyade en 1941 Alors forcément, on étudie à bon droit mais avec beaucoup trop de conventionnalisme Mrs Dalloway où, comme par un heureux hasard, la figure du suicidé apparaît en la personne de Septimus qui se défenestre. De là vient ce que j’appelle la critique psychologisante post-prophétique. Des perroquets de malheur qui interprètent les signes comme des schizophrènes où chaque apparition de l’eau, du noyé ou de la mort est l’occasion de spéculer dans le vide. Pourtant, on occulte avec ce genre d’œillères une grande partie de l’oeuvre de Virginia Woolf, bien moins abordée en classe, allant d’Orlando, cette longue lettre d’amour adressée à Vita Sackville-West, son amante qui prend la forme d’une biographie fictive pleine d’ironie en passant par Flush, la biographie de la poète Elizabeth Barrett-Browning du point de vue de son épagneul Flush jusqu’à Freshwater , l’unique pièce de théâtre qu’elle ait écrite initialement prévue pour un amusement privé entre membres du Bloomsbury Group sur les Préraphaélites et en particulier sa grand-tante,  la photographe Julia Margaret Cameron. C’est un court texte hilarant, très divertissant (et pour cause, il a été représenté deux fois en famille) et qui montre à quel point Virginia Woolf accorde au rire une valeur hautement littéraire. Le rire parce qu’il est méprisé par la tradition littéraire, devient une arme pour le développement de la littérature féminine et féministe étant donné que c’est dans les genres mineurs que les femmes se trouvent en même temps reléguées et où elle excellent. De ce fait, l’ironie devient l’une des voix possibles que l’écriture féminine peut prendre dans la mesure où elle brouille les voix et les genres. Ainsi, Virginia Woolf réhabilite non seulement le rire mais elle invite ses lecteurs et les écrivaines qui la lisent d’assumer le potentiel créateur du rire.

Roger Fru, The Black Sea Coast (1911)

Roger Fry, The Black Sea Coast (1911)

Ce que j’aime dans la pratique anglo-saxonne et woolfienne de l’essai, c’est la place assumée de la iction qui en fait un objet esthétique hybride. C’est surement pour cela que j’ai beaucoup d’admiration pour « Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile » et « La mort du papillon » parce qu’ils sont très peu théoriques et beaucoup plus contemplatifs. Alors certes, la valeur du rire ne s’applique pas notamment pour le dernier essai mais à la lecture, j’ai été touchée par le goût minimaliste pour ce papillon dont la courte vie fait l’objet d’un essai-nouvelle. Il faut dire que le bestiaire woolfien m’intéresse tout particulièrement puisque Flush fait partie du corpus de mon mémoire ce qui a pu influencé ma lecture. Pourtant, ce papillon, pour son caractère éphémère, a quelque chose d’esthétiquement hybride puisqu’il porte en lui de façon contractée la vie et la mort comme tout un chacun :

« It was as if someone had taken a tiny bead of pure life and decking it as lightly as possible with down and feathers, had set it dancing and zig-zagging to show us the true nature of life. »

Quant à « Un soir dans le Sussex », je dois dire que j’ai toujours aimé les couchers de soleil alors qu’ils fassent l’objet d’un essai de Virginia Woolf a forcément de quoi me plaire. Là aussi, il s’agit de saisir un phénomène éphémère, le passage du jour à la nuit, qui, bien entendu, rappelle celui entre la vie et la mort. on est loin du registre comique. Pourtant, ce sujet métaphysique passe par la contemplation de la vie dans son aspect passager et mouvant étant donné que ses réflexions accompagnent un traet en voiture dans la campagne où les paysages sont mouvants. Si l’extériorité est plurielle, l’intériorité l’est d’autant plus sous l’effet d’une espèce de parallélisme proche de ce que John Ruskin appelle une « pathetic fallacy » dans Modern painters, c’est-à-dire l’attribution commune de sentiments humains aux paysages contemplés et au spectateur. Dès lors, si le paysage a une identité mouvante, l’identité personnelle de celle qui l’observe l’est d’autant plus :

« The sun was now low beneath the horizon. Darkness spread rapidly. None of my selves could see anything beyond the tapering light of our headlamps on the hedge. I summoned them together. “Now,” I said, “comes the season of making up our accounts. Now we have got to collect ourselves; we have got to be one self. (…) What we have made then today,” I said, “is this: that beauty; death of the individual; and the future. Look, I will make a little figure for your satisfaction; here he comes. Does this little figure advancing through beauty, through death, to the economical, powerful and efficient future when houses will be cleansed by a puff of hot wind satisfy you? Look at him; there on my knee. »

J’espère vous avoir donné envie d’explorer ces textes variés dans ce recueil compilé par Maxime Rovere chez Payot-Rivages.

Où se procurer Suis-je snob ?

Payot Rivages

Payot Rivages

Suis-je snob ? et autres textes baths de Virginia Woolf

Titre original : Am I A Snob ? 

Edition Payot-Rivages (176 p.)

Traduction : Maxime Rovere

7€60

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« Being Human » (BBC, 2008) (Saison 1)

13 Oct
George, Mitchell & Annie (Being Human - ©SHParsons

George, Mitchell & Annie (Being Human – ©SHParsons)

Being Human (BBC Three, 2008-2013), créé par Toby Whithouse au format de 6-8 épisodes de 58′ par saison. Avec Aidan Turner (John Mitchell), Russell Tovey (George Sands), Lenora Crichlow (Annie Sawyer), Sinead Keenan (Nina Pickering), Annabel Scholey (Lauren) & Alex Price (Gilbert). 

Trois colocataires partagent une maison à Bristol. Deux jeunes hommes et une jeune femme comme les autres… paranormaux en vérité, car Mitchell est un vampire, George un loup-garou et Annie une revenante en quête d’une vie pseudo-normale. Comment rester humain malgré sa différence ?

Quand on partage une coloc d’écrivains avec une autre blogueuse, Adeline, qui s’y connait en entretiens avec un vampire, on ne peut qu’en venir à regarder et aimer Being Human. Et pourtant, ce n’était pas forcément gagné : que Dracula me pardonne, je ne suis pas une fan de vampires. L’effusion d’hémoglobine n’éveille rien en moi, ni même le fantasme d’immortalité ou la métaphore pseudo-érotique de la morsure dans le cou pour aspirer le fluide vital de son/sa partenaire comme ultime jouissance.

Mitchell (Aidan Turner)

Mais ça, c’était avant que les vampires rient comme Aidan Turner et qu’ils portent si bien sur leur figure « je suis un ONS d’enfer » en enlevant désobligeamment une paire de lunettes de soleil ou en arborant  une mou du style « Je tue mais je me soigne ». La fraîcheur et l’air enjoué, blagueur du personnage de Mitchell, malgré ses démons intérieurs, m’ont rappelé très souvent Desperate Romantics et son rôle de Dante Gabriel Rossetti ce qui rend d’emblée ce vampire dans la catégorie des marginaux. En effet, au début de la série, Mitchell décide de se « sevrer » : ne plus tuer (et particulièrement ses petites amies), devenir plus humain que monstre et vivre une vie (presque) normale pour mieux s’intégrer parmi les humains. Vous vous imaginez bien que ça ne va pas être de tout repos, surtout quand on est  un être de désir qui répond au désir par le désir…

La maison d’Annie

D’ailleurs, c’est l’idée de vivre normalement parmi les humains qui a poussé Mitchell et George de co-louer cette maison à Bristol avant de se rendre compte que cette maison en guimauve était hantée par le fantôme de l’ancienne propriétaire, Annie qui, depuis sa mort (un an plus tôt), a plus ou moins fait fuir les anciens locataires. En tant qu’êtres  un peu spéciaux, ils sont les premiers à la voir et à lui  parler.

Annie (Lenora Crichlow)

Annie, c’est  un peu la boute-en-train du trio, et là encore, la série déplace le codes habituels sur les revenants pour en aire quelqu’un de certes parfois un peu émotive, se déplaçant d’une pièce à une autre, cassant ou bougeant deux-trois objets sur son passage sous le coup de l’émotion mais ça n’en fait pas une Mimi Geignarde pour autant ! Elle a plus l’étoffe d’une ange gardien qu’autre chose et je dois avouer que sa frimousse, ses mimiques et sa personnalité m’ont plu dès les premières minutes de visionnage. Ça faisait longtemps qu’ un personnage féminin ne m’avait pas fait glousser !

George (Russell Tovey)

Mais surtout, il y a George. Comment vous parlez sérieusement et calmement de George ? Il est tellement anglais ! (compliment ultime) Je connaissais déjà Russell Tovey depuis Little Dorrit où il avait déjà  un bon potentiel comique  mais là, comme le dirait Adeline, « c’est le meilleur coloc du monde ».

Bernie (Ep. 4 « Another Fine Mess »

Il a  une sacrée propension incroyable à atteindre les aigus quand il crie comme une fillette ce que j’avais déjà remarqué dans Little Dorrit, by the way. (On ne change pas une équipe qui  gagne…) Bref, George n’a aps l’aisance de Mitchell niveau confiance en soi mais i l remuera votre petit coeur. Surtout quand il parle de sa lycanthropie et de la souffrance de ses transformations. Le deuxième épisode, Tully, est clairement l’un des plus durs émotionnellement avec la fin de l’épisode 3 (« Ghost Town ») mais ça, c’est parce que j’ai pleuré comme une madeleine et j’ai mes raisons !

La vie en colocation

Vous l’aurez compris, Being Human n’a rien d’une série fantastique comme les autres  malgré  un certain « bestiaire » en commun, des éléments paranormaux, une vie souterraine et surtout  une bande de méchants pas beaux légèrement psychopathes et sadiques sur les bords. C’est surtout  une série dans la tradition des séries comiques de flatmates (Friends, bien sûr mais aussi plus récemment Threesome avec deux acteurs-chouchous : Emun Elliott & Stephen Wight repérés dans The Paradise) avec une veine fantastique mais comme une majeur partie de l’action se passe dans la maison d’Annie (considérée comme une sorte de planque ou d’havre de paix), on est pleinement immergé dans la vie de ces trois colocataires avec les rigolades et les prises de bec habituels.

Aidan Turner (Mitchell) & Lenora Crichlow (Annie)

Russell Tovey (George)

Mitchell (Aidan Turner)

Ce qui rend Being Human très attractif pour quelqu’un qui n’est pas fan de vampires et de tueries sanglantes, c’est la force dramatique et les conflits intérieurs qui perturbent ces trois êtres hybrides qui n’arrivent pas à trouver une place dans ce monde qui les exclue ou qu’ils choisissent de renier. Autant Mitchell que George sont tiraillés par leurs penchants plus ou moins bestiaux ou sauvages : si c’est la culpabilité qui hante  l’un, c’est le déni de sa nature profonde et de sa double  personnalité qui bloque l’autre. L’un a trop assumé a bête en lui, l’autre cherche par tous les moyens à la nier.On s’étonne après qu’ils soient si complémentaires !

« They were just two souls united by fear and solitude. Lost in the dark. Fate pushed them together and now they were going to find out why. » (ANNIE – Ep. 6 « Bad Moon Rise »)

Nina (Sinead Keenan) & George (Russell Tovey)

Ce n’est d’ailleurs pas seulement  une question d’identité et de quête de soi ; Being Human exploite à merveille ce que ça représente d’être différent et en quoi l’attrait de la normalité (concept bien artificiel) peut être fort dans nos choix de vie. Il ne s’agit pas d’être humain (de correspondre à une espèce, une nature, une essence), il s’agit d’en être digne, de suivre et de choisir une éthique particulière et des valeurs universelles qui unissent tout un chacun, quelque soit son identité. L’amitié, l’amour, le sens du sacrifice, ça peut paraître des valeurs un peu niaises pour finir cette saison et, pourtant, au bout de six épisodes de Being Human, il n’y a pas eu de plus belle définition de l’humanité. Choisir l’humanité, la générosité et le bonheur, est-ce être lâche ? faible ? Autant Nina (Sinéad Keenan) dans la vie de George, que Bernie ou Josie dans celle de Mitchell ou encore Gilbert (Alex Price) dans celle d’Annie ancre le trio dans le sentiment humain le plus pur qui soit, l’amour. Ca fait peut être cucu la praline e dire les choses ainsi mais jouer constamment les blasés, les cyniques et les durs à cuire n’est pas forcément une preuve d’intelligence supérieure. Malgré  un tel « message », Being Human évite un certain manichéisme attendu en brouillant les « camps » de chacun et insistant sur le choix de devenir humain ou inhumain là où la raison de la transformation des trois personnages a été subie.

Avant de conclure, j’ai eu envie de rendre hommage au beau travail  de caractérisation des personnages dans cette  série. Comme souvent à la BBC, le casting est toujours impeccable. Tous les personnages ont de l’ampleur, même les plus secondaires, ceux qu’on ne croisent qu’un seul épisode comme celui de Tully (le loup-garou qui a transformé George) ou encore Gilbert qui est un peu mon chouchou dans cette saison alors qu’on ne le voit que dans un seul épisode. Et pourtant, il est parfait. Gilbert est un fantôme qui va énormément aider Annie à encaisser les raisons de sa mort Disparu dans les années 80, on le rencontre dans un night club et on comprend de suite que c’est un féru de musique. Cet épisode, est d’ailleurs juste sublime rien que dans sa bande son mais, de manière générale, tous les épisodes sont très soignés en la matière sans que la musique paraisse trop envahissante. Bref, Gilbert est typiquement anglais, Gilbert danse comme un dieu, Gilbert lit Nietzsche en fumant et Gilbert est à la fois cynique et touchant. Bref, je l’aime d’amour.

Gilbert 

(Alex Price)

est

merveilleux !

Fan (ou pas) de vampires, de loups-garoux, de fantômes, ne ratez pas le coche, regardez Being Human. J’ai commencé hier la saison 2 et, croyez moi, le meilleur est à venir !

Où se procurer Being Human (Saison 1) ?

Being Human – DVD (import anglais, sans sous-titrage français)

EUR 7, 99

(Vu qu’elle a bien été diffusée en France, une version française est forcément disponible quelque part mais pas sur Amazon d’après mes recherches. Mais ça va de soi de les séries de la BBC ont un charme unique en VO. A bon entendeur !)

Challenge Halloween chez Lou et Hilde – Première participation

« Desperate Romantics » (BBC, 2009)

16 Juil
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John-Everett Millais (Samuel Barnett), Dante-Gabriel Rossetti (Aidan Turner) et William Holman Hunt (Rafe Spall)

 

Desperate Romantics, mini-série BBC de 6 épisodes (60′) produite en 2009 avec Aidan Turner, Samuel Barnett, Rafe Spall, Sam Crane, Tom Hollander, Amy Manson, Zoe Tapper et Jennie Jacques.

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Dante Gabriel Rossetti, La Ghirlandata (1871-1874)

La première fois que j’ai eu en main le travail envoûtant des Préraphaélites, et surtout celui de Dante Gabriel Rossetti, a dû coïncider avec ma lecture des romans de Jane Austen grâce aux couvertures 10/18 de toutes leurs éditions qui correspondent chacune à un tableau de Rossetti, notamment Raison & Sentiments avec La Ghirlandata  

Je n’ai jamais très bien saisi le lien entre Jane Austen et les Préraphaélites (et je crois honnêtement qu’il n’y en a pas) mais l’esthétisme de ces tableaux, entre réalisme et imagination, m’a toujours séduit et c’est donc tout naturellement que j’ai relevé le défi de regarder Desperate Romantics, un biopic sur la Pre-Raphaelite Brotherhood.

Dante Gabriel Rossetti (Aidan Turner)

D’emblée, le personnage de Rossetti, joué par Aidan Turner (un certain Kili dans The Hobbit, vous savez ce film où pour la première fois, les nains sont sexy ?), est au centre de Desperate Romantics surement pour son charisme, sa personnalité haute en couleur et joviale. Mais, même si lhistoire de Gabriel est nettement plus exploitée que celles des autres (peut-être parce qu’on sait plus de choses sur sa vie et qu’elle est beaucoup plus intimement liée à son oeuvre), Desperate Romantics est bien une mini-série sur la confrérie préraphaélite presque au complet, peintres et critiques, artistes, Muses et mécènes : les fondateurs « Johnny » Millais, « Maniac » Hunt et Gabriel Rossetti ; Lizzie Siddal, Annie Miller, Effie Ruskin et Jane Burden les quatre modèles « maîtresses » ou encore le grand John Ruskin qui va rendre célèbres et populaires la Pre-Raphaelite Brotherhood.

Lizzie Siddal (Amy Manson)

Après un très bel et très engageant opening credits avec des touches de peinture plus colorées les unes que les autres, on rencontre rapidement la première Muse des Préraphaélites, Lizzie Siddal (Amy Manson) dans une scène pour le moins envoûtante où elle sort de la boutique de chapeaux où elle travaille et où elle dénoue ses magnifiques cheveux roux.

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John-Everett Millais, Ophelia (1852)

Si Lizzie est la muse presque exclusive de Rossetti, Elizabeth Siddal a surtout donné ses traits au tableau  préraphaélite le mieux connu (je l’espère), Ophelia de John-Everett Millais. Je ne connaissais pas l’histoire de sa production et le danger qu’a couru Lizzie pour poser ce magnifique tableau. Imaginez que ce tableau a été peint en plein hiver, dans l’atelier de Millais et que Lizzie a dû poser de longues heures toute habillée dans une baignoire remplie d’eau, seulement réchauffée par des bougies en dessous du tube. Desperate Romantics a forcément légèrement plus dramatisé cette scène mais absorbé par son travail (et par quelques rêveries mettant en scène la splendide Effie Ruskin dans la série), les bougies n’ont pu que s’éteindre sans qu’il s’en aperçoive et sans que Lizzie, en parfait modèle, ne se plaigne de quoi que ce soit. Dans la série, bien sûr, il a fallu rajouter une noyade avortée dans la baignoire mais Lizzie Siddal a vraiment gagné une bonne pneumonie, écourtant brièvement sa carrière de modèle.

DESPERATE ROMANTICS

Annie Miller (Jennie Jacques)

J’ai toujours été fascinée par les chevelures auburns des modèles préraphaélites et j’ai eu mon compte dans cette série de belles rousses non seulement Lizzie mais aussi Annie Miller (Jennie Jacques), une autre modèle, peut-être moins sympathique que Lizzie, mais dont l’histoire rocambolesque, coquine et artistique avec William Hunt a de quoi pimenter cette série ! Anciennement une simple serveuse dans l’auberge que fréquentent les trois peintres, elle va surtout poser pour Hunt qui va même lui enseigner quelques bonnes manières pour devenir sa femme. Mais, vu la demoiselle et l’impulsivité du peintre, rien ne dit que leur engagement va ou non aboutir…. Ce qui est sûr, c’est qu’Annie a de nombreuses cordes à son arc et qu’elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, au point de gifler Hunt devant toute l’Académie  pour l’avoir vexée.

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William Holman Hunt, The Awakening Conscience (1853)

Le tableau le plus représentatif de la relation entre Annie et Hunt est surement l’un des meilleurs de William Holman Hunt, The Awakening conscience sur le thème de la femme déchue, de la maîtresse (voire de la prostituée) qui aspire à une meilleure vie et cette seule aspiration transfigure le visage du personnage féminin qui, comme l’oiseau qui essaye de s’échapper par la fenêtre, regarde intensément le monde au-dehors à travers cette fenêtre qu’on voit se refléter dans un miroir, le miroir de sa propre conscience. Rien n’est idéalisé, tout est cosy et les moindres détails ramènent à la vie moderne la plus banale entre cette maîtresse et son protecteur qui la tient captive chez lui et dans ses bras.

Mais ce que Desperate Romantics nous aide à nous souvenir, c’est que les Préraphaélites n’ont pas seulement voulu révolutionner l’art conventionnel de leur époque mais aussi, grâce à de talents complets, ils ont marqué leur époque toute entière en poésie comme Gabriel Rossetti mais aussi en faveur des femmes non seulement en s’intéressant dans leur tableaux à la place de la femme mais aussi à leur sort dans la société, particulièrement les prostituées, chose qu’on retrouve dans la série avec le dispensaire créé par Charles Dickens et qu’Hunt participe à faire connaitre, quitte à se prendre quelques gifles de plus !

Mais ce qui m’a vraiment touché, c’est le talent de poète de Rossetti que je ne soupçonnais pas et quel honte qu’il ne soit pas assez connu en France, sans aucune bonne traduction digne de ce nom. Grâce à Virginia Woolf, j’avais déjà entendu parler de l’oeuvre poétique de sa soeur, Christina Rossetti, et j’ai pu d’autant plus savourer quelques pièces parmi l’oeuvre très productive de Gabriel, notamment « Sudden Light » parfaitement mis en scène et déclamé dans la série. Et quand on en lit, on a envie de tous les connaitre !

SUDDEN LIGHT

By D.G. Rossetti

 I HAVE been here before, 
              But when or how I cannot tell: 
          I know the grass beyond the door, 
              The sweet keen smell, 
    The sighing sound, the lights around the shore.

          You have been mine before,— 
              How long ago I may not know: 
          But just when at that swallow’s soar 
              Your neck turned so, 
    Some veil did fall,—I knew it all of yore.

          Has this been thus before? 
              And shall not thus time’s eddying flight 
          Still with our lives our love restore 
              In death’s despite, 
    And day and night yield one delight once more?

Effie Ruskin (Zoe Tapper)

Mais, à part le bonheur de ce bouillon de culture en regardant naïvement une bonne série, Desperate Romantics nous plonge parmi les meilleurs du XIXe siècle : John Ruskin (Tom Hollander, déjà apprécié dans Any Human Heart), l’homme de génie qui fait et défait les artistes à la point de sa plume mais aussi l’homme secret qui ne touchera jamais sa splendide femme, Effie (Zoe Tapper) pendant les cinq années de leur mariage, Charles Dickens, le premier des critiques frondeurs contre les Préraphaélites dont la langue acerbe est aussi bien pendue que sa longue barbe mais encore William Morris et « Ned » Burne-Jones, malheureusement légèrement sous-développés dans la série malgré leurs talents respectifs. Quel dommage d’en faire principalement de fangirls aux trousses de Gabriel.

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Fred Walters (Sam Crane)

Et au milieu de tous ces personnages extraordinaires se cache Fred Walters, un membre de la confrérie préraphaélite qui parait presque totalement fictif mais qui semble être un de leurs nombreux associés, tapis dans l’ombre. (Pour mieux connaitre Fred, suivez cette page). Fred joue les narrateurs mais il représente aussi tous ceux qui aspirent à faire partie de cette confrérie, remplie de gens extraordinaires mais aussi de personnes sans prétention qui sont capables de révolutionner leur époque s’ils suivent les mêmes idéaux pour devenir plus que de simples inconnus. Si vous vous reconnaissez en Fred, c’est que vous aussi vous prétendez à faire partie de la PRB (Pre-Raphaelite Brotherhood) avec deux siècles de retard mais rien ne dit que, quelque part, une nouvelle PRB n’est pas en marche, prête à vous accueillir.

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The PRB

Pour mieux se documenter

Après avoir regardé Desperate Romantics, si vous avez comme moi envie de tout connaitre de ces trois là et de toute la PRB, c’est que vous êtes normalement constitué. Comme je ne connais aucune parfaite bibliographie sur la PRB à vous conseiller, la BBC est toujours là quand on a besoin d’elle grâce à ses documentaires de qualité comme celui qui suit, très, très bien fait :

Où se procurer Desperate Romantics ?

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Le DVD de Desperate Romantics est disponible à l’achat pour EUR 12, 15 (avec sous-titres en anglais uniquement)

 

 

« Folie Textile : Mode & Décoration sous le Second Empire » (Château de Compiègne)

10 Juil

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« Folie textile : Mode & Décoration sous le Second Empire ». Exposition temporaire au palais impérial de Compiègne (60) du 7 juin au 14 octobre 2013. Entrée gratuite pour les moins de 25 ans.

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Le Palais impérial de Compiègne (vue du Parc)

La Bouteille à la Mer se veut être un blog littéraire mais aussi culturel et, à part de nombreuses séries et quelques films, je n’ai pas eu encore l’occasion de vous parler de mon goût pour les expositions et les musées en général. Ma toute première expérience enfant dans un musée, ça a été le château de Compiègne, ce qui n’est pas étonnant puisque c’est ma ville natale. C’est par l’histoire de ma ville et de son palais impérial que j’ai commencé par me passionner pour l’Histoire, quitte à penser en faire mon métier, avant me tourner vers d’autres sphères comme la philosophie et les Lettres. 

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Pour ma première visite virtuelle d’un musée avec vous, le choix du palais impérial de Compiègne n’a pu que s’imposer, d’autant plus que l’actuelle exposition temporaire a été un gros coup de coeur pour moi. Si vous avez la chance de le visiter (et pas comme moi à 12h30 quand les appartements impériaux sont fermés), je vous invite non seulement à profiter de cette exposition remarquable mais aussi d’une visite complète du château. La salle de bal, la bibliothèque de Napoléon, la salon bleu  nouvellement restauré ou même la petite Chapelle très rarement ouverte au public vont feront chavirer.

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Franz-Xavier Winterhalter, Eugénie de Montijo

Je pourrais écrire une série de billets rien que sur le palais impérial, ses légendes, les rois et les reines qui y ont séjourné (comme Marie-Antoinette qui est accueillie par Louis XV à Compiègne après son mariage par procuration), sur l’ouverture par Napoléon Ier de l’allée des Beaux-monts identique à la perspective de Schonbrunn en cadeau à l’Impératrice Marie-Louise d’Autriche pour guérir son mal du pays ou encore les célèbres « séries » compiègnoises organisées par Napoléon III et Eugénie avec 100 invités par série, trié sur le volet, libérées de l’étiquette stricte de la cour.

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Chambre de l’Empereur

Ce sont les appartements de la collection permanente qui ont aiguisé mon goût pour le style Empire, le style Second Empire et, qui ont surement préparé ma passion pour le XIXe et l’époque victorienne. Je me souviens très bien de l’exposition temporaire « Napoléon III et la reine Victoria »  en 2008 qui m’avait déjà charmée grâce à la présence de nombreuses robes de la reine Victoria à l’occasion de l’exposition universelle de 1855. J’ai eu comme un flash-back de cette expo pendant ma visite très intimiste de Folie textile (j’étais toute seule à visiter l’exposition pendant la pause- déjeuner), ce qui a renforcé le plaisir que je retiens de cette exposition sur la mode et la décoration au Second Empire.

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Corsage en coton, soie, voile blanc, décoré de petits plis, de dentelle, de broderie et de rubans de faille violette. (Exposé à Compiègne et à Mulhouse).

Pour une amoureuse comme moi de la mode et des costumes d’époque (en témoigne ma passion pour les period drama de North & South à Little Dorrit), cette exposition n’aurait pas mieux pu ravir mes yeux et pourtant, comme toutes ces expositions où sont exposées robes, tissus, mobiliers tapissés, boutons de mercerie, on ne peut que sortir un peu frustrée de devoir respecter les règles élémentaires de la visite d’un musée : conserver une distance respectueuse (presque sacrée) entre le visiteur et les œuvres d’art qui y sont exposés. L’interdit du toucher s e défend bien sûr pour protéger les tissus et les robes mais une robe n’est pas une oeuvre d’art comme les autres après tout. Objet de sensualité par excellence, elle fait intervenir le corps, les sens et on ne peut pas apprécier une robe seulement à sa beauté mais aussi à la sensation d’un vêtement au toucher pour mieux apprécier les particularités de chaque tissu et leur complémentarité.

Ainsi, à défaut de pouvoir toucher quoi que ce soit, ce qui a d’emblée attiré mon attention, ça a bien sûr été les robes. J’ai admiré leurs finissions en m’approchant le plus possible des pièces exposées (ce qui est drôlement agréable quand on n’a pas une vitre entre soi et ce qu’on regarde pour doubler la distance entre nous ) pour observer le contraste entre les tissus sur une même robe ou les ornements.

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Robe de jour : soie, taffetas et satin bleue, boutons recouverts. (Château Chinon : Musée du Costume) Exposée à Compiègne.

The ParadiseL’un de mes plus grands coups de coeur a été cette robe de jour bleue que j’ai même repérée d’assez loin avant de m’approcher religieusement d’un tel chef d’oeuvre. Pour celles qui auraient vu la mini-série The Paradise adaptée du Au Bonheur des Dames d’Emile Zola, cette robe ressemble étrangement à celle que porte Denise, il y a comme un air de ressemblance dans l’alliance singulière de tissus au rendus si différents. La pièce centrale de satin est facilement reconnaissable et donne une légère élégance à une robe portée en journée avec pour seuls ornements une série de boutons sur le corsage et sur le jupon au niveau du satin. La coupe et l’harmonie des tissus sont juste fantastiques !

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Franz-Xavier Winterhatler, L’inconnue à la mantille (1869)

J’ai été aussi très touchée par une robe du soir en soie pourpre très joliment mise en valeur par une mantille noire en dentelle mais  malheureusement, la robe en question dans le catalogue en question ne rend pas de la même manière sans cette mantille. La mode étant particulièrement présente en peinture au XIXe siècle, l’exposition n’a pu de présenter quelques portraits comme ce portrait de Winterhatler, l’un des peintres fétiches de l’Impératrice Eugénie, justement orné d’une mantille espagnole noire qui laisse deviner une très belle robe blanche, peut-être pour un bal.

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Alfred Stevens, La robe jaune (Salon de 1867)

Malheureusement mal mis en valeur dans l’exposition, très en retrait derrière une robe, ce tableau d’Alfred Stevens, La robe jaune, m’a attirée pour sa grâce particulière et pour le contraste entre la couleur vive de la robe et l’arrière-plan très sombre. En prenant quelques notes au fil de l’exposition, cela m’a permis de découvrir de nouveaux peintres, comme Winterhatler dont je connaissais certaines toiles sans avoir encore mis son nom derrière et Alfred Stevens qu’il me tarde de mieux connaitre son travail, tant son style en tant que portraitiste m’a séduite.

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Gravure de mode d’Héloïse Leloir

L’une de mes passions, ce sont els toutes petites gravures, celles que la moitié des visiteurs passent devant sans même y jeter un œil attentif. J’adore le souci du détai, presque minimaliste, de ce genre d’œuvres qui demandent une technique peut-être plus grande que pour des peintures de grand format. Grâce à Folie textile, j’ai pu découvrir le travail d’Héloïse Leloir avec plusierus de ses gravures de mode exposées pour expliquer l’évolution de la mode au XIXe siècle et l’abandon progressif de la crinoline aux formes parfois extravagantes pour des robes beaucoup moins élaborées dans les années 1890.

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Gravure de mode pour robe à disposition, avec patron.

Dans la série de mes goûts minimalistes, deux petites peintures m’ont beaucoup amusées peintes anonymement : il s’agit d’une double Vue de la chambre à coucher de la comtesse de Castiglione, une pièce entièrement recouverte de tissus roses en tous ses états ! J’ai eu l’impression d’avoir devant les yeux deux peintures d’une maison de poupée tellement le résultat est prodigieusement kitsch !

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Anonyme, Vue sur la chambre à coucher de la comtesse de Castiglione

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Confident

Bien sûr, cette exposition est un passage obligé pour les amoureux des mobiliers d’époque et j’ai été moi-même attirée par quelques pièces très significatives du style Second Empire. J’y ai retrouver des chaises longues, des fauteuils capitonnés dits « confortables ». Toutefois, mon coup de coeur immédiat a été ce confident de tissu jaune, propice aux conversations en soirée tout en gardant un confort optimal. Vu la disposition des trois sièges, on imagine bien quels secrets ce confident doit garder en silence pour lui-même après toutes les conversations intimes qu’il a dû connaître !

paravent prince impérial

Paravent décoré de morceaux d’uniformes

L’un des objets les plus remarquables de l’exposition selon moi est ce magnifique paravent, visiblement ornementé dans un style martial pour le plaisir du Prince impérial. En effet, ce paravent est décoré de pièces d’uniformes selon une technique très rare dont je n’ai pas retenu le nom. Ce qui est certain, c’est que le petit prince impérial était drôlement gâté !

Je suis sortie de cette exposition totalement conquise et, pour m’émerveiller tranquillement à la maison et préparer au mieux ce billet, je n’ai aps pu m’empêcher d’acheter le catalogue de l’exposition !

Mon butin en boutique 

Digital image

Informations pratiques

Commissariat général de l’exposition : Emmanuel Starcky, directeur des musées et domaine nationaux du Palais de Compiègne et de Blérancourt,et Isabelle Dubois-Brinkmann, conservatrice au musée de l’Impression sur Étoffes de Mulhouse.

Exposition temporaire du 7 juin au 14 octobre 2013.

Palais impérial de Compiègne, ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 10h à 18h avec une interruption de 12h30 à 13h30 pour la visite des Grands appartements. 

Catalogue d’exposition : EUR 23, 75

Adresse : Place du Général de Gaulle / 60200 Compiègne

Sachez que Compiègne est à 45 min en train de Paris en partant de la Gare du Nord. Si les parisiennes veulent se rincer l’œil avec autant de beautés, il vous faudra moins d’une heure pour venir visiter ma ville et son château. Et qui sait, si vous êtes sages et que je suis disponibles, je pourrais même jouer les guides touristiques en herbe avec vous !

N’hésitez pas à aller vous promener dans le parc du château, ses jardins à l’anglaise et son Jardin des Roses, ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 8h à 19h. Entrée libre et gratuite.

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Temple de l’Amour. Parc du Château de Compiègne

"Chardin et Rembrandt" de Marcel Proust

22 Fév
CHARDIN, Autoportrait
« Nous avions appris de Chardin qu’une poire est aussi vivante qu’une femme, qu’une poterie vulgaire est aussi belle qu’une pierre précieuse. II nous avait fait sortir d’un faux idéal pour pénétrer largement dans la réalité, pour y retrouver partout la beauté, non plus prisonnière affaiblie d’une convention ou d’un faux goût, mais libre, forte, universelle : en nous ouvrant le monde réel, c’est sur la mer de beauté qu’il nous entraîne. »

Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

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C’est un rendez-vous mensuel que j’ai créé pour varier mes lectures et multiplier les moments de partage entre ceux qui me lisent et moi-même. Avant chaque premier du mois, il suffit de me contacter et de me faire parvenir vos idées soit par courriel (l’adresse de contact est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit en me laissant un commentaire en bas de ce billet ou sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».

 

Vous pourrez écrire votre propre article en invité ou, faute de temps à y consacrer, écrire un petit topo pour expliquer votre lien avec l’extrait en question et je me charge de mettre en forme un article où vous (et/ou votre blog) seront cités. Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soient vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion !

 

« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :

 

#1: L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI
#4: « Éclaircie en hiver » in Pièces de Francis PONGE
#5: « Un plaisant » in Le Spleen de Paris de Charles BAUDELAIRE 

 

Ce mois-ci, ce rendez-vous « Un mois, un extrait » a pris un peu de retard mais le voilà de retour avec Marcel Proust, autant dire que ça valait la peine d’attendre, n’est-ce-pas ? A dire vrai, ce n’est pas vraiment Proust qui sera mis à l’honneur (malgré toute l’admiration que j’ai pour l’homme et son oeuvre) mais plutôt la peinture et une de ses conceptions de l’art à travers l’oeuvre d’un autre : Jean-Siméon Chardin. J’ai connu et aimé Chardin la première fois que je suis allée au Louvre grâce aux commentaires qu’en fait Diderot dans ses Salons. Le réalisme de ses peintures ne peut pas nous laisser indifférent même si les « natures mortes » et les scènes de genre sont surement moins populaires que d’autres thèmes quand on aime la peinture. Pourtant, on sent que quelque chose se passe chez Chardin: le temps, presque suspendu, c’est un instantané de vie qui nous est montré, une vie simple, loin du maniérisme. En vérité, Chardin est un maître à voir : ils nous apprend à bien regarder le monde et, à travers ses tableaux, à le voir sous un nouveau jour à tel point qu’art et réalité viennent à se confondre.

C’est par l’écriture, une autre forme d’art, que Proust veut révéler ce pouvoir de l’art de transfigurer le monde, d’en redonner le goût même dans ses aspects les plus prosaïques ce qui est assez inattendu pour quelqu’un réputé pour être un fieffé dandy et un homme du monde.


Chardin et Rembrandt de Marcel PROUST

 

Jean-Siméon CHARDIN, Le buffet

« Prenez un jeune homme de fortune modeste, aux goûts artistes, assis dans la salle à manger au moment banal et triste où l’on vient de finir de déjeuner et où la table n’est pas encore complètement desservie. L’imagination pleine de la gloire des musées, des cathédrales, de la mer, des montagnes, c’est avec malaise et ennui, avec une sensation proche de l’écœurement, un sentiment voisin du spleen, qu’il voit un dernier couteau traîner sur la nappe à demi relevée, qui pend jusqu’à terre, à coté d’un reste de côtelette saignante et fade. Sur le buffet un peu de soleil, en touchant gaiement le verre d’eau que des lèvres désaltérées ont laissé presque plein, accentue cruellement comme un rire ironique, la banalité traditionnelle de ce spectacle inesthétique. (…) Il maudit cette laideur ambiante, et honteux d’être resté un quart d’heure à en éprouvé non pas la honte mais le dégoût et comme la fascination il se lève et s’il ne peut pas prendre le train pour la Hollande ou pour l’Italie, va chercher au Louvre des visions de palais à la Véronèse, des princes à la Van Dyck, des ports à la Claude Lorrain, que ce soir viendra de nouveau ternir et exaspérer le retour dans leur cadre familier des scènes journalières.

Claude LORRAIN, Le débarquement de Cléopâtre à Tarse
La mère laborieuse
Si je connaissais ce jeune homme, je ne le détournerais pas d’aller au Louvre et je l’y accompagnerais plutôt ; mais le menant dans la galerie La Caze et dans la galerie des peintres français du XVIIIe siècle, ou dans telle autre galerie française je l’arrêterais devant les Chardin. Et quand il serait ébloui de cette peinture opulente de ce qu’il appelait la médiocrité de cette peinture savoureuse d’une vie qu’il trouvait insipide, de ce grand art d’une nature qu’il croyait mesquine, je lui dirais : Vous êtes heureux ? Pourtant qu’avez-vous vu là ? qu’une bourgeoise aisée montrant à sa fille les fautes qu’elle a faites dans sa tapisserie (La mère laborieuse), une femme qui porte des pains (La Pourvoyeuse), un intérieur de cuisine où un chat vivant marche sur des huîtres, tandis qu’une raie morte pend aux murs, un buffet déjà à demi dégarni avec des couteaux qui traînent sur la nappe (Fruits et Animaux), moins encore, des objets de table ou de cuisine, non pas seulement ceux qui sont jolis, comme des chocolatières en porcelaine de Saxe (Ustensiles variés), mais ceux qui vous semblent le plus laids, un couvercle reluisant, les pots de toute forme et toute matière (La Salière, L’Écumoire), les spectacles qui vous répugnent, poissons morts qui traînent sur la table (dans le tableau de La Raie), et les spectacles qui vous écœurent, des verres à demi vidés et trop de verres pleins (Fruits et Animaux).

 

 
La pourvoyeuse

 Le plaisir que vous donne sa peinture d’une chambre où l’on coud, d’une office. d’une cuisine. d’un buffet, c’est, saisi au passage. dégagé de l’instant, approfondi. éternisé. le plaisir que lui donnait la vue d’un buffet, d’une cuisine. d’une office, d’une chambre où l’on coud. Ils sont si inséparables l’un de l’autre que. s’il n’a pu s’en tenir au premier et qu’il a voulu se donner et donner aux autres le second, vous ne pourrez pas vous en tenir au second, vous reviendrez forcément au premier. Vous l’éprouviez déjà inconsciemment ce plaisir que donne le spectacle de la vie humble et de la nature morte, sans cela il ne se serait pas levé dans votre cœur, quand Chardin avec son langage impératif et brillant est venu l’appeler. Votre conscience était trop inerte pour descendre jusqu’à lui. Il a dû attendre que Chardln vint le prendre en vous pour l’élever jusqu’à elle. Alors, vous l’avez reconnu et pour la première fois vous l’avez goûté. Si en regardant un Chardin, vous pouvez vous dire : cela est intime, est confortable, est vivant comme une cuisine, en vous promenant dans une cuisine. vous direz : cela est beau comme un Chardin. »

 

Jean-Siméon CHARDIN, Le bocal d’olives.

 

Où se le procurer ?

Pour lire dans son intégralité cet essai de Marcel Proust Chardin et Rembrandt, il faudra compter EUR 10, 54 dans son édition « Le bruit du temps ».

"La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires" de Tim Burton

1 Nov
Tim Burton, La Triste fin du Petit enfant Huître et autres Histoires

L’univers de Tim Burton est à l’image des illustrations de La Triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires, ce petit recueil d’histoires grinçantes : à la fois noires et hautes en couleur. Cette juxtaposition chromatique me fait penser à l’affiche du film Ed Wood, à bien des égards l’un de mes Tim Burton préférés, un film en noir et blanc mais avec pourtant ce pull rose en couleur, d’autant plus burlesque et mis en valeur qu’il est le signe du goût d’Ed Wood pour se travestir en femme :
Affiche promotionnelle d’Ed Wood de Tim Burton.
Ce travestissement est justement le propre de l’univers de Tim Burton, qui se retrouve dans les thèmes abordés par ce recueil, où tout est échangé, déplacé et où se mêle en même temps et sur le même plan le noir et la couleur, la cruauté et la tendresse, le goût du macabre et de la poésie à tel point qu’on arrive plus à les dissocier, ce qui fait sûrement la beauté de ces histoires. 

 

Les personnages sont presque tous des figures enfantines ou assez minuscules et minimalistes pour rappeler le monde de l’enfance. Pourtant, comme en lendemain d’Halloween et en ce jour de la Toussaint, où les déguisements qui nous font retomber en enfance et les pensées noires des adultes dirigées vers les êtres chers qui nous ont quittées s’entremêlent  le monde de l’enfance n’est pas monochrome mais polymorphe à tel point que le monde de l’adulte n’est jamais loin. 

 

Toutes les histoires abordent le monde de l’enfance, par exemple par le biais de la relation (difficile) avec les parents, des premiers amours, de la cruauté des enfants entre eux ou de la différence et tout cela est vu sous un mode cynique, voire cruel, mais paradoxalement drôle. Chaque histoire, à un moment ou à un autre, nous arrache un sourire soit à cause d’un jeu de mot (la disposition en rimes aidant), soit d’une situation ou tout simplement de la chute de l’histoire. Certes, toutes les histoires finissent plus ou moins mal mais pourtant, étant courtes, elles sont toutes attachantes, elles nous saisissent, et les personnages à peine esquissés (qu’on retrouve par moment d’une histoire à une autre) nous attirent à eux et nous poussent à regarder leur histoire en face (même si elle n’est pas très drôle) et finalement à nous regarder nous-même en face.

 

En ce 1er novembre, à l’occasion de ce nouveau « Un mois, un extrait » (voir en fin de billet pour un petit rappel de ce que c’est), le rendez-vous mensuel que je vous propose depuis deux mois pour découvrir et me faire découvrir des oeuvres par petits morceaux choisis, Tim Burton est mis à l’honneur.

 J’aimerais vous donner envie de parcourir ce petit recueil de Tim Burton grâce à trois petites histoires qui m’ont plus touchées que les autres par leur profondeur ou par leur humour : « Stick Boy and Match Girl in Love » (« Brindille et Allumette amoureux »), « Stain Boy » (« Enfant Tache ») et « The Melancholy Death of Oyster Boy » (« La triste fin du petit Enfant Huître »), plus longue que les autres mais elle en vaut la peine !) et qui a donné son titre au recueil.

« Stick Boy and Match Girl in Love » (« Brindille et Allumette amoureux »)

Stick Boy like Match Girl, 
he liked her a lot.
He liked her cute figure, 
he thought she was hot.
Brindille aimait bien Allumette,
il l’aimait vraiment beaucoup,
il adorait sa jolie silhouette
et il la sentait chaude comme tout.
But could a flame ever burn
for a match and a stick ?
It did quite literally :
he burned up pretty quick.
Mais le feu de la passion peut-il être, 
entre une brindille et une allumette ? Eh bien
oui, à la lettre :
il flamba comme rien.

 

« Stain Boy » (« Enfant Tache »)

Of all the super heroes,
the strangest one by far,
doesn’t have a special power
or drive a fancy car.

De tous les héros, super cotés,
le plus étrange, et de beaucoup, 
n’a ni pou-
voir spécial, ni voiture tarabiscotée.

Next to Superman and Batman,
I guess he must seem tame,
But to me he is quite special,
And Stain Boy is his name.

A côté de Superman, de Batman et consorts, 
j’imagine qu’il parait sans panache, 
mais pour moi ils sort
de l’ordinaire, et son nom est Enfant Tache.

He can’t fly around tall buildings,
Or outrun a speeding train,
The only talent he seems to have
Is to leave a nasty stain.

Il ne sait pas voler parmi les buildings,
ni dépasser des trains roulant à toute berzingue :
il semblerait que son seul talent dingue
soit de laisser des taches cradingues.

Sometimes I know it bothers him,
that he’s can run or swim or fly,
and because of this one ability,
his dry-cleaning bill’s sky-high.

Parfois je sens que ça le contrarie
de ne pouvoir foncer sur terre, sur mer, en altitude,
et, du fait de son unique aptitude, 
ce qui monte jusqu’au ciel, c’est sa note de blanchisserie.

« The Melancholy Death of Oyster Boy » (« La triste fin du petit Enfant Huître »)


En voici une version lue (en anglais) et en image avec la voix de Drew Fuccillo (très agréable à écouter) et produire par « The End Audio » et Roman Chimientiread.

He proposed in the dunes,
they were wed by the sea.
Il fit sa demande au milieu des dunes,
près de la mer, ils devinrent femme et mari.

their nine-day-long honeymoon
was on the isle of Capri.

 

Neuf jours dura leur lune
de miel, sur l’île de Capri.
For their supper, they had one spectacular dish –
a simmering stew of mollusks and fish.
And while he savored the broth
her bried’s heart made a wish.
Au souper, ils eurent un plat grand luxe :
un ragoût mijoté de poissons et mollusques.
Pendant que du bouillon lui goûtait la saveur,
la jeune épousée fit un voeu dans son coeur.


That wish did come true – she gave birth to a baby.
But was this little one human ? 
Well,
maybe.

Ce voeu devin réalité : elle eut un bébé.
Mais ce bébé était-il humain ?
Eh bé,
on ne sait point.
Ten fingers, ten toes,
he had plumbing and sight.
He could hear, he could feel,
but normal ?
Not quite.
this unnatural birth, this canker, this blight
was the start and the end and the sum of their plight.

Dix doigts, certes, et dix orteils –
tuyauterie interne en état –  pour voir des oeils –
de quoi tâter – pour entendre, des oreilles – 
Mais normal, sans men-
tir, pas vraiment.
Cette naissance contre nature, cette plaie, cet ulcère,
fut leur calvaire.


She railed at the doctor :
« He cannot be mine.
He smells of the ocean, and seaweed and brine. »
La mère injuria le médecin :
« Je ne peux pas l’avoir porté dans mon sein.
Il sent l’océan, le varech, l’oursin. »


« You should count yourself lucky, for only last week,
I treated a girl with three ears and a beak.
That your son is half oyster
you cannot blame me.
… have you considered, by chance,
a small home by the sea ? »
« Vous pouvez vous estimer heureuse : il y a quelques
jours, j’ai soigné une petite avec trois oreilles et un bec.
Si votre fils est une huître
m’en blâmer serait cuistre.
Pour vous loger, avez vous envisagé, d’aventure,
un endroit près de la mère… genre saumure ? »
Not knowing what to name him,
they just called him Sam,
or, sometimes,
« that thing that looks like a clam. »
Everyone wondered, but no one could tell,
When would young Oyster Boy come out of his shell ?

 Ne sachant trop quel nom donner à cet apôtre,
ils l’appelèrent juste Luc,
ou bien, de temps à autre,
 » ce trucmuche aux allures de mollusque. »

Tout le monde se demandait, mais qui
aurait su dire, quand donc il quitterait sa coquille.


When the Thompson quadruplers espied him one day
they called him a bivalve and ran quickly away.
Les quadruplés Thompson, un jour l’apercevant,
le traitèrent de bivalve et s’enfuirent comme le vent.
One spring afternoon,
Sam was left in the rain.
At the southwestern corner of Seaview and Main,
he watched the rain water as it swirled
down the drain.
Un après-midi de printemps,
Luc fut laissé sous une pluie battant.
Au coin sud-ouest des rues Marine et Principale,
il voyait l’eau du ciel s’engouffrant en spirale
dans un égout dégoûtant.


His mom on the freeway
in the breakdown lane
was pounding the dashboard –
she couldn’t contain
the ver-risng grief
frustration
and pain.
Sur l’autoroute, celle qui l’engen-
dra, sa maman, sur la bande d’arrêt urgent
frappait le tableau de bord des poings
car supporter elle ne pouvait point
son chagrin crois-
sant – sa frustration, de surcroît -,
sa croix.


« Really, sweetheart, » she said,
« I don’t mean to make fun,
but something smells fishy
and I think is our son.
I don’t like to say this, but it must be said,
you’re blaming our son for your problems in bed. »

« Franchement chéri, dit-elle à son mari,
sans plaisanterie,
cette histoire ne sent pas bon, à vrai dire le poisson,
et je crains que ça soit le fiston.
Je regrette d’en parler, mais ce doit être dit :
coupable ne le tiendrais-tu pas de tes problèmes de lit ? »
He tried salves, he tried ointments
that turned everything red.
He tried potions and lotions
and tincture of lead.
He ached and he itched and he twitched and he bled.

Il se frotta de baumes et d’onguents, il s’oignit
n’y gagnant que gerçures.
N’épargna ni potions ni lotions ni
plomb en teinture
Il souffrit, il saigna, se couvrit d’écorchures. 


The doctor diagnosed,
« I can’t be quite sure,
but the cause of the problem may also be the cure.
They say oysters improve your sexual powers.
Perhaps eating your son
would help you do it for hours! »
Le docteur ce discours lui tint :
« Difficile d’être certain,
mais la cause du mal n’en est-elle pas la cure ?
On dit les huîtres accroître le pouvoir d’effilure :
manger votre fils
vous aiderait peut-être à […] des heures de file ? »
He came on tiptoe
he came on the sly,
sweat on his forehead
and on his lips – a lie.
 » Son, are you happy ? I don’t mean to pry,
but do you dream of Heaven?
Have you wanted to die ?
Le père vint à l’enfançon
d’une démarche de faux jeton, 
la sueur mouillant son front,
aux lèvres un discours félon :
« Mon fils, es-tu heureux ? Sans indiscrétion,
rêves-tu quelques fois des célestes régions ?
T’es-tu jamais dit : « Mourrons » ? »
Sam blinked his eyes twice
but made no reply.
Dad fingered his knife  and loosened his tie.
Par deux fois les yeux du marmot
cligna, mais ne pipa mot.
Papa palpa son coutelas,  dégrafa son paletot.
As he picked up his son,
Sam dripped on his coat.
With the shell to his lips,
Sam slipped down his troat.
Quand il soulève Luc de sa couche,
l’enfant sur ses habits en gouttes se répand.
Ca y est, la coquille est au bord  de la bouche
paternelle… hop ! Luc dans la gorge descend !
 They buried him quickly in the sand by the sea
– sight a prayer, wept a tear –
and were back home by three.
A cross of gray driftwood marked Oyster Boy’s grave.
Words writ in the sand
promised Jesus would save.
Près de la mer, vite ils l’enterrèrent, dans la profondeur
des sables – soupirèrent des prières, versèrent des pleurs – 
et furent à la maison rentrés avant trois heures.
Des bois flottant à la dérive, une croix : la tombe du petit
Enfant Huître. Tracée sur le sable, la promesse du salut
de Jésus.
 But his memory was lost with one high-ride wave.
Mais sa mémoire, à al première marée, se perdit.
Back home, safe in bed,
he kissed her and said,
« Let’s give it a whirl. »
A la maison, bien au chaud dans le lit,
le père embrassa la mère et dit :
« Allez, on essaie. On s’entortille et on frétille. »
« But this time » she whispered, « we’ll wish for a girl. »
« D’accord, dit-elle. Mais cette fois, prions une fille. »

 

          Sur cette note joyeuse, je vous laisse profiter de ce jour férié. Puisse votre journée de la Toussaint être moins triste que « la triste fin du petit Enfant Huître » malgré le temps pluvieux (du moins chez moi :() ! J’espère que ces extraits, dans le cadre de mon « Un mois, un extrait », vous auront plu. Rendez-vous dans un mois ! 😉

       Mon édition de La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton est l’édition spéciale dans la collection 10/18 avec une couverture toute noire, forcément. Elle vous coûtera EUR 9,63. La traduction de ces histoires, telles qu’elles sont présentées sur son blog,  est  celle de René Belletto et les illustrations de Tim Burton, himself. 🙂

Rappel : Qu’est-ce qu’« Un mois, un extrait » ?

Lire chaque mois un ou plusieurs extraits d’une oeuvre choisie par moi ou par vous ! Car, la subtilité, c’est que pouvez aussi en être les acteurs en m’envoyant tous les mois (et avant le premier du mois) un extrait de votre choix. Vous serez invitée à écrire votre propre article sur mon blog et ainsi de partager votre histoire et vos ressentis avec moi et toute la blogosphère ! 🙂

La démarche est a suivante : vous pouvez soit me faire parvenir vos idées par courriel (l’adresse est disponible dans la rubrique « L’auteur », voir en haut de page), soit me laisser un commentaire en bas de ce billet pour ensuite poursuivre la discussion dans autres eaux, soit le faire publiquement ou par Message Privé sur la page Facebook de « La Bouteille à la Mer ».

Aucune obligation de posséder un blog ou d’être un(e) grand(e) spécialiste en littérature. C’est surtout le partage qui compte qui que vous soyez et quelques soit vos goûts. Je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux genres et c’est l’occasion ! 

« Dans les épisodes précédents », « Un mois, un extrait » a fait découvrir :

#1 : L’Idiot de Fiodor DOSTOÏEVSKI  C’est mon roman de Dostoïevski préféré et ce passage est vraiment central pour comprendre la relation difficile qui unie les deux personnages principaux : le prince Mychkine et Rogojine. 

 

#2 : Le Problème de la souffrance de Clive Staples Lewis. (exceptionnellement, sur ma page FB). On associe souvent C.S Lewis avec Narnia sans connaitre forcément ce qu’il a écrit à coté. Avec ce passage, c’est l’occasion de découvrir son style magnifique, légèrement lyrique parfois, mais accordé au thème qu’il aborde qui n’est ici pas la souffrance mais plutôt la « joie ».

Top Ten Tuesday #2

11 Sep

Livre-objet sur l’univers de Cendrillon – Su Blackwell

 

C’est reparti pour mon deuxième Top Ten Tuesday ! Vous vous souvenez ? C’est un rendez-vous hebdomadaire pour bon nombre de blogueurs et blogueuses organisé par Iani mais dont l’idée originale vient de The Broke and the Bookish.

 

         Je suis désolée, je n’ai pas actualisée mon blog depuis une semaine, pour cause de période d’écriture intense et de paperasses administratives pour la fac. En tout cas, je peux vous dire que je serais à Paris 1 l’an prochain pour faire un mémoire sur C.S Lewis sur la question de l’origine du mal (ou « the problem of pain », ce sont ses mots) et si l’existence du mal est compatible avec l’existence de Dieu ou de la Providence. Autat dire que vous aurez surement dans les mois à venir un aperçu de mes recherches avec des billets sur ses oeuvres, soit théoriques, soit de fictions mais surtout les deux !

 

Je vous prépare aussi un billet sur le premier polar que j’ai lu : Le grand Sommeil de Raymond Chandler, une vraie merveille ! Je l’ai lu pour le Challenge Thrillers & Polars organisé par Liliba;

 

En attendant, je vous propose un autre Top 10. Après Ma PAL de cet Automne, voici :

 

Les 10 livres qui vous ont fait réfléchir, à propos du monde, des gens, de la société, de la vie, etc…

 

1. Harry Potter de J.K Rowling

Je pense que ça a un lien avec mon inscription il y a cinq ans sur le forum de la Gazette du Sorcier. C’est une oeuvre qui m’a marqué à vie, comme beaucoup. sans Harry Potter, on serait peut-être tous différents et je n’aurais pas rencontrer des gens merveilleux..Plus qu’une réflexion sur la vie, c’est ma vie qu’Harry Potter a changé.

J.K Rowling, Harry Potter & the Deathly Hallows

2. Jane Eyre de Charlotte Brontë

Je pense que mon article précédent sur ce roman l’a bien montré, Jane Eyre, c’est une source de réflexion infinie pour moi. Je n’en ai pas parlé (le billet était déjà très long !) mais Jane Eyre m’avait marquée pour ses positions très révolutionnaires sur l’éducation et le traitement des enfants. C’est aussi une grande satire sociale mais sans stéréotypes. Une merveille.

Jane Eyre, la BD.

 

3. Le problème de la souffrance de C.S Lewis

Ce livre est le début de mon histoire avec C.S Lewis en philo des religions et m’a beaucoup aidé pour ma propre spiritualité. Je l’ai trouvé percutant, avec des arguments simples et pourtant bien trouver sur le mal et la question de la souffrance dans le monde ce qui est peut-être une version moins abstraite, plus moderne, de l’existence du mal. Je compte vous le présenter sous peur. Et l’écriture de Lewis est très abordable. c’est une pensée très claire et un style limpide. Avec beaucoup d’humour anglais. 😉

C.S. Lewis, Le problème de la souffrance
(avec une couverture française magnifique !)

 

4. Le Seigneur des Anneaux de J.R.R Tolkien

Il aurait dû apparaître après ou avant Harry Potter vu son importance pour moi mais bon, je fais ça comme ça vient ! Le Sda a aussi été une révolution pour moi, peut-être plus forte qu’HP. Mais, ça m’a surtout appris à quel point l’imagination humaine peut être prolifique et à quel point c’est une bonne chose ! Cela a aussi inspiré d’autres imaginaires comme celui d’Alan Lee & John Howe.

J.R.R Tolkien, Le Seigneur des anneaux

 

5. La rose pourpre et le lys de Michel Faber

En tant qu’oeuvre néo-victorienne, je dois dire que ce roman en trois tomes et une oeuvre dérivée Les contes de la rose pourpre m’a beaucoup fasciné. Déjà, cela m’a fait beaucoup réfléchir sur la prostitution à l’ère victorienne et de nos jours. Et je dois dire que les quelques scènes de sexe rendent un peu perplexe. XD

Michel Faber, La rose pourpre et le lys

 

6. Les Vagues de Virginia Woolf

Voilà une des oeuvres les plus splendide de Virginia, peut-être ma préférée avec La Chambre de Jacob. Six voix s’y confondent, trois hommes et trois femmes, de leur enfance à leur vieillesse dans un style chaotique, allusif mais très naturel d’où transparaît leur for intérieur.Tout est suggéré et on apprend beaucoup de chose sur l’âme humaine, sur notre rapport au temps, aux autres et à soi-même. Comme je l’ai fait sur ma page FB un jour avant la publication de mon billet sur Nuit et Jour, je vous conseille d’écouter une version adaptée sur France Culture. On sent d’autant plus la profondeur de ce qui est écrit.

Virginia WOOLF, Les Vagues

 

7. Le Traité théologico-politique de Spinoza

Qui dit réflexion sur le monde dit philo ! Spinoza est une sorte de maître à penser pour moi et pourtant, ça n’a pas toujours été rose entre nous ! Ce n’est qu’il y a deux ans, en étudiant l’Ethique, que j’ai compris enfin le génie de son système et le crédit de sa pensée. Je pense particulièrement à ce traité-ci car il est fondateur à propos des liens entre religion et politique et surtout sur la nature du fait religieux. Ce que j’ai retenu, ce sont ses developpements sur la superstition, sur le pouvoir de l’imagination et en quelque sorte de l’esthétisme dans la religion mais surtout dans la foi qui peuvent produire du bon et du mauvais. Et, de plus, ce traité est très abordable ! Beaucoup plus que l’Ethique… XD

Baruch SPINOZA

 

8. Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau

Ce livre est une merveille, même pour les détracteurs de l’infâme Rousseau ! (N’est-ce pas Athalie ? XD) Si vous voulez apprendre ce que c’est que la sensibilité et un homme qui vous parle avec son coeur, c’est Jean-Jacques. Mais, j’aime tout ce qu’il a écrit alors je ne suis pas très objective ! ❤

Jean-Jacques Rousseau

 

9. Persuasion de Jane Austen

C’est mon préféré de Jane Austen et pas pour rien. Il raconte l’histoire d’uen femme douce mais qui se laisse trop intimider par l’opinion d’autrui ce qui l’empêche de saisir le bonheur quand il vient. Je crois que c’est l’un des défauts que nous partageons tous. La faiblesse de son personnage principale, Fanny Price, m’a touchée car nous sommes tous faibles et pourtant capables d’être sauvés, de nous sauver.

Jane Austen, Persuasion

 

10. La Bible.

Je pense que la raison va de soi.

 

 
La prochaine fois, nous parlerons polar ! Bonne semaine à vous et bon courage si pour vous aussi, la rentrée approche !

John Howe, l’Œil de Tolkien

26 Août

John HOWE, illustrateur.

 

There & Back Again. Un jour où l’autre, on revient à ses premiers amours et les miens s’appellent Le Seigneur des Anneaux. Il fallait bien un jour ou l’autre que je vous parle de ce Seigneur, un vieil ami qui me suit depuis dix ans désormais. Il faut dire que j’y reviens souvent, comme un « aller et retour » en souvenir de ce jour de décembre 2001 où j’ai vu pour la première fois des Cavaliers Noirs, l’incarnation même de ce qui fait peur. Du moins, du haut de mes onze ans, j’ai eu la frousse de ma vie ! Il faut dire que plus le premier volet de Bilbo le Hobbit approche (prévu pour le 12 décembre en salle, le jour de mon anniversaire, qui dit mieux ?), plus j’y pense et moins je l’oublie.

Alan Lee & John Howe

 

Pour varier les plaisirs, je suis de plus en plus curieuse de ce qui s’est fait autour et surtout des illustrations d’Alan Lee et John Howe. Du moins, ma préférence va pour le travail de John Howe. Bien sûr, il y a un peu d’arbitraire dans ce choix tellement ils sont complémentaires mais je préfère le coup de crayon de John Howe qui (me semble t-il) donne toujours plus d’expressivité, d’émotion et de mouvement aux personnages qu’il dessine.

 

Pour moi, John Howe est comme l’Œil de J.R.R Tolkien : là où l’un écrit et narre, l’autre voit et dessine comme si le mot et l’image ne faisaient qu’un. C’est toujours intéressant de comparer ces deux méthodes de création où l’un s’inspire bien sûr de l’autre mais aussi où le travail de l’un n’est que le prétexte à l’exploration de l’imagination de l’autre et de son propre univers.

 

Comme les neuf compagnons de la Communauté de l’Anneau, j’aimerais vous présenter neuf des illustrations de John Howe, inspirées de l’univers de Tolkien et de ses œuvres, et qui m’ont elles-même inspirées plus que les autres. J’ai délibérément laissé de coté les plus célèbres comme le vestibule de Cul-de-Sac (qui est d’ailleurs mon fond d’écran) ou Gandalf le Gris sur un chemin sous la pluie. Je vous invite d’ailleurs à aller visiter le site internet de John Howe très complet et très envoûtant qui vous emmènera sans frais en Terre du Milieu.

John HOWE, « Gandalf Approaches the Guarded City »

 
L’arrivée imminente de Gandalf et de Pippin à Minas Tirith, la « Cité Gardée », est assez merveilleuse dans le Retour du Roi : elle a lieu à l’aurore et la lumière qui domine ce clair-obscur est assez surprenante pour attirer l’œil. C’est peut-être pour ça que cette illustration m’a plus marquée que les autres. C’est surtout la représentation du cavalier et de Gripoil que je trouve impressionnante, plus que Minas Tirith un peu bâclée selon John Howe (j’aimerai bien bacler aussi bien les choses). Quel mouvement ! On distingue à peine Pippin et encore moins le visage de Gandalf le Blanc à tel point que, même chapeauté et reconnaissable comme il est, toute cette blancheur donne presque l’impression que cavalier et monture ne font plus qu’un.

John Howe, « Boromir »

Le personnage de Boromir est l’un de mes préférés (avec son frère, Faramir), peut-être l’un des plus complexes, le plus faillible de la Communauté et le premier à être tenté par l’Anneau. Pourtant, j’aime cette illustration qui lui donne un aspect très héroïque comme l’est la scène de sa mort. J’aime beaucoup le cadrage et les couleurs à dominantes très claires. Mais, ce que je préfère, c’est le regard de Boromir à la fois pensif et déterminé comme est la poigne de sa main sûre et pourtant blessée par endroits. Force & faiblesse réunies. Et pour la petite histoire, c’est un auto-portrait de John Howe : « I may have missed a cameo in the movies (…) but at least I can still put my face somewhere ».

John Howe, « Tom Bombadil »

Qui ne se souvient pas avec nostalgie de la rencontre des Hobbits chez Tom Bombadil ? Même si ce n’est pas mon passage préférée (toujours associé dans mon esprit aux créatures des Galgals qui est un passage que je trouve un peu obscur), c’est un personnage riant et lumineux, toujours synonyme de chansons et de bonne chair, ce qui transparaît bien dans cette jolie illustration, très colorée. Il faut dire que Bombadil est un personnage haut en couleur et on retrouve d’ailleurs ses attributs : le bleu de son gilet et le jaune de son chapeau, comme un rappel vers ses fameuses bottes jaunes.

John Howe, « Beorn »

Beorn aussi est un personnage fascinant, et quelque part, la rencontre avec Tom Bombadil fait pendant à celle de Beorn avec Biblo & Co. Même si je ne m’imaginais ni Beorn, ni Bilbo ainsi (Biblo ressemble trop à un être féerique, un lutin ou je ne sais quoi), je trouve le déséquilibre entre la hauteur et la petitesse de deux personnages assez rigolote pour être notée. J’aime beaucoup l’attitude de Bilbo, mi-timide, mi-effrayée. On a souvent l’image d’un Bilbon voyageur, presque intrépide alors que, digne du Hobbit qu’il est, il est un peu peureux tout de même, quoique très courageux quand il le faut.

John Howe, « Merry »

Contrairement à l’illustration précédente, où Bilbon fait moins « semi-homme » que lutin, j’aime beaucoup le contraste avec Merry qui ressemble presque à un enfant. J’ai dit que j’aimais John Howe pour l’expression de ses personnages et là, on en a une preuve frappante ! La peur se lit sur son visage. Et j’aime beaucoup le flou autour de lui mis à part les chevaux pour montrer le mouvement des cavaliers qui met ainsi Merry au centre de l’attention, au cœur de l’action.

John Howe, « Gandalf the Grey »

J’aime plus que les autres ce portrait de Gandalf. Lui aussi est sous la pluie que semble affectionner John Howe et il faut dire qu’il la fait très bien. Regardez les gouttes qui tombent presque de son chapeau ! Il y a beaucoup d’incertitude dans son regard et on a pas souvent la chance de voir Gandalf sous cet angle, aussi près.

John Howe, « Weathertop on the horizon »

Amon Sûl, ou le Mont Venteux. Je suis assez conquise par la lumière et les couleurs de cette illustration. Contrairement au film, où l’image était très sombre, ici les couleurs sont chatoyantes. J’ai un doute sur la saison exacte où se déroule les événements dans la livre mais j’aime beaucoup ici y retrouver l’automne. Ca donne un ton très nostalgique à cette scène puisque Amon Sûl est un symbole (un peu comme les Argonath) pour l’héritier d’Elendil qu’est Aragorn.

John Howe, « Watchful Peace »

A première vue, cette illustration n’a rien d’extraordinaire. Nous sommes à Minas Tirith durant une surveillance. C’est son titre qui est assez bien trouvé « Watchful Peace » (sauf erreur « une paix vigilante ») et qui donne à penser. En apparence, tout est tranquille et pourtant, il y a comme l’attente d’un danger. C’est comme ça que j’interprête ce drôle de clair-obscur, cette trainée noir sur la montagne qui semble être en continuité avec le noir du drapeau flottant à l’effigie de l’Arbre Blanc du Gondor. Il faut dire que Minas Tirith est à l’ombre du Mordor…

John Howe, « Boromir »

At last but not least, cette magnifique illustration qui représente de nouveau Boromir mais cette fois-ci sa mort. C’est peut-être ma préférée de toute. L’image est tellement forte et l’émotion est vraiment là. Rien que son regard fait froid dans le dos… Et pourtant, il y a encore de la lumière en contre jour, qui se reflète même sur la cotte de maille de Boromir, et qui donne un aspect assez irréel à cette image. Entre deux mondes.

 

J’espère que ce voyage en Terre du Milieu vous a plu et que le travail de John Howe vous a autant plu qu’à moi.